« BTK » : un loup dans la bergerie

Les éditions Glénat publient BTK dans leur collection « Serial Killers ». Sergio Monjes, Francisco Del E et Facundo Teyo racontent comment un homme ordinaire, Dennis Rader, cachait en lui un monstre sanguinaire et mégalomane.

Dennis Rader, également connu sous le nom de « BTK », est un tueur en série américain qui a semé la terreur dans la région de Wichita, au Kansas, pendant plus de 30 ans. Après une longue épopée macabre dissimulée derrière une façade de respectabilité, ce criminel sadique et méticuleux a finalement été capturé et condamné en 2005, non sans avoir suscité une fascination morbide pour son mode opératoire et sa personnalité multiple.

Sergio Monjes, Francisco Del E et Facundo Teyo en font état, notamment en le montrant absorbé par des lectures relatant les atrocités perpétrées par des tueurs en série. Dès son enfance, Dennis Rader semble développer une obsession pour la violence et la domination. Il s’amuse d’ailleurs à torturer les animaux et à simuler des mises à mort, prenant un plaisir indicible à exercer son pouvoir sur les êtres vivants les plus vulnérables. Cet attrait naturel pour le mal annonçait déjà le cheminement criminel qui allait suivre.

En apparence, Dennis Rader était un homme ordinaire, marié, père de famille, et travaillant notamment en tant qu’installateur d’alarmes – ce qui lui permet de pénétrer chez les gens. En secret, derrière ce vernis tout ce qu’il y a de plus banal, se tapissait cependant un meurtrier sans pitié, qui prend plaisir à torturer et assassiner ses victimes. Le « BTK Killer », comme il se faisait appeler, a commis une série de meurtres sanglants dans les années 70, 80 et 90, échappant à la justice pendant de nombreuses années grâce à sa capacité à se fondre dans la société.

BTK l’annonce clairement, Dennis Rader était dual, dominé par un alter ego sanguinaire sur lequel il n’avait aucune prise. Dans l’album, il assène ainsi à l’auteur français Étienne Jallieu, venu l’interroger : « Vous êtes-vous demandé si j’étais capable de résister ? Et dans le cas contraire, ce qui me rendait à ce point dépendant au mal ? » Un autre trait caractéristique mérite un examen attentif. « BTK » était mortifié à l’idée que l’on taise ses exploits. Alors, il en assurait lui-même la publicité. Au fil du temps, l’obsession de Dennis Rader pour le meurtre et le pouvoir est devenue de plus en plus grande. Il s’amusait à laisser des indices et des messages trompeurs à la police, et prenait un certain plaisir à envoyer des lettres et des photos aux journalistes et aux inspecteurs.

Situé quelque part entre Dexter Morgan, Norman Bates, Hannibal Lecter et Ed Gein, à la fois ordinaire, pluriel et méthodique, Dennis Rader établissait volontiers des classements des tueurs en série les plus performants. Il s’y voyait tout en haut, en compagnie de H. H. Holmes, son modèle et inspirateur. Les auteurs restituent très bien, dans un récit sépulcral et psychologisant, ce qui constitue l’étoffe de ce meurtrier et ce qui nourrit ses nombreuses obsessions, mais aussi l’abnégation qu’il a consacrée à ses crimes. Exemple parfait du criminel parvenant à dissimuler sa vraie nature derrière une façade de normalité, le « BTK Killer » a probablement échoué par péché d’orgueil, le besoin de reconnaissance – très bien exprimé dans l’album – l’emportant sur la nécessité de rester discret.

BTK, Jean-David Morvan, Sergio Monjes, Francisco Del E et Facundo Teyo
Glénat, février 2023, 144 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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