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Joaquin Phoenix : Portrait d’un acteur magnétique

Si à ses débuts, Joaquin Phoenix n’était pour certains que le frère du regretté et talentueux River Phoenix, aujourd’hui plus personne ne remet en question son talent protéiforme et son charisme singulier. Retour en quelques films phares avant la sortie française de « You were never really here » qui lui a valu le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes.

Les débuts d’un acteur unique et singulier

Ayant débuté en tant que second couteau dans des rôles de marginaux, un peu losers et souvent troubles (8 millimètres face à Nicolas Cage, Signes aux côtés de Mel Gibson, The yard…), son charisme et son talent ont été remarqués, l’amenant progressivement vers les premiers rôles.

Si 8 millimètres de Joel Shumacher n’a pas, à sa sortie, cassé la baraque, la faute au désaveu de son scénariste (Andrew Kevin Walker, auteur du script de Seven de David Fincher, fera tout pour ne pas apparaître au générique) et à un film plongeant dans le milieu du porno underground, Joaquin Phoenix y crève pourtant l’écran dans le rôle d’un musicien raté obligé d’officier en tant que caissier dans un sex shop. L’alchimie avec Nicolas Cage, tenant le haut de l’affiche, fonctionne à pleins tubes et sa prestation rend le film, certes imparfait, bien meilleur que ce que les critiques en dirent à l’époque.

Gladiator révèle une fois pour toute le talent de Russell Crowe (il gagnera l’oscar pour son rôle) découvert dans l’excellent polar L.A. Confidential et remet le péplum au goût du jour. Mais il permet également à Joaquin Phoenix de briller dans le rôle du fils lâche et envieux de César à la personnalité tordue comme le dos de son acteur. Une fois de plus le charisme du jeune espoir vaut celui de son acteur principal.

Dans Signes, Shyamalan revisite à sa façon, lente et intimiste, une histoire d’invasion extra-terrestre. Mel Gibson et Joaquin Phoenix y sont deux frères paumés au fin fond de l’Amérique rurale. Phoenix y joue une fois de plus un gentil loser vivant aux crochets de son frère, mais réussit à nouveau l’exploit d’égaler la star du film en charisme.

Si Walk the line n’est pas le premier film où Joaquin Phoenix tient le haut de l’affiche, il permet de confirmer sa capacité à tout jouer avec brio. Comme Val Kilmer dans la défroque de Jim Morrisson pour le biopic de The Doors, Phoenix apprend à chanter comme Johnny Cash et interprète les chansons du film lui-même en adoptant la voix grave caractéristique de l’artiste. La performance est bluffante et le biopic l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de son genre, car il est avant tout une superbe histoire d’amour où son talent fusionne avec celui de Reese Witherspoone, elle aussi épatante.

La méthode Phoenix

« J’ai toujours voulu avancer suivant mon propre instinct et je ne crois pas beaucoup à la méthode de l’Actors Studio qui consiste à faire appel à des émotions enfouies pour nourrir son personnage. »

La façon instinctive, presque animale de Phoenix de s’approprier un rôle, prend une toute autre ampleur. Dans The Master (de Paul Thomas Anderson), Joaquin donne vie à son personnage le plus complexe à ce jour. Le film voit la rencontre entre un névrosé, anti-social, alcoolique, obsédé (fascinant Phoenix) qui agit en électron libre et un gourou (impeccable Hoffman) auto proclamé médecin, écrivain, philosophe, avide surtout de contrôler son troupeau grandissant. Une amitié bizarre va grandir entre les deux. Le premier va rester fidèle un temps à son « master » histoire de voir s’il peut être guéri de son vieil amour entêtant mais se rendra finalement compte que le pré-supposé génie du gourou n’est que de la poudre aux yeux. Le second essayera en vain de plier à sa volonté un esprit faible comme ceux qui le vénèrent habituellement.

A l’heure où les blockbusters décérébrés pullulent, Joaquin Phoenix, lui, choisit de poursuivre son chemin dans un cinéma d’auteur moins bling bling et surtout moins lucratif, mais bien plus exigeant. Son palmarès n’est pas prêt de s’arrêter là et compte jusqu’à présent des cinéastes aussi divers que talentueux, tels que Paul Thomas Anderson (The Master et Inherent Vice), Woody Allen (L’homme irrationnel), Spike Jonze (Her), James Gray (The yards, La Nuit nous appartient, Two lovers, The Immigrant), M. Night Shyamalan (Signes et Le Village), James Mangold (Walk the line)…

L’homme au dos courbé croisera le chemin de Jacques Audiard dans son prochain film Les frères sisters aux côtés du non moins talentueux Jake Gyllenhaal !
Celui qui avait réussi à faire croire à tout le monde avec brio qu’il arrêtait le cinéma pour se mettre au rap (afin de préparer le film I’m still here de Casey Affleck) n’a pas fini de nous époustoufler avec ses performances uniques n’ayant rien à envier à celles de Daniel Day Lewis.

Vous pourrez retrouver Joaquin Phoenix à l’affiche du film A Beautiful Day le 8 Novembre 2017.

Redacteur LeMagduCiné
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