Warhol, la bio graphique non officielle

Parution simultanée aux éditions Larousse de cette bio graphique de l’Américain Andy Warhol et de celle de l’Anglais David Hockney, un choix bien pensé car les deux artistes se sont rencontrés et sont des expérimentateurs modernes ayant marqué les esprits, chacun dans son style.

Cet album est la traduction de la version originale en anglais qui m’incite à penser que les éditions Larousse envisagent une collection de telles bio graphiques de peintres sur le même principe. D’ailleurs, l’illustrateur (Marco Maraggi) est l’auteur d’une BD biographique sur Banksy. Ceci dit, ici nous avons affaire à une BD de facture assez classique, alors que la bio graphique de David Hockney est davantage un livre illustré, comportant pas mal de textes mais sans cases ni bulles. Par contre, cette bio d’Andy Warhol comporte des chapitres respectant la chronologie de sa vie, probable modèle de celle de David Hockney.

Aspirations, inspiration

Après cinq pages de présentation de l’artiste (dont un dessin tout à fait dans son style), nous apprenons qu’Andy Warhol est né à Pittsburgh, ville marquée par son industrie de l’acier. Jeune, il préférait lire ses BD que se socialiser. Ainsi il jouait peu avec ses frères et préférait la compagnie de sa mère dont il resta proche toute sa vie. Par contre, Andy perdit son père encore jeune, apparemment sans en être trop affecté. Déjà adolescent il aimait beaucoup dessiner et il se dirigea vers l’univers de la publicité qui le marqua durablement. Ainsi, il apprit à reconnaître ce qui avait une chance de séduire le plus grand nombre. Mais il ne voulait pas s’éterniser dans cet univers lié à la société de consommation, car son ambition était bien de faire carrière comme artiste. Et, bien-sûr, c’est à New York que tout cela se passait. Il y travaillait, voyait ce que certains concevaient. Mais, considéré comme un publicitaire, il restait à l’écart du microcosme évoluant dans les galeries d’art qui le fascinaient. Jusqu’au jour où il conçut ce qui devint sa marque de fabrique : la représentation d’objets symboliques de la société de consommation de l’époque. Voilà qui explique que Warhol soit considéré comme représentant du pop art car l’expression signifie art populaire (elle peut donc correspondre à bien d’autres artistes).

Un état d’esprit

Bien que l’album mentionne les jalons essentiels de la carrière artistique d’Andy Warhol, le scénario de Michele Botton simplifie considérablement son évolution. Ainsi, Warhol exposa avant de concevoir ses fameuses représentations de boîtes de soupe Campbell’s. Et, si l’album le montre en train d’y travailler, il ne se risque pas à montrer l’œuvre reproduite plus ou moins fidèlement. Idem pour l’illustration de couverture où un badge mentionne « Non officiel et non autorisé » très révélateur. Cela évite l’inévitable comparaison au désavantage de la BD, mais cela présente l’inconvénient de ne donner qu’une idée beaucoup trop vague de pourquoi l’œuvre de Warhol a marqué les esprits. Cette bio graphique se concentre sur la vie de l’artiste, relatant par exemple la tentative d’assassinat dont il fut victime. Elle s’intéresse aussi au caractère ambigu du personnage, avec son look caractéristique entretenu au fil des années par l’usage de perruques, mais aussi par son comportement général en public et notamment lors d’interviews. En effet, son caractère réservé l’incitait à faire des réponses plutôt laconiques qui finalement pouvaient être prises pour des provocations, avec une capacité à pousser la plaisanterie jusqu’au cynisme. Dans cet esprit, il est dommage que sa réflexion sur le quart d’heure de célébrité accessible à tout un chacun n’apparaisse que sous forme allusive, alors que c’est quelque chose d’emblématique du personnage. Ceci dit, la BD met suffisamment l’accent sur le talent de Warhol pour mettre en scène tout ce qu’il avait en tête. Ce qui amène logiquement à évoquer son activité cinématographique où, là aussi, il n’hésita pas à miser sur la provocation. N’oublions pas de signaler que Warhol se plaisait à évoluer au milieu de celles et ceux qui faisaient l’activité artistique new-yorkaise, faisant en sorte que son propre atelier « La Factory » soit ouvert à tous ceux qui voulaient y venir. C’est ainsi qu’il côtoyait par exemple des musiciens et qu’il fut amené à travailler avec et pour eux (seule œuvre représentée, la fameuse banane comme illustration de pochette de l’album Velvet underground and Nico où sa signature apparaît bien en évidence). L’album signale donc ses multiples relations, alors que bizarrement il passe quasiment sous silence sa vie sentimentale. Par contre, il fait un choix narratif original et bien dans l’esprit du personnage, en lui faisant raconter toute sa vie comme s’il était vivant, alors qu’il est mort en 1987, à la suite d’une banale opération de la vésicule.

Pour conclure

Cet album a le mérite de donner une idée assez complète du personnage Andy Warhol, artiste complexe dont la célébrité doit autant à son talent original qu’à sa personnalité lui permettant de bien sentir tout ce qu’il pouvait se permettre, et ce dans de nombreux domaines artistiques. Ce qui ne l’empêcha pas de provoquer une rancœur importante à la base de la tentative d’assassinat dont il ne réchappa que de justesse.

Warhol la bio graphique, Michele Botton (scénario) et Marco Maraggi (dessin)

Larousse : sorti le 11 septembre 2024

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.