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Mon parrain la bonne fée (Somewhere, over the rainbow)

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Sorti de façon relativement discrète en France, ce roman graphique dû aux Américains Robert Mailer Anderson (scénario) et Jon Sack (dessin), s’avère d’excellente facture. Son argument principal : la vie de deux hommes gays s’occupant de l’éducation d’une orpheline. Pas trop vendeur ?

Billie est une jeune Américaine de 15-16 ans. Elle vient de perdre ses parents dans un accident de voiture. Or, surprise pour son oncle Hank et sa tante Olympe, par testament les parents de Billie ont demandé à ce que leur fille soit recueillie par leur ami Adam, look de quinquagénaire aux cheveux qui commencent à grisonner. Adam habite à Liberal (un lieu dont le choix ne doit rien au hasard) dans le Kansas, alors que Billie vient d’Austin dans le Texas, véhiculée par son oncle et sa tante qui pestent contre ce fichu testament, car ils savent pertinemment qu’ils constituent la seule famille de Billie. Mais la jeune fille est aussi ravie de retrouver Adam – son parrain – que d’échapper à Olympe et Hank qui représentent à ses yeux l’obscurantisme de l’époque. Elle n’ignore pas l’homosexualité d’Adam et l’accepte très naturellement, au point de suggérer ouvertement que son ami Steven vienne s’installer avec Adam et même qu’ils se marient. Il faut également savoir qu’Adam et Steven tiennent un cinéma à Liberal et que la ville est connue comme étant celle de Dorothée, personnage emblématique du film Le magicien d’Oz (Victor Fleming – 1939).

Diversité des thèmes abordés

Cet album relativement épais (144 pages) tourne essentiellement autour de la façon dont deux hommes ouvertement gays peuvent vivre aujourd’hui dans une ville de moyenne importance aux États-Unis, tout en évoquant la vie d’une jeune lycéenne qui se cherche, avec notamment ses premiers émois amoureux. Considérer que ce roman graphique vise avant tout un public LGBTQ+ serait à mon avis extrêmement réducteur. En effet, il confronte la génération des adolescents d’aujourd’hui en gros avec celle de leurs parents, tout en dégageant un charme et une justesse de ton qui le rendent, selon mon ressenti, particulièrement attrayant. En effet nombre de lecteurs-lectrices pourront s’identifier à l’un ou l’autre des personnages ou bien reconnaître en certains des traits de caractère ou de comportement de personnes de leur entourage. Bien entendu, il évoque aussi le cinéma classique de façon séduisante, sous-entendant au passage que la réception d’un film en salle est incomparable avec tous les autres moyens de diffusion.

Adam et Billie

Ce que vit Billie serait finalement assez classique voire logique, si Adam n’était pas homo et faisait son possible pour faire reconnaître les droits des gays, lesbiennes, transgenres et autres. Avec Billie vivant sous son toit, voilà Adam confronté à une situation imprévue, pour laquelle il n’était pas préparé, bien qu’il souhaite s’en acquitter de son mieux. On le voit donc fixer des limites à Billie, l’écouter lorsqu’il sent un mal être chez elle, etc. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer maladroit et de provoquer la colère de Billie par une interdiction qu’elle ressent d’autant plus injuste qu’il n’a pas cherché à savoir pourquoi elle s’était mise à la faute. Pour Billie, c’est d’autant plus insupportable qu’elle est désormais amoureuse. Le scénario s’avère d’une grande finesse pour évoquer la sensibilité d’une jeune adolescente confrontée aux risques de malentendus qui peuvent gâcher une romance encore fragile. Le petit reproche que j’adresserai à cette BD, c’est de faire d’Adam quelqu’un de trop correct finalement (mis à part le « défaut » que beaucoup lui trouveront, à savoir d’être homo), qui va pouvoir rattraper une décision trop dure grâce à un heureux concours de circonstances. Cela justifie le titre et amène à penser que des personnes comme Adam, on aimerait en compter parmi nos amis. Sinon, le scénario montre la bêtise ambiante provoquant des comportements homophobes primaires et comment la jeune génération réussit à s’en défaire progressivement, ce qui fait plaisir à voir. Parce que, bien évidemment, l’homophobie trouve un terreau avant tout familial pour se propager, avant de proliférer sur des relations de voisinage. L’album montre avec justesse le poids des discussions, aussi bien entre adolescents dans et en dehors du lycée, mais aussi en famille et dans les différents cercles sociaux de la ville.

Les références cinématographiques

Elles sont nombreuses, avec les affiches qui décorent l’habitation d’Adam, les multiples films que lui-même évoque et ceux qui passent dans son cinéma, le Starlite, dont celui que Billie choisit de montrer aux lycéens qu’elle invite, Trash (Paul Morrissey – 1970), produit par Andy Warhol (le titre en dit long), celui qu’elle visionne dans la salle quasiment vide dans un moment d’abattement (probablement Pretty in pink (Howard Deutch – 1986) qui fait écho à ce qui lui arrive) dont une image en arrière-plan de l’illustration de couverture nous donne une idée, ainsi que ceux dont des extraits sont cités.

Où on comprend pourquoi le personnage principal s’appelle Billie

Les interventions du frère d’une lycéenne, qui intervient sans se soucier de l’opportunité de ce qu’il fait, pour chanter à tue-tête sans prévenir, permettent aux auteurs de glisser des paroles de chansons qui leur tiennent à cœur, avec notamment des références à Billie Holliday (I’ll be seeing you), Duran Duran (Hungry like the Wolf), George Michael (Faith), Judy Garland (Follow the Yellow Brick Road et Somewhere over the rainbow), Beastie Boys (Fight for your rights). Ces références sont citées en fin d’album, sur une page où on trouve également des précisions sur deux mots à tendance argotique. Tout cela pour dire que, bien étudié, l’album ne se contente pas d’une histoire agréable. Le dessin est une vraie réussite avec un trait bien léché et une utilisation des ombres qui rappelle fortement le style de Charles Burns. Ceci dit, l’admiration du dessinateur va vers de nombreux dessinateurs, comme Daniel Clowes, Tomine, Hernandez, Toth, Romita Sr, Robert Crumb, Joe Sacco (qu’il cite plus particulièrement), Chris Ware, Hergé, Elenor Davis, Marjane Satrapi, etc. Cette liste provient de ce qu’il dit dans un entretien avec les auteurs, texte qui figure en fin d’album et qui permet d’en savoir plus sur leurs parcours, leurs intentions, leur façon de travailler et leurs personnalités (4 pages particulièrement instructives et enrichissantes). Chaque planche est un régal pour les yeux, grâce au choix des couleurs, une organisation générale impeccable, avec notamment quelques dessins grand format qui contribuent largement à l’ambiance générale en aérant l’ensemble. Le format de base est de quatre bandes par planche pour des vignettes quasiment carrées, mais avec de nombreuses variations et une organisation qui monte parfois à cinq bandes par planche qui permet de placer tous les détails qui comptent et de faire sentir la psychologie et la personnalité des personnages principaux, notamment Billie, Adam et Steven, ce dernier ayant une position légèrement différente de celle de son compagnon, ce qui lui permet de placer quelques vannes pour détendre l’atmosphère, même si Adam le trouve parfois un peu lourd. On n’est donc clairement pas dans un album de BD pour adolescents ou pour un public gay.

Mon parrain la bonne fée, Robert Mailer Anderson (scénario) et Jon Sack (dessin)
Komics initiative : paru (France) le 8 décembre 2023

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« Lawmen of the West » : loi et violence dans l’Ouest sauvage

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Lawmen of the West, dirigé par Tiburce Oger, est le dernier volet en date d’une série d’anthologies graphiques retraçant l’histoire tumultueuse du Far West américain. À travers quatorze récits authentiques, cet album nous plonge dans l’univers brutal de ceux qui ont tenté d’imposer la loi dans une terre hostile où justice rimait souvent avec violence. 

Les Minutemen étaient à l’origine des miliciens civils organisés pour protéger à la hâte les Treize colonies. Ils devaient réagir prestement et repousser l’ennemi. Dans un récit dessiné par Ronan Toulhoat, on suit un milicien de l’Illinois combattant les Indiens armés par les Britanniques après la guerre d’Indépendance. Ces premières figures de l’autorité émergent bien avant que les États-Unis ne forment des institutions de justice structurées. Ils agissent dans un climat de méfiance extrême, caractérisé par des affrontements sanglants et des alliances opportunistes, comme le conte très bien Tiburce Oger. Dans « La Bataille de Walker’s Creek », illustré par Alain Mounier, le scénariste introduit toutefois un nouveau protagoniste, et non des moindres : l’arme à cinq coups, qui permet de décimer les assaillants, dans un contexte où les villages sont attaqués par les Comanches et les femmes, kidnappées et agressées.

Certains hommes de loi dans Lawmen of the West incarnent la frontière ténue entre la justice et la corruption. Le shérif Henry Plummer, par exemple, ou le Capitaine Williams, symbole de l’Idaho corrompu dans « Les Innocents », croqué par Jef. Leurs récits montrent combien la distinction entre criminels et représentants de l’ordre était parfois floue. A contrario, le juge Isaac Parker, dit « le juge qui pend », appliquait les règles à la lettre : bien qu’opposé à la peine capitale, il condamne néanmoins à mort de nombreux criminels, dans l’espoir vain instaurer un semblant de sécurité dans ces régions reculées. Comme toujours dans l’Ouest, les gestes et les paroles, les intentions et les conséquences peuvent et doivent être questionnés. Dans « Le Chasseur », Tiburce Oger et Chris Regnault narrent par exemple la traque des déserteurs, en mettant en vignettes un homme agissant sous cape mais ne soupçonnant pas à qui il a affaire. 

