« L’Essence de la Comédie » : exploration du rire

Dans L’Essence de la comédie, Yves Lavandier passe de la théorie à l’examen pratique et nous guide à travers le labyrinthe complexe de mécanismes comiques. L’auteur nous offre une cartographie détaillée du rire. Essai analytique, guide méthodologique, encyclopédie non exhaustive du comique sur écran, l’ouvrage, paru aux éditions Les Impressions nouvelles, est passionnant à plus d’un titre.

Imaginez un banquet de la comédie, où chaque mets servi révélerait un ressort du genre. En bon chef, Yves Lavandier vous laisse goûter à tous les plats et vous emmène ensuite dans les arrière-cuisines, pour mieux vous pencher sur les ingrédients, leur assaisonnement, leur cuisson.

Avec rigueur et acuité, et force exemples, L’Essence de la comédie détaille les grands principes du comique. On découvre ainsi comment le décalage, l’échec et l’absurde contribuent à la vivacité de la comédie. L’auteur décortique non seulement les échecs sérieux, mais aussi les échecs comiques. Il se penche sur les personnages, les enjeux, les objectifs, les arènes, les obstacles, tout ce qui constitue l’étoffe du scénario et qui peut s’investir de cette légèreté typique de la comédie.

L’Essence de la comédie n’est pas un essai abstrait ; il comporte une dimension pratique évidente. Yves Lavandier traite par exemple des pièges courants de la comédie, comme les successions de sketches ou la tendance à « surjouer », qui peuvent prendre le pas sur une structure bien charpentée et des personnages finement caractérisés. Il ne craint pas de voir la comédie s’hybrider avec d’autres genres, rappelant notamment l’ouverture dramatique de Certains l’aiment chaud ou le contexte tragique de La vie est belle.

L’auteur, lui-même script doctor, revient sur de nombreux personnages, parmi lesquels Michael Scott (The Office) pour son aveuglement ou Chandler Bing (Friends) pour ses sarcasmes, deux ressorts comiques éprouvés. Ce qui crée l’humour peut prendre différentes formes : le détournement, l’échec, l’absurde, le pathétique, le contraste, la répétition, la situation. Yves Lavandier déconstruit patiemment le genre, dans un style didactique et très engageant. Il évoque pêle-mêle l’ironie dramatique, le rire qui anesthésie l’émotion (quand Phoebe retrouve son père dans Friends) ou l’excès de réalisme qui peut choquer (le viol dans C’est arrivé près de chez vous).

Son livre, dont il est difficile de synthétiser l’imposant corpus, se clôt par cinq analyses dramaturgiques (dont Le Pigeon et Le Dîner de cons) et un long entretien avec Francis Veber, véritable chantre de la comédie s’il en est. Cet échange s’inscrit pleinement dans la logique du livre, en questionnant la manière dont s’articulent les effets comiques à l’écran, visuels, déclamatoires ou encore de caractère.

L’ouvrage d’Yves Lavandier s’impose sans nul doute comme une référence pour qui entend décrypter la comédie et ses mécanismes. Jamais empesé, rendu clair par des exemples concrets, plus léger que professoral, passant volontiers d’Henri Bergson aux Monty Python ou à Woody Allen, il problématise avec soin ce qui constitue l’étoffe de la comédie.

L’Essence de la comédie, Yves Lavandier
Les Impressions nouvelles, octobre 2023, 552 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.

Léa Lahannier dans les entrailles du cinéma d’horreur français

Avec "Au bord de l’abîme : où en est le cinéma d’horreur français ?", Léa Lahannier entreprend un état des lieux du genre horrifique hexagonal. Elle en exhume la mémoire cinématographique, les motifs, les contradictions et les métamorphoses. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.