Absolutely Anything, un film de Terry Jones : Critique

On ne les avait plus revus ensemble depuis plus de trente ans, à l’occasion de leur dernier film en commun Le Sens de la Vie. Autant dire que le bonheur d’apprendre que Terry Jones allait réunir ses anciens compères des Monty Python (réduits à cinq depuis la mort de Graham Chapman en 1989) faisait, dès cette annonce, de Absolutely Anything un film ardemment attendu des amateurs historiques d’humour burlesque à l’anglaise.

Synopsis : Choisi au hasard par un groupe d’extraterrestres, Neil, un professeur de lettres londonien et sans histoire, se voit offrir le pouvoir de faire ce qu’il veut. Bien qu’il soit à présent capable de sauver l’humanité, son attirance pour sa voisine et ses déboires professionnels vont l’éloigner de ce noble but.

Simon tout puissant

Quelques mois plus tard, une autre annonce réveilla l’enthousiasme de la nouvelle génération de fans de comédies britanniques tendance geek, celle de Simon Pegg dans le rôle principal. Par un hasard du calendrier (auquel le distributeur n’est sans doute pas étranger), le film sort en France à l’occasion du premier anniversaire du drame que fut l’annonce du suicide de Robin Williams. L’ultime participation du regretté comédien au doublage apportait une garantie émotionnelle à ce long-métrage qui, avec tant de bons arguments sur le papier, devenait pour beaucoup, le film le film le plus attendu de l’été, loin de toutes les superproductions américaines et autres comédies françaises estivales.

A partir d’un point de départ qui pouvait prêter, et surtout de la part de Terry Jones, à toutes les fantaisies et les irrévérences, le scénario se révèle être celui d’une comédie romantique sans la moindre prise de risque ni grain de folie que l’on aurait davantage attendu d’un Richard Curtis que du réalisateur de Sacrée Graal. L’humour est très souvent poussif et lourdaud (des crottes qui marchent, un pénis géant, des oreilles qui grossissent…), et même les quelques idées comiques les plus amusantes, en particulier la secte qui se forme autour de son collègue et le chien qui parle, deviennent des running gags, drôles une fois, deux fois, puis inévitablement lassants. Or, une comédie incapable de surprendre son public est intrinsèquement une mauvaise comédie, et c’est exactement cette direction que prend le manque d’audace et d’inspiration de ce come-back tant attendu.

L’intégralité de l’intrigue repose bel et bien sur l’attirance qu’a Neil pour sa voisine, Catherine, incarnée par une Kate Beckinsale que l’on n’avait pourtant jamais vu si peu sexy. L’écriture de cette romance nunuche, et l’intervention d’un ex envahissant qui se révèlera le grand méchant de l’histoire, est d’une ringardise sidérante et d’une morale digne d’un sous-Judd Appatow. Les sous -intrigues entourant les deux  autres antagonistes à fort potentiels dramaturgiques, que sont le directeur de l’école -pourtant incarné par l’excellent Eddie Izzard-, et la critique littéraire égocentrique, sont complétement passés à la trappe aux profit de cet amas de poncifs bien-pensants. Le jeu toujours sympathique de Simon Pegg, qui incarne cet anti-héros insipide, ne réussit jamais à sauver la comédie du naufrage vers lequel l’entraîne la prévisibilité de chaque situation et la caractérisation caricaturale des personnages. Et même les spectateurs venus voir la réunion des anciens Monty Python ne pourront être que fort déçus par leur doublage de créatures hideuses dont les rares dialogues n’ont rien de drôle.

A moins de se forcer à voir une mise en abime entre la façon dont Neil utilise mal ses pouvoirs et celle dont Terry Jones utilise mal le potentiel créatif de son pitch, tiré d’une nouvelle d’H.G. Welles, le film n’a strictement rien d’intéressant à proposer. Peut-être l’hommage à Robin Williams (R.I.P.) en guise de générique de fin apaisera un peu ce profond sentiment d’insatisfaction que procure la vue de ce film absolument raté.

Absolutely Anything: Bande annonce

Absolutely Anything: Fiche Technique

Réalisation: Terry Jones
Scénario: Terry Jones, Gavin Scott
Interprétation: Simon Pegg (Neil Clarke), Kate Beckinsale (Catherine), Rob Riggle (Grant), Sanjeev Bhaskar (Ray), Eddie Izzard (Le Directeur), Robin Williams (la vois de Dennis, le chien), Terry Jones, Michael Palin,  John Cleese, Terry Gilliam et Eric Idle (voix des extraterrestres)…
Image: Peter Hannan
Décors: James Acheson
Costumes: James Acheson
Montage: Julian Rodd
Musique: George Fenton
Producteur(s): Benjamin Timlett, Bill Jones
Production: Bill and Ben Productions, GFM Films
Distributeur: Océan Film
Durée: 85 minutes
Genre: Comédie, fantastique
Date de sortie: 12 août 2015

Grande-Bretagne – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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