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Magnum, P.I. : la saison 2 dégaine la moustache en Blu-ray chez Elephant Films

Le 27 juin 2018 sera disponible en Blu-ray la seconde saison de la série culte Magnum, créée par Donald P. Bellisario et Glen A. Larson, avec le fringuant Tom Selleck dans le rôle-titre.

Synopsis : A la suite d’un pari, le détective Thomas Magnum peut occuper librement la propriété hawaïenne de l’écrivain Robin Masters, mais qu’il doit partager avec Higgins, majordome britannique, dont les chiens sont la plus grande hantise de notre sympathique héros. Aidé de ses amis Terry et Rick, vétérans du Vietnam et anciens Marines comme lui, il enquête dans un décor paradisiaque sur toutes sortes de crimes, avec humour et charisme…

Magnum poursuit sa cure de jeunesse en Blu-ray

Thomas Magnum est de retour en Blu-ray : enquêtes musclées ; traumas à affronter ; et missions de garde du corps et de sauvetage au programme. Comme écrit dans l’article concernant la première saison, le retour de Magnum dans une copie remastérisée excellente permet de véritablement redécouvrir les aventures du détective moustachu, enfermé dans les abimes de la nostalgie qui avait iconisé le personnage en quelques éléments visuels (la moustache, la chemise hawaïenne, la Ferrari et Tom Selleck bien sûr) et qui l’avait alors figé comme l’une des nombreuses œuvres de la Pop’ Culture devenues de véritables doudous (Cf. Nicolas Bonci et son article sur Mad Max Fury Road). Heureusement pour Magnum et pour ses fans, Elephant Films refait battre son cœur, sortant alors le personnage de la cire qui l’avait paralysé dans le petit musée de la nostalgie.

En effet, trois mois après la sortie Blu-ray de la première saison, l’éditeur Elephant Films nous propose d’accéder à la seconde, toujours en haute définition. Une HD formidable mais pas sans défauts : on trouve ici et là des plans souffrant violemment de la surprésence de grain ; d’autres dignes d’un upscale de DVD ; ou par ailleurs des plans trop lissés aplanissant alors les images. Mais rassurez-vous, l’édition proposée par Elephant Films dispose d’une image à la restauration soignée, détaillée et harmonieuse. La bande-son française, certes remastérisée, souffre toujours d’un écho concernant la voix-off de Thomas Magnum, doublé par le génial Francis Lax. Du côté des bonus, l’éditeur fait toujours vache maigre. Il ne propose que la deuxième partie de l’entretien avec Donald Bellisario (réalisé en 1996), complétant alors le bonus fractionné de la première saison. Et bien sûr les éternelles bandes-annonces des prochaines séries éditées par Elephant Films. Le coffret, comme celui de la première saison, est proposé au prix de 40 euros à sa sortie. Les fans inconditionnels devront donc investir 320 euros pour obtenir l’intégrale des huit saisons s’ils cèdent à l’impatience magnumesque à la sortie de chaque coffret. Quant à vous lecteurs, qu’en sera-t-il ? Le banquier vous dira-t-il « merci » ou vous enverra-t-il un dragon à vos trousses ? Sachez que la première saison de la série peut déjà être obtenue à moins de trente euros sur le web, et que Magnum reviendra à nouveau en haute définition fin août pour la sortie Blu-ray du troisième coffret des aventures de notre détective moustachu préféré.

Extrait – Magnum, P.I. saison 2

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

1080p – 16/9 – 1.33:1 (format d’origine respecté) – Images : Couleurs – Audio : Français 2.0 DTS-HD Master Audio – Anglais 2.0 DTS-HD Master Audio – Sous-titres : français – coffret 4 disques Blu-ray

COMPLÉMENTS

« Magnum : les origines de la série » : interview de Donald Bellisario, 2ème partie

Bandes-annonces – Crédits

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Magnum, P.I.

La saison 2 en Blu-ray le 27 juin 2018

Prix indicatif public : 39,99 €

Sicario : la Guerre des cartels : expansion dans la continuité

Trois ans après le Sicario de Denis Villeneuve, Stefano Sollima s’empare du sombre univers mafieux. Le réalisateur italien, célèbre pour avoir dirigé la série Romanzo criminale, opère en terrain connu. Dans Sicario : la Guerre des cartels, il aborde avec froideur et réalisme la peur d’un terrorisme sans nom, justifiant l’inhumain sous couvert d’un secret d’État sans pitié. Par ses scènes d’action et son développement des personnages, cette suite cohérente et prenante remplit parfaitement son contrat, à défaut d’égaler l’œuvre originale.

Synopsis : A la suite d’un attentat sur le sol américain, le gouvernement des États-Unis soupçonne les cartels mexicains d’introduire des terroristes sur leur territoire. Il engage alors l’agent Matt Graver, chargé de se  » salir les mains  » en déclenchant une guerre ouverte entre les gangs mafieux, grâce à l’aide de l’énigmatique Alejandro.

Dans le premier Sicario, le récit était relaté à travers Kate Macer, interprétée par Emily Blunt. L’absence de celle-ci dans Sicario : la Guerre des cartels a conduit l’excellent scénariste Taylor Sheridan, déjà auteur de Sicario, Comancheria et Wind River, à poursuivre son histoire en adoptant le point de vue d’Alejandro.

sicario-la-guerre-des-cartels-benicio-del-tCe transfert de regard, étonnant et audacieux, permet d’approfondir le personnage de Benicio Del Toro en humanisant davantage cet antihéros. Loin du vengeur sans pitié qu’il semblait être devenu, il fait ici preuve de compassion en se posant des limites morales inattendues. Toujours marqué par la mort de sa fille, évoquée plusieurs fois, Alejandro trouve dans la petite Isabela, enlevée par lui-même pour provoquer un conflit entre cartels, un substitut d’enfant.

Prêt à sacrifier pour elle ses objectifs comme sa propre vie, il semble accomplir par ce sauvetage une forme de rédemption. Il n’hésite pas d’ailleurs à contester directement les ordres de Matt Graver, l’agent fédéral réputé pour exécuter sans rechigner les missions les plus sales et immorales pour le compte du gouvernement.

Le fidèle comparse d’Alejandro, parfaitement incarné par Josh Brolin, bénéficie dans une moindre mesure du même genre de développement. En désobéissant à sa hiérarchie, sous l’influence de son ami, il commence à faire les propres choix que lui dicte sa conscience.

En définitive, depuis la disparition de Kate, qui incarnait dans Sicario la justice et les limites morales infranchissables, Alejandro et Matt, dépourvus d’adversaire remettant en question leurs décisions, doivent trouver en eux-mêmes leurs propres codes de conduite. Ils basculent ainsi des rôles de méchants violents et charismatiques à ceux d’hommes plus complexes et nuancés, à la fois protagonistes et antagonistes.

Avec cette évolution des personnages, et de façon globale, Sicario : la Guerre des Cartels constitue une expansion de l’univers posé dans le film de Denis Villeneuve. Il ne s’agit plus d’un combat isolé à la frontière mexicaine mettant en cause des trafiquants de drogue, mais d’une guerre totale entre cartels, impactant le territoire américain et impliquant la nouvelle source de valeur actuelle, l’homme.

A cause de la légalisation et de l’utilisation de plus en plus fréquente de certaines drogues, les mafieux ont dû se mettre en quête d’un nouveau produit plus rentable. Comme ils jouissent du contrôle de la frontière mexicaine, il ont décidé de faire payer aux migrants un passage clandestin vers les États-Unis.

Par son récit haletant, Sicario : la Guerre des cartels délivre des messages assez appuyés résonnant parfaitement à l’heure actuelle. N’en déplaise à Machiavel, la fin ne justifie pas les moyens. La nécessaire lutte contre le terrorisme ne délivre pas un blanc-seing pour commettre crimes et atrocités. Une action de provocation, tel un kidnapping, peut engendrer des violences et des nécessités totalement imprévues. Autrement dit, on récolte ce que l’on sème.sicario-la-guerre-des-cartels-convoi-voitures-militaires

Cet élargissement du cadre narratif est accompagné d’une réalisation nerveuse et efficace, dans le même esprit que son prédécesseur. Dans les pas de Denis Villeneuve, Stefano Sollima cherche en effet à reproduire dans sa mise en scène l’intensité de Sicario. En témoignent la scène de combat en vision nocturne, les plans serrés sur les convois de voitures, ou encore les vues aériennes des grands espaces désertiques.

La musique s’inspire aussi du style si particulier posé dans le premier volet. Composée par Hildur Gudnadottir, l’ancienne collaboratrice de Johann Johansson, auteur de la bande-originale de Sicario et malheureusement décédé, elle parvient à créer une atmosphère pesante et angoissante. D’ailleurs, on retrouve à la fin en hommage le thème musical principal de Sicario.

Sicario : la Guerre des cartels s’impose comme un thriller réaliste et moderne, aux thématiques actuelles et aux enjeux humains assez passionnants. Bien qu’il n’égale pas Sicario au niveau technique, notamment quant à la réalisation et à la photographie, il étend l’univers en développant ses personnages, tout en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre de Denis Villeneuve. Cette suite prenante et convaincante mérite donc largement d’être découverte en salles.

Sicario : la guerre des cartels – Bande-annonce

Sicario : la guerre des cartels – Fiche technique

Titre original : Sicario : Day of the soldado
Réalisateur : Stefano Sollima
Scénario : Taylor Sheridan
Interprétation : Benicio Del Toro (Alejandro), Josh Brolin (Matt Graver), Isabela Moner (Isabela Reyes), Catherine Keener (Cynthia Foards), Jeffrey Donovan (Steve)
Musique : Hildur Gudnadottir
Photographie : Dariusz Wolski
Montage : Matthew Newman
Production : Denis Villeneuve, Basil Iwanyk, Erica Lee (II)
Maisons de production : Lionsgate
Distribution (France) : Metropolitain FilmExport
Sortie (France) : 27 juin 2018
Genres : Thriller, Action
Durée : 122 minutes

Etats-Unis – 2018

La piscine au cinéma : des moments intenses

Envie de baignade cet été ? C’est le moment de faire le grand saut, de piquer une tête dans des piscines immortalisées par le cinéma et de découvrir une palette de moments uniques…

La piscine peut être l’élément central d’un film (La piscine, The Swimmer), ou jouer d’autres rôles, plus inattendus. Festive, rassurante, inquiétante ou décalée, voici la piscine dans tous ses états. Elle nous offre une palette de moments qui peut beaucoup varier selon l’interaction avec les personnages…

La piscine au cinéma : des moments de nostalgie

Le cinéma a l’extraordinaire capacité de ne pas se soumettre à l’irréversibilité du temps. Il permet de ne pas oublier, voire de faire revivre des moments qui semblaient s’être évanouis dans le temps et l’espace.

Dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, pour nous aider à mieux comprendre l’imagination débordante d’Amélie, le réalisateur Jean-Pierre Jeunet nous propose un flash-back sur son père, Raphaël Poulain. Il illustre ce que Raphaël aime et n’aime pas. On le voit dans diverses situations, notamment dans une brève scène à la piscine des Amiraux, l’une des plus anciennes de Paris, située dans le 18e arrondissement, d’où « il n’aime pas sortir [de l’eau] et sentir coller son maillot de bain ».

Pour l’anecdote, sachez que cette piscine des Amiraux est l’oeuvre de l’architecte rouennais Henri Sauvage qui avait d’abord souhaité installer un cinéma dans la cour centrale avant que la ville de Paris, commanditaire de l’ouvrage, ne lui demande de construire une piscine au design influencé par l’Art Nouveau.

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) : flash-back

Retour vers le passé dans une autre piscine parisienne, grâce à un film américain cette fois. Le héros de Life of Pi s’appelle Piscine Molitor Patel (joué par Gautam Belur à 5 ans puis par Irrfan Khan adulte), ce qui lui vaut d’être le souffre-douleur de ses camarades de classe à Pondichéry pendant des années, avant qu’il ne  raccourcisse son nom pour se faire appeler Pi Patel, comme s’il s’agissait du symbole π (ou Pi). Ils ignorent que son oncle lui a donné ce nom en hommage à la superbe piscine du 16e arrondissement de Paris.

« Un jour Mamaji [l’oncle de Pi] a dit à mon père que de toutes les piscines du monde la plus belle était une piscine publique à Paris et que l’eau y était si claire qu’on pouvait y faire son café. (…) Si tu veux que ton fils ait une âme pure tu dois l’emmener un jour nager à la Piscine Molitor ».

La scène de la piscine Molitor nous permet de voir un superbe plan sous l’eau, dans lequel on voit une femme plonger tandis qu’apparaît au même moment la façade et ses vestiaires. Les plans suivants sont aériens car la caméra reste sous l’eau pour jouer avec les reflets du nom de la piscine dans l’eau. L’oncle de Pi nage quasiment dans les airs car le réalisateur nous fait oublier l’eau, pour faire évoluer l’oncle avec des nuages au-dessus de lui.

Sachez que le premier bikini a été porté en 1946 à la Piscine Molitor par Micheline Bernardini, alors danseuse au Casino de Paris. Le temple de l’Art déco dessiné par Lucien Pollet et inauguré en 1929 devait être détruit après 60 ans d’activité mais il a été sauvé et reconstruit pour devenir en 2014 un prestigieux établissement.

Life of Pi (2012) : la piscine Molitor

Nostalgie toujours… de l’âge d’or du cinéma américain cette fois, lorsque les grandes productions hollywoodiennes proposaient des comédies musicales, des chorégraphies aquatiques, des péplums et des polars noirs des années 1950. Dans Hail Cesar, DeeAnna Moran (Scralett Johansson) rend un hommage à Ester Williams, actrice et nageuse des années 1940 et 1950. Le film parodique présente une héroïne vulgaire dès lors que la camera arrête de tourner le film (dans le film). La scène de piscine est colorées, rythmée, esthétique et drôle ! Un brin de nostalgie et un zeste de satire pour un cocktail réussi.

La piscine au cinéma : des moments festifs

La pression du quotidien, l’envie de retrouver des amis ou de tisser de nouveaux liens poussent à faire la fête. Certaines peuvent même agir comme un véritable marqueur du temps et provoquer d’agréables souvenirs quand elles sont  réussies. Quand la fête a lieu autour d’une piscine, tout peut arriver. Au cinéma, cela crée des scènes mémorables…

Souvent associé à la fête, Gatsby, le personnage inventé par Francis Scott Fitzgerald, organise les fêtes les plus folles de l’Amérique des années 1920. Adapté par Jack Clayton en 1974 – sur un scénario de Francis Ford Coppola – avec un Jay Gatsby interprété par Robert Redford dans le premier opus et Leonardo di Caprio dans le deuxième (dirigé par Baz Luhrmann), The great Gatsby propose une fête mémorable qui commence dans le manoir et se poursuit à la piscine. Des moments d’ivresse dans les deux versions, aidées par la musique, des caméras enivrantes et vertigineuses qui rappellent l’ambiance de Moulin Rouge (moins jazzy dans la version de 2013). L’aristocratie y est superficielle, le champagne coule à flots, le spectateur tourbillonne.