La diversité graphique de Lawmen of the West est l’une de ses forces majeures. Avec des artistes venant d’horizons différents, chaque histoire adopte un style visuel distinct tout en maintenant une réelle homogénéité narrative. Le lecteur est invariablement immergé dans une atmosphère crépusculaire, où chaque planche peut finir saturée de poussière et de sang. Le réalisme historique des dessins passe quant à lui par la représentation des armes et des vêtements de l’époque, en plus de la documentation qui entoure les personnages et les décors. Ainsi, de « Tête sèche et os sanglants », qui met en scène les chasseurs d’esclaves à New York, au « Complot de Baltimore », qui relate un attentat visant Lincoln déjoué par l’agence Pinkerton, l’Ouest apparaît tel qu’il est : sauvage, hostile, mû par des intérêts contraires, traversé de violence.

Avec Lawmen of the West, Tiburce Oger nous offre une nouvelle fresque captivante et réaliste de la conquête de l’Ouest américain, marquée par l’ambiguïté morale des hommes de loi. Malgré le format court de chaque histoire, l’œuvre parvient à donner une certaine profondeur à ses personnages et complète avec brio une anthologie des « hommes de l’Ouest » comprenant déjà Go West Young Man et Indians!. Les amateurs de western y trouveront un éclairage inédit sur une époque où la justice était autant un idéal qu’un outil de domination.

Lawmen of the West, ouvrage collectif dirigé par Tiburce Oger
Bamboo, novembre 2024, 120 pages

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« Wes Anderson, la totale » : un architecte du cinéma contemporain

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Wes Anderson est un réalisateur singulier, dont le style inimitable implique un alliage subtil entre nostalgie et modernité. Dans Wes Anderson, la totale, paru aux éditions EPA, Christophe Narbonne explore les aspects fondamentaux de l’œuvre du cinéaste texan. L’homme est à la fois l’architecte d’un cinéma hyper-stylisé et un auteur profondément influencé par ses expériences personnelles, ses collaborations fidèles et ses sources d’inspiration variées, dont la littérature et la France. 

Wes Anderson est souvent décrit comme un réalisateur « anti-moderne », en ce sens qu’il puise dans un répertoire d’influences classiques et privilégie une approche artisanale (dont le stop motion), même au sein d’une industrie dominée par le numérique. Dès son premier film, Bottle Rocket, tourné dans les années 1990, il s’entoure d’une équipe de proches, parmi lesquels les frères Owen et Luke Wilson. Cette approche collaborative devient une marque de fabrique pour le cinéaste, qui promeut la constance et la confiance au sein de sa troupe. Ses collaborateurs récurrents, comme le coscénariste Noah Baumbach ou l’acteur Bill Murray, deviennent des éléments moteurs de son cinéma, contribuant à donner vie à un univers à la fois cohérent et intime. Ce réseau de fidèles, combiné au refus quasi systématique des interviews, confère d’ailleurs à Wes Anderson une image de créateur indépendant et réservé, assez peu soucieux des conventions médiatiques. 

La symétrie, élément central de l’esthétique du cinéaste, prend racine dans un désir d’organisation et de maîtrise du chaos visuel. Cette rigueur géométrique, qui s’observe dès Rushmore, donne à ses films une structure visuelle singulière où chaque détail est minutieusement pensé. L’utilisation de cadres parfaitement équilibrés, d’axes centraux et de compositions à la limite de l’obsessionnel crée un sentiment d’ordre rassurant au sein de récits souvent marqués par des personnages chaotiques ou en quête de stabilité. Mais au-delà de l’esthétique, le cinéma andersonien est profondément influencé par des expériences autobiographiques, notamment le divorce de ses parents. Cela s’exprime dans une vision désenchantée de la famille, récurrente dans des films comme La Famille Tenenbaum ou À bord du Darjeeling Limited. Les personnages parentaux de Wes Anderson oscillent entre l’absence, la défaillance et l’égocentrisme, laissant souvent leurs enfants affronter seuls les épreuves de la vie. 

Des enfants, précisément, il est beaucoup question dans Wes Anderson, la totale. Comme Max Fischer dans Rushmore ou les protagonistes de Moonrise Kingdom, ils sont des êtres dotés d’une intelligence précoce, confrontés à des réalités d’adultes avec une indépendance parfois douloureuse. La thématique de l’abandon et du désenchantement, qui trouve des échos dans la littérature de J.D. Salinger, installe une ambivalence dans son cinéma, où l’enfance se vit autant comme un paradis perdu que comme un fardeau mâtiné d’amertume. Cette dualité, insérée dans des décors minutieusement stylisés, renforce la dimension douce-amère de son œuvre, un peu comme les tyrans-mentors étudiés dans l’ouvrage.

Par ailleurs, l’auteur rappelle que le cinéma de Wes Anderson est une véritable mosaïque d’influences, où se croisent la littérature de Stefan Zweig, le savoir-faire d’Orson Welles ou Akira Kurosawa, ainsi que la Nouvelle vague française. L’auteur viennois a ainsi inspiré The Grand Budapest Hotel, œuvre nostalgique s’il en est. Dans le registre cinématographique, Wes Anderson exprime son admiration pour des réalisateurs comme Hitchcock et Scorsese, mais c’est Hal Ashby, réalisateur d’Harold et Maude, qui le marque plus particulièrement. Par ailleurs, la littérature jeunesse de Roald Dahl, notamment Fantastic Mr. Fox, nourrit également son style avec ses héros qui défient l’autorité tout en explorant des thèmes de solidarité et de sacrifice. 

Wes Anderson s’est affirmé au fil de ses réalisations comme un cinéaste dont l’œuvre s’articule autour de la famille, du contrôle visuel et de la nostalgie. Son style, immédiatement reconnaissable, accueille des personnages complexes, parfois ambivalents, qui ont peu à peu suscité l’intérêt du public et des studios. Car Wes Anderson, la totale revient aussi longuement sur la production et la réception des films du Texan. De Touchstone Pictures aux droits acquis de Fantastic Mr. Fox, des castings d’enfants comédiens à travers le pays aux échecs commerciaux tels que Bottle Rocket, Christophe Narbonne raconte par le menu comment s’est construite la carrière d’un cinéaste qui a su faire preuve d’un contrôle méticuleux sur chaque aspect de ses films et y intégrer avec harmonie ses influences littéraires et personnelles. 

Wes Anderson est un passeur, un artiste qui, par son amour du vintage et de l’organisation formelle, nous invite à explorer les zones d’ombre de l’âme humaine à travers un prisme esthétique où chaque image devient un tableau, et chaque histoire, une exploration du passé. Ce volume, en passant en revue sa filmographie, ses parties prenantes et ses tropes, permet d’en prendre la pleine mesure. 

Wes Anderson, la totale, Christophe Narbonne
EPA, octobre 2024, 288 pages

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4.5

« Tchesmé » : chronique de guerre

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Avec Tchesmé, Jean-Yves Delitte revisite l’une des plus grandes batailles navales du XVIIIe siècle, mettant en lumière l’imprévisible défaite ottomane face à la flotte russe. L’auteur décrit les rouages d’une guerre inattendue, marquée par des alliances précaires, des stratégies complexes et une surprenante maîtrise maritime russe. 

La guerre russo-ottomane qui éclate en 1768 n’est pas le fruit d’une volonté belliqueuse des protagonistes, mais le résultat d’un enchaînement complexe de tensions géopolitiques. Depuis la guerre de Sept Ans, la Russie de Catherine II nourrit un rêve d’expansion vers la mer Noire, toujours sous domination ottomane. Cependant, le royaume polonais, en proie à de violents conflits internes, accapare l’attention russe, reléguant temporairement les ambitions méridionales de la tsarine. L’étincelle de cette guerre surgit lorsqu’un groupe de cosaques ukrainiens, sous la coupe de la Russie, pille une ville ottomane. Considéré comme un casus belli par la Turquie de Mustafa III, cet incident déclenche une guerre que ni les Ottomans ni les Russes n’avaient planifiée. En choisissant de s’appuyer sur cet acte isolé, Jean-Yves Delitte illustre les conséquences souvent disproportionnées d’événements anecdotiques, un thème cher aux historiens qui voient dans cette bataille l’effet d’un « battement d’ailes de papillon ».

Dans Tchesmé, Jean-Yves Delitte montre les tactiques militaires adoptées par les deux puissances. Les Russes, sous les ordres de la tsarine Catherine II, peinent à maintenir un blocus efficace en mer Égée. Chaque tentative de confrontation se solde par une fuite des forces ottomanes, qui préfèrent éviter l’affrontement direct. Cependant, cette stratégie ottomane d’attente est compromise lorsqu’ils se retrouvent acculés dans un chenal, face à une flotte russe résolue et prête à en découdre. La bataille de Tchesmé, qui éclate en juillet 1770, prend alors l’allure d’une lutte désespérée pour les Ottomans. Les Russes, malgré leur infériorité numérique, réussissent à anéantir une flotte ottomane bien plus puissante grâce à des tactiques d’attaque audacieuses et l’utilisation stratégique de brûlots. Delitte met en scène cette confrontation avec réalisme et ce qu’il faut de spectacle.

Par les yeux d’un officier, le lecteur découvre les conditions de vie éprouvantes à bord, les craintes et les espoirs des marins et l’horreur des combats en mer. Ce choix narratif permet d’humaniser le récit et de rappeler que derrière les chiffres des batailles se cachent des destins individuels, en prise directe avec des événements décidés par d’autres. L’impact émotionnel des scènes est accentué par la précision graphique de Jean-Yves Delitte, dont le savoir-faire n’est plus à démontrer. Peintre officiel de la Marine belge, il déploie dans Tchesmé un souci du détail qui confère à l’œuvre une authenticité rare. 

