David Hockney – La bio graphique, par son biographe

Avec cet album, les éditions Larousse inaugurent ce qui ressemble fort à un début de collection, puisque paraît au même moment une bio graphique sur un autre peintre que David Hockney a eu l’occasion de rencontrer : Andy Warhol.

A savoir pour commencer que le présent album est difficile à classer, car s’il vise le créneau BD, il ne comporte ni cases ni bulles classiques, mais plutôt des dessins pour illustrer du texte. La tentation de le considérer comme un album jeunesse ne tient pas non plus, en raison de la quantité de texte et des nombreux sujets qu’il aborde, y compris techniques. Ceci étant précisé, on retiendra néanmoins la classification BD en considérant que les expérimentations concernant le neuvième art montrent qu’il permet d’explorer bien des manières. Or, page après page, cet album au format moyen s’avère d’une indéniable fantaisie en ce qui concerne la présentation, ce qui d’ailleurs correspond bien à la personnalité du peintre David Hockney. Et puis, l’expression bio graphique choisie pour ce début de collection correspond parfaitement au contenu de l’album.

L’homme et l’artiste

David Hockney est donc un Anglais, né à Bradford en 1937, ce qui lui donne aujourd’hui 87 ans. Épais de 236 pages, l’album est divisé en chapitres qui ponctuent certaines périodes remarquables de son existence et de son activité de peintre, depuis son enfance. Surtout, l’album s’intéresse à son évolution, avec notamment sa découverte de différentes techniques lui permettant d’aller plus loin dans ses recherches. L’album aborde tous les éléments qui permettent de se faire une bonne idée de l’artiste comme de l’homme, avec ses origines familiales, son caractère, ses goûts et ses relations. Ayant récemment lu Vie de David Hockney par la romancière Catherine Cusset, j’ai pu faire quelques comparaisons. Ainsi l’album présente l’avantage de ne rien négliger et même d’indiquer de nombreux détails intéressants. Mais certains points tombent parfois comme un cheveu sur la soupe, alors que le texte de Catherine Cusset, très complet également, permet de mieux faire sentir le temps qui passe. La différence est sensible en durée de lecture, car l’album peut se lire en une heure environ, alors que le livre en nécessite trois ou quatre fois plus. Par contre, l’aspect graphique de l’album apporte beaucoup. Déjà, on se fait une idée de David Hockney en tant que personne physique, avec notamment son visage et sa silhouette. L’album joue également sur les couleurs, ce qui s’avère particulièrement judicieux, puisque leur utilisation fait partie des caractéristiques du style du peintre. Toute sa fantaisie, sa joie de vivre et même son humour (voire une certaine forme d’impertinence) font de son utilisation de la couleur quelques chose de très personnel. L’album insiste tout aussi judicieusement sur l’originalité d’inspiration du peintre qui a toujours refusé les étiquettes, persistant dans la voie du figuratif alors que la plupart de ses contemporains ne jurent que par l’abstrait. L’album s’intéresse aussi au pourquoi de son succès, précisant dès le début que sa notoriété a grimpé en flèche le jour (16 novembre 2018) où l’une de ses œuvres s’est vendue 70,3 millions de dollars chez Christie’s à New York, faisant de David Hockney le peintre vivant le plus cher. Ce qui n’empêche pas Simon Elliott, son biographe, scénariste et dessinateur de l’album, de faire son possible malgré une admiration évidente pour le peintre, de ménager une réflexion sur la façon dont l’artiste est perçu, en citant des critiques. Je retiens notamment celle signée Hilton Kramer (non datée) « Ridiculement surcoté… superficiel, voire réactionnaire… On dirait la production d’une sorte d’art de salon du XIXe siècle, remis à neuf en se servant dans les entrepôts du modernisme. » qui montre qu’on peut ne pas apprécier Hockney.

Une œuvre et sa représentation

Venons-en au point le plus gênant de l’album. Malgré tous ses efforts, Simon Elliott peine à faire sentir dans ses représentations des œuvres de David Hockney, ce qui en fait la qualité, le charme, la séduction, alors même que si on cherche en ligne les œuvres ici représentées, on les reconnaît aisément. A sa décharge, on retiendra le fait que le rendu d’une œuvre après des heures de travail à la peinture est d’une toute autre qualité que celui d’un dessin réalisé en quelques minutes dans le meilleur des cas. Sans oublier l’inspiration personnelle du peintre, ses recherches techniques, son usage de toiles de grandes surfaces, etc. Maintenant, on peut voir aussi les choses dans l’autre sens en considérant que tout ce que mentionne l’album ne peut qu’inciter celles et ceux qui le liront à chercher à en savoir plus, non sur l’homme ou l’artiste, mais sur ses œuvres, au moins à s’en faire une idée plus conforme par des photos ou même en trouvant l’occasion d’en voir dans des expositions ou des musées.

Pour conclure

L’album est donc une bonne entrée pour la découverte d’un artiste majeur de notre époque. Il ne se contente pas d’illustrer sagement le parcours de David Hockney, puisqu’il évoque tout ce qu’il peut être intéressant de savoir à son propos, y compris sa vie sentimentale où il a très tôt assumé son homosexualité.

Hockney – la Bio graphique, Simon Elliott

Larousse : paru le 11 septembre 2024

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