The great Gatsby (1974) : une fête inoubliable

The great Gatsby (2013) : le remake

Dans Bathing Beauty  ce n’est pas l’intérêt du scénario qui nous donne envie de revoir le film dont le happy end est prévisible. Ce sont plutôt les grandes chorégraphies, conçues comme des tableaux, le dosage réussi de chant et de danse à l’américaine qui vous transportent dans un univers qui se veut idyllique.

La nageuse Esther Williams propose un ballet aquatique inoubliable dans une immense piscine (construite par la Metro-Goldwyn-Mayer, dite MGM, spécialement pour elle) tandis que le film distille des moments comiques pour apporter un peu de légèreté à un monde inquiet. Tourné en 1944, Bathing Beauty espérait remonter le moral des troupes des soldats américains engagés en Europe dans le conflit mondial.

La scène la plus connue est le grand final, qui commence par les plongeons des nageuses qui semblent tomber comme des dominos, pour se poursuivre par des plans très étudiés, des nages parfaitement synchronisées, une chorégraphie millimétrée et des couleurs chatoyantes. Les scènes de danse ont été conçues par John Murray Anderson, chorégraphe du Billy Rose Aquacade de San Francisco où Esther Williams s’était produite avec Johnny Weissmuller (nageur et acteur, connu pour son rôle dans Tarzan). Le nombre de nageurs étant conséquent, la MGM a d’abord essayé de faire danser des nageuses avant de se raviser et de demander à des danseuses d’apprendre à bien nager pour faire les chorégraphies. L’actrice-nageuse Esther William a eu du mérite de tourner la scène phare où elle sort d’un hippocampe : elle avait alors une pneumonie et 39° de fièvre.

Le film rend aussi hommage à Busby Berkley, l’un des plus grands chorégraphes des années 1930, innovateur avec ses plan-séquences en travelling et sa capacité à jouer avec les contrastes entre le noir et le blanc à une époque où la couleur n’était pas encore disponible. Le plan de Bathing Beauty recréant une spirale et des séquences avec des fleurs modernise la version de Footlight Parade, qui date de 1934.

Bathing Beauty (1944) : le grand final

Footlight Parade (1933) : la scène qui a inspiré Bathing beauty (1944)

Un scénario de 65 de pages a donné lieu à l’une des fêtes les plus remarquables du 7e art. Dans The party Peter Sellers joue le rôle de Hrundi V. Bakshi, un figurant de cinéma, indien, invité par erreur à la soirée du producteur du film dont il vient de gâcher le tournage. Le cadre somptueux est celui d’une villa hollywoodienne à l’architecture moderne (des années 1960). La domotique censée servir les invités finit par être la source de tous les problèmes lorsque Bakshi active une manette par mégarde et ouvre une piscine intérieure, ce qui cause la chute des invités. La diffusion d’un produit dans la piscine donne lieu à l’une des plus grandes soirées-mousse du cinéma.

Dans cet univers figé, intolérant et hypocrite Bakshi fait figure d’intrus. Avec un clin d’oeil cinématographique aux autres grands intrus du cinéma à l’instar de Chaplin ou Keaton, habitués du genre, la critique passe ici aussi par le registre comique, Bakshi roulant des yeux pour être remarqué ou se montrant mal à l’aise dans un environnement acceptant difficilement la différence. Pour preuve, Bakshi s’entend bien avec une seule invitée : une jeune actrice française (Claudine Longet) peu prise au sérieux. Ils sont complices lorsqu’ils dansent dans la mousse comme des enfants, alors même que les épouses de riches invités, tombées dans la piscine, font l’objet de l’indifférence de leurs époux qui se soucient plus de leurs biens que de leurs épouses (« sauvez les bijoux »).

Le réalisateur, Blake Edwards a eu du flair en laissant ses comédiens improviser et construire leurs gags à partir d’un simple fil conducteur. Steven Franken en serveur saoul et Peter Sellers en Candide décalés dans un univers égocentrique et suffisant ont inspiré des générations d’acteurs (Monty Python, Austin Powers...). L’assistance vidéo*, nouveau procédé inauguré sur le tournage et devenu la norme depuis, a aussi permis aux acteurs de recommencer certaines scènes ou de se permettre des libertés nouvelles pendant que le réalisateur les chronométrait.

* transmission de ce qui est filmé sur une caméra de télévision, ce qui permet de revoir la scène juste après l’avoir jouée.

The party (1968) : une soirée-mousse inoubliable

Véritable hommage au cinéma malgré un sujet qui porterait à croire le contraire, Boogie nights s’intéresse à Eddie Addams (Mark Wahlberg), devenu à 17 ans acteur de films pornographiques dans les années 1970. Jack Horner (Burt Reynolds), réalisateur en mal de reconnaissance dans le film permet – grâce à une mise en abyme – à Paul Thomas Anderson, réalisateur de Boogie nights, d’illustrer les mutations des années 1980 au cinéma et de suivre la plongée d’Eddie dans la décadence.

La scène de la piscine est captivante à plus d’un titre. Elle commence par un plan séquence dont l’intérêt des transitions ne réside pas dans les dialogues mais dans la manière dont on passe d’un groupe à un autre, jusqu’à plonger avec la caméra dans la piscine. Les cinéphiles aguerris rapprochent cette scène de Soy Cuba, de Mikhail Kalatozov (1964) dont un plan débute au sommet d’un hôtel et se termine sous l’eau dans une piscine située plusieurs étages en-dessous. Ce film de propagande commandée par les cubains pour illustrer la décadence américaine a été redécouvert et restauré par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola en 1993.

Boogie nights (1997) : la caméra plonge dans la piscine

Soy Cuba (1964) : la scène qui a inspiré Boogie nights

A une toute autre époque mais dans la même région des Etats-Unis, l’histoire de La La Land se déroule dans un quartier de Los Angeles et rend hommage aux grandes comédies musicales de la MGM. Le film aux couleurs soignées, aux chorégraphies rythmées et réussies propose plusieurs scènes cultes. Le réalisateur ne s’en cache pas : Damien Chazelle assume l’hommage à Singing in the rain, An american in Paris, West side story, Les demoiselles de Rochefort, Everybody says I love you et Moulin Rouge.

L’une des scènes mémorables est sans conteste la scène de la fête dans la piscine pendant laquelle les invités chantent et dansent… tout en se laissant tomber. Tout comme dans Boogie nights, la caméra plonge en musique dans un tourbillon festif.

La La Land (2016) : making-of

La piscine au cinéma : des moments de rêverie

Parfois, il n’est même pas nécessaire d’y plonger ; l’action se déroule autour et près de la piscine, où chacun s’abandonne à des moments de farniente sur une chaise longue ou un matelas flottant.

Dans The graduate, Dustin Hoffman campe le personnage de Benjamin Braddock, de retour chez ses parents en Californie après la fin de ses études. Il se prélasse dans la piscine sur un matelas flottant, entre ennui et rêverie. S’il « flotte comme une épave dans la piscine » selon ses propres dires et observe le monde depuis la piscine, il trouve néanmoins du réconfort dans les bras de Mrs Robinson, l’épouse du patron de son père. Entre l’ennui du personnage qui fuit le bruit et le monde des adultes, il trouve refuge dans The sound of silence de Simon & Garfunkel. On se laisse bercer par le rythme du film, avec un personnage principal enfermé dans son aquarium, avant de goûter à la vie et au parfum de scandale.

The graduate (1967) : la piscine devient un aquarium

La nonchalance est aussi au programme de Somewhere de Sofia Coppola. Filmé au mythique Château Marmont de Los Angeles, à l’abri des regards et du soleil, le film retrace l’histoire de Johnny Marco (Stephen Dorff) star hollywoodienne et héros perdu qui va de fêtes arrosées en filles d’un soir. Il passe ses journées à dormir et un peu de temps avec sa fille Cleo (Elle Fanning) au bord de la piscine.

Habituée aux images léchées, Sofia Coppola choisit ici de ne pas magnifier le Château Marmont et de filmer en plans fixes. Jolie trouvaille : dans l’une des scènes Johnny Marco se prélasse sur un matelas gonflable dans la piscine ; doucement emporté par l’eau il quitte le cadre de l’image vue par le spectateur.

Somewhere (2010) : moments de nonchalance à la piscine

Stephen Dorff a évoqué les références qui ont inspiré Sofia Coppola pour les scènes autour de la piscine. Elle lui a demandé de se protéger du soleil avant le tournage et de garder sa peau le plus pâle possible et lui a montré le court-métrage Histoires extraordinaires – Toby Dammit de Fellini (1968), dont le héros est lui aussi un acteur dépressif au teint clair, qui se suicide du fait de sa fascination pour une petite fille diabolique.

Histoires extraordinaires – Toby Dammit (1968) : source d’inspiration

Cleo, une jeune fille mûre qui s’efforce de sortir son père de sa torpeur, passe d’agréables moments de flottement, hors du temps, au bord de la piscine, même s’ils restent tous deux seuls, sans parvenir à véritablement se lier. Les scènes de brève complicité entre le père et la fille sont touchantes, notamment celle où ils semblent prendre le thé sous l’eau.

Lorsque Cleo bouquine au bord de la piscine, son père lui demande ce qu’elle lit. Le résumé de l’histoire indique qu’il s’agit de Twilight de Stephanie Meyer, jamais cité. C’est une piste de réflexion indirecte pour le père qui lui permettra peut-être de prendre conscience qu’il doit échapper à sa tendance à l’auto-destruction.

La piscine au cinéma : des moments d’introspection

Regarder en soi pour tenter d’y percer les secrets de son âme… c’est ce qu’essaient de faire certains personnages lorsqu’ils se trouvent dans une piscine. S’entourer d’eau tel un fœtus, nager pour se vider la tête ou pour trouver de la ressource pour de futures missions, autant de possibilités pour nos personnages, qui nagent seuls dans de superbes piscines.

Dans Three colours Blue, Julie (Juliette Binoche) trouve dans l’eau un moyen de fuir le monde. Traumatisée après la perte de son enfant et de son mari dans un accident de voiture, elle cherche à reprendre sa vie en main. La scène de la piscine, dans laquelle elle nage le crawl dans une eau bleutée baignée par une lumière très réussie, est intense. Au moment où elle va sortir de l’eau, la musique et les souvenirs s’entrechoquent. Elle trouve le réconfort en se laissant retomber dans la piscine, dans une position fœtale, protégée par l’eau et le silence. Un moment cathartique pour l’aider à se reconstruire dans une nouvelle solitude.

La scène a été tournée à la piscine municipale de Pontoise, qui a également accueilli les tournages du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet et de Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet.

Three colours – Blue (1993) : la piscine comme liquide amniotique

Dans une autobiographie déguisée, Sofia Coppola nous propose de suivre les solitudes parallèles de Charlotte (Scarlett Johansson) et de Bob (Bill Murray), qui se rencontrent dans un hôtel de Tokyo, dans Lost in translation.

L’une des scènes au bord de la piscine a lieu de nuit, dans la superbe piscine du Park Hyatt de Tokyo située au 47e étage de l’hôtel. Charlotte enveloppée par une lumière bleutée, plonge et nage seule, comme elle le fait régulièrement pendant son séjour, pour tuer l’ennui et dans une quête introspective. Lorsque Bob nage, il semble lui aussi seul dans sa bulle : il nage seul dans son couloir et ne semble pas voir les japonais qui prennent un cours de natation.

L’hôtel devient une véritable cage dorée qui isole Charlotte et Bob d’une culture et d’une langue dont ils ignorent tout. Les deux personnages tissent une relation complice : pourtant, s’ils regardent ensemble à la télévision le bain de minuit dans la fontaine de Trevi de La dolce vita de Federico Fellini, ils ne partagent pas souvent les joies de la natation à Tokyo.

Lost in translation (2003) : deux solitudes à Tokyo

Sofia Coppola, fascinée par Tokyo, redécouvre la ville à l’occasion de la promotion de son film Virgin Suicides. Elle séjourne au Park Hyatt qu’elle affectionne, va au karaoké – où elle vit la scène qu’elle filme ensuite sur fond de Sex Pistols – et insère dans le film un clin d’œil à la publicité tournée par Francis Ford Coppola et Akira Kurosawa dans les années 1970 pour le whisky Suntory (dans le film Bob tourne une publicité pour la même marque).

La quête peut être plus personnelle, même quand le personnage est très entouré comme l’est Michele Apicella (Nanni Moretti) dans Palombella Rossa pendant un match de water-polo, un sport qu’il n’aime pas et qu’il pratique pourtant depuis 30 ans. Michele, un fonctionnaire du Parti Communiste italien qui a perdu la mémoire suite à un accident, la recouvre au fil du match, dans une piscine envahie par des panneaux publicitaires symbolisant le capitalisme et ses dérives. Sans le vouloir il s’isole du groupe et se trouve en décalage, comme le montre la mise en scène, avec un clin d’œil aux grandes scènes burlesques du cinema – un paradoxe quand on sait que le personnage a eu un accident de voiture et perdu la mémoire en faisant des grimaces.

Palombella Rossa (1989) : une piscine pour recouvrer la mémoire

Dans Skyfall James Bond (Daniel Craig) s’accorde une pause bien méritée dans une magnifique piscine sur les toits de Shanghai. En réalité il s’agit du Virgin Active Riverside Club de Canary Wharf à Londres. L’arrière-plan a été changé numériquement pour que la vue imprenable semble être celle de la ville chinoise.

La scène de la piscine est réussie car après des vues aériennes sur la ville de Shanghai, la caméra zoome sur une piscine située sur un toit. On y voit, de loin, James Bond faire des longueurs seuls. La caméra le suit de plus près alors qu’il nage de nuit dans un cadre féerique. On le sent concentré, avec un poids réel sur les épaules puisqu’il doit agir dans l’ombre après une mission qui a mal tourné et poursuivre Raoul Silva (Javier Bardem), un ancien agent devenu cyber-terroriste. Ce film marque les 50 ans de la saga James Bond.

Skyfall (2012) : la piscine pour refaire le plein d’énergie

La complicité entre deux personnages passe surtout par des regards, des gestes dont nous sommes témoins en tant que spectateur. Danser, trinquer ou parler avec l’autre peuvent donner lieu à des moments touchants ou drôles.