En explorant les enjeux stratégiques et les expériences individuelles de la bataille, il permet au lecteur de saisir les multiples facettes de ce conflit oublié, tout en rendant hommage aux marins et soldats qui en furent les acteurs. L’œuvre de Delitte rappelle que chaque bataille, au-delà des victoires et des défaites, est d’abord une tragédie humaine. C’est finalement tout un pan des relations tumultueuses entre la Russie et l’Empire ottoman qui ressurgit, une rivalité marquée par des ambitions territoriales et des alliances fragiles… Que certains ont payé au prix fort. 

Tchesmé, Jean-Yves Delitte 
Glénat, novembre 2024, 56 pages

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3.5

FIFAM 2024 : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, en présence de l’actrice du film

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Samedi 16 novembre, salle comble pour Vampire humaniste cherche suicidaire consentant au FIFAM 2024 en présence de l’actrice Sara Montpetit. L’occasion d’explorer la sélection consacrée aux vampires du cinéma, versant humour et empathie

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Rencontre avec Sara Montpetit.
Photo Chloé Margueritte

Synopsis : Sasha est une jeune vampire avec un grave problème : elle est trop humaniste pour mordre ! Lorsque ses parents, exaspérés, décident de lui couper les vivres, sa survie est menacée. Heureusement pour elle, Sasha fait la rencontre de Paul, un adolescent solitaire aux comportements suicidaires qui consent à lui offrir sa vie. Ce qui devait être un échange de bons procédés se transforme alors en épopée nocturne durant laquelle les deux nouveaux amis chercheront à réaliser les dernières volontés de Paul avant le lever du soleil.

À l’origine de la rencontre entre Paul, humain suicidaire, et Sasha, vampire humaniste (oui oui!), il y a un manque cruel d’alchimie. C’est en tout cas ce que raconte Sara Montpetit au public du fifam. « Quand je suis sortie du casting, j’étais limite en larmes, je n’avais rien compris au jeu de mon partenaire, mes répliques en réponse aux siennes tombaient toutes à côté« . Pourtant, c’est ce duo que la réalisatrice Ariane Louis-Seize va choisir à l’écran. Il fallait que Paul et Sasha ne soient pas immédiatement attirés l’un par l’autre mais bien que leur rencontre soit une nécessité pour les deux. Sasha parce qu’elle ne veut pas tuer et Paul parce qu’il veut mourir. En réalité, Sasha veut boire du sang – question de survie – mais sans avoir à tuer pour ça et Paul ne veut pas vraiment mourir, il veut ne plus être la cible des autres humains. « On peut projeter ce qu’on veut à propos de cette relation. Ariane imaginait qu’ils allaient partir en coloc après le film…J’aime que l’on ne décrive pas trop ce qu’ils ont comme relation mais qu’on sent qu’il se passe quelque chose ». Tout se joue notamment dans une scène de danse, face caméra, autour d’un vinyle. À la fois proches et totalement dans leurs mondes, Sasha et Paul finissent tout de même par communiquer, du moins entrer en résonance.

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant n’est pas seulement un film drôle, sincère et rafraîchissant, c’est aussi une belle utopie à deux. « Ce personnage veut respecter au plus profond Ses valeurs, mais n’arrive pas à le faire dans le monde dans lequel elle évolue. Puis, elle trouve une personne un peu semblable et à deux ils créent le monde dans lequel ils veulent vivre. C’est quelque chose qui m’a énormément parlé et touchée ». Tout le film joue du décalage entre Sasha et le monde qui l’entoure, dès la scène d’ouverture, une de ses fêtes d’anniversaire. La voilà mélomane et sensible quand elle devrait simplement être sanguinaire.

« Il y a quelques scènes qu’on a bien répétées parce que si pour certains films on n’a pas besoin de répéter et que justement l’improvisation peut être très intéressante, pour celui-là je pense qu’il était nécessaire de maîtriser certaines scènes parce qu’il y a vraiment un timing comique« . À ce jeu-là les acteurs sont tous formidables, Sara Montpetit en tête, qu’on avait déjà pu découvrir dans Falcon Lake (le premier long de Charlotte Lebon) et qu’on pourra prochainement retrouver aux côtés de Monia Chokri (le tournage vient de s’achever). Le film travaille tellement cette veine comique, on pense notamment au récit d’une scène coupée fait par Sara Montpetit où il était question d’un repas entre les vampires et la mère de Paul qui partageaient du sang et un plat de pâtes. Quoi de plus incongru?

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant doit aussi beaucoup à sa BO et à sa mise en scène très stylisée, perdue entre des époques indéfinies. Le film n’a pas à rougir de références récentes telles que Under the skin et Only lovers left alive.

Cinemania 2024 : Le Dossier Maldoror – sombre page de l’histoire belge

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Fabrice du Welz réalise là peut-être son film le plus ambitieux à tous niveaux. Il revient sur l’affaire qui a défrayé la chronique en Belgique durant le milieu des années 90 et qui résonne encore tristement chez tous ceux étant assez adultes pour s’en souvenir. Et si Le Dossier Maldoror ne porte pas l’étiquette « basé sur des faits réels » car il prétend juste s’en inspirer librement, les ressemblances sont frappantes. Documenté, dense et captivant, il joue autant sur l’enquête en elle-même que sur la cacophonie policière qui a entouré cette affaire et ses rebondissements dans les plus hautes sphères. Doté d’une reconstitution impeccable, poisseux à souhait comme l’affaire qu’il illustre, il ne souffre que d’un seul gros hic : l’erreur de casting du rôle principal confié à Anthony Bajon.

Synopsis : Belgique, 1995. La disparition inquiétante de deux jeunes filles bouleverse la population et déclenche une frénésie médiatique sans précédent. Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste, rejoint l’opération secrète « Maldoror » dédiée à la surveillance d’un suspect récidiviste. Confronté aux dysfonctionnements du système policier, il se lance seul dans une chasse à l’homme qui le fait sombrer dans l’obsession.

L’affaire Marc Dutroux… Rien que ce nom frappe les consciences des personnes assez âgées pour le connaitre. Une affaire retentissante aux ramifications tentaculaires aussi bien du côté des différents services de police (et qui a conduit à leur refonte totale) que des hautes sphères judiciaire et étatiques (le Roi belge s’en est notoirement ému). Et, bien sûr, au sein même d’une enquête complexe qui a mis à jour lesdits dysfonctionnements policiers, et un véritable réseau pédophile remontant jusqu’aux arcanes du pouvoir et des nantis de tous bords. Sans être un film qui retrace trait pour trait cette énorme affaire ayant défrayé la chronique et traumatisé un pays tout entier, Le Dossier Maldoror s’en inspire librement (et fortement). On se remémore même nombre de ses rebondissements, plus le film avance, nous rappelant de biens sombres souvenirs.

Le Dossier Maldoror est une œuvre fleuve et dense. Peut-être un peu trop parfois sur les plus de deux heures et trente minutes nécessaires au traitement complet d’une telle enquête. On la sent documentée et aussi touffue que possible pour montrer la complexité de la véritable histoire Dutroux. La reconstitution de la Belgique des années 90 est purement et simplement fascinante. On s’y croirait. Une époque où les smartphones, Internet et les chaînes d’infos n’existaient pas, ce qui a participé à la débâcle de la police sur cette affaire.

Le long-métrage se positionne clairement comme le projet le plus ambitieux du cinéaste belge, habitué qu’il est aux films étranges et hors normes en général, mais de plus petite facture. Ici, il met à profit son appétit pour le film de genre et l’emploie dans une enquête poisseuse et glauque où certaines séquences sont vraiment difficiles à supporter, sans pour autant être complaisantes. Comme un Zodiac (David Fincher, 2007) dégénéré sauce belge et plus intime. Le Dossier Maldoror prend son temps, et à raison, même si certaines séquences auraient pu être raccourcies (le mariage) et des seconds rôles coupés au montage (Béatrice Dalle, Lubna Azabal et Félix Marithaud), tandis que d’autres auraient gagné à être plus développés, comme celui de Jackie Berroyer.

Malheureusement, le film souffre d’un gros problème. Et il est du fait de son casting. Qu’est-ce qui pousse plusieurs cinéastes à proposer des rôles de militaires ou de flics à Anthony Bajon ? Après le nauséabond Athena et le passé inaperçu La Troisième Guerre, le voilà dans le rôle principal et inventé de ce gendarme têtu et déterminé jusqu’à l’obsession. Ce choix pose non seulement un problème de crédibilité, mais aussi d’identification pour le spectateur. Ce n’est pas qu’Anthony Bajon joue mal, au contraire, et on le sait grâce à d’autres films, mais il n’a absolument pas le physique de l’emploi avec son visage poupon. Pas dans ce type de rôle en tout cas, surtout lorsqu’il tente de jouer la folie humaine qui le gangrène.

Si ce n’est ce défaut – dont il est difficile de faire abstraction –, Le dossier Maldoror est maîtrisé et demeure captivant malgré son rythme lent. Certaines séquences sont même proprement incroyables et le souvenir de cette terrible affaire revient nous hanter par la grâce d’une mise en scène naturaliste et réaliste. Très belge-wallonne en somme. Fabrice du Welz a peut-être réalisé là son meilleur film.

Fiche technique – Le dossier Maldoror

Réalisateur : Fabrice du Welz.
Scénaristes : Fabrice du Welz & Domenico La Porta.
Production et distribution: The Joker Films.
Interprétation : Anthony Bajon, Alexis Manenti, Sergi Lopez, Laurent Lucas, Béatrice Dalle
Genres : policier, drame social.
Date de sortie : 15 janvier 2025
Durée : 2h35.
Pays : Belgique.

