ALIENS : Defiance, par Brian Wood chez Vestron : au-delà des règles

Ce mois de mars débarque chez l’éditeur de comic books Vestron le deuxième tome de la série limitée ALIENS: Defiance, imaginée par Brian Wood, auteur vétéran dans le domaine, qui nous emmène dans une course contre-la-montre face aux xénomorphes et à la Compagnie, la Weyland-Yutani, qui n’a cessé, depuis le premier film réalisé par Ridley Scott en 1979, de chercher à capturer et exploiter un spécimen à des fins malveillantes.

Synopsis : (Tome 1) Jeune recrue du corps des Colonial Marines, Zula Hendricks va devoir affronter ses démons du passé alors qu’elle lutte pour survivre face à des créatures d’origine inconnue en compagnie des synthétiques de la Weyland-Yutani. Les ordres qui suivront mettront en doute sa loyauté, alors que de terribles événements se préparent…

(Tome 2) La suite du périple de Zula Hendricks, qui va devoir affronter les Colonial Marines lancés à sa poursuite et les xénomorphes dont veut s’emparer la Weyland-Yutani…

ALIENS: Defiance : se dépasser face à l’insurmontable

Publiés entre avril 2016 et juin 2017 chez Dark Horse Comics, les six premiers des douze numéros constituant ALIENS : Defiance peuvent être découvert en France avec la sortie d’un premier tome en décembre 2019. Vestron, l’éditeur qui, depuis une bonne année, enchante notamment les fans de licences fortes de l’imaginaire telles qu’Alien, Predator, Terminator, Evil Dead ou encore RoboCop en publiant leurs prolongements imaginés, dessinés et publiés chez Dark Horse, sort ce mois-ci le deuxième volume d’ALIENS : Defiance qui vient poursuivre et clore la série.

Située entre Alien (Ridley Scott, 1979) et Aliens (James Cameron, 1986), Defiance suit une trooper du fameux corps des Colonial Marines, blessée dans sa chair. Zula Hendricks n’a plus de colonne vertébrale, ou à peine. À peine venait-elle de terminer sa riche formation qu’elle est blessée en débarquant en plein combat. L’égo en a pris un coup, mais elle ne relâche rien. Elle a dû se battre pour s’imposer en tant que femme, noire et petite de taille. Et elle avait réussi jusqu’au terrible incident. Alors qu’elle se remet sur pieds à coup de traitements chirurgicaux, Zula se retrouve embarquée dans une mission d’abordage d’un transporteur à la dérive. Elle est notamment accompagnée par une équipe de drones de la Weyland. Le vaisseau fantôme n’en est pas vraiment un, la vie alien y réside et est déjà prête à s’attaquer aux nouveaux venus. Déchainements de violence à la double mâchoire et queue perçante, ou encore au fusil à impulsions traversent, entre autres cauchemars, le récit de science-fiction qu’est ALIENS : Defiance. Parce qu’avant d’être un produit dérivé d’une franchise culture, Defiance est d’abord le récit d’un personnage qui va encore une fois dépasser les jugements d’autrui pour s’accomplir, non plus juste en tant que digne marine colonial, mais être humain moral digne de l’être.

aliens-defiance-brian-wood-androide-drone-weyland-yutani-comic-books-androide-suspense-et-xenomorphe-copyright-vestron-dark-horse-comics
« Light my fire » – La Weyland-Yutani et son imagerie militaro-fasciste.
Copyright : Vestron.

Au-delà d’Alien(s)

Une machine qui rêve d’indépendance, d’autres prêtes à tout pour suivre la mission, des flux de xénomorphes, des space marines prêts à tout pour la Compagnie, fameuse pour sa quête de la créature… Autant de grands concepts de science-fiction réappropriés par l’imaginaire d’Alien et qui réussissent à retrouver ici une vision neuve sinon efficace, grâce à la scénographie de Brian Wood, ainsi qu’aux traits et couleurs de ses comparses : Tristan Jones, Tony Brescini, Eduardo Francisco, entre autres, au dessin ; Dan Jackson à la couleur. Oui, une scène d’humano-xéno accouchement vous rappellera Prometheus (Ridley Scott, 2012), non pas pour le fan service mais pour mettre en scène la scène gore et malsaine – terminée sur un jeu ironique avec le nouveau-né – qu’on n’a pas peut-être pas eu en salles, mais qu’on a là, sans postures et bien réelle, sur papier, entre nos mains – quand vos doigts seront notamment posés sur le tome 2. On peut aussi penser à cette fabuleuse découverte des aliens dans le tome 1 (voir cases au-dessus et ci-dessous) qui renvoie à la dramaturgie cameronienne et verhoevenienne (coucou Starship Troopers) : des sons de tirs entendus par les deux personnages principaux dans une pièce silencieuse et fantomatique, puis, page suivante, un plan moyen sur des troopers en mode shooters posés et assurés, un contre-champ sur des matières étrangères déchiquetées par les tirs, puis ce revirement devenu propre au film d’infestation, ici formidablement exécuté en trois cases. Deux plans serrés au cadre vertical viennent ainsi densifier cette fausse pause : le signe de main qui demande l’arrêt du tir ; la lampe dirigée vers la zone de tir dans un plan en contre-plongée ; et enfin ce formidable plan large qui vient inverser le rapport de force avec une contre-plongée vers la horde alien inarrêtable, et un éclairage de sas rouge qui cite Aliens tout autant qu’il annonce le massacre à venir. Aussi peut-on vous parler des planches en double page qui replongent le lecteur dans l’expérience du vide spatial telle que les fans de space opera et space survival ont pu apprécier dans le film 2001 L’Odyssée de l’espace et le jeu video Alien Isolation.