Dans le film le plus personnel de Franck Capra, It’s a wonderful life, la scène de danse mémorable dans laquelle deux personnages tombent dans une piscine est devenue un moment culte du cinéma. Cette comédie dramatique fantastique dont le fil conducteur est la chute (et comment les personnes se relèvent de leurs chutes) témoigne des graves dépressions et des envies de suicide du réalisateur.

La scène du bal qui a lieu dans un gymnase étonne. Pendant une concours de Charleston, George (James Stewart) et Marie (Donna Reed) dansent avec bonheur et complicité, jusqu’au moment inattendu où le parquet s’ouvre et ils finissent pas tomber dans l’eau. Les autres danseurs se jettent à leur tour dans la piscine, ce qui donne lieu à une pagaille sympathique et bon enfant. La caméra danse avec les personnages, elle les suit avec fluidité et la chute dans la piscine finit par paraître presque normale puisque George et Mary continuent à danser et sont rejoints par ceux qui les entouraient sur la piste.

It’s wonderful life (1946) : ensemble, dans la piscine

Dans Le grand bleu, que la critique a adoré détester tandis que le public l’acclamait, Luc Besson plonge dans l’océan avec poésie et marque une génération, notamment grâce à l’alliance d’une musique réussie (celle d’Eric Serra) et d’images de la mer tournées par un amoureux de l’océan.

La scène de la piscine montre la complicité entre Jacques Mayol (Jean-Marc Barr) et Enzo Maiorca (Jean Reno), amis d’enfance mais grands rivaux lors des compétitions en apnée. Ils boivent le champagne au fond de l’eau, ce qui n’est pas réaliste, mais donne lieu à une scène qui a marqué les esprits et fait écho à l’amitié, malgré tout, entre deux êtres aux destins liés.

Une autre scène montre Jacques faisant des longueurs dans une piscine. Une séquence plus introspective.

Le grand bleu (1988) : rivaux mais complices au fond de la piscine

La piscine semble être un lieu propice à la séduction. Les corps bronzés, prélassés, désirables ou désirés sont filmés par des caméras complices de liaisons dangereuses, de jeux taquins ou coquins…

Le film La piscine porte bien son nom puisque c’est un personnage à part entière dans le film qui réunit Romy Schneider (Marianne) et Alain Delon (Jean-Paul) à l’écran.

De nombreuses scènes se passent à la piscine, où les deux personnages principaux s’observent, se cherchent, se séduisent et s’ignorent dans une belle villa de Ramatuelle, au-dessus de Saint-Tropez. Leur jeu de séduction va être troublé par l’arrivée d’Harry (Maurice Ronet), ancien amant de Marianne, et de sa grande fille Pénélope (Jane Birkin). Autour de l’eau bleutée et cristalline, il s’agit de suggérer plus que de montrer. Tout passe par des regards, des mains qui s’effleurent. La caméra tourne autour des personnages comme elle tourne autour de la piscine.

Alain Delon et Romy Schneider, séparés depuis cinq ans, se revoient pour la première fois à l’occasion du tournage, qui commence par des moments torrides autour de la piscine. Le réalisateur, Jacques Deray, a accepté la proposition d’Alain Delon de confier le rôle à Romy Schneider parce qu’il sait que le passé des anciens amants sera utile au film. Il aurait dit à l’actrice : « Je veux un vrai couple, un homme et une femme qui n’ignorent rien l’un de l’autre, qui savent mutuellement de quoi ils sont capables ».

La piscine(1969) : quand les anciens amants jouent les amants l’écran

https://www.youtube.com/watch?v=xriTXyN-DMo

Liaisons troubles, toujours autour de la piscine, mais un peu plus dangereuses, celles de Swimming Pool, de François Ozon. Julie (Ludivine Saigner) intrigue la romancière Sarah Morton (Charlotte Rampling) et cherche la confrontation dans une belle villa du Lubéron. Clin d’œil à La piscine, en plus osé avec ses nombreuses scènes sexy autour du grand bain, le réalisateur promène sa caméra lascive sur le corps doré de Ludivine Saigner, à peine couvert par un bikini noir et blanc.

La scène dans laquelle Sarah soulève la bâche de la piscine pour regarder les feuilles mortes flotter sur l’eau est métaphorique car au cours du déroulement de l’intrigue Sarah se perd dans les reflets de l’eau, se métamorphose et se sert de la personnalité de Julie pour nourrir son roman. Comme si les personnages se dévoilaient une fois la bâche soulevée.

The swimming pool (2003) : jeux séduction dans des eaux troubles

Il faut dire que, au bord du bassin, certains sont prêts à tout pour se faire remarquer. Dans Scoop de Woody Allen, Sondra Pransky (Scarlett Johansson) va jusqu’à faire mine de se noyer pour attirer l’attention de Peter Lyman (Hugh Jackman).

Tournée dans la piscine du Royal Automobile Club de Londres, cette scène dans laquelle Scarlett Johansson porte un maillot rouge remarqué et Hugh Jackman se montre gentleman et bon nageur marque le début d’une idylle entre les deux personnages et un dilemme : Sondra devra choisir entre la poursuite de son scoop (une enquête sur le Tueur au Tarot) et son amour naissant.

Scoop (2006) : Scarllett Johansson, alias Sondra, se montre prête à tout

La même actrice fera tourner la tête de Bradley Cooper (Ben) un homme marié qui tente de résister à Anna dans He’s not that into you, ce qui ne les empêche pas de flirter dans une piscine. Il tente de rester de marbre alors que la jeune femme s’effeuille devant lui avant de piquer une tête alors qu’ils se proposent de rester « bons amis » .

He’s not that into you (2009) : Scarlett Johansson alias Anna, une drague plus directe

Dans Scarface, alors qu’il se trouve au bord d’une superbe piscine d’hôtel, Tony Montana (Al Pacino) explique à Manny (Steven Bauer) comment il s’y prend pour séduire les femmes. « Dans ce pays, il faut d’abord gagner le fric, et quand tu as le pognon tu as le pouvoir, et quand tu as le pouvoir tu as les femmes ». Un héros très sûr de lui, face à un ami maladroit avec les femmes.

Scarface (1983) : la drague lourde et maladroite à la piscine

La caméra sait aussi être « voyeur » dans L’autre monde dans lequel Louise Bourgoin nage nue ou dans Youth de Paolo Sorrentino, au cours duquel une femme entre dans la piscine d’un hôtel en Suisse dans le plus simple appareil sous le regard médusé de Michael Kane et de Harvey Keitel. Dans The arrangement d’Elia Kazan le spectateur semble être voyeur lorsqu’il assiste à une scène au cours de laquelle Eddie Anderson (Kirk Douglas) donne langoureusement des grappes de raisin à Gwen (Faye Dunaway) qui sort en ralenti de la piscine. Entre souvenirs et fantasmes, Gwen, la maîtresse d’Eddie, est systématiquement associée à des scènes aquatiques.

The arrangement (1969) : la piscine, source de fantasmes

Un an après Boogie nights (1997), le film Wild things rebaptisé Sex crimes dans l’Hexagone n’a pas spécialement marqué les cinéphiles avertis mais les scènes soignées, le rapprochement entre Kelly Lanier Van Ryan (Denise Richards) et Suzie Marie Toller (Neve Campbell), notamment la scène de baiser dans la piscine, ont fait de ce thriller sexuel un divertissement ayant fait fantasmer bien des spectateurs. Autre ambiance torride, celle de Deep end dans laquelle Mike (John Moulder-Brown) et Sue (Jane Asher) s’adonnent à leur attirance réciproque, jusqu’à ce que Mike développe une obsession pour Sue. Une relation remise au goût du jour en 2016 par Sólveig Anspach dans L’effet aquatique

Sexcrimes (1998) : un baiser torride

Deep end (1970) : une rencontre au bord du bassin

Enfin, impossible de finir sur ces moments de séduction (ici encore avec le spectateur-voyeur) sans évoquer le film inachevé de George Cukor, Something’s got to give, dans lequel Marilyn Monroe nage nue dans la piscine, au cours de ce qui a été sa dernière apparition à l’écran avant sa mort. La scène de la piscine a été filmée pendant près de 4h, de nuit, et Marilyn s’est plainte alors d’avoir froid pendant les différentes prises.

Something’s got to give (1962 – inachevé) : making-of

Autour d’une piscine on peut vivre des moments drôles provoqués malgré soi ou par maladresse. Pour le spectateur en tout cas, les rires ou les fou-rires sont garantis. Des moments devenus culte, à voir et à revoir…

Dans le film The cameraman, le métier des personnages principaux témoigne d’une époque désuète au charme certain : Buster (Buster Keaton) est un photographe de rue spécialisé dans les daguerréotypes qui décide de devenir caméraman ; il tombe amoureux de Sally (Marceline Day), secrétaire à la Compagnie d’Actualités Cinématographiques.

La scène de la piscine commence dans le vestiaire, où Buster de déshabille dans une petite cabine et enfile un maillot top grand, ce qui donne lieu à une première scène burlesque, qui empire lorsqu’il se retrouve nu dans le grand bassin bondé de rivaux prêts à tout pour conquérir Sally. Dans la piscine, Buster veut impressionner Sally et se montre maladroit dans le grand bassin, pour notre plus grand plaisir. Dans les années 1990, la série télévisée Mr Bean s’est inspirée de ce film pour l’épisode Mr Bean goes to the swimming pool.

The cameraman (1928) : situations comiques à la piscine

Autres temps, autres mœurs… et pourtant on peut toujours rire autant autour d’une piscine en pratiquant du sport. La série de films Meet the parents a été déclinée en 3 films aux gags mémorables. L’une des scènes cultes est celle d’une partie de volley dans la piscine de la belle-famille de Greg Focker (Ben Stiller). Ce dernier, toujours aussi maladroit et impressionné par son beau-père Jack Byrnes (Robert de Niro) casse le nez de sa dulcinée Debbie Byrnes (Nicole DeHuff).

Meet the parents (2000) : quand une partie de volley dégénère

Dans Little Fockers sorti 10 ans plus tard, une autre scène de piscine est un double clin d’oeil, l’un à la scène du volley de Meet the parents, l’autre une parodie de Jaws de Steven Spielberg dans laquelle Jack Byrnes tel un requin traque Greg Focker dans une piscine à boules à la place de l’océan du film de Spielberg.

Little Fockers (2010) : de la piscine familiale à la piscine à boules

Les eaux de la piscine peuvent devenir troubles. Funeste dans les films noirs, dans plusieurs œuvres il nous est proposé de plonger dans des secrets et des intrigues dans un lieu qui semblait pourtant propice à la détente et au bien-être. Quand la piscine bascule du côté sombre…

La piscine est le lieu où une maîtresse et une épouse deviennent complices, en jetant l’amant/mari dans l’eau dans Les diaboliques. Nicole Horner (Simone Signoret) et Christina Delassalle (Véra Clouzot) se liguent contre Michel Delassalle (Paul Meurice). Après l’avoir drogué elles le noient dans une baignoire puis le jettent dans la piscine. Il passe d’un bassin à une autre, comme il est passé d’une femme à une autre.

Christina demandera que la piscine soit vidée mais le corps n’y est plus, ce qui la pousse à dire dans un mouvement de panique « Tu en as fait un crime. Mais ça n’existe pas dans la vie, des robinets qu’on ouvre quand on en ferme un autre. Des baignoires qui se remplissent. Les piscines qu’on vide. C’est ça qui a été fou, et moi j’ai été folle de t’écouter ».

Le réalisateur tenait tellement à garder le suspense de l’histoire qu’il exigeait lors des projections que les portes des salles soient fermées au début de chaque séance ; il était demandé aux spectateurs de ne pas dévoiler l’histoire à leurs proches. Alfred Hitchcock, qui s’inspira des méthodes de Cluzot pour garder le suspense lors des projections de Psycho, avait essayé d’acheter les droits des Diaboliques, sans succès. Les auteurs lui ont écrit un texte qui donnera lieu au film Vertigo (Sueurs froides) en 1958.

Les diaboliques (1955) : deux femmes jettent leur homme à l’eau

Quelques années auparavant déjà, on s’était inquiétés dans Sunset boulevard en voyant la piscine d’une superbe villa de Los Angeles (sur Sunset Boulevard, d’où le nom du film) appartenant à une ancienne gloire du cinéma muet… C’était le point de départ troublant de l’histoire, puisqu’on y trouvait un cadavre. Et pas n’importe lequel : celui du narrateur, décédé, qui racontait sa propre histoire. La voix-off proposait un flash-back qui permettait de manière originale au spectateur de comprendre le déroulé des événements. Entre vérité et mensonge difficile d’y voir clair, dans ce film noir haletant.

Sunset boulevard (1951) : making-of 

https://www.youtube.com/watch?v=lKIa5783yhw

Esthétique et inquiétant, Cat people reste un film novateur, pour ce qu’il a apporté en 1942 : le monstre de ce film d’épouvante n’est jamais montré. Son ombre est suggérée, ce qui accentue la peur et le trouble du spectateur. Les jeux d’ombre et de lumière, notamment dans la piscine, créent une ambiance originale où apparaissent des héros ordinaires (une dessinatrice et un architecte qui tombent amoureux), dans une histoire qui ne l’est pas.

La scène de la piscine pendant laquelle Alice (Jane Randolph) nage seule, nous plonge dans la plus grande inquiétude. Alors qu’elle nage, la lumière s’éteint, Alice se sent piégée par les rugissements de l’animal, les ombres et les reflets de l’eau sur les murs. Le félin est suggéré, Alice semble être harcelée mais elle est protégée par l’eau. Une fois l’animal parti Alice pense avoir imaginé toute la scène…avant de découvrir que son peignoir a été sauvagement déchiré. La prouesse de cette scène est de parvenir à inquiéter le spectateur sans introduire une musique suggérant la peur, sans montrer l’animal et sans effets spéciaux.

Le remake de 1982 réalisé par Paul Schrader modernise l’histoire grâce à une Nastassja Kinski en jeune femme moderne aux cheveux courts, effarée à la Nouvelle-Orléans (et non plus à New York) dans une mise en scène plus proche du clip et la musique de Bowie.

En 2014 It follows s’inspire de Cat people dans ses jeux esthétiques autour des ombres et ses lumières créant le trouble dans la piscine. Les croix dessinées au fond de la piscine ajoutent une nouvelle dimension et semblent adresser une supplication au spectateur.