FIFAM 2024 : compétition courts métrages

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Le FIFAM 2024 programme de nombreux courts métrages, dont ceux du programme 2 dans lequel on peut découvrir Queen Size d’Avril Besson, Car Wash de Laïs Decaster, Quand la terre se dérobe de Federico Lobo, Câine, pâine si florile de mâine de Mîndru Mihaela et Fatme de Diala Al Hindaoui.

Queen Size

Ce matin, Marina a rendez-vous avec Charlie pour lui vendre un matelas. Ce soir, elle annulera son avion pour la Réunion. Mais ça, elles ne le savent pas encore.
Réalisation : Avril Besson. Avec India Hair, Raya Martigny, Marie Loustalot. Durée 18 minutes. France.

Queen Size est une romance moderne, pétillante et drôle. La rencontre entre Marina et Charlie, qui s’aiment le temps d’un transfert de matelas entre l’appartement que l’une quitte et celui dans lequel l’autre emménage. Ensemble, elles échangent quelques mots, et surtout, beaucoup de regards et de rires. Le temps file vite et pourtant on a l’impression de connaître ces deux-là depuis toujours et surtout qu’elles ne se quitteront jamais. Pourtant, Marina doit bientôt prendre son avion, alors que Charlie abandonne ses rêves de mariage hétéro au profit d’une rêverie avec sirène. Petit moment suspendu au milieu du chaos entre deux belles actrices : India Hair et Raya Martigny (qui a été il y a deux ans membre du jury longs métrages du FIFAM).

Car Wash

« Ma sœur Auréa nettoie avec soin sa voiture dans une station-service. Elle me raconte pourquoi elle l’aime tant, comment elle impressionne ses copines au volant, mais aussi comment elle l’utilise comme outil de drague… »
Réalisation : Laïs Decaster. Documentaire. Durée 12 minutes. France.

Laïs Decaster a pris l’habitude de filmer sa sœur, Auréa, mais aussi ses copines (Elles allaient danser, J’suis pas malheureuse). Résultat ? Des petites pépites spontanées où la réalisatrice donne la part belle à une parole franche et décomplexée. Dans Car Wash, elle filme Auréa bichonnant sa voiture dans une station de lavage auto : celle qui lui permet de frimer, draguer, aller jouer au foot, chercher désespérément l’amour et… un CDI. On rigole franchement avec ce portrait cash d’une jeune femme moderne et affranchie, parfois maladroite.

Quand la terre se dérobe

La plus grande mine de lithium en Europe va voir le jour dans le Trás-os-Montes, au grand dam des habitants locaux. Frederico Lobo exalte une sensualité terreuse et oppose deux géologies : celle de la prospection minière et de ses machines, celle des racines et des hommes.
Réalisation : Federico Lobo. Documentaire. Durée 29 minutes. Portugal.

Quand la terre se dérobe est un court métrage qui raconte la terre des hommes. On y rencontre un couple, un enfant, quelques chiens et une vache disparue, partie mettre bas : loin, très loin. Trop loin ? Autour de ces êtres vivants, la terre leur échappe, exploitée par une mine de lithium qui veut aller toujours plus vite, quitte à tout détruire. Au milieu de ce début de chaos, ils vivent. Le court métrage, très contemplatif, presque sans parole, offre une expérience organique et sensorielle, un avant-goût de délitement du monde avec au milieu des caresses sur le dos d’une vache qui lave son veau. Une merveille.

Câine, pâine si florile de mâine

Un nombre pair de fleurs dans chaque main, une couronne de pain, une bougie et un mouchoir. Partout, il y a des fleurs. Une montagne de fleurs entoure ma grand-mère, et je crains qu’elle ne les sente. On dit que sentir une fleur lors d’un enterrement fait perdre l’odorat, c’est une tradition ancienne dans notre village. J’espère que personne ne les sentira.
Réalisation : Mîndru Mihaela. Durée 6 minutes. Moldavie, France.

Dans ce très beau film d’animation (la réalisatrice est issue de l’école des arts décoratifs de Paris), Mîndru Mihaela raconte un deuil sans jamais le dire ainsi. Elle ne dit pas la mort du grand-père, elle dit les fleurs qu’il ne faut pas sentir au risque de perdre l’odorat. (Mais ce n’est qu’une sentence parmi toutes celles prononcées par les vieilles femmes du village, alors la fillette n’y prête pas trop attention.) Pourtant, elle ne saurait pas dire si le chien a aboyé cette fois (lui qui aboie toujours à l’approche de sa famille), ni que font tous ces gens chez ses grands-parents alors que l’anniversaire du grand-père n’est que dans deux jours. À travers un univers coloré et fleuri, se déploie une histoire d’enfance et de mort mêlées qui dit que les fleurs ne doivent jamais partir seules mais bien par paires dans l’au-delà.

Fatme

Fatmé, 11 ans, Syrienne, vit au Liban avec sa famille, dans une tente au bord d’une route de campagne. Ses cheveux en bataille, ses habits sales et son amour de la bagarre font débat dans son entourage. Sa mère se pose la question : est-elle une fille ou un garçon ? À cette question, Fatmé répond en riant : « Je veux juste être la plus forte. »
Réalisation : Diala Al Hindaoui. Durée 15 minutes. France.

Fatmé aime le sang (même si ce ne sont que des cerises écrasées), Rambo, la bagarre et être la plus forte. Est-ce que cela fait d’elle un garçon ? Seuls les adultes, au nom des traditions, se posent cette question. Sa mère la laisse simplement vivre, elle le dit, et Diala Al Hindaoui la filme ainsi libre et sans contrainte ou presque… car on lui promet plus tard le voile et des vêtements couvrants. Pour l’heure, elle s’émancipe des codes et elle vit simplement, sans se poser de questions.

Arras Film Festival, 25ème édition : le monde est stone

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Tout fout le camp, noir c’est noir y’a plus (beaucoup) d’espoir. On préfère vous prévenir : la cuvée du jour de l’Arras Film Festival nous fait regarder le monde passé-présent-futur droit dans les yeux sans nous montrer la lumière au bout du tunnel. Heureusement qu’il nous reste l’ivresse, et le cinéma pour se poser les bonnes questions. Ensemble.

On entame tout de suite avec le meilleur du pire. Jouer avec le feu fait beaucoup parler depuis sa projection à Venise en septembre dernier, et l’attribution de la prestigieuse Coupe Volpi à Vincent Lindon. Il est vrai que le visage (à l’écran, hein) du français moyen qui avait pas demandé à la vie de lui déféquer dessus y propose l’une des plus fines variations de sa partition de prédilection. Il incarne Pierre, cheminot, veuf et (très bon) père de deux fils en études supérieures. Tout va bien dans le meilleur des mondes au sein de cette cellule familiale habitée par une sérénité en trompe l’œil. Car l’aîné glisse doucement mais surement vers l’ultra ultra-droite, et Pierre ne sait absolument pas quoi faire pour l’arrêter… Sinon ne rien faire, du moins dans un premier temps. Éviter les sujets qui fâchent, glisser la poussière sous le tapis pour ne pas rompre le lien, métabolisé à l’écran par un jeu constant sur la mise au point pour faire circuler les non-dits entre les personnages, déjà loin les uns des autres malgré leur partage du même cadre. Cette 25ème édition de l’AFF a manifestement décidé de renverser la table du champ-contre/champ, et Jouer avec le feu prend la pole position de la sédition.

On a rarement vu mise en scène mettre les deux pieds dans le plat avec autant de délicatesse, se confronter aussi frontalement à son sujet difficile tout en le murmurant du bout des lèvres (on pense parfois à du Antoine Fuqua). À l’instar du personnage de Vincent Lindon, finalement, qui passe son temps à raser les murs pour garder son fils près de lui. Ici l’objet n’est pas tant la montée de l’extrême-droite qu’une famille qui choisit de ne plus se parler pour ne pas imploser, pour rester proche dans tous les sens du terme. L’écho au fond d’une société où chacun vit sur le même espace mais chacun de son côté. On l’a dit et redit : les grands films sont ceux qui réconcilient les contradictions les plus insolubles et dans Jouer avec le feu, le Ying et le Yang partagent la même face de la même pièce. D’autant qu’à côté d’un grand Lindon, les deux cinéastes peuvent aussi compter sur un tout aussi grand Stefan Crepon et un très très grand Benjamin Voisin dans le rôle du fils gagné par la fièvre brune. Une coupe Volpi partagée, au minimum.

Ce n’est pas l’espoir qui étouffe David Oelhoffen dans Le Quatrième Mur. Pour son cinquième film, le cinéaste adapte un roman de Sorj Chalandon, qui raconte comment un acteur de théâtre rallume la flamme éteinte en lui en essayant de monter une pièce de théâtre au Liban, quelques temps avant les massacres de Sabra et Chatila. Quand l’espoir semble encore permis, et qu’il existe encore une place pour les Don Quichotte de défier l’impossible, et de faire de leur rêve la réalité de chacun. Le sujet appelait une exaltation au-delà du raisonnable, notamment pour nous permettre de partager la foi qui anime le personnage personnage principal. Mais le film pêche par retenue, notamment à travers une mise en scène trop timide pour nous emporter dans l’élan créatif des personnages en temps de guerre.

Pourtant, on aurait bien aimé y croire un peu plus à la réussite de cette Antigone interconfessionnelle au milieu de l’une des guerres civiles les plus meurtrières de la fin du siècle dernier. Ne serait-ce que pour penser, même l’espace d’un instant, que la culture peut rester essentielle quand les besoins vitaux sont en danger. Et pour partager le parcours du personnage incarné par le comme d’habitude excellent Laurent Laffite, qui perd aussi vite qu’il l’a retrouvée la foi dans la capacité du beau à vaincre la laideur.  Le quatrième mur a quelque chose de trop théorique, comme s’il était autoconvaincu que l’art peut faire une différence essentielle, même quand les besoins vitaux des uns et des autres se trouvent sur la ligne de feu. Une évidence qui ne l’est pas forcément pour tout le monde.

