Always – Pour toujours de Steven Spielberg : Comme un avion sans ailes

Rares sont les réalisateurs pouvant se vanter de n’avoir fait que des grands films. Fort d’une carrière de près de 30 longs-métrages, l’immense Steven Spielberg ne fait pas exception à la règle. Si un Steven moyen (Lincoln, Le Monde Perdu) voire mauvais (Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal) vaut nombre d’autres métrages, il est pourtant difficile de sauver Always, le vilain petit canard.

Always – Pour toujours est un remake de Un nommé Joe de Victor Fleming (Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent). Sorti en 1943, avec – excusez du peu – Dalton Trumbo au scénario, Un nommé Joe conte l’histoire d’un pilote américain tête brûlée qui meurt lors d’une mission durant la seconde guerre mondiale. Désormais fantomatique, il devient l’ange gardien d’un jeune pilote tout en observant la femme qu’il aime…tomber amoureuse de ce pilote !

C’est sur le tournage des Dents de la Mer que Steven Spielberg et Richard Dreyfuss échangent sur ce film qu’ils adorent. Nait alors l’envie commune d’en faire un remake, avec Dreyfuss dans le rôle titre, qui se concrétisera 20 ans plus tard, en 1989. Ce à une époque où Spielberg est incontournable de l’industrie, par ses succès et ses nombreuses productions mainstream, mais où il s’affirme également sur des projets plus risqués (La Couleur Pourpre, L’Empire du Soleil). Au sortir de cette décennie très chargée, revenir à Always apparait dès lors comme une récréation très personnelle, un gentil caprice à 30 millions. Et qui peut refuser quelque chose au King en 1989 ?

Sur le papier, le projet semble d’ailleurs taillé pour Spielberg. Remake (son seul) d’un film qu’il adore, postulat entre fantastique et émotion mais surtout la présence de gros navions, une des obsessions les plus larvées de son auteur.

Kamikaze américain dans 1941, socle des rêves d’un enfant dans L’Empire du Soleil, phobie du héros de Hook, faux métier de Abagnale dans Arrête-moi si tu peux sans oublier appel de l’aventure dans Indiana Jones ou Tintin, l’univers de l’aviation tient une place à part chez Spielberg. Ce depuis ses lectures de jeunesse, notamment les comics de guerre.

Always aurait d’ailleurs pu s’inscrire dans le contexte de l’original mais transpose finalement l’intrigue de nos jours chez les pompiers de l’air. L’occasion pour Spielberg de déployer son talent dans des séquences d’incendies impressionnantes et millimétrées. En l’absence de CGI, Always  force d’ailleurs le respect quant à la gestion technique de ces plans aériens ou impliquant des avions en manœuvre. On note même pour l’époque quelques audaces comme cette caméra portée hyper dynamique suivant les pompiers au sol bien avant que McTiernan n’utilise cette forme (aujourd’hui usitée ad nauseum) dans Une Journée en Enfer.

Mais vous me direz alors, en quoi Always est mauvais ?

Vous le savez sans doute, nos chaines télé regorgent l’après-midi de téléfilms irregardables conçus pour une audience peu exigeante. Quand ces derniers ne racontent pas l’histoire d’amour entre une workhaolic et le père Noël, ou le combat d’une mère pour son fils autiste, on peut trouver des choses comme Always. Grosso-modo, des histoires à faire pleurer Margot, à base d’êtres aimés en phase terminale ou déjà décédés et de comment c’est triste, comment c’est dur… Bref, tout ce qu’il faut pour que la ménagère avale ses cachetons dans son plaid avec les yeux bouffis au milieu des Kleenex.