Cat people (1942) : la peur s’installe dans la piscine

Cat people : le remake de 1982

It follows (2014) : la scène s’inspire de Cat people (1942)

Si certains sont tués malgré eux dans les eaux claires d’une piscine, d’autres se mettent en scène, comme le jeune Harold (Bud Cort), 19 ans, qui fait mine d’être noyé, simulant son suicide, dans Harold and Maude, flottant dans la piscine familiale pendant que sa mère (Vivian Pickles) nage tranquillement près de lui sans prêter attention à son fils. Cette scène sans dialogues, envahie par la musique de Tchaikovsky (Concerto pour piano N°1) est puissante de par l’absence de mots et du regard triste du fils pour sa mère indifférente.

Harold and Maude (1971) : un faux-suicide

La piscine joue un rôle crucial à la fin de The great Gatsby (réalisé en 1974 par Jack Clayton puis en 2013, un remake de Baz Luhrmann). Alors que Gatsby attend un appel important de Daisy, qui ne l’appelle pas, il décide de nager pour la première fois de l’été dans la piscine. Il se fait tirer dessus après avoir nagé et tombe dans l’eau. La caméra, qui dans un plan large s’approchait de la maison pendant qu’il nageait, s’éloigne cette fois de la maison, comme si elle craignait les conséquences.

The great Gatsby (2013) : meurtre à la piscine

Impossible pour terminer de ne pas citer La piscine et The swimming pool dans les films inquiétants dont des scènes se déroulent autour d’une piscine. Dans le premier, le climat pesant qui s’installe insidieusement résulte en un meurtre. Le carré amoureux (entre les 4 personnages) dégénère, dans un cadre estival et élégant, sur la musique de Michel Legrand. La piscine tourne aussi au cauchemar dans la ré-interprétation plus récente de Francois Ozon, qui reprend l’idée d’une piscine agréable le jour, inquiétante et meurtrière la nuit. Cette fois le cadavre est pourtant au bord de la piscine et non dedans.

La piscine peut aussi être un lieu où on se sent mal à l’aise, voire où l’on connait un malaise. Moments de gêne, de honte, de peine ou d’incompréhension, le cinéma nous offre toute la palette des émotions dans le bassin.

Il arrive que des enfants aient peur de l’eau. Quand le jeune est un.e adolescent.e de 13 ans, comme Charlotte (Charlotte Gainsbourg) dans l’Effrontée, les camarades de classe se montrent bien moins compréhensifs. Le professeur de gymnastique (Philippe Baronnet) a beau l’encourager en cette fin d’année scolaire, Charlotte se montre aussi maladroite avec son corps que pétrifiée à l’idée de sauter du plongeoir malgré les conseils et la bienveillance de l’enseignant.

L’effrontée (1985) : la peur de l’eau

Autre moment délicat, dans Les garçons et Guillaume à table, lorsque Guillaume vit ce qu’il ressent comme une humiliation en public, à la piscine. Guillaume (Guillaume Galienne) assiste à un championnat de natation en Angleterre. Alors qu’il est tombé amoureux de Jérémy, ce dernier à la fin du championnat fait un signe que Guillaume interprète comme un appel à s’approcher du bord du bassin. En réalité Jérémy appelait Lisa, qu’il embrasse, laissant Guillaume seul et désemparé. Il se laisse alors tomber dans la piscine, pour toucher le fond, dans tous les sens du terme, au son envahissant (et bien agréable) de Don’t leave me now de Supertramp.

Les garçons et Guillaume à table (2013) : un moment humiliant

La piscine peut aussi être le lieu d’une thérapie impossible. Dans One flew over the cuckoo’s nest, lorsque Randle Mc Murphy (Jack Nicholson) apprend qu’il devra rester dans l’hôpital psychiatrique aussi longtemps que les médecins le décideront, il est dans la piscine, tout comme les pensionnaires de l’hôpital. Interné pour échapper à la prison suite à une accusation de viol, il s’oppose aux méthodes employées par l’infirmière, Ratched (Louise Fletcher), qui maltraite les pensionnaires.

One flew over the cuckoo’s nest (1975) : un moment de confrontation avec la réalité

La menace peut aussi peser sur des personnages qui sont à la piscine. Dans Let the right one in, Oskar (Kåre Hedebrant) est obligé de rester sous l’eau trois minutes sous les ordres de Conny (Patrik Rydmark) qui veut lui crever un oeil. Oskar est sauvé de la noyade par Eli (Lina Leandersson), qui tue certains des agresseurs. On assiste impuissant cette scène brutale, spectateurs passifs, comme Oskar.

Le film suédois revisite le mythe de Dracula en l’incarnant cette fois dans un jeune de 12 ans (comme l’avait fait Entretien avec un vampire de Neil Jordan en 1994 précédemment). La douleur est souvent suggérée par des jeux de couleur, de variations de mises au point lorsqu’ Oskar est victime des uns et des autres. Un film étonnant, aux nombreuses références au cinéma muet, à Shakespeare et bien sûr au cinéma gore…

Let the right one in (2008) : la brutalité s’invite à la piscine

https://www.youtube.com/watch?v=L_tzl_rOtJk

Vivre des émotions qui sortent de l’ordinaire… c’est assurément ce que proposent certains films dont les piscines accueillent des créatures inattendues et des situations extra-ordinaires.

Le fantastique s’invite dans un lieu de la vie quotidienne dans Gremlins, au YMCA (piscine municipale aux Etats-Unis), où le jeune Billy (Zach Galligan) poursuit le gremlin à la crête de punk jusqu’au bassin. Il fait nuit, la créature a plongé alors qu’elle ne doit surtout pas se mouiller. Le petit animal de compagnie se transforme alors dans la piscine qui passe du bleu au vert. Des effets spéciaux laissent croire que le gremlin est devenu un monstre du Loch Ness, grâce aux fumées qui apparaissent et aux rires sadiques qui résonnent.

Gremlins (1984) : le fantastique à la piscine

Parfois la piscine est propice à un véritable bain de jouvence, comme pour les extraterrestres déguisés en êtres humains qui stockent leurs cocons dans Cocoon. Filmé à St Petersbourg en Floride, région où l’on trouve de nombreuses maisons de retraites, Cocoon est touchant grâce à ses personnes âgées qui retrouvent une nouvelle jeunesse et un univers fantastique transposé à une classe d’âge habituellement peu vue au cinéma.

Cocoon (1985) : le bain de jouvence

Certains films vont encore plus loin dans l’extra-ordinaire en imaginant un monde qui est assez peu propice au rêve… mais offre des moments suspendus, comme dans Oblivion. La piscine est suspendue au-dessus du vide, dans les nuages. Jack Harper (Tom Cruise) habite une tour de verre impressionnante dont la piscine est censée être à 1 000 mètres au-dessus du sol, dans la troposphère. Les images du ciel que l’on voit autour de la piscine ont été tournées à Hawaï à 3 000 mètres d’altitude, au sommet du volcan Haleakalã, sur l’île de Maui. Les images ont ensuite été projetées sur des écrans géants autour de la tour pour un effet final réussie.

Oblivion (2013) : une piscine dans les nuages

Les piscines inspirent les cinéastes, qui imaginent les scènes les plus folles et les situations les plus inattendues dans les bassins bleus. Remplie de billets de banque, vidée ou utilisée pour faire de la tyrolienne, la piscine est détournée de son utilisation initiale pour notre plus grand bonheur…

Si Gatsby a souhaité nager pour la première (et dernière !) fois de l’été avant de faire vider sa piscine dans The great Gatsby, d’autres sont obligés de la vider à la demande de l’Etat comme dans Les Seigneurs des Dogtown. En 1975, la Californie connait un été tellement chaud que les habitants sont sommés de vider leurs piscines, au grand bonheur des Z-Boys, un groupe de skateurs qui a marqué le milieu du skate. Les piscines permettent alors de se livrer à de nouvelles pratiques, et le skate se réinvente.

La piscine vide peut aussi être le lieu qui comble le mal de vivre, comme dans Rebel without a cause quand Judy (Nathalie Wood) et Jim Stark (James Dean) et John Platon Crawford (Sal Mineo) se réfugient dans le bassin vide pour parler et s’épancher.

Dans Cría cuervos la piscine vide symbolise la fin d’un monde : celle du franquisme, celle de la vie d’une famille dont le père est mort, avec une B.O. dont l’une des chansons est devenue un immense succès, Porque te vas? Dans le jardin mal entretenu, la piscine est vide, la petite fille Ana (Ana Torrent) imagine un double qui survole la maison et cette piscine vide. Elle s’invente une vie en attendant un ailleurs.

Cría cuervos (1975) : la piscine symbolique

Une fois remplie, la piscine peut accueillir les objets les plus inattendus, comme une Mercedes dans Project X qui surgit pendant une fête endiablée ou dans The last Boy Scout, un film très 90’s avec scènes viriles, cascades et humour dans lequel une voiture tombe dans une piscine devant une mamie effrayée.

The last Boy Scout (1991) : une voiture tombe du ciel

Project X (2012) : une autre voiture tombe du ciel

Quand ce ne sont pas des voitures, ce sont parfois des billets de banque qui flottent à la surface de l’eau comme dans Mélodie en sous-sol (1963) film qui se clôture avec Francis Verlot (Alain Delon) et Monsieur Charles (Jean Gabin) regardant les billets volés au Casino Palm Beach de Cannes remonter à la surface de l’eau.

Mélodie en sous-sol (1963) : la fameuse scène des billets flottant dans la piscine

Sous l’effet de l’alcool certains peuvent aussi prendre la piscine pour une aire de jeux et la survoler avec une tyrolienne comme dans The social network. Dans la scène de la piscine le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) regarde un homme ivre sauter dans la piscine après être arrivé en tyrolienne. Entre démesure et destruction, un regard distant intéressant sur la jeune société de réseaux sociaux qui a marqué l’histoire de la Toile.

Le film le plus décalé est sûrement The swimmer, qui parvient à nous faire croire que le scénario est crédible : dans le Connecticut, un homme, Ned Merrill (Burt Lancaster) décide de rentrer chez lui à la nage, en passant par chacune des neuf piscines des propriétés qui le séparent de sa maison et de sa famille ! « I want to swim home » devient alors son défi et son leitmotiv. En maillot du début à la fin du film cet homme à la dérive remonte le temps et ses tourments tandis que la caméra regarde avec ironie l’Amérique superficielle et obsédée par le culte de la réussite.

The Swimmer (1968) : « I want to swim home » 

Les cinéastes nous font vivre des moments douloureux et inattendus dans des piscines aussi bien lorsque Stéphanie (Marion Cotillard) nage avec des orques au Marineland dans De rouille et d’os avant de perdre l’usage de ses jambes, que dans Dirty Harry quand une jeune femme nage dans la piscine sur un toit de San Francisco et meurt sous les balles d’un psychopathe (Andy Robinson) recherché par l’inspecteur Harry Callaham (Clint Eastwood). La piscine du film était située au 27e étage du Holiday Inn au moment du tournage. L’hôtel est devenu un Hilton entre temps, mais la piscine a été fermée.

De rouille et d’os (2012) : la piscine, source de douleur

Dirty Harry (1971) : sous l’oeil du viseur dans la piscine

La piscine représente aussi le rêve et l’échappatoire dans Dodesukaden, de Kurosawa. Dans le premier film en couleur du maître japonais, l’une des scènes les plus touchantes est celle au cours de laquelle le fils de Roku-chan (Yoshitaka Zushi) meurt. En sa mémoire, lui qui avait une imagination déjà très fertile, imagine cette fois une superbe piscine, réalisant de manière virtuelle le rêve de l’enfant. Grâce à un effet de transition, le dépotoir infâme se transforme en une immense piscine colorée. Dans ce Japon en plein boom économique, le film montre des personnages vivant dans un autre monde, irréel pour eux qui sont en marge de la civilisation, abîmés par la vie.

Dodeskuaden (1970) : le pouvoir de rêve de la piscine

Cet été profitez de la piscine dans tous ses états, et les jours de pluie prenez le temps de revoir des films dans lesquels la piscine est à l’honneur !

Films cités dans ce dossier

Des moments de nostalgie

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001) Film français

Life of Pi ou L’Odysée de Pi de Ang Lee (2012) Film américain

Hail Cesar ou Ave Cesar des frères Ethan et Joel Coen (2016) Film américain

Des moments festifs

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain et The great Gatsby

de Baz Luhrmann (2013) Film américain

Bathing Beauty ou Le bal des sirènes de George Sidney (1946) Film américain

Footlight Parade ou Prologue de Busby Berkeley, Lloyd Bacon (1934) Film américain

The party de Blake Edward (1968) Film britannique

Boogie Nights de Peter Thomas Anderson (1997) Film américain

Soy Cuba de Mikhail Kalatozov (1964) Film soviético-cubain

La La Land de Damien Chazelle (2016) Film américain

Singing in the rain ou Chantons sous la pluie de Gene Kelly et Stanley Donen (1952) Film américain

An american in Paris ou Un américain à Paris de Vincente Minelli (1952) Film américain  

West side story de Robert Wise et Jerome Robbins (1960) Film américain

Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967) Film français

Everybody says I love you ou Tout le monde dit I love you de Woody Allen (1996) Film américain

Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) Film australo-américain

Des moments de rêverie

The graduate ou Le lauréat, de Mike Nichols (1967) Film américain

Somewhere de Sofia Coppola (2010) Film américain

Histoires extraordinaires – Toby Dammit de Federico Fellini (1968) Film franco-italien

Des moments d’introspection

Three colours, Blue ou Trois couleurs, Bleu, de Krzysztof Kieślowski (1993) Film franco-polonais-suisse

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001) Film français

Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet (1995) Film franco-italo-allemand

Lost in translation de Sofia Coppola (2003) Film américain

La dolce vita de Federico Fellini (1960) Film italien

Palombella Rossa de Nanni Moretti (1989) Film italien

Skyfall de Sam Mendes (2012) Film britannique

Des moments de complicité

It’s a wonderful life ou La vie est belle de Franck Capra (1946) Film américain

Le grand bleu de Luc Besson (1988) Franco-italo-américain

Des moments de séduction

La piscine de Jacques Deray (1969) Film franco-italien

Swimming-pool de Francois Ozon (2003) Film franco-britannique

Scoop de Woody Allen (2006) Film américano-britannique

He’s Just Not That Into You ou Liasse tomber les hommes de Ken Kwapis (2009) Film américain