Un qui a la conviction chevillée au cœur et à la caméra, c’est Pavlo Ostrikov. Il y en fallu du courage et de l’abnégation au cinéaste ukrainien pour faire exister U Are the Universe. Tout comme il en faut à son héros, astronaute pépouze dans sa station spatiale, qui assiste à la fin du monde depuis son hublot. Dernier de l’espèce et seul dans le grand vide avec un ordinateur de bord pour seul compagnon, ça ne l’effraie pas plus que ça. Jusqu’à ce qu’il reçoive l’appel au secours d’une consœur perdue dans l’espace. Pavel va tout faire pour combler les quelques millions d’années-lumière qui les séparent, jusqu’à mettre sa vie en danger.

La destruction de la Terre, c’est pas la fin du monde. Il en faut, de la foi en son médium pour faire avaler un tel postulat au spectateur. Il en faut tout autant pour lui faire acheter un personnage de mec seul prêt à tout, y compris et surtout l’impossible, pour retrouver la voix dont il est tombé amoureux. Mais bon, comme tout a sauté, plus personne pour parler de masculinité toxique, donc roulez jeunesse.

U Are the Universe fait partie de ces films qui n’ont pas peur de s’affranchir de tout, qui ont la conviction que le cinéma peut encore devenir le dénominateur commun de l’espèce, défier le sens commun pour fédérer autour d’une évidence universelle. Ça commence comme une adaptation live de Futurama (la série de Matt Groening), ça continue comme Her (et Volodymyr Kravchuk dépasse Joaquin Phoenix dans le rôle principal) et ça termine en réconciliant le macro et le micro comme les plus grands ayant arpenté l’infini et (l’)au-delà avec leur caméra. Tout ça, et bien plus que ses influences. En dépit d’un mini problème de rythme sur son dernier tiers, U Are the Universe est un film qui réussit à faire tout et son contraire sans dévier d’une trajectoire en avant toute et droit devant. On espère très fort que le film trouve un distributeur dans nos contrées : We found love in other (s)paces, définitivement.

FIFAM 2024 : Reset et Un village de Calabre

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Le Festival international du film d’Amiens (FIFAM) a ouvert ses portes le 15 novembre 2024 avec la diffusion du film Les Prédateurs (1983). Largement consacrée à la figure du vampire, cette édition met également en avant une sélection de courts et moyens métrages. Lors de cette première journée, les films Reset, de Souliman Schelfout et Un village de Calabre de Shu Aiello et Catherine Catella.

Reset

Pietro en est convaincu : le milliardaire Bill Gates est à l’origine de la pandémie qui a frappé le monde. Il le répète à longueur de lives. Mais alors que sa communauté de followers grandit, il s’isole de sa famille et s’enfonce dans la solitude. Qu’est-ce qui a le plus de valeur à ses yeux entre son amour pour les siens et sa quête de la vérité ? Le film fait son portrait de 2019 à 2021.

Réalisation : Souliman Schelfout. Avec : Elie Salleron, Lisa Spurio, Dario Hardouin-Spurio. Durée : 49 minutes.

Reset est un film d’images et de croyances, celles qui grandissent dans la tête de Pietro et qui vont bientôt trouver une résonance grandissante avec le COVID, et les mesures de confinement qui y ont été associées. Reset est l’histoire d’une aliénation qui trouve un écho sur internet, qui grandit et qui ne sait plus comment échapper à son raisonnement implacable : Pietro se persuade d’un complot mondial de réduction de la population et les faits, les infos qu’il trouve paraissent lui donner raison. Une fois convaincu, il ne peut leur échapper même quand il croise le chemin d’un homme persuadé d’avoir été plongé dans le coma par des infraterrestres (des extraterrestres qui vivraient à l’intérieur de la Terre et non plus en dehors). On croit le voir douter et pourtant ses convictions ne flanchent pas. La réalisation le confronte autant aux images, vidéos, discours qui le confortent, et à travers lesquels – produisant son propre discours – il se sent tout puissant, qu’à ceux qui tentent de le faire revenir au réel. La force de ce docufiction passionnant est, dans une scène finale hallucinante, de faire entrer en collision le délire de Pietro et la réalité lors d’un goûter d’anniversaire. À partir de là, tout est permis et Pietro quitte définitivement Terre même sous couvert de faire triompher le bien.

Un village de Calabre

Comme beaucoup de villages du sud de l’Italie, Riace a longtemps subi un exode rural massif. Un jour, un bateau transportant deux cents Kurdes échoue sur la plage. Spontanément, les habitants du village leur viennent en aide. Petit à petit, les migrants et les villageois vont réhabiliter les maisons abandonnées, relancer les commerces et assurer un avenir à l’école. C’est ainsi que chaque jour depuis 20 ans, le futur de Riace se réinvente.

Réalisation : Catherine Catella, Shu Aiello. Durée : 1h31

Dans ce long métrage documentaire, nous suivons l’histoire folle d’un village italien qui a fait de l’accueil des personnes migrantes sa force. Force qui, dans une Italie qui penche vers l’extrême droite dès le début des années 2020, va se retourner contre cet élan de solidarité et de partage. Surtout contre la figure du maire du village, exposé et condamné dans ce qui sera qualifié de parodie de procès. Les deux réalisateurs suivent au plus près les évènements, les discours et surtout la géographie sans cesse changeante du village au gré des décisions judiciaires et politiques. Au milieu, s’organise une résistance faite de chants et de constructions communes. En filmant la vie du village, puis la manière dont il devient un désert avant de renaître à nouveau, le documentaire se place du côté des actes, de ceux qui font et pas seulement des discours. Pas de vraie voix off ici mais un véritable protagoniste qui nous raconte l’histoire face caméra depuis le village. Il dit autant qu’il agit dans le quotidien de Riace. L’action plutôt que les mots, c’est que dit très joliment l’un des protagonistes (un des premiers accueillis au village) lorsqu’il lit un discours  du Pape consacré à l’accueil, et ce avant d’expliquer que le maire du village l’avait déjà fait, quinze ans plus tôt, en ouvrant ses maisons à tous les pauvres du monde. La preuve que faire ensemble n’est pas qu’une utopie, ce peut être un véritable projet de vie. Poing levé.

NB : La projection initialement prévue devait comporter deux films, issus de la compétition moyens métrages du FIFAM, mais suite à ce qu’on peut apparenter à une erreur de diffusion, seul Reset a été projeté suivi de Un village de Calabre. Or, Un village de Calabre ne fait pas partie de la programmation annoncée du festival. En revanche, les spectateurs devaient découvrir Campus monde, ils pourront se rattraper mercredi 20 novembre à 18h30 !

Dans l’ombre et la cage : Le placenta du pouvoir et la rage de la cage

Entre thriller politique et drame sportif, Dans l’Ombre sur France 2 et La Cage sur Netflix illustrent deux facettes distinctes de la fiction télévisuelle française. Deux séries que tout oppose mais qui interrogent à leur manière une certaine idée du combat, du doute et de la lutte pour vaincre.

La politique est un art martial de combat

À priori, rien ne semble réunir Dans l’Ombre, la série classieuse et élégante, incisive et pointue de Pierre Schoeller, qui ausculte le vertige et les méandres de la politique, et La Cage, série musclée et pionnière, un brin invraisemblable et bâclée, mais touchante de Franck Gastambide sur l’ascension d’un jeune combattant de MMA.

Et pourtant, ces deux œuvres font réfléchir sur ce qui nous importe ou pas dans le déploiement d’une fiction. La qualité de l’écriture, la tension dramatique, les personnages, le suspense, l’énigme d’un style ou sa franchise, la consistance d’un vécu ou tout autre chose : un ailleurs qui les rejoint, une obsession narrative, un goût pour le jeu. La tenue d’un chemin. Et cela, Schoeller et Gastambide le tiennent et nous l’offrent.

Dans l’Ombre, showrunnée par Pierre Schoeller (adapté du roman d’Édouard Philippe et Gilles Boyer), se distingue par la fermeté et la dignité de ses dialogues, leurs joutes cyniques et percutantes.

À dire vrai, souvent, nous pourrions quitter l’image pour entendre le texte, son humeur vigoureuse, son tempo, et la diction des acteurs, solide et limpide. C’est suffisamment rare pour le notifier. Dans l’Ombre pourrait devenir une fiction radiophonique, ce ne serait pas l’affaiblir, plutôt encore l’ennoblir.

Cette plongée au sein du collectif d’une campagne dans les arcanes d’une future élection, avec ses candidats (Melvil Poupaud en tête, incarnant un Paul Francœur saisissant de discernement et de rigueur), conseillers à l’œuvre et journaliste (Maud Wyler, savoureuse), se hisse avec vertu et panache dans le meilleur de ce que peut être une série-fiction scrutant l’exercice du pouvoir, les affres du doute et les enjeux ombrageux et vulnérables du politique.

Tous les personnages ici font la densité et travaillent au cœur de la série, son suspense, son attente, sa tension, sa paranoïa beaucoup plus intensément que Baron Noir.

Dans l’Ombre réussit ce que Franck Gastambide ne fait qu’esquisser dans le monde du MMA : nous accrocher par la danse des combats souterrains, les vertiges du rythme, galvaniser le spectateur par cette idée pourtant commune aux deux réalisateurs que le combat est la racine du monde, des interactions, des choses, des êtres. Le combat et le silence.

