Godspeed, un film de Chung Mong-hong en Blu-ray chez Spectrum Films

Retour sur Godspeed, comédie noire et dramatique réalisée par le taïwanais Chung Mong-hong. Le long métrage, qui croise les destins de malfrats de seconde zone et d’un chauffeur de taxi usé par la vie, est disponible dans une édition soignée chez Spectrum Films.

Synopsis : Na Dow gagne sa vie de petits larcins pour le compte du chef mafieux, Da Bao. Lors d’un voyage, il engage Old Xu, un chauffeur de taxi expatrié de Hong Kong pour le conduire de Taipei au sud de Taiwan, afin de livrer la drogue. Ces deux gentils vauriens vont se retrouver au milieu de bandes de gangsters rivaux et corrompus.

Godspeed : malfrats, spleen et distanciation 

Godspeed a beau être considéré comme une comédie noire, il ressort de son expérience une forte mélancolie. Un sentiment qui est parfois ponctué par quelques rares sourires et surtout bousculé par une forme d’ennui face au manque de subtilité de son propos. À travers les parcours de ses malfrats de seconde zone (il s’agit d’une branche très basse d’une conséquente hiérarchie qui trempe dans le trafic de drogue) et d’un chauffeur de taxi fatigué par son quotidien « merdique » qu’il subit depuis plus de vingt ans, le long métrage surexpose ses réflexions existentielles à coup de longs plans silencieux sur des regards perdus, des paysages vides de vie, des corps usés, meurtris mais toujours en retenue, le tout sur-explicité par des dialogues trop peu subtils pour sembler anodins et du verbiage trop direct au point de neutraliser toute interprétation ou réflexion spectatorielle.

Godspeed tient ainsi d’un à-plat cinématographique. Tout est dit ou presque, ainsi rien est à traduire spectatoriellement parlant, soit émotionnellement, mentalement et spirituellement. Cette sensation de platitude filmique tient probablement de la mise en scène et de son rapport aux motifs du genre. Une introduction directe avec un personnage dans une situation dangereuse et sa voix-off qui va nous expliquer le comment du pourquoi, la torture d’un traître, l’engagement d’un homme de main avec un processus très secret, et d’autres motifs sont identifiables. Toutefois, la mise en scène de Chung Mong-hong propose – comme beaucoup de films de genre réalisés par des auteurs conscients de l’être – un point de vue distancié. Ce phénomène de distanciation du regard sur son sujet dans un long métrage de genre se manifeste par un manque d’engagement émotionnel – donc d’investissement du point de vue d’un personnage – et par la surexposition dialoguée et/ou visuelle de réflexions philosophico-de-bistrot. Ces dernières sur-réfléchissant le parcours de ses personnages et, par ce biais, les motifs du film, le genre dont il est censé faire battre le cœur le temps d’une séance, et puis l’Art avec un grand « A » et enfin la « Vie, la vraie ». Only God Forgives, Dragged Across Concrete et Mandy en sont autant d’exemples. Notons que selon la spécialiste du cinéma Taïwanais Wafa Ghermani, l’introduction du film rend hommage au film de Nicolas Winding Refn.

On peut néanmoins nuancer dans le cas de Godspeed. En effet, l’expérience mélancolique qui ressort de l’ensemble semble mettre en lumière l’accord du cinéaste avec le mal-être de ses personnages. On pense notamment aux plus réussis, soit les plus cohérents, compréhensibles et donc émouvants malgré la distanciation cinématographique, ceux du chauffeur de taxi campé par un Michael Hui formidable et son jeune client (visibles dans l’image de couverture de l’article). Ce qui est, en plus d’une imagerie soignée, déjà ça à prendre.

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Attention, on va parler existentialisme en discutant de façon anodine d’un canapé resté sous blister.
Godspeed – Spectrum Films

Une édition Blu-ray soignée chez Spectrum Films

godspeed-chung-mong-hong-visuel-de-l-edition-blu-ray-dvd-spectrum-filmsSpectrum Films délivre ici une formidable édition tant au niveau de la présentation du film que de ses compléments. Il y a en effet peu à redire du côté du métrage. Couleurs nuancées, contrastes puissants et détails sont au rendez-vous. On pourrait juste regretter un défaut ponctuel de gestion des tons sombres. Ceci a pu être relevé lorsque des zones plus ou moins sombres de l’image sont tout à coup devenues lumineuses et granuleuses. Enfin la piste sonore DTS-HD 5.1 en langue originale (le Mandarin) est excellente.

L’expérience du film est à compléter avec un peu plus de deux heures et quinze minutes de bonus présentés en haute définition. Wafa Ghermani, spécialiste du cinéma Taïwanais, présente en treize intéressantes minutes le film, ses influences, le travail de troupe du réalisateur et sa place dans la carrière du cinéaste. Panos Kotzathanasis, auteur sur le site Asia Movie Pulse, revient le temps de sept bonnes minutes sur le récit du film, la représentation très pragmatique du gangster ou l’expérience de la futilité par chacun des personnages au fur et à mesure du récit. Vient ensuite un grandiose entretien exclusif de vingt-cinq minutes avec l’ancien grand acteur comique, Michael Hui, ici dans son premier grand rôle dramatique. Ce dernier revient sur ses débuts, ses inspirations, la manière dont il a été approché pour Godspeed, son tournage en mandarin – une langue qu’il ne parle pas régulièrement et qui a posé problème sur le tournage –, son approche universaliste de la comédie, de certains personnages du film ou encore de son manque d’enthousiasme pour de nombreux scénarios de comédie. Le riche making of d’une heure, nommé Guide officiel de Godspeed, accompagné par une voix-off, devrait ravir les fans du film et aussi intéresser les cinéphiles avec entre autres la présentation du pragmatisme taïwanais qui doit œuvrer avec un faible budget. Arrivent enfin trente minutes de scènes coupées et la bande-annonce du long métrage.

Spectrum Films livre ainsi une riche édition pour le film de Chung Mong-Hong qui devrait ravir les adaptes de home-cinema ainsi que les cinéphages en quête de nombreux compléments pertinents.

Bande-annonce – Godspeed, un film de Chung Mong-hong

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray – Godspeed

1080 24p – MPEG-4 AVC – 2.35:1 – 16/9 – langue : Mandarin DTS-HD Master Audio 5.1 – sous-titres français – Taiwan – 2016

COMPLÉMENTS

Présentation du film (13 min 32s)
Interview exclusive de Michael Hui (24 min 59s)
Avant-propos de Panos Kotzathanasis (7 min 31s)
Making-of (58 min 46s)
Scènes coupées (29 min 51s)
Bande-annonce (1 min 27s)

Date de sortie : 18 février 2020 – Prix indicatif public : 20,00€

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4.5

Festival

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