Scarface de Brian de Palma (1983) Film américain

L’autre monde de Gilles Marchand (2010) Film français

Youth de Paolo Sorrentino (2015) Film italien

The arrangement ou L’arrangement d’Elia Kazan(1969) Film américain

Boogie nights de Peter Thomas Anderson (1997) Film américain

Wild things ou Sex crimes de John McNaughton(1998) Film américain

Deep end de Jerzy Skolimowski (1970) Film britannico-polonais-ouest allemand

L’Effet aquatique de Sólveig Anspach (2016) Film franco-islandais

Something’s got to give ou Les derniers jours de George Cukor – inachevé (1962) Film américain

Des moments drôles

The cameraman ou Le caméraman d’Edward Sedgwick (1928) Film américain

Meet the parents ou Mon beau-père et moi de Jay Roach (2000) Film américain

The curse of Mr. Bean ou Les déboires de M. Bean – Mr Bean goes to the swimming pool (1990) Episode TV britannique

Little Fockers ou Mon beau-père et nous de Paul Weitz (2010) Film américain

Jaws ou Les dents de la mer de Steven Spielberg (1975) Film américain

Des moments inquiétants

Sunset boulevard ou Boulevard du crépuscule de William Holden (1951) Film américain

Les diaboliques de Henri-Georges Clouzot (1955) Film français

Psycho ou Psychose d’Alfred Hitchcock(1960) Film américain

Vertigo ou Sueurs froides d’Alfred Hitchcock (1958) Film américain

Cat people ou La féline de Jacques Tourneur(1942) Film américain

Cat people (remake) de Paul Schrader (1982) Film américain

Harold and Maude d’Hal Ashby (1971) Film américain

It follows de David Robert Mitchell (2014) Film américain

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain et The great Gatsby

de Baz Luhrmann (2013) Film américain

La piscine de Jacques Deray (1969) Film franco-italien

The swimming-pool de Francois Ozon (2003) Film franco-britannique

Des moments difficiles

L’Effrontée de Claude Miller (1985) Film français

Les garçons et Guillaume à table de Guillaume Galienne (2013) Film français

Interview with the vampire ou Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994) Film américain

One flew over the cuckoo’s nest ou Vol au-dessus d’un nid de coucou de Nilos Forman (1975) Film américain

Let the right one in ou Morse de Thomas Alfredson (2008). Film suédois

Interview with the vampire ou Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994) Film américain

Des moments extraordinaires

Gremlins de Joe Dante (1984) Film américain

Cocoon de Ron Howard (1985) Film américain

Oblivion de Joseph Kosinski (2013) Film américain

Des moments décalés

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain

Lords of Dogtown ou Les seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke (2005) Film américain

Rebel without a cause ou La fureur de vivre de Nicholas Ray (1955) Film américain

Cría cuervos de Carlos Saura (1975) Film espagnol

Project X de Nima Nourizadeh (2012) Film américain

The last Boy Scout ou Le dernier Samaritain de Tony Scott (1991) Film américain

Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil (1963) Film italo-français

The Social Network de David Fincher (2010) Film américain

De rouille et d’os de Jacques Audiard  (2012) Film franco-belge

Dirty Harry ou L’inspecteur Harry de Don Siegel (1979)  Film américain

The swimmer ou Le plongeon de Frank Perry et Sydney Pollack (1968) Film américain

Dodesukaden, d’Akira Kurosawa (1970) Film japonais

Auteur : Harzic Ward Valerie

À genoux les gars : Antoine Desrosières continue à se questionner sur la sexualité d’une certaine jeunesse de banlieue

Après Haramiste, déjà avec Souad Arsane et Inas Chanti, Antoine Desrosières rempile avec À genoux les gars, une comédie assez hilarante sur la découverte par deux jeunes filles de leur sexualité qui n’est pas un long fleuve tranquille.

Synopsis : En l’absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c’est parce que Yasmina fait tout pour qu’elle ne l’apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.

Cet obscur objet du désir

Le dernier film d’Antoine Desrosières, À Genoux les gars, ne se porte pas bien au box-office. Il est facile de voir qu’il y a sans doute un problème de positionnement pour ce film destiné plutôt à un public de cinéphiles, mais tourné sans grand souci d’épater par des effets esthétiques, avec des comédiens qui utilisent un slang qui fait saigner les oreilles de certains, et qui parlent de bites toutes les trente secondes ou presque.

a-genoux-les-gars-antoine-desrosieres-film-critique-souad-arsane-inas-chantiCo-écrit avec Souad Arsane et Inas Chanti, les actrices du film, tout comme le précédent Haramiste du cinéaste qui questionnait déjà sur la sexualité dans le milieu où les personnages évoluent précisément, le film d’Antoine Desrosières se revendique d’un certain féminisme. Deux sœurs, Rim et sa cadette Yasmine découvrent, ou essaient de découvrir, leur sexualité au travers de leurs relations chaotiques avec leurs copains respectifs. Dans un environnement où les filles aussi s’appellent frère ou gros entre elles, il est en effet difficile de faire la vraie part des choses, il est difficile de décoder un univers déjà terrifiant dans son dispositif le plus simple, celui du sexe quand on est adolescent. Quand s’ajoutent en plus des préceptes religieux – nous sommes en période de ramadan – qui mettent une chape de haram (illicite et interdit) sur l’ensemble, les jeunes filles perdent la tête et ne connaissent plus vraiment les raisons pour lesquelles elles consentent à telle chose et refusent telle autre.

Le dialogue est logorrhéique, comme peuvent l’être les jeunes en général, et plus particulièrement les jeunes qui n’ont que la tchatche pour tenter de se distinguer. Mais il est également très drôle, rempli d’un esprit que certains critiques ont pourtant traité de vulgarité. Dès le début du film, le ton est donné, tant sur le fond que sur la forme. La grande sœur Rim essaie de faire comprendre à sa cadette combien le sexe est agréable en mimant des scènes visiblement tirées de films pornographiques : la drôlerie est déjà là (« ça veut dire, je serai obligée de parler en anglais ? » questionne Yasmine en la regardant faire), et le malaise aussi, celui de cette jeune femme qui réplique malgré elle ce que visiblement les gars attendent d’elle, attendent de toutes les jeunes femmes qu’ils fréquentent. Le malaise est également dans la dichotomie qu’elles éprouvent par rapport à la découverte de l’amour et à celle du sexe qui semblent être à ce stade bien loin de la sorte de continuum qu’elles devraient être : il semble en effet plus facile de donner et/ou recevoir une fellation qu’un baiser, et l’acte oral a priori unilatéral du point de vue du plaisir est le point d’orgue d’une relation satisfaisante (sous-entendu, pour le garçon).

a-genoux-les-gars-antoine-desrosieres-film-critique-inas-chanti-mehdi-dahmaneLe visionnage d’À Genoux les gars s’apparente donc à un vrai décodage de ce qui se trame vraiment derrière ce dialogue foisonnant qui fait très souvent office d’armure. Ce qui semble naturel aux deux protagonistes, mais également à leurs petits copains est une vraie découverte édifiante pour le spectateur, pour peu qu’il n’ait pas de rapport avec le milieu décrit par le cinéaste, tant le mythe de la licorne et du prince charmant sont absents de la vie de ces deux adolescentes-là.

Le film est davantage centré sur le personnage de Yasmine. C’est un (faux ?) garçon manqué qui n’aspire qu’à rivaliser avec les garçons dans toute son attitude, ses vêtements, son langage, son engagement sexuel, et pourtant, la seule scène d’amour du film, brève mais d’autant plus signifiante, viendra d’elle. À Genoux les gars suit sa difficile prise de conscience par rapport à ce qui est correct et ce qui est incorrect dans la manière avec laquelle elle-même ou sa sœur sont traitées par leurs copains. Yasmine, affolée par ses expériences, part un peu dans tous les sens tel un poulet sans tête, et même si la démarche du cinéaste est sincère, on a du mal à voir la ligne du féminisme revendiqué se dessiner clairement. Si le titre du métrage évoque une éventuelle victoire des filles à un moment du film, leur chemin est si semé de misogynie, même de bas étage, que ce qui en ressort, c’est davantage la bêtise crasse mais gagnante des garçons, que la résistance des filles.

a-genoux-les-gars-antoine-desrosieres-film-critique-souad-arsane-inas-chanti-majid-salimÀ Genoux les gars est loin d’être le teen-age movie qu’on pourrait être tenté d’imaginer. Ça parle en effet plutôt de sexualité que de sexe, certes de manière très drôlatique – les séances d’improvisation qui ont précédé le tournage permettant de coller au plus près de l’univers très imagé et très imaginatif de Souad Arsane et Inas Chanti. Mais à aucun moment le film ne se veut pontifiant, il ne fait que raconter l’histoire de ces deux jeunes filles engagées dans un drôle de combat, un combat qui ne devrait plus en être un en 2018, et c’est ce qui fait sa force et son intérêt.

 

À genoux les gars – Bande-annonce

À genoux les gars – Fiche technique

Réalisateur : Antoine Desrosières
Scénario : Antoine Desrosières, Anne-Sophie Nanki, avec Souad Arsane et Inas Chanti
Interprétation : Souad Arsane (Yasmine), Inas Chanti (Rim), Mehdi Dahmane (Majid), Sidi Mejai (Salim), Elis Gardiole (Boubou), Loubna Abidar (La mère), Baya Kasmi (La tante), Farid Kadri (Le père), Younès Moktari (Le frère) Photographie : George Lechaptois
Montage : Nicolas le Du
Producteurs : Annabelle Bouzom, Jean-Michel Rey, David Danesi, Youssef El Mouddak, Philippe Carcassonne, Claire Marquet
Maisons de production : Ciné-@, Rezo Productions, Digital District, Eye Lite, Les films de l’autre cougar
Distribution (France) : Rezo Films
Budget : 1 000 000 EUR
Durée : 98 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 20 Juin 2018
France – 2018

Mission to Mars, de Brian De Palma : mission inaboutie

En nous racontant l’histoire d’une mission de sauvetage en direction de Mars, Brian de Palma livre, avec Mission to Mars, un film singulier et bancal, capable de nous faire vivre de belles scènes, mais qui reste superficiel.

Synopsis : la première mission habitée est envoyée sur Mars. Mais un phénomène étrange décime les membres de l’équipage. Il faut partir à la recherche d’un éventuel survivant.

Mission to Mars ne figure sûrement pas parmi les chefs d’œuvre de Brian de Palma, mais le film n’est pas un échec complet non plus. Il est possible, au détour de certaines scènes, de retrouver la patte du réalisateur de Carrie ou L’Impasse, qui semble avoir cherché à sauver du naufrage un film auquel il ne croyait pas totalement.

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Le projet, piloté par Disney (à travers sa société Buena Vista Entertainment), est clairement un film commercial à gros budget (100 millions de dollars), et le cinéaste devait se plier à des exigences qui, visiblement, n’étaient pas de son choix. Mars était alors au centre des discussions scientifiques et de l’actualité de la science-fiction : en 1997, Mars Pathfinder atterrissait sur la Planète Rouge et ouvrait la voie à de nombreux imaginaires, tandis que la fameuse Trilogie de Mars, de Kim Stanley Robinson connaissait un succès de librairie conséquent. Le désir d’une science-fiction réaliste se faisait sentir, et c’est sans doute là le point de départ du film.

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Car il faut dire qu’une partie non négligeable de Mission to Mars se prend au jeu du réalisme spatial. En cela, on pourrait presque dire que le film est un précurseur de Gravity. Les difficultés rencontrées par les sauveteurs en approchant de la planète, avec ces mini-météorites qui attaquent la navette, en constituent des exemples flagrants. Il est évident que le cinéaste cherche, pendant une bonne partie du film, à éviter le sensationnel. Les scènes à suspense sont dénuées de musique et d’effets dramatiques grandioses. Le cinéaste se replie sur l’aspect humain de ce qui se déroule à l’écran et insiste sur l’immersion des spectateurs aux côtés de ses personnages. Les mouvements de caméra cherchent ainsi à reproduire les effets d’apesanteur ou de désorientation des astronautes.

Cela donne sans doute les meilleures scènes du film, à commencer par cette danse en apesanteur de toute beauté.

Le problème principal de Mission to Mars, c’est que le film part dans plusieurs directions différentes. A l’opposé de ce réalisme affiché et revendiqué, on retrouve des scènes dont la volonté est manifestement d’impressionner les spectateurs (on pense, bien entendu, à cette fameuse « tempête » qui va décimer l’équipage de la première mission), puis, ce final dont on ne sait trop quoi penser.

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Cette volonté de finir le film sur des considérations pseudo-philosophiques sur l’origine de la vie ne peut, bien entendu, que faire penser à un autre classique de la science-fiction qui fête ses 50 ans cette année. Et c’est là que le bât blesse. Car De Palma, malgré son talent, ses qualités visuelles, malgré même les réflexions qu’il a pu mettre en place dans une bonne partie de ses films, n’est pas Stanley Kubrick. Son film brouillon ne s’aventure sur le chemin de 2001 que de façon maladroite, multipliant les références (l’IA de la navette, la quête sur l’origine de la vie, le blanc aveuglant à l’intérieur du « Visage », etc.) de façon vide.

Finalement, l’ensemble donne une œuvre bizarre, où il est possible de retrouver la patte du cinéaste uniquement lorsqu’il s’écarte du scénario. Il nous livre alors quelques scènes contemplatives vraiment belles mais trop rares pour maintenir l’intérêt du spectateur sur un film pourtant relativement court (110 minutes).

Mission to Mars : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=zVuNC-ZR7Xc

Mission to Mars : fiche technique

Réalisation : Brian de Palma
Scénario : Jim Thomas, John Thomas et Graham Yost
Interprétation : Gary Sinise (Jim McConnell), Tim Robbins (Woody Blake), Don Cheadle (Luke Graham), Jerry O’Connell (Phil Ohlmyer), Connie Nielsen (Terri Fisher).
Photographie : Stephen H. Burum
Montage : Paul Hirsch
Musique : Ennio Morricone
Production : Tom Jacobson
Sociétés de production : Touchstone Pictures, Spyglass Entertainment, Jacobson Compagny, Red Horizon Productions.
Société de distribution : Buena Vista Pictures Distribution
Date de sortie en France : mai 2000
Genre : science-fiction
Durée : 114 minutes

États-Unis- 2000

Les Incorruptibles de Brian De Palma : les croisés de la Prohibition

Ça fait déjà longtemps que Brian de Palma n’est plus en odeur de sainteté lorsqu’il s’attèle aux Incorruptibles. Non seulement son dernier vrai succès remonte à plus de sept ans avec Pulsions, mais l’échec de ses films suivants s’est accompagné pour certains d’un rejet d’une violence parfois inouïe (les accueils de Scarface et Body Double). Les Incorruptibles a donc tout du projet de la dernière chance pour l’ex golden-boy du Nouvel Hollywood que les années 80 ont transformé en presque pestiféré.