Pour autant, les deux séries ne sont pas éloignées par leur obsession matricielle. L’un, Schoeller (au premier film très réussi L’Exercice de l’État), ne cesse de disséquer et analyser le champ du pouvoir tel un entêtement frondeur et ravageur. L’autre, Gastambide, après le rap (et le succès de Validé), embrasse la passion du MMA avec une gourmandise enfantine nourrie à Rocky et sans doute trop de facilité ou engouement spontané. Il manque précisément à La Cage de l’ombre, du mystère, un entrelacs d’incertitudes ou une ligne romanesque plus affirmée.

Il n’en reste pas moins que pouvoir faire le grand écart entre ces deux séries constitue sans doute le principe même d’une vraie prouesse de création télévisuelle et laisse aux spectateurs le soin de se créer ce que Pierre Schoeller nomme son regard, son rythme, son chemin.

Fiche Technique : Dans l’Ombre

  • Genre : Thriller politique
  • Créateurs : Pierre Schoeller, Lamara Leprêtre-Habib et Cédric Anger, d’après le livre d’Édouard Philippe et Gilles Boyer
  • Réalisateurs : Pierre Schoeller et Guillaume Senez
  • Scénaristes : Pierre Schoeller, Lamara Leprêtre-Habib et Cédric Anger
  • Distribution :
    Swann Arlaud : César Casalonga, Melvil Poupaud : Paul Francœur, Karin Viard : Marie-France Trémeau,
    Évelyne Brochu : Marylin, Philippe Uchan : le Major, Sofian Khammes : Texier,
    Baptiste Carrion-Weiss : Jérémie Caligny, Maud Wyler : Leïla Argument, Clara Antoons : Iris Francœur,
    Catherine Salée : la Walkyrie, Boris Terral : sénateur Pinguet, Muriel Combeau : Olympe,
    Éric Paradisi : Démosthène, François Raison : Guillaume Vital, Anne-Sophie Lapix : elle-même, Laurent Delahousse : lui-même
  • Musique : Julie Roué
  • Production : Marie Masmonteil pour Elzévir Films et Marie Dubas pour Deuxième Ligne Films
  • Sociétés de production : Elzévir Films, Deuxième Ligne Films, Pictanovo, Panache Productions, la Compagnie Cinématographique et la RTBF
  • Pays d’origine : France / Belgique
  • Langue originale : Français
  • Nombre de saisons : 1
  • Nombre d’épisodes : 6
  • Durée des épisodes : 52 minutes
  • Dates de première diffusion : Belgique : 1er octobre 2024 sur La Trois (RTBF), France : 30 octobre 2024 sur France 2

Fiche Technique : La Cage

  • Genre : Drame, Sport
  • Créateur : Franck Gastambide
  • Réalisateurs : Franck Gastambide et Sylvain Caron
  • Scénaristes : Franck Gastambide et Sylvain Caron
  • Distribution :
    Melvin Boomer : Taylor, Franck Gastambide : Boss, Edwige Ahonto : Elena, Bosh : Rôle non spécifié, Antoine Simony : Niko
  • Pays d’origine : France
  • Langue originale : Français
  • Nombre de saisons : 1
  • Nombre d’épisodes : 5
  • Durée des épisodes : Non spécifiée
  • Date de première diffusion : 8 novembre 2024 sur Netflix

Le Parrain III : un dernier acte épique

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Avec Le Parrain III, Francis Ford Coppola conclut magistralement la trilogie des Corleone. Ce chapitre final explore la quête de rédemption de Michael Corleone, sa lutte pour la respectabilité et les ombres du passé qui continuent de le hanter.

Dire qu’il ne voulait pas le tourner… « Les films de gangsters m’ennuient à mourir« , osa-t-il ! C’est pour des raisons financières qu’il accepta de revenir à ce qui avait fait sa gloire mais dont il se sentait peut-être un peu prisonnier. Tant qu’à le faire, autant le faire bien : en 1990, Coppola n’a rien perdu ni de son talent ni de son inspiration. Si ce troisième volet est un peu en dessous des deux autres, nous verrons pourquoi, il joue tout à fait dans la même cour. Celle des grands.

Puisque les Parrain sont une histoire de famille, 16 ans après Coppola reprend les mêmes, aussi bien pour l’équipe technique (notamment le précieux Gordon Willis) que pour les acteurs. Enfin, ceux qui veulent bien : Robert Duvall refuse, trouvant son rôle trop faible. Il est le grand absent de cette troisième partie, justifié à la va-vite au détour d’un dialogue – il serait mort, tout simplement. Coppola tente bien de le ressusciter en incluant dans l’histoire son fils devenu séminariste, le compte n’y est pas. Il est remplacé par le plus terne George Hamilton dans le rôle d’un autre avocat. Pour le reste, il continue de solliciter sa famille : son père à la musique, sa sœur dans le rôle de Connie. Et, Winona Ryder pressentie pour jouer Mary étant tombée malade, sa propre fille Sofia dans le rôle de la fille chérie de Michael. Un choix qui fit polémique, beaucoup trouvant l’actrice maladroite, voire disgracieuse. Coppola objectera que son manque de métier lui confère une fragilité, une gaucherie, qui conviennent parfaitement au personnage. Argument recevable, même si, en effet, les scènes où elle se montre amoureuse sont assez faibles.

Le Parrain III est construit comme une synthèse des deux précédents, un film palimpseste comme l’écrit judicieusement Josué Morel sur Critikat, mais aussi un film circulaire : il boucle la boucle en revenant sur les données de départ. La première partie, c’était le passage de relais de Vito à son fils préféré, l’ascension de ce fils qui voulait au départ rester en dehors de toute activité criminelle. La deuxième partie, c’était l’enfermement dans la paranoïa d’un homme écrasé par la double injonction de conserver sa famille et de gagner en respectabilité : elle aboutissait au meurtre de son frère, acte qui le damnait et le condamnait à la solitude. La troisième partie, c’est l’accès à la respectabilité, de nouveau entravée, tant la saga s’apparente à une tragédie au sens des Grecs : Michael fait tout pour sortir de la voie qui lui est tracée, mais le destin est plus fort que lui.

Respectabilité et héritage : les nouveaux défis de Michael Corleone

Le film s’ouvre sur des plans désolés de la villa du lac Tahoe, décor principal du Parrain II. On la découvre à l’abandon : chaises à terre, vitre brisée, encadrement de vitre en forme de toile d’araignée… une vision désolante. Mais cette désolation a son revers positif puisqu’elle signifie que Michael a tourné la page de l’activité criminelle. On le voit écrire à ses enfants, eux qu’il a si souvent négligés, accaparé qu’il était par ses responsabilités – et la voiture rouge abandonnée, celle qu’il avait chargé Tom Hagen d’acheter, est là pour le rappeler. La première préoccupation d’un Michael vieillissant va donc être sa succession.

Quelle va-t-elle être ? La voie espérée par son propre père pour lui, celle de la respectabilité, ou celle qui fut finalement la sienne, celle du crime ? La succession chez les mafieux ne peut passer que par un fils. Il faut qu’il devienne avocat, un métier honnête. Hélas, Anthony, dont sa mère a entre temps récupéré la garde, a d’autres plans : il veut se consacrer à l’art lyrique. Un choix tout sauf anodin : d’une part il annonce la fin opératique de la saga, d’autre part il tourne le dos à toute l’histoire du clan. (On peut lire cette orientation de l’histoire comme un voeu personnel de Coppola, qui voulait à la fois en finir avec « les films de gangsters » et revenir à ce qui lui est personnel : l’Opéra était le métier de son père, qui lui transmit sa passion pour cette forme d’art.) Au début du III, Tony est donc le fils qui déçoit son père : on se souvient que dans le II Tony sympathisait avec Fredo le frère, et que Michael tenait tant à avoir un autre fils, celui dont Kay avorta. Nous avions émis l’hypothèse qu’il espérait avoir un « fils préféré », comme lui-même l’avait été pour Don Vito.

Tony rompt à la fois avec sa famille dans son ADN mafieux et avec l’exigence de respectabilité : car, pour Michael, un artiste n’est pas quelqu’un de « respectable », c’est un marginal. Mais Tony tient bon, ce qui signifie, pour son père, que la destinée des Corleone lui échappe. Notons d’ailleurs que, ce faisant, il ne fait qu’agir comme Michael lui-même jeune, bien décidé à se tenir à l’écart du crime ! Mais Michael s’est fait gangréner par l’activité mafieuse : il ne voit plus que l’empire qu’il a érigé. Lui reste Mary bien sûr, mais comme c’est une fille, on peut tout au plus l’utiliser comme faire-valoir d’une fondation. Sûrement pas compter sur elle pour perpétuer la dynastie.

C’est là que refait providentiellement surface Vincent Mancini, le fils de Sonny. Un fils bâtard car né dans la première partie d’une liaison adultérine. Il a donc le sang Corleone mais est issu de l’irrégularité. Il n’est d’ailleurs même pas sur la liste des invités de la petite sauterie qui suit le sacre de Michael à l’église.

Dans les Parrain, les fêtes succèdent toujours à des cérémonies religieuses : mariage dans le I, première communion dans le II. Ici, pour parfaire sa nouvelle réputation, Michael se fait remettre une décoration par le pape, une distinction achetée à coup de gros chèques à des œuvres de bienfaisance, via sa fondation. On se rappelle l’aura papale que dégageait don Vito au début du I : audiences que l’on sollicite, main que l’on baise respectueusement, dogmes égrainés par le Don. La cérémonie se tient à St-Patrick, au coeur de Little Italy, l’église où avait eu lieu le fameux baptême du neveu de Michael. Dans un bonus, Joe Mantegna raconte que Coppola lui a montré sa fille en lui disant : « tu vois ma fille ? c’est elle qui avait été baptisée à la fin du Parrain ! » La saga à ainsi une dimension « film de famille » pour le réalisateur lui-même, ces bobines tournées en super-8 qu’on ressortait pour voir les enfants jeunes.

