En bref : No Zombies, Monte-Cristo, Dino Park, The Plot, de solides nouveautés en BD

Retour sur quelques nouveautés marquantes de ce mois de mai 2022. Au programme : No Zombies, Monte-Cristo, Dino Park et The Plot.

No-Zombies-lila-critique-bdNo Zombies : « Le Livre de Lila ». Ce troisième tome de la série No Zombies, publié par les éditions Soleil, met en scène Lila, Ruben, Joseph et Cassandra dans un monde post-apocalyptique où l’humanité a été décimée par les zombies mais où un vaccin constitue une lueur d’espoir à laquelle ce groupe de survivants se cramponne fermement. Axé sur le personnage de Lila, en lutte contre le virus qui la gangrène, cet épisode est aussi celui où l’intrigue apparaît la plus fonctionnelle et fuselée. Confrontés à deux bandes aux aspirations distinctes, les héros d’Olivier Peru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov rencontrent celui que l’on appelle le Viking au grand cœur et se voient parallèlement menacés par les Masques, qui recherchent obstinément le Jardin de Vik. Ce dernier apparaît comme un havre de paix contrastant nettement avec l’univers cauchemardesque dans lequel les protagonistes sont plongés. Ancien Tribunal transformé en jardin d’Eden, il comporte de quoi se nourrir et s’abriter. Mais les Masques ne l’entendent pas de cette oreille : « On prendra une grande partie de vos récoltes, mais on vous laissera de quoi survivre », annoncent-ils à leurs interlocuteurs, tandis qu’ils espèrent mettre la main sur les réserves et lieux protégés de Vik. L’affrontement annoncé se concrétisera de manière spectaculaire, avec l’immixtion d’ours et de hordes de zombies. Mais « Le Livre de Lila » se distingue aussi, comme ses prédécesseurs, par sa dimension graphique et sa caractérisation des personnages : Ruben refuse de parler de ses souvenirs de mort-vivant, Lila a l’impression d’être une charge insupportable pour le groupe et Cassandra est profondément meurtrie par ce qui est arrivé à son bébé. L’un dans l’autre, cet album échevelé et bien ficelé donnera satisfaction à tous ceux qui suivent attentivement cette très belle série.

No Zombies : Le Livre de Lila, Olivier Peru, Benoît Dellac, Evgeniy Bornyakov
Soleil, mai 2022, 56 pages

Monte-Cristo-critique-bdMonte-Cristo : « Le Prisonnier ». Dans un triptyque dont « Le Prisonnier » constitue le premier tome, Jordan Mechner et Mario Alberti prennent le parti de réinventer Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Pour ce faire, ils s’appuient sur le personnage de Sam Castillo, tout juste fiancé à la belle Abigail et promu dans sa société, mais injustement jeté en prison suite à des accusations de terrorisme. Le récit, échevelé, se déploie sur fond de conspiration et comporte une amitié initiatique avec un détenu. L’erreur de Sam a été d’apporter aux États-Unis des lettres en provenance d’Irak, d’être un peu trop menaçant quant aux relations étroites entre son collègue Dalgleish et l’entreprise Greendale, elle-même en cheville avec le général Northrup depuis des contrats d’assistance logistique conclus du temps du Vietnam. « Le Prisonnier » se conçoit dès lors comme la perdition extraordinaire d’un homme ordinaire, lequel fera les frais de la corruption militaro-politique mais aussi, dans une moindre mesure, de la jalousie amoureuse. Dans une Amérique encore caractérisée par la paranoïa post-11 septembre, et très bien restituée par Mario Alberti, Sam Castillo va voir son existence laissée en jachère durant quinze années, avant de reprendre pied. Mais pour quoi faire ?

Monte-Cristo : Le Prisonnier, Jordan Mechner et Mario Alberti
Glénat, mai 2022, 72 pages

Dino-Park-critique-bdDino Park (T.02). Le Dino Park comprend une dizaine d’attractions et est dirigé par un homme d’affaires très soucieux de son portefeuille. Il n’hésite pas à renommer les dinosaures pour des raisons commerciales, à les transformer en animaux-sandwichs arborant des pancartes publicitaires, voire à faire passer leur santé après ses propres intérêts financiers. Ce dernier aspect est matérialisé à l’occasion d’un clin d’œil manifeste à Jurassic Park et à sa séquence du tricératops malade (avec cette désormais fameuse fouille fécale). Ce n’est d’ailleurs pas la seule allusion au chef-d’œuvre de Steven Spielberg. Ce second tome, d’Arnaud Plumeri et Bloz, comporte de nombreuses fiches signalétiques de dinosaures, mais aussi plusieurs dossiers pédagogiques, glissés entre des récits humoristiques à une ou deux planches. Destiné aux enfants, didactique, reposant pour partie sur le comique de répétition (notamment les gags impliquant un stagiaire martyr), l’album ravira les jeunes passionnés de dinosaures avec sa tonalité légère et ses informations distillées de manière ludique. Au programme : un élasmosaure ayant inspiré le monstre du Loch Ness, un microraptor ailé pesant à peine un kilo, un spinosaure capable de poursuivre ses proies de la terre à la mer ou encore un gasosaure au nom pas tout à fait innocent…

Dino Park (T.02), Arnaud Plumeri et Bloz
Bamboo, mai 2022, 48 pages

The-Plot-T2-1674-critique-bdThe Plot : 1674. « Tout ce qu’ils touchent se transforme en or. Tous ceux qu’ils touchent deviennent poussière. » Cette assertion issue du premier tome de The Plot en dit long sur la famille Blaine. « 1674 » suit la même ligne cardinale, en insistant sur le caractère tragique de ceux qui, unis par le sang, semblent surtout porter collégialement le poids d’une terrible malédiction. Joshua Hixson, à qui l’on doit notamment l’excellent Shanghai Red, s’associe à Tim Daniel et Michael Moreci dans un récit horrifique scrupuleusement codifié. À une maison familiale sépulcrale saccagée par les eaux et investie de fantômes se juxtaposent les relations filiales entre Chase, Zach et Mackenzie, ainsi que l’espoir, longtemps insoupçonné, d’un renouveau. Dans ce second tome, un flashback éclaire de manière glaçante l’appellation Cape Augusta, les Blaine cherchent à régler leurs comptes avec un passé qui faisait pour eux office de seconde peau et les visions cauchemardesques continuent de s’amonceler. Moins percutant que son prédécesseur, « 1674 » boucle néanmoins, dans une course effrénée et avec des dessins d’une noirceur charbonneuse, l’un des récits horrifiques les mieux ficelés de ces dernières années.

The Plot : 1674, Joshua Hixson, Tim Daniel et Michael Moreci
HiComics, mai 2022, 136 pages

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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