Division du travail

De loin, cette adaptation du livre éponyme autobiographique d’Elliot Ness himself coécrit avec Oscar Fraley, qui donna lieu à une série télévisée du même nom de 1959 à 1963 ne tient en rien au nom de son réalisateur. Relique d’une époque où les majors investissaient encore dans des productions de standing, Les incorruptibles est un pur film de commande de luxe pour Brian De Palma, qui ajoute son nom à la liste prestigieuse composant la fiche technique (notamment David Mamet au scénario, à l’époque déjà reconnu comme un brillant dramaturge).

Le cinéaste est donc venu jouer en équipe plutôt que tenir le rôle du chef d’orchestre, rôle qu’il attribuera à demi-mots à David Mamet quelques années plus tard (il dira avoir apporté au film ses compétences plutôt que ses obsessions). Pour autant, si l’on comprend le souci de remettre les choses à leur place de la part d’un réalisateur habitué à occuper seul le sommet de la chaîne de commandement, Les incorruptibles n’a rien du film de prestataire « effacé ». Déjà lors de la phase de casting, il n’hésite pas à mettre son  poste en jeu pour imposer Robert De Niro dans le rôle emblématique d’Al Capone. Quitte à demander au studio de dédommager un Bob Hoskins déjà engagé à hauteur de 200 000 dollars en plus de satisfaire les exigences salariales élevées de Big Bob. (Une fois ses doléances satisfaites, le célèbre « method actor » se met au boulot : il part cinq semaines en Italie manger des plats locaux, prends 12 kilos, se rase le front et met la main sur les tailleurs de costumes de Capone à qui il commande des vêtements sur les mesures du célèbre gangster. « You got what you pay for ». )

Mais c’est bien évidemment du point de vue de la mise en scène que Les incorruptibles se révèle tributaire de l’empreinte du réalisateur de Blow Out. De Palma peut éventuellement rester en retrait sur les questions de récit, mais certainement pas se montrer discret dans leur mise en forme même si chez lui, chez lui plus que chez n’importe qui, les deux questions sont évidemment liées. Émaillé de morceaux de bravoure formels inouïs qui tiennent encore une place de premier choix dans la mosaïque pourtant pléthorique du cinéaste en la matière, Les Incorruptibles est peut-être un film-manifeste de De Palma le formaliste. Le virtuose capable de réinventer un genre pataugeant dans le formol à l’époque (le film de gangsters en costumes), le styliste flamboyant qui hyperbolise les péripéties les plus anodines, le cinéphile insolent capable de citer l’une des scènes les plus célèbres du 7ème Art pour se mesurer en creux à son instigateur (la scène de l’escalier, incroyable hommage/défi au Cuirassé Potemkine de Serguei M. Eiseinstein). A bien des égards, il s’agit de l’exemple éclatant du cercle vertueux généré par la rencontre entre le mainstream le plus chevronné et la signature d’un super-auteur sorti de sa zone de confort.

Les contraires s’attirent

Mais même si De Palma assume le film en tant qu’exercice de style, le film représente un tournant dans la carrière de l’auteur, qui se répercutera largement sur ses films suivants. En effet, de prime abord Les incorruptibles incarne le projet de contradictions qui auraient dû rester insolubles. Même s’il est parcouru d’un regard sans concessions sur la ligne morale fissurée séparant les flics des gangsters, le film est animé d’une volonté manifeste de se payer une tranche d’Americana célébrant l’héroïsme de ses croisés d’une lutte inégale contre la criminalité organisée. Avec un Kevin Costner pas encore star mais déjà visage d’une Amérique juchée sur son utopie, Les incorruptibles revendique cette volonté aussi anachronique que dans l’air de l’époque de se laver du cynisme qui avait imprégné l’atmosphère post-70’s en renouant avec la naïveté des grands récits. Sans arrière-pensée critique ni discours sous-jacent qui viendraient le corrompre jusqu’à en percer la surface. Bref, tout ce que l’on pouvait ne pas attendre de De Palma à l’époque.

D’abord parce qu’il venait de signer ces parangons d’imagerie à charge contre les années 80 qu’étaient Body Double et Scarface, qui provoquèrent chacun des réactions pour le moins épidermiques. Ensuite parce que son cinéma est peut-être le notaire le plus emblématique du décès d’une certaine innocence de l’image actée avec l’assassinat de JFK et le film de Zapruder. Plus encore que les autres réalisateurs du Nouvel-Hollywood qui ont abordé le sujet plus ou moins directement, De Palma est le cinéaste qui a traqué la mort de Kennedy au sein de sa filmographie. De fait, le voir arriver sur un projet qui s’inscrit ostensiblement dans une volonté de revenir à une ère de l’image pré-15 novembre 1963 paraissait sur le papier comme une oxymore presque insurmontable pour le cinéaste et le public accoutumé à ses excès.

Or, c’est justement ce frottement qui rend Les Incorruptibles absolument passionnant, au-delà de la pure démonstration formelle qui pourrait constituer l’argument du réalisateur. Ainsi, loin de subvertir et détourner les intentions initiales du récit, De Palma fait ce qu’il fera plus tard avec L’impasse (peut-être son plus grand film) et Mission to Mars (peut-être son film le plus mésestimé) : se mettre au niveau de la candeur de l’ensemble. Ce qui signifie concrètement élever la simplicité revendiquée des états d’âmes des personnages pour en sublimer la grandeur tragédienne. De Palma pousse à fond les curseurs mélodramatiques de l’histoire (la musique d’Ennio Morricone y est pour beaucoup), convertissant pour l’occasion ses figures de style les plus reconnaissables à l’aune de cette configuration. Ce n’est plus un film de gangsters, mais un récit de chevalerie qui brandit l’étendard de valeurs anachroniques.

L’art du renouveau

On pouvait penser qu’il finirait par rigoler dans sa barbe à un moment où un autre, mais il n’en est rien: De Palma embrasse ce qu’il est en train de filmer avec tout le lyrisme dont il est capable. Ainsi son fameux art du plan-séquence trahissant la complicité voyeuriste du spectateur devient ici un vecteur d’empathie déchirant (voir la mort de Malone), dénué de chausse-trappes métatextuels susceptibles de perturber l’unicité de l’ensemble. Une preuve édifiante de la cette volonté de ne jamais « ajouter » quelque chose aux états d’âmes de ses personnages. En particulier s’agissant de son boy-scout de héros, amené à dire adieu à l’idéalisme qui le portait au début du film. Notamment au sortir de la scène du toit, où le réalisateur adopte un plan subjectif pour mieux sortir le spectateur de sa passivité pour le faire interagir avec l’état d’hébétude animant Costner, qui s’apprête à faire un compromis avec sa morale. Un dilemme qui aurait pu paraitre maniérée et facteur de dissociation dans les mains d’un autre, mais qui devient ici un profond facteur d’identification.

Au fond, en racontant la perte de l’innocence d’un héros désuet, De Palma retrouve un peu de la sienne. Un changement qui s’avérera déterminant dans Outrages et Le bûcher des vanités. Deux films très éloignés des Incorruptibles, mais dont la puissance dramatique découlera directement de cette volonté de faire des personnages les dépositaires malgré eux de valeurs bafouées par leur environnement.

Bande-annonce : Les Incorruptibles

Fiche technique : Les Incorruptibles

Titre original : The Untouchables
Réalisation : Brian De Palma

Interprétation: Kevin Costner (Elliot Ness) , Charles Martin Smith (Oscar Wallace) , Andy García (George Stone) ,Robert De Niro (Al Capone), Sean Connery (JIm Malone)
Scénario : David Mamet, d’après le livre The Untouchables d’Eliot Ness, Oscar Fraley (en) et Paul Robsky
Musique : Ennio Morricone
Direction artistique : William A. Elliott
Costumes : Marilyn Vance et Giorgio Armani1
Photographie : Stephen H. Burum
Son : Jim Tanenbaum
Montage : Gerald B. Greenberg et Bill Pankow (en)
Production : Art Linson
Producteur associé : Ray Hartwick
Société de production : Paramount Pictures

 

Office de Johnnie To : L’amour au temps de la compta, en DVD et Blu-Ray

Après Tokyo Tribe de Sono Sion, c’est une autre comédie musicale venue d’Asie qui sort en DVD et Blu-Ray chez nous, éditée cette fois par Carlotta. Point de gang débitant du rap nippon avec un débit de mitraillette ici, mais des hommes en costumes et femmes en tailleurs chantant les joies et les peines du marché néo-libéral. Avec Office, Johnnie To prouve que l’art de la mise en scène ne connaît pas la crise.

Synopsis: Hong Kong, 2008. Le jeune Lee Xiang et la surdouée Kat Ho font leurs débuts chez Jones & Sunn, une multinationale sur le point d’entrer en bourse. Le deux jeunes cadres vont peut à peu découvrir le monde extravaguant et artificiel de la finance, sous le regard « bienveillant » d’un PDG à qui l’on ne cache rien, pas même ses sentiments. 

Sûrement à cause de sa provenance lointaine, Office est passé assez inaperçu en dans les salles françaises. Il faut dire aussi que la chine (particulièrement Hong-Kong) nous a plutôt habitués à des films d’arts martiaux nerveux ou des polars tendus. La comédie musicale est encore, dans l’imaginaire collectif, un genre typiquement américain, il est donc fort probable que la disponibilité du film chez nous ne tienne qu’a un nom, celui de Johnnie To, maître du polar précédemment mentionné (Breaking News, Élections).

Loin d’être un chef d’œuvre ou un retour en forme, Office est plutôt une curiosité à réserver aux amateurs du cinéaste ou aux insatiables curieux. Ceux qui attendent un La La Land à la chinoise peuvent passer leur chemin. L’intrigue sur fond de marché ouvert, d’introduction en bourse et de placements risqués ne risque pas non plus de passionner les amateurs de romances en-chantées. D’autant que le choix de placer l’action en parallèle de la crise mondiale de 2008 semble un peu daté et nuit grandement au potentiel de dénonciation du film.

Rappelons également que la comédie musicale induit d’embrasser une culture sonore nouvelle, en fonction du pays d’origine. Nous sommes habitués aux sonorités pop de la musique anglo-saxonne, mais si l’écoute de la bande son de Tokyo Tribe vous est insupportable, ou que vous ne goûtez pas vraiment les numéros dansés/chantés du cinéma Indien, nous ne pouvons que vous conseiller d’aller entendre ailleurs. La pop chinoise étant ce qu’elle est, soit on adhère, soit on a le poil qui frise et les oreilles qui sifflent.

Ceux qui ne seront pas découragés par ces quelques avertissements de rigueur pourront toutefois trouver un intérêt à cet objet atypique, venu d’un pays qui nous a trop habitués à des films approuvés par la machine politique chinoise. Derrière les chansons un peu niaises et la bluette entre deux stagiaires (qui ne semble pas intéresser To plus que ça), Office met en place un dispositif scénique pas trop mal huilé qui dévoile une véritable critique à charge du capitalisme et de la culture d’entreprise asiatique.

Dans un espace unique entièrement composé de lignes, de quadrillages et d’angles, les cadres en costumes et tailleurs défilent à la chaîne. Rien ne dépasse, rien n’est laissé au hasard, et surtout rien n’échappe au PDG (Chow Yun Fat). Dans son appartement au dernier étage, (seul espace clos auquel on accède par un ascenseur spécial) ce dieu néo-libéral garde le corps de sa femme sous respiration artificielle. Un acharnement thérapeutique qui n’est pas sans rappeler la dévotion avec laquelle nos financiers et traders s’échinent à maintenir en place un système économique qui ne fait qu’enchaîner les crises financières désastreuses.

En dessous, dans un open-space infini, qui intègre aussi le bar de la rue et les appartements des salariés, l’armée de comptables n’a qu’un but : faire prospérer l’entreprise, même au prix de leur vie personnelle. L’arrivée de deux stagiaires et leur idylle fera-t-elle comprendre à ce petit monde qu’il est dans l’erreur ? Même pas. La machine est trop bien huilée. La gigantesque horloge qui surplombe tout continue de tourner, et l’histoire ne fait que se répéter.

Le jeune couple qui se forme n’est finalement que l’embryon de celui de leurs supérieurs hiérarchiques, anciens idéalistes aujourd’hui rompus aux magouilles et aux coups bas. Les jeunes n’aspirent qu’a s’élever, tandis que les anciens sentent venir la chute (l’image récurrente de l’ascenseur qui monte pour certains et descend en chute libre pour d’autres).

Le recours à la comédie musicale prend finalement tout son sens, tant le genre est le monde de l’artificiel et de l’utopie. Spécialisée dans la cosmétique, l’entreprise est un empire du faux où tous les coups sont permis. Les moments musicaux ne sont finalement qu’une façade supplémentaire, derrière laquelle Johnnie To se cache pour dérouler sa critique féroce d’un système qui a tout d’une machine infernale.

Office – Bande Annonce

Suppléments : Les deux formats (DVD et Blu-Ray) s’accompagnent d’un court Making-Of promotionnel de 12 min (divisé en plusieurs micro-parties et où le son craque un peu), avec des interviews de l’équipe du film, et une bande-annonce. A noter que la version Blu-ray semble proposer une version 3D (le film a été tourné pour ce format).

Infos techniques :

Format : 2.39/16/9 (compatible 4/3 pour le DVD)
Audio : Dolby Digital 5.1 (DVD)/ DTS-HD 7.1 (Blu-Ray)
Langue : Cantonais
Sous-titres : Français
Durée du film : 114 mn (DVD)/119 mn (Blu-ray)

How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell : hymne punk et peroxydé

Profitant d’une sublime bande originale punk et krautrock, How to talk to girls at parties s’avère être un mélange peroxydé entre la romance SF et le feel good movie musical. Un peu inégal, pas aussi transgressif qu’il aurait pu l’être, le film n’en reste pas moins une bluette punk qui magnifie la construction d’un soi par l’ouverture aux autres et l’envie de briser les frontières de nos certitudes.

Tout comme avec Shortbus, John Cameron Mitchell continue à vouloir ratisser large, utilise le cinéma comme vecteur de l’émancipation d’une conscience pour s’ouvrir au monde et s’affranchir des critères qui nous définissent au premier coup d’œil. How to talk to girls at parties, tout comme Sense8, détient un esprit fédérateur, voulant détruire toute forme de déterminisme, valorise la pureté de l’expression émotionnelle sous toutes ses formes, et fait de la liberté, le maitre mot du destin de cette jeunesse britannique.