De par cette évolution, Michael semble avoir réussi à réaliser les deux injonctions irréconciliables du père : accéder à la respectabilité tout en maintenant vivante la tradition de la famille. La fête qui suit la cérémonie, fort différente de celle qui ouvrait le II, renoue donc avec celle des débuts : on y entonne des morceaux italiens, Johnny Fontana est de retour, les enfants courent de nouveau joyeusement, on découpe le gâteau, motif récurrent de la saga (au mariage au début du I, pour l’anniversaire de don Vito à la fin du II, à Cuba lorsqu’on se « partage le pays »). Même Kay est venue. Une harmonie retrouvée ?

Elle n’est que de façade. A la messe déjà, les mines patibulaires noyautaient l’assemblée et on les retrouve à la fête. Un vieux Parrain, don Altobello (Ellie Wallach), lui rend visite pour signer un gros chèque à l’ordre de sa fondation, une façon de s’acheter une devanture respectable qui éveille forcément les soupçons de Michael. Quant à Kay, on la voit contempler une ancienne photo de famille, à droite dans le reflet du cadre. Le même Josué Morel a comparé cette image avec deux autres tirées du I et du II. Kay était en effet à droite d’une image coupée en deux dans les deux scènes où l’on referme la porte sur elle : la fin du I d’une part, le moment où Michael la met à la porte alors qu’elle était venue embrasser ses enfants d’autre part. Kay est devenue un reflet, un fantôme, une « revenante » qui va hanter Michael, aux prises avec sa conscience tout au long de cette troisième partie. Ce n’est pas un hasard si la cérémonie religieuse concerne non plus sa fille (pour Vito dans le I) ou son fils (pour Michael dans le II) mais le Parrain lui-même. Si l’Eglise catholique tient une telle place dans le troisième volet, c’est parce que Michael veut s’absoudre de ses fautes passées, recevoir le pardon avant l’extrême-onction. Face au cardinal, il acceptera de se confesser. Al Pacino apparaît ici voûté, usé, le visage marqué.

Puisqu’il est question de bilan en fin de vie, le film baigne dans une atmosphère crépusculaire. Dans le bureau de Michael, le marron-orangé des boiseries domine, auquel est assortie la robe de Kay. Ce bureau dans lequel le Parrain reçoit ses visiteurs est moins sombre, montrant que l’illicite n’a plus droit de cité. Pourtant, un superbe plan montre bien que Michael n’en a pas fini avec le côté obscur de la force : assis dans son fauteuil, on ne voit dans la lumière que sa tête (l’image qu’il veut donner) et ses mains (les moyens qu’il entend utiliser). Son ventre et son cœur restent rongés par le noir. « Maintenant que tu es respectable, tu es plus dangereux encore » lui lance Kay. La bête est vivante, prête à se réveiller.

Vincent, le bâtard qui réveille la bête

L’instrument de ce réveil, ce sera donc Vincent, double inversé de son oncle. Le double d’abord : il est celui qui est « en retard sur la photo » (comme Michael dans le I, qui lui demande ici de s’y joindre), celui qui n’est pas habillé comme les autres (Michael était en militaire, Vincent porte une veste en cuir de voyou), celui qui ment à ses compagnes (il tait la vérité à Mary comme Michael l’avait fait à Kay à la fin du I), celui qui va à l’encontre du projet général. Mais un double inversé car, alors que Michael voulait se soustraire au crime, Vincent refuse l’emploi honnête que son oncle lui propose. Au contraire de Michael, homme presque d’une seule femme, c’est un chaud lapin qui collectionne les conquêtes. Son oncle a abandonné le jeu (gambling) en cédant ses casinos ? Lui a envie de « jouer », comme il le dit à une blonde levée à la fête (Bridget Fonda). Et son jeu est violent : on le constatera dans la belle scène du duo de tueurs envoyés par le mafieux Zasa chez lui. Vincent ne cessera de prôner les méthodes expéditives face aux décisions pondérées de Michael. Quand celui-ci l’invite à faire la paix avec Zasa et que ce dernier commet l’erreur de le traiter de « bâtard« , Vincent lui mord sauvagement l’oreille. « Impulsif… comme ton père« , déplore en substance Michael. Vincent est une sorte de synthèse des trois frères Corleone : calculateur comme Michael, violent comme Sonny, frivole comme Fredo. Il est celui qui réintroduit le ver dans le fruit, ce penchant criminel qui toujours entraîna Michael vers le bas. Il est l’ombre qui recouvre cette tête et ces mains désireuses de se tenir dans la lumière. L’envoyé du destin qui, décidément, ne veut pas lâcher Michael

L’histoire du repenti qui veut sincèrement changer mais est retenu par son passé est un classique : ici, les mafieux veulent tirer bénéfice de la nouvelle affaire que Michael a conclue avec le Vatican, l’Internazionale Immobiliare. Même un gros chèque ne calme pas leur appétit. Zasa lui rend finalement service en éliminant la plus grosse partie de ces insatiables.

Mais il représente un danger. Vincent veut donc agir, avec les mêmes méthodes que Michael à la fin du I. Dès lors que les ennuis du Parrain le ramènent au monde du crime, son neveu accepte de se mettre à son service. Sentant en lui le seul successeur possible, Michael le forme à être un bon Parrain : « n’exprime jamais ton point de vue devant tes ennemis », « ne te laisse pas gagner par une haine qui diminue ta lucidité »… En retour, Vincent met son intrépidité et son efficacité au service du Parrain : c’est lui qui le sauve lors de l’impressionnante scène de « canardage » des mafieux à partir d’un hélicoptère. Surtout, alors que Michael, victime de son diabète, a une attaque qui le cloue à l’hôpital, en situation de faiblesse comme l’était don Vito dans le I, il monte un plan pour éliminer le trop menaçant Zasa.

C’est sa soeur Connie qui donne le feu vert, filmée en ombre dans une église. Connie, de tout temps égarée par ses choix amoureux, est dans ce troisième volet une sorte de Lady McBeth, ou une Lucrèce Borgia (pour coller à une exclamation de Michael au Vatican), celle qui agit dans l’ombre pour faire couler le sang. Celle qui peut tuer aussi, et ce n’est sans doute pas un hasard si elle choisit le poison pour se débarrasser du traître Altobello… Vincent trouve en elle un soutien. L’assassinat de Zasa est l’une de ces scènes d’anthologie qui émaillent la saga.

Elle rappelle celui de Falucci par Vito jeune, dans le II : Zasa est le roi de son quartier, il se pavane au milieu de la foule alors qu’une fête religieuse bat son plein. On note que les billets sur la statue ne sont plus de mise, l’Eglise jouant à présent dans une tout autre cour. Plan rapide sur les sabots d’un cheval pour nous signifier que réside là quelque chose de décisif. Un type dans la foule insulte et provoque Zasa pour faire diversion, avant que la mitraille se déchaîne. Le cavalier, c’était Vincent, qui exécute son ennemi juré essayant de s’enfuir.

Remis sur pied, Michael tente désespérément de garder le contrôle en s’affirmant toujours le patron. Mais, comme don Vito dans le I après son attentat, il est affaibli par son diabète. Il défaillira une seconde fois devant le cardinal Lamberto, qui fera venir illico un jus d’orange sur un plateau – prêt en quelques secondes, miraculeux, mais n’est-on pas au Vatican ? Manque de glucose : à présent qu’il ne se sucre plus, l’homme se trouve en situation instable. « Je ne t’ai jamais vu aussi fragile » lui lancent Kay et ses enfants qui aiment plutôt ce Michael-là.

Une fois de plus, Michael est tiraillé, entre son désir de perpétuer la Famille et celui de sortir du crime. Ce qui complique la donne, c’est que sa fille Mary est tombée amoureuse de son cousin. Michael va s’opposer de toutes ses forces à cette union, ayant constaté le sort réservé à Kay mariée à lui. Et il n’a sans doute pas oublié que Kay a échappé de justesse à la mort lors de l’attentat à la villa du Lac Tahoe. Il échangera le titre de Parrain contre la promesse donnée par Vincent d’abandonner cette liaison. Au moment d’accepter, Vincent croque dans une orange : le fruit parcourt toute la saga, depuis l’attentat contre Vito jusqu’à sa mort au jardin, en passant par le maraîcher qui en offrait au tout jeune Parrain, les oranges qu’on voit rouler lorsque la table des mafieux se met à vibrer à Atlanta dans le II, et même le jus qui remet Michael d’aplomb au Vatican ! Il est une sorte de relais donné à Vincent, dont on vient baiser bien sûr la main.

Le Vatican, antre de la corruption

L’autre élément qui empêche la reconversion de Michael, c’est l’Eglise catholique. Celle qu’il croyait gardienne de la vertu va se révéler une organisation gangrénée par la corruption et les accointances avec le business. Une idée brillante est cette cigarette apportée sur un plateau à l’archevêque Gilday, le ripoux du Vatican : l’image, inhabituelle, traduit bien la corruption du personnage – d’autant que, dans le même temps, Michael a arrêté de fumer.