aliens-defiance-brian-wood-comic-books-androide-suspense-et-xenomorphe-copyright-vestron-dark-horse-comics
Comment mettre en scène l’entrée du xénomorphe avec un savoir-faire inspiré et efficace avec Brian Wood.
Copyright : Vestron.

À ce propos, les fans de la licence seront probablement ravis de trouver ici quelques clins d’œil à Amanda Ripley et son aventure avec le Torrens qui ont amené les joueurs à passer plus de vingt heures* de plaisir horribilo-sci-fi-maso-Alien sur consoles ou PC depuis sa sortie en 2014 (*et cela, sans les excellents DLC sortis entre temps, dont certains – rejeux de séquences du dernier acte du premier film – sont gratuits). Il ne s’agit pas de simple fan service puisque Zula, qui a déjà un certain lien avec Amanda, la retrouvera dans la suite de Defiance et d’Isolation, ALIENS : Resistance, qu’on peut d’ores et déjà prévoir d’acquérir chez Vestron. Certes, la fin de Defiance promet d’emmener l’aventure dans de nouvelles voies pour la licence qui – de façon générale – réussit sur papier ce qu’elle rate sur grand écran depuis la deuxième moitié des nineties. On peut toutefois regretter le cheminement quelque peu hiératique de son personnage principal qui va passer de l’héroïne prête à tout pour son corps d’armées à la rebelle humaniste avec son lot de petits et grands moments mais aussi naïveté, de trahison et de retournements qui tendent, notamment dans le tome 2, à faire passer Zula pour une pure imbécile égoïste reniant toute logique héroïque en très peu de décisions. Ce qui est d’autant plus dommage que le personnage de Brian Wood s’impose comme une formidable nouvelle figure héroïque de l’univers Alien sur le premier tome et dans l’épilogue solaire et riche de promesses du second volume.

Vestron : you gonna (re)love paperbacks

Il ne s’agissait pas pour l’auteur de ces lignes de vanter les éditions estampillées Vestron mais de revenir brièvement sur leur qualité assez unique. L’éditeur ne s’en cache pas, on le note d’ailleurs sur le site : « Les albums Vestron sont des « Paperbacks » : des livres à couverture souple, au format unique. Vestron utilise des papiers de qualité supérieure et applique à ses couvertures des finitions spéciales pour en faire des objets agréables à toucher et à lire. » On a pu lire un commentaire sur la page Facebook de l’éditeur qui revenait sur la fragilité de ce type d’édition. Oui il y a une forme de fragilité. Un softcover peut s’écorner et être marqué plus facilement qu’un hardcover. Mais cette dégradation naturelle pour tout lecteur et ce format unique nous ramènent au contenu : de la SF pop, gore, fun, à lire ici, relire là-bas, et donc user passionnément.

aliens-defiance-brian-wood-tomes-volumes-1-et-2-visuel-cover-vestron-edition-editeur

ALIENS : Defiance – Tome 1 – 144 pages – sorti en Décembre 2019 – Tome 2 – 144 pages – sorti en Mars 2020 – Couleur – Vestron (éditions) – Prix unitaire : 17,95€

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

« Ryukyu Buccaneer » : la faim, puis l’or

Un garçon qui volait des bentos pour nourrir sa mère se retrouve pris dans une chasse au trésor où chacun avance masqué. Rainy Kamitsuki et Nau Doi situent leur aventure dans les Ryukyu du XIXᵉ siècle, au bord d’un monde qui vacille. C'est à découvrir aux éditions Glénat.

« Dragon Ball SD » : la saga des cyborgs, avec quelques grains de folie

Le tome 12 reprend le fil des androïdes et de Cell, mais s’autorise des sorties de route savoureuses : conseils de yoga, leçon sur les cigales et personnages qui commentent occasionnellement leur propre manga.

L’Insensé – Ça va Francis ?

« Après tout, une œuvre n’est qu’une obsession que l’on structure. »