Au-delà du mouvement punk 70’s, le cinéaste tourne de nouveau son regard vers les marginaux de tous horizons, de ces ostracisés de la société qui finissent dans les caniveaux, de ces jeunes punks bariolés chantant à tue-tête des refrains « catchy » et qui veulent faire la révolution avec l’argent de poche de leurs parents. Alors qu’une bande de potes voulait se rendre à l’after d’un concert, ils vont par mégarde se retrouver dans la maison d’une tribu d’extraterrestres, aux traits humains et aux allures de secte mystique sadomasochiste. La rencontre va faire des étincelles : l’un des humains, Enn, et l’une des aliens, Zan, vont alors tomber amoureux pour faire naître une romance punk, qui va largement déborder sur le sujet de l’amour et la construction de chacun.

How to talk to girls at parties est une œuvre hybride, et déjantée qui fait convoque un vaste imaginaire commun : on pense irrémédiablement à Gregg Araki avec ce visuel clippesque faisant cohabiter la SF et le teen movie pop, à Edgar Wright avec cet humour et cette ambiance très british ou même petitement à Under the Skin avec ce jeu aliénant et robotique d’Elle Fanning qui campe une extraterrestre en quête d’aventure et de découverte.

Derrière ces vestes en cuir et ces pin’s anti système, ou cette course contre la montre face à un patriarcat cannibale, se cache un propos bien plus grand, que ce soit sur l’amour trans genre ou sur la fusion des communautés par le biais de cette allégorie sur le Brexit et ses frontières avec le monde. John Cameron Mitchell, qui raconte le récit de parents extraterrestres qui dévorent leurs propres enfants, se sert de l’humour, la musique, et d’une imagerie adolescente à la Skins pour crier son amour jouasse pour la collectivité et le rassemblement.

L’utilisation concomitante de la culture punk et de la pensée extraterrestre pour parler de la rébellion des marginaux est prenante. C’est frais, pétillant, parfois tendre avec une Nicole Kidman en ancienne punk gothique un peu cheap qui rayonne à l’écran : mais bizarrement ça manque de peps, ça manque d’un laisser aller qu’on avait pu entrevoir dans Leto de Kirill Serebrennikov. Au regard de la folie, de la sensualité érotique (voire plus) de Shortbus, on aurait pu croire qu’How to talk to girls at parties serait un peu plus transgressif que cela.

Inégal dans son rythme, un peu décousu dans un scénario en friche qui divague sans toujours accrocher, un peu trop convenu dans la caractérisation de ses personnages, le film de John Cameron Mitchell arrive tout de même à mélanger, non sans émotion, cette romance punk avec le sectarisme pessimiste des aliens pour en faire une ode à la compréhension de ses envies, à l’interaction perpétuelle des peuples et au libre arbitre des « vivants ».

Synopsis: 1977 : trois jeunes anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges.
En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront de résoudre ce mystère : comment parler aux filles en soirée…

Bande annonce – How to talk to girls at parties

Fiche technique – How to talk to girls at parties

Réalisateur : John Cameron Mitchell
Scénario : John Cameron Mitchell, Philippa Goslett
Interprétation : Elle Fanning, Nicole Kidman, Alex Sharp
Musique : Nico Muhly
Photographie : Frank G. DeMarco
Montage : Brian A. Kates
Maisons de production : See-Saw Films
Distribution (France) : ARP Sélection
Durée : 102 minutes
Genres : Comédie, Science Fiction
Date de sortie (France) : 20 juin 2018

Une histoire simple de Claude Sautet, la libération de l’être en Blu-ray chez Pathé

Depuis le mercredi 13 juin est disponible en combo Blu-ray/DVD Une histoire simple de Claude Sautet. Édité par Pathé Distribution, le drame mené par Romy Schneider est de retour en vidéo avec une nouvelle version remastérisée.

Synopsis : Marie élève seule son fils adolescent. Sa relation avec Serge s’étiole, et elle décide de le quitter et de ne pas garder l’enfant qu’elle attend de lui. Elle finit par se rapprocher de George, son ex-mari alors qu’en même temps, les amis de Marie ont chacun leurs propres soucis à régler.

La libération du et dans le quotidien par Claude Sautet

Une histoire simple, c’est d’abord le récit de Marie, personnage campé par Romy Schneider, maman divorcée enceinte de son compagnon et qui travaille dans une entreprise dans laquelle les postes sont menacés. L’aventure de Schneider correspond à une libération, la sienne. Marie va avorter, puis rompre avec cet amant pour lequel son cœur ne bat plus. Elle va logiquement lui demander de quitter le logement. La femme se retrouve seule ou presque, puisqu’elle habite aussi avec son fils qui poursuit son envol d’adolescent/jeune adulte. Avec cette libération, Marie reprend le contrôle de sa vie. Un contrôle qui va atteindre son paroxysme vers la fin du long métrage : elle est enceinte de son nouvel amant qui n’est autre que son ex-mari. Ce dernier décide toutefois de quitter la région, avec sa compagne, sans Marie donc, à qui il n’appartient plus. Le personnage de Schneider décide de garder l’enfant, qu’elle élèvera avec sa récente colocataire, elle aussi libérée de son carcan relationnel suite à un événement tragique venu sceller le peu d’amour qui restait entre elle et son mari. En effet, la libération concerne aussi les êtres, hommes et femmes, qui occupent l’orbite relationnelle de Marie. Le mari qui s’est suicidé avait déjà fait une tentative parce qu’il pensait perdre son emploi. Son emploi sauvé, on dit de lui qu’il n’a plus d’énergie ni d’envie. Le bonhomme ne remplit plus ses fonctions. Son travail est à nouveau menacé, mais l’homme acquiert un nouvel emploi au sein de la même entreprise. Le salarié est sauvé, mais l’homme lui, était brisé. Il se suicide peu après en se jetant de l’immeuble. Sa femme voit cela comme une fatalité, personne ne pouvait l’en empêcher. En effet, personne ne pouvait contrecarrer la pulsion de mort de l’homme, qui voyait dans cette extrême action sa porte de sortie du vacarme de la vie qui l’assaillait. La libération peut être professionnelle : l’ex-mari de Marie (impeccable Bruno Cremer) quitte la région pour faire un stage avec des plus jeunes et d’autres de son âge et qui sait, « peut-être faire quelque chose ensemble« , dixit Cremer. Après la perte de son ami et collègue par suicide, le personnage de Cremer ne supporte plus de rentrer et travailler dans cette entreprise avec son cadre, ses règles, sa course économique. Ce départ de l’entreprise et celui de la région correspondent à une volonté de liberté de l’homme, fin prêt à reprendre le contrôle de sa vie professionnelle et amoureuse. Idem concernant le personnage de Claude Brasseur, le dernier ex-compagnon de Marie, qui s’est libéré de son obsession pour son ancien amour ainsi que d’un certain stress professionnel pour mieux retrouver l’amour et la sérénité.

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Marie (Romy Schneider) fait le choix de se rapprocher de son ex-mari (interprété par Bruno Cremer).

La libération permet à chacun un retour à soi. Sautet filme ces parcours existentialistes avec une certaine simplicité au niveau du cadre toutefois dominé par le travail d’étalonnage du film. En effet, le travail sur la lumière et les couleurs est prégnant tant il semble rendre à chacun de ces êtres libérés une aura lumineuse, au début effacée par une forme de représentation naturaliste des situations initiales et étouffantes de chacun. La transcendance de ces êtres par le cinéma de Sautet est d’autant plus remarquable avec la remasterisation 2K soignée par Pathé Distribution. Si la copie est formidable, on peut toutefois regretter la légèreté des bonus quant à leur contenu : deux entretiens d’une douzaine de minutes. S’ils s’avèrent intéressants, on était en droit d’en attendre plus de la part de Pathé Distribution qui avait récemment conçu de façon formidable l’édition combo Blu-ray/DVD de Premier de cordée de Louis Daquin.

Une histoire simple

De Claude Sautet

1978

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INFOS TECHNIQUES DVD

DVD – 1.66 – Couleur – 1h44

LANGUES : Français Dolby Digital 2.0 –

Audiovision – SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

INFOS TECHNIQUES Blu-ray

BLU-RAY – 1.66 – Couleur – 1h48

LANGUES : Français DTS mono 2.0 – Audiovision –

SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

SUPPLÉMENTS

Entretiens autour du film :

Avec Serge Bromberg, auteur de Romy dans l’enfer,

Et Eva Darlan, interprète du rôle d’Anna dans le film (26 minutes)

                                                                         PRIX : 19,99€ TTC

The Terror : Quand l’espoir est enterré 6 pieds sous glace

Des rouflaquettes, un froid de canard et « quelque chose » qui donne la chair de poule à 129 marins, c’est The Terror, c’est la dernière mini-série AMC, et c’est glaçant !

Les mini-séries ont le vent en poupe en ce moment, et je me positionne à la proue de ma télé pour les visionner. Après la descente aux enfers que propose HBO avec The Night Of en 8 épisodes, l’histoire de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy couplé de science-fiction racontée dans 11.22.63 par Hulu ou encore l’adaptation du roman d’Agatha Christie And Then There Were None par la BBC One, les chaînes télévisées nous proposent de plus en plus de formats raccourcis, à consommer d’une traite comme un film de plusieurs heures pour les  » binge-watchers  » avertis (attention à ne pas gonfler suite à une hyperconsommation de pop-corn), ou épisodiquement pour celles et ceux qui préfèrent  » leur petit épisode du Dimanche soir avec son chat et sa Häagen-Dazs « . Et cela faisait déjà plusieurs mois que la production AMC me faisait du pied à coups de trailers mystérieux et un casting qui jouait clairement sur mon attrait pour le talent de certains acteurs britanniques.

Maintenant, ouvrez vos cahiers d’histoire à la page 1845. Cette année-là, la Royal Navy lance l’expédition Franklin, composée du HMS Erebus et du HMS Terror, deux navires britanniques à la pointe de la technologie, dans l’optique de partir à la découverte de l’Arctique et s’offrir un raccourci vers l’Asie en empruntant le passage du Nord-Ouest, dans l’archipel Canadien. L’instant culture continue. En 2007 est publié Terror, de Dan Simmons, qui récupère les faits de cette expédition en y ajoutant une dimension fantastique. Donc la série est une adaptation d’un bouquin qui s’est inspiré d’une histoire vraie pour en faire un livre fantastique, vous me suivez ?

N’ayant pas [encore] lu l’oeuvre littéraire, vous dire que l’adaptation est réussie serait totalement hypocrite de ma part, mais ne pas souligner la qualité de cette série le serait tout aussi.

American Money, British Qualität

Si vous êtes un converti aux productions outre-Atlantique, alors vous retrouverez avec plaisir un casting so british comme on les aime : on retrouvera notre leader des sauvageons, Mance Rayder de Game Of Thrones, interprété par Ciaran Hinds (Qui, visiblement, a un point commun avec Leonardo Di Caprio, celui de prendre un malin plaisir à jouer des rôles dans des températures à vous geler les sourcils), Edmure Tully de la même série joué par Tobias Menzies sous le rôle du capitaine James Fitzjames, le capitaine Francis Crozier sous les traits de Jared Harris, qui a notamment joué le roi Georges V dans la production Netflix The Crown, ou encore Paul Ready qui joue quant à lui le rôle de Henry Goodsir, un anatomiste (À croire que faire mumuse avec des cuillères dans Utopia lui aura offert une crédibilité en tant qu’expert du corps humain).

Que dire de son univers à part que c’est une merveille ? L’ambiance polaire dans laquelle nous sommes plongés est totalement convaincante, l’étalonnage vous donnera envie de regarder cette série sous 3 plaids en plein mois d’Août (avec votre Häagen-Dazs si vous le voulez), la photographie nous offre des plans de très grande qualité, avec des horizons infinis de glace pendant les mois d’ensoleillement, et une noirceur glaciale teintée d’aurores boréales pendant les très longs mois d’obscurité. AMC a sorti le chéquier et ça nous change des fonds verts de The Walking Dead. Il en est de même pour les scènes d’intérieur, que ce soit sur les bateaux ou lors des flash-backs, qui ne sont pas sans rappeler les décors d’une autre mini-série de grande qualité : Taboo.

Pour les amoureux du genre, vous trouverez cette ambiance quelque peu similaire à celle d’Alien, puisque Ridley Scott est aussi à la production (Qui s’est fait un petit kif perso avec une référence à la mythique scène de la mort de John Hurt dans le premier épisode), où la nature confine un groupe d’humains dans un huis-clos aussi oppressant physiquement que psychologiquement. À défaut d’Alien, où l’espoir reste de mise pour les (quelques) membres de l’équipage, il n’en est donné aucun au téléspectateur de la mini-série AMC. The Terror coupe court à tout suspens d’entrée de jeu en nous révélant dès la première scène le destin de l’équipage de l’Erebus et du Terror. Ainsi, les 10 épisodes ne deviennent alors plus que le récit héroïque et historique d’hommes livrés à eux-mêmes, en pâture à une nature impitoyable, et à une « chose » mystérieuse.  Attachez-vous à quelques personnages et priez donc pour qu’ils disparaissent en dernier, à croire que Georges R. R. Martin s’est incrusté en catimini dans l’équipe de scénaristes.