L’Eglise baigne dans la sainte parole, mais celle-ci n’entre pas à l’intérieur, comme le caillou tiré du bassin qui reste sec en dedans : la métaphore, qu’aurait pu utiliser le Christ lui-même, dit bien la lucidité du cardinal Lamberto. Ecclésiastiques, banquiers et politiciens marchent main dans la main pour s’enrichir sans scrupules. Un plan l’exprime bien, en contreplongée, montrant une église côtoyant l’un des hauts buildings de New York. Au Vatican, on découvre le redoutable Don Lucchesi, personnage inspiré d’Andreotti. Lamberto, un pur, élu pape en remplacement de Paul VI sous le nom de Jean-Paul 1er, en fera les frais, menaçant l’organisation secrète. « Il est dangereux d’être honnête » constatera Michael avec amertume. On sait que, lorsque Jean-Paul 1er fut retrouvé mort, la thèse courut sur ce décès brutal le lendemain de son élection, assez crédible. Le thé qu’on lui apportait « pour dormir » (du thé pour dormir ?!) a été empoisonné : décidément, Michael avait raison, on est bien chez les Borgia…

La Sicile, théâtre de la chute finale de Michael Corleone

Proche du Vatican, cœur de l’Église, la Sicile, cœur de la mafia. C’est là que s’achève la saga, pour boucler la boucle. Les rappels des deux premières parties sont nombreux : à New York, on avait déjà pu voir Vincent montrer à Mary le commerce d’huile autrefois ouvert par Vito, en Sicile c’est Michael qui montre à Kay la maison d’enfance de son père. Un peu plus tard, Michael et Kay s’arrêtent sur une place où se tient un mariage. Le plan est le même que celui des noces de Michael avec Appolonia, auquel Coppola a ajouté malicieusement un âne chargé de paniers qui passe, rappel de la fuite du jeune Vito après que sa famille fut décimée. On retrouve aussi Calo, le garde du corps de Michael lors de sa première retraite à Corleone.

En Sicile, Michael envoie Vincent tenter de tirer au clair le complot qu’il sent se tramer. Une fois de plus, il met en danger les autres pour se protéger… De son côté, le fourbe Altobello a engagé Mosca, un tueur à gages réputé faire mouche à tous les coups, pour abattre Michael lors de la première à l’Opéra de Tony. En quoi se déguise-t-il ? En curé, bien sûr ! Sa première victime sera don Tommasino, un fidèle de Michael. Cette mort le bouleverse particulièrement : « qu’ai-je raté ? pourquoi n’ai-je pas pu comme toi être aimé de tous ? » lance-t-il à son cadavre. Coppola donnera l’une des clés : alors que don Vito n’écoutait que son coeur, Michael n’écoutait que sa tête.

Michael a passé la main, son fils va se produire à l’Opéra, tout est prêt pour un final flamboyant, et Coppola ne déçoit pas. Filmé en montage alterné, baigné de la musique de l’opéra, le final de la saga rappelle celui du Parrain I, avec encore plus d’ampleur. A l’Opéra, on suit sur scène les péripéties de Cavalleria Rusticana, l’une des œuvres que Coppola écouta beaucoup dans son enfance. Une histoire de querelles entre paysans qui rappelle le tout début de la saga. Lors d’un combat, une oreille est arrachée. L’oeuvre renvoie aussi à ce qui se joue dans la salle : amours contrariées comme celle de Mary et Vincent, scènes de crime, allégorie christique. Vincent a organisé un service de surveillance, mais Mosca est habile. Il parvient à se cacher dans une travée supérieure et ajuste son fusil à lunette. Contretemps, ruses, suspense, pendant que les violoncelles lancent leurs coups d’archet et que la cymbale claque (un probable clin d’œil au brillant final de L’homme qui en savait trop de Hitchcock, version de 1957, auquel celui-ci fait vraiment penser : autant assumer ses emprunts…).

Pendant ce temps, les émissaires de Vincent agissent : Keinszig, le banquier du Vatican, est étouffé puis suspendu en haut d’une corde pour faire croire à un suicide ; Gilday, le nonce véreux, est abattu par Al Neri qu’on avait suivi dans son approche en train ; don Lucchesi, enfin, le cerveau de la bande, est tué avec… ses lunettes plantées dans la jugulaire (on pense au meurtre de Moe d’un tir dans ses lunettes à la fin du I).

L’opération n’a pas connu le même succès à l’Opéra : Michael, qu’on a vu enfin afficher un franc sourire heureux, a été sauvé par un déplacement inopiné. C’est donc sur les marches, en sortant de l’Opéra, que Mosca va exécuter son contrat. On l’a dit, c’est Mary qui reçoit la balle. Le cardinal Lamberto l’avait déclaré à Michael après sa confession : avec de tels crimes il mérite de souffrir. Coppola s’est expliqué sur cette fin : perdre sa propre fille était une punition bien plus cruelle que de mourir. A cela s’ajoute la dimension tragique puisque Michael, en éloignant les deux amoureux, a voulu protéger sa fille. Alors que Connie prend soudain des allures de Piéta, Michael hurle de douleur. Sans le son : une idée magnifique, soufflée au réalisateur par l’un de ses collaborateurs. Où l’on voit que Zviaguintsev, dans une poignante scène de son Faute d’amour, avait peut-être en tête le film de Coppola…

Victime de l’hubris, Michael n’a pas pu se racheter : il paie pour ses crimes. Vieillard, ne lui reste que ses souvenirs : dans un superbe enchaînement, on le voit danser tour à tour avec sa fille Mary, avec Kay et avec Appolonia. Puis s’affaisser, tomber de sa chaise, finir comme son père le nez dans l’herbe de son jardin (une orange à ses pieds ?… en visionnant la scène au ralenti, on aperçoit furtivement une boule orange par terre…) L’idée du chien seul témoin de cette fin est savoureuse.

On le voit, tout cela est de haute tenue. Quelques réserves tout de même. Elles viennent des scènes sentimentales, où Coppola sombre dans la mièvrerie – comme souvent, il faut le dire, les Américains lorsqu’ils s’aventurent sur ce terrain. A l’hôpital lorsque Kay, Mary et Tony rendent visite à un Michael alité. Lorsque Tony chante en s’accompagnant à la guitare le thème de Nino Rota dédié à son père, qui verse une petite larme. Au Vatican, lorsque Michael se confesse au cardinal Lamberto. Entre Mary et Vincent, lorsque ce dernier lui explique qu’ils ne pourront plus se voir. Et, surtout, entre Michael et Kay, lorsque celle-ci lui déclare qu’elle l’a « toujours aimé« . Le tout avec musique ronflante et banals champs/contrechamps. Une mièvrerie très surprenante, qui ne cadre pas avec la puissance et l’audace que dégage toute la saga. En vieillissant, sans doute devient-on sentimental ?…

Une faiblesse – seulement à nos yeux européens ? – absente des deux premiers volets. Peu de choses malgré tout : les Studios ont eu raison d’insister. Coppola fut d’ailleurs si satisfait du résultat qu’il envisagea de lui-même une quatrième partie ! Mais Mario Puzo, le coscénariste et auteur du livre initial, en décida autrement en cassant sa pipe. Le nez dans l’herbe et une orange à ses pieds ?

Beetlejuice Beetlejuice : une bande originale entre classiques et nouveautés

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Avec Beetlejuice Beetlejuice, Tim Burton nous replonge dans son univers décalé et gothique. Portée par Danny Elfman, la bande originale mêle orchestration captivante et morceaux cultes, de la disco des Bee Gees aux ballades de Donna Summer. Un festin musical à ne pas manquer !

Playlist de Beetlejuice Beetlejuice

Beetlejuice, Beetlejuice de Tim Burton vient hanter les salles obscures en septembre 2024. Il fait suite au Beetlejuice de 1988. Pour sa bande-originale, le réalisateur a fait appel à son compatriote de toujours, le fantastique compositeur Danny Elfman. Elle est complétée par des morceaux éclectiques allant du disco des Bee Gees avec Tragedy à des ambiances plus atmosphériques tels que Svfen-g-englar en passant par des chansons d’amour telles que Whatever It Takes de Richard Marx ou MacArthur Park de Donna Summer. On trouve même une version de ce morceau proposant une reprise plus élaborée de la danse devenue culte du premier opus.

La B.O. de Beetlejuice Beetlejuice : un festival de chansons éclectiques épaulant les compositions toujours inspirées de Danny Elfman. De quoi se déhancher en frissonnant de plaisir.

1 – Beetlejuice Beetlejuice Main Theme

Le thème de Beetlejuice se fait entendre pendant que la caméra survole la maquette comme dans le premier film. Il commence avec des cors avant d’être rejoint par des chœurs fantomatiques et des cris tribaux. Les clarinettes et les cloches tubulaires prennent le relais et sont rejointes par l’ensemble de l’orchestre. Les bassons, les trombones et les tubas. Le thème se mêle ensuite à une valse des pays de l’Est et prend une allure plus grandiloquente. Il se termine au moment où la silhouette de Lydia apparaît à une fenêtre.

2 – Tragedy des Bee Gees

Tragedy est parue en 1979. Cette chanson des Bee Gees accompagne la « reconstruction » de Dolores, l’ex-femme de Beetlejuice. Les paroles sont les suivantes :

Je gis ici, dans un endroit perdu et isolé
Maintenu hors du temps dans un monde de larmes…

C’est exactement ce qui se passe avec le personnage qui se lance dans la traque implacable de son ancien époux après s’être réveillé au pays des Morts.

3 – Day-O

Cette chanson est à l’origine une working song jamaïcaine…

4 – Somedays de Tess Parks

Somedays provient de l’album Blood Hot

5 – Cry Cry de Mazzy Star

Cry Cry est extrait de l’album Among My Swan

6 – Where’s the Man de Scott Weiland

Cette chanson du regretté Scott Weiland…

7 – Whatever It Takes de Richard Marx

Ce tube international est sorti en 1989…

8 – Svfen-g-englar de Sigur Ros

La chanson douce et atmosphérique…

9 – MacArthur Park de Richard Harris

Cette chanson risque de devenir culte…

10 – Thème de Carrie

Ce morceau accompagne la scène du rêve de Lydia…