Always, c’est ce même genre de téléfilm, mais sur deux heures (sic) avec pour seule plus value d’être filmé par Spielberg. Ce qui en soi pourrait effectivement suffire à réhausser le bouzin mais non. Car Always est tout bonnement soporifique enfilant les passages obligés vers une fin complètement attendue. Ce sans péripéties, sans enjeux, sans conflits (du moins véritablement écrits) mais aussi sans charme compensatoire. Le spectral Richard Dreyfuss à beau nous affubler de son sourire le plus sympathique, son personnage crâneur ne l’est pas vraiment (ni intéressant d’ailleurs). Idem pour les bons John Goodman, Holly Hunter et Audrey Hepburn dont la performance en Ange Gabriel new-age sera, bien malheureusement, la dernière prestation. Mais encore ici parlons nous de vrais acteurs…

Puisque il reste un personnage, le plus horripilant de tous : Ted Baker, le jeune pilote protègé par Dreyfuss. Ce bellâtre au charisme d’endive est probablement le personnage le moins intéressant de la planète. Mais quand, en plus il est incarné par Brad Johnson, anomalie de vidéoclub dont la présence au casting est un mystère (ou une arnaque savante), on tient une vraie performance d’enclume. Littéralement puisque suivre son parcours durant une heure, où il plante des avions et dragouille sans le savoir la nana de son ange gardien, tient du lourd calvaire. On se fout de ce personnage (des autres aussi mais de lui surtout), on veut le voir disparaitre très vite mais on nous l’impose en simili-naïf maladroit au grand coeur avant de le transformer, de façon peu crédible, en nouveau Maverick.

Est-ce que tout est donc à jeter dans Always ? Non bien évidement puisque Always reste la preuve que même avec un script fade et inintéressant, Spielberg est cependant un puissant créateur d’images. On parlait des séquences d’incendie mais on peut aussi souligner un traitement intéressant de la figure fantomatique (en présence / absence) ainsi que quelques séquences d’émotion réussies. On pense notamment au moment où Goodman vient récupérer Hunter dans sa chambre ou de ce plan-séquence final de Dreyfuss parlant à Hunter qui s’avère le seul grand moment d’acting du film.

On notera également que même dans ses films les moins convaincants (Indiana Jones 4 le confirmera), Spielberg dispose d’un nez incroyable pour la tendance de l’époque. En effet, moins d’un an après sortira Ghost de David Zucker, gros carton à l’histoire similaire qui engendrera quantité de films, séries et téléfilms dans cette veine « fantômes et calins ».

Ça console mais ne vous oblige certainement pas à découvrir ce film quelque peu oublié de Spielberg (coincé entre Indiana Jones 3, Hook et Jurassic Park), anomalie téléfilmesque qui viendra à bout même des plus grands fans du réalisateur. Et on vous dit ça en sachant très bien qu’Indiana Jones 4, c’est nul.

Always – Pour toujours : Trailer

Synopsis : Un as des « pompiers volants », Pete Sandich, pilote d’élite et casse-cou invétéré accepte, de devenir un « rampant » sur les instances de sa compagne. Il s’envole pour une ultime mission dont il ne reviendra pas. Quelques mois plus tard, il se réveille dans une foret carbonisée ou l’attend une femme tout de blanc vêtue. Cette bonne fée le renvoie sur terre… « Always est l’histoire d’une passion. Il parle de la vie, de l’amour, de l’influence posthume des êtres que nous avons aimés. L’idylle de Pete et Dorinda se situe à la fois dans le présent et l’au-delà. »

Always – Pour toujours : Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénariste : Chandler Sprague, David Boehm, Dalton Trumbo, Frederik Hazlitt Brennan, Jerry Belson
Distribution : Richard Dreyfuss, Holly Hunter, Audrey Hepburn, Brad Johnson, John Goodman, Roberts Blossom, Marg Helgenberger, Keith David…
Directeur de la photographie : Mikael Salomon
Monteur : Michael Kahn
Conception générique : Joe Johnston
Compositeur : John Williams
Production : Universal Pictures
Genres Romance, Fantastique
Durée : 2h 04min
Date de sortie 14 mars 1990

 Etats-Unis – 1990

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