C’est inouï ces inuits

Serie-The-Terror-AMC-Saison-1-Critique-Johnny-Issaluk

« Venu des chamans, celui qui mange sur deux et quatre pattes, il est fait de muscles et de sortilèges », voilà comment nous est décrit, de manière poétique et mystique Tuunbaq dans les premiers instants de la série. Inspirée de la mythologie inuite et tout droit sortie de l’imaginaire de Simmons, il faudra un certain laps de temps afin de matérialiser, autant sur un aspect physique que conceptuel, cette entité  » d’esprit tueur « . Les quelques éléments épars de description que nous offrent les habitants de l’Alaska au fil des épisodes font travailler notre imagination et nous font entrer dans cette culture autochtone primitive, en implantant dans notre tête, à la manière d’Inception, cette idée que ce monstre né lors d’une guerre entre les dieux Inuits est la menace première pour l’équipage isolé du monde. Sa présence aux abords des deux navires est certes menaçante, et est un pilier indissociable de l’intrigue d’épouvante, mais un lien étrange est établi avec la population des Inuits Netsilik. Ce peuple, aussi appelé Netsilikmiut, est, au passage de quelques scènes, décrit comme en symbiose et respectueux de leur glacial environnement et offrant, avec notamment une scène haletante dans l’épisode 7. Les acteurs groenlandais (Nive Nielsen, Johnny Issaluk, …) subliment leur culture de par leurs rôles et on a presque envie de prendre une année sabbatique pour aller chez eux apprendre l’Inuktitut. (Jaikak siqiiruk, voilà, vous venez déjà d’apprendre à dire  » Remonte la fermeture éclair de ta veste. »)

Homo homini lupus est

La première menace pour la survie des marins ne serait-elle pas eux-mêmes ? L’idée d’être bloqué sur la banquise avec des températures qui feraient bégayer Évelyne Dhéliat n’enchanterait personne évidemment, encore moins les femmes des membres de l’équipage qui se prêtent à l’exercice et ne tiennent que deux minutes les pieds nus dans la neige. Les divergences de points de vue entre les figures autoritaires, le refus de l’autorité, la désobéissance et la mutinerie (bien que violemment réprimandée, notamment pour le sosie de Littlefinger, qui eut du mal à profiter du confort d’une chaise pendant un long moment), la folie pure, les actes de suicide, le cannibalisme, nous faisons face à une pléthore de situations où l’être humain vrille complètement. Une idylle d’expérience sociologique pour les scientifiques les plus sadiques, qui ajoute un caractère d’instabilité à un milieu déjà fragilisé, sublimé par la performance des acteurs. Une folie qui peut aisément se comprendre par la présence proche de Tuunbaq, mais aussi d’éléments consumant à petits feux le moral et l’espoir des troupes, comme la maladie (Le scorbut, une maladie due à une carence en Vitamine C, qui a longtemps été une problématique sanitaire majeure dans le milieu maritime), l’hypothermie ou  même la consommation de plomb (Cela peut s’avérer être étrange de prime abord mais le fait est véridique).

En résumé, The Terror est une série qui aime prendre son temps, comme les retraités au supermarché le lundi matin, donc si vous cherchez de l’action à tire-larigot, passez votre chemin et attendez le prochain Fast & Furious ou The Expendables. Malgré quelques lenteurs qui permettent de développer les personnages, l’ennui n’est pas au rendez-vous, d’autant plus qu’elles ne rendent les scènes de tension que plus prenantes, dans un univers très soigné et pouvant même être considéré comme un personnage à part entière. Les scénaristes n’ont pas hésité à prendre quelques risques, ce qui se ressent dans la dynamique, et c’est très agréable d’être surpris dans ce genre d’intrigue. Une mini-série de qualité donc, qui ne se précipite pas et donne lieu à des personnages complexes et intéressants, dans un milieu oppressant qui vous donnera envie de réserver vos prochaines vacances dans un igloo au Groenland (Privilégiez l’avion, évitez le bateau).

The Terror : Bande-annonce

The Terror : Fiche technique

Créateurs : Soo Hugh, David Kajganich
Réalisation : Tiem Mielants, Edward Berger, Sergio Mimica-Gezzan
Scénario : Andres Fischer-Centeno, David Kajganich, Josh Parkinson, Dan Simmons, Vinnie Wilhelm, Soo Hugh, Gina Welch
Intérprétation : Jared Harris (Francis Crozier), Tobias Menzies (James Fitzjames), Paul Ready (Harry Goodsir), Adam Nagaitis (Cornelius Hickey), Ian Hart (Thomas Blanky), Nive Nielsen (Lady Silence), Ciaran Hinds (John Franklin)
Image : Frank van den Eeden, Kolja Brandt, Florian Hoffmeister
Musique : Marcus Fjellström
Montage : Tim Murrell, Daniel Greenway, Anrew MacRitchie
Direction Artistique : Matthew Hywel-Davies, Géza Kerti, Attila Digi Kövari, Kriztina Szilagyi
Décors : Kevin Downey
Costumes : Annie Symons
Production : Soo Hugh, David Kajganich, Ridley Scott, Robyn-Alain Feldman
Société de Production : AMC, Scott Free Productions, Entertainment 360, EMJAG Productions
Genre : Épouvante – Thriller – Histoire – Drame
Format : 45 minutes (56 minutes pour l’épisode 9 et 54 pour le final)
Diffusion : Amazon Prime Video

Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia & Antonio Piazza, le fait divers devient conte

Plus d’un an après sa présentation à Cannes, Sicilian Ghost Story arrive sur les écrans français. Pour leur deuxième film, les réalisateurs italiens Fabio Grassadonia et Antonio Piazza partent d’une histoire vraie tragique pour créer un conte onirique sur un amour d’enfance.

Au milieu des années 90, un terrible fait divers ébranle la Sicile et fait parler toute l’Italie. Un jeune adolescent est séquestré par la mafia pendant plusieurs années. C’est à partir de ce fait divers, dont on ne dévoilera pas le dénouement que le duo italien Fabio Grassadonnia et Antonio Piazza ont donné naissance à Sicilian Ghost Story. Si les cinéastes auraient pu le transformer en un drame très sombre traitant de la mafia à l’instar de ce qu’a fait, par exemple, leur confrère Matteo Garrone dans Gomorra ou Dogman, Grassadonnia et Piazza ont décidé d’emprunter un tout autre chemin. En s’inspirant du cinéma de Guillermo Del Toro, et notamment de son cultissime Labyrinthe de Pan, les italiens vont tisser une toile onirique qui va englober toute cette histoire. L’histoire d’un amour infini qui ne recule devant rien.

Ce n’est pas uniquement l’évocation d’un fait divers sordide qui va alimenter Sicilian Ghost Story, c’est avant tout une histoire d’amour qui va lui servir de moteur. Un amour encore au stade de bourgeonnement, celui de Giuseppe, adolescent amateur d’équitation dont le père mafieux sert d’indic à la police, et de Luna, jeune fille rêveuse, vivant sous le joug d’une éducation stricte par sa mère suisse. Deux mondes qui vont se heurter à la manière des deux familles rivales Capulet et Montaigu dans la très célèbre pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette. Malgré les mises en garde de sa mère, la jeune Luna n’hésite donc pas à retrouver son cher et tendre pour un rendez-vous. Dans les somptueux paysages siciliens, ce rendez-vous semble être une bulle protégeant les deux enfants du terrible environnement qui les entoure. Malheureusement comme chaque bulle, celle-ci est fragile et éclate lorsque que subitement Giuseppe disparaît.

Alors que tout le monde semble ne rien faire, Luna décide de prendre les choses en mains et de retrouver son petit copain. C’est à partir de ce moment que Grassadonia et Piazza vont développer une narration alternant deux points de vue et surtout deux atmosphères. La première concerne la recherche éperdue de Giuseppe par Luna. C’est dans ces moments que l’influence fantastique se fait le plus ressentir. Le monde entourant la jeune Luna prend une dimension de plus en plus onirique, succombant à des rêveries lors de ses balades en forêts en quête de Giuseppe. Une ambiance onirique qui prend parfois des tournures plus inquiétantes, voire même cauchemardesques comme en témoigne cette séquence marquante du lac. Cette ambiance se traduit aussi par des choix méticuleux de mises en scènes. Des paysages siciliens émanent une aura gothique collant à merveille avec ce conte à l’histoire tragique. Des paysages qui sont filmés au ras du sol suivant Luna se perdant dans un univers étrange ou au travers d’angles bizarres et de cadres déformés annonçant une rupture avec le monde réel, et une entrée dans un monde fantasmagorique. D’un point de vue formel, Sicilian Ghost Story est d’une beauté irréelle, sachant jouer avec le fantastique de façon parcimonieuse et subtile pour développer une imagerie qui n’en reste pas moins marquante.

Au contraire du climat dans lequel gravite Luna, celui de Giuseppe se caractérise par un réalisme beaucoup plus cru. Kidnappé par des mafieux pour empêcher son père de parler, l’adolescent est enfermé dans une cave sordide. Rompant cruellement avec l’onirisme des séquences sur Luna, Grassadonia et Piazza n’hésitent pas à montrer la cruauté de l’action perpétrée par les mafieux qui culminent dans un acte ignoble filmé d’une façon à conserver l’impact marquant, sans tomber dans une complaisance malvenue. Les passages entre les deux âmes sœurs se font d’ailleurs au gré de transitions d’une fluidité exemplaire basculant d’un univers à l’autre au travers d’un mouvement de caméra délicat.

Pour leur deuxième film, Grassadonia et Piazza transcendent avec Sicilian Ghost Story un fait divers pour donner lieu à une fable tragique et fantastique traitant d’un amour d’enfance d’une force pure. Un amour d’enfance qui se heurte au monde terrible des adultes, que ce soit au travers d’une mère moralisatrice ou d’un père absent baignant dans un milieu funeste. Un monde d’adulte qui contamine l’innocence de la jeunesse et la gangrène, affectant physiquement et psychologiquement les deux amoureux. Œuvre forte, bien qu’ayant un peu de mal à se conclure, Sicilian Ghost Story est une belle façon d’utiliser un histoire vraie en la transformant en un véritable contenu original.

Sicilian Ghost Story : Bande-annonce

Sicilian Ghost Story : Fiche Technique

Réalisateur : Fabio Grassadonia et Antonio Piazza
Scénario : Fabio Grassadonia et Antonio Piazza
Interprétation : Julia Jedlikowska, Gaetano Fernandez, Corinne Musallari, Sabine Timoteo, Vincenzo Amato
Musique : Anton Spielman et Soap&Skin
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Cristiano Travaglioli
Distribution (France) : Jour2Fete
Durée : 117 minutes
Genres : Drame, Fantastique
Date de sortie (France) : 13 juin 2018

Italie, France, Suisse – 2017

Le Sacrifice, d’Andreï Tarkovski : le crépuscule des mots

Voici une occasion à ne pas manquer : revoir, en version restaurée 4K, l’ultime chef d’œuvre du génial cinéaste russe Andreï Tarkovski, Le Sacrifice, qui sort le 20 juin sur nos écrans.

Le générique du Sacrifice comprend déjà plusieurs des thèmes qui seront développés dans le film. Le spectateur peut y entendre Erbarme Dich, un extrait de La Passion selon Saint Matthieu, de Jean-Sébastien Bach, une véritable prière particulièrement émouvante où l’on demande au Seigneur d’avoir pitié de nous. Et le générique défile sur une tableau de Léonard de Vinci, L’Adoration des Mages. Un tableau centré sur un enfant, le Sauveur de l’humanité, et dans lequel un arbre monte vers le ciel.

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Cet arbre fera la transition avec le plan d’ouverture, premier d’une longue série de plans-séquences de toute beauté, incroyablement maîtrisés et d’une audace technique impressionnante. Ce nombre assez réduit de plans confère au film son rythme lent et contemplatif, voire méditatif, dans un style où il est facile de reconnaître le réalisateur du Miroir.

Ainsi donc, lors de ce plan d’ouverture qui dépasse les neuf minutes, nous faisons la connaissance d’un homme, d’un enfant et d’un arbre. L’homme s’appelle Alexander, et c’est un homme de mots, de paroles. Les mots qu’il écrit : il nous est présenté comme « journaliste célèbre, auteur dramatique, critique littéraire » puis essayiste. Mais surtout les mots qu’il prononce. Victor, son médecin, déplorera qu’Alexander s’enferme encore des ses monologues.

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« Notre culture, ou plutôt notre civilisation, est gravement malade »

En effet, le protagoniste du Sacrifice parle beaucoup. Sous prétexte de s’adresser à son fils (et sans se rendre compte que le garçon n’est pas là pour l’écouter, ni que ses propos peuvent difficilement être compris par un enfant de son âge), il discourt sur sa conception pessimiste de l’humanité. « La mort n’existe pas. Il y a la peur de la mort, et c’est une chose affreuse. Elle oblige les gens à agir sans nécessité. Comme tout changerait si nous cessions d’avoir peur de la mort ».

Vient alors toute une présentation de la philosophie d’Alexander, personnage qui s’est retiré sur une île pour fuir une civilisation de plus en plus dépourvue de spiritualité. De là, il exerce sur le monde occidental un regard critique, dénonçant une société qui s’enfonce de plus en plus dans le matérialisme et où la spiritualité, seule capable d’élever l’homme, voire de sauver l’humanité, a quasiment disparu.

Or, c’est par la spiritualité que l’humanité sera sauvée, selon Alexander. En faisant preuve de foi, comme celle qui est nécessaire pour arroser, chaque jour, un arbre mort en pensant lui redonner vie. Cette foi que l’on retrouve si souvent dans l’œuvre de Tarkovski.

Or, cette foi se manifeste avant tout par des actes. Et Alexander est un homme de paroles. Des paroles qu’il juge lui-même futiles tant qu’elles ne se transforment pas en actions. Et il se reproche d’être un intellectuel jugeant le monde, et non pas un homme d’actions. « Words, words, words », dit-il en citant le Hamlet de Shakespeare.

C’est d’ailleurs là, peut-être, le grand sacrifice que doit accomplir Alexander : le sacrifice des mots. Les dernières paroles qu’il prononce dans le film sont : « se taire ». Alexander le discoureur comprend que la force des mots résident aussi dans leur rareté, que le Verbe est unique et doit aussi être préservé.

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L’apocalypse

Le Sacrifice est un film apocalyptique, baigné dans cette peur de la guerre nucléaire si caractéristique de l’époque de la Guerre Froide. Les avions menaçants que l’on entend survoler l’île et qui font trembler les murs, les informations alarmistes qui arrivent de la lointaine civilisation juste avant que l’électricité ne soit coupée, la panique qui s’empare d’Adelaïde, la femme d’Alexander, (et à laquelle le matérialiste docteur Victor n’a qu’une seule solution à proposer, une piqûre de calmant qui ne fait pas disparaître le problème mais permet juste de vivre avec) : nous sommes bel et bien dans une ambiance de fin du monde, de fin d’un monde pourrait-on dire. Une ambiance encore renforcée par le jeu extraordinaire sur les images. Dans le documentaire qu’il a consacré au tournage du film, Chris Marker affirme que Tarkovski est allé jusqu’à dégrader volontairement de la pellicule pour que cela donne un grain d’image si particulier, celui d’un monde qui est en équilibre précaire au bord du gouffre.

Mais si Le Sacrifice nous raconte une apocalypse, c’est avant tout dans le sens premier du mot, celui d’une révélation. La réaction d’Alexander à l’annonce de cette possible guerre nucléaire est surprenante : « c’est le moment que j’ai attendu toute ma vie ». Et si cette fin du monde lui donnait un moyen pour sauver l’humanité ?

Ce procédé de rédemption sera apporté par un personnage important, typiquement tarkovskien : l’innocent du village, Otto le facteur. Lui dont la philosophie simpliste, basé sur l’idée de profiter pleinement du monde présent sans se préoccuper aucunement ni du passé ni de l’avenir, lui surtout qui est fasciné par les événements paranormaux, propose à Alexander une solution étrange.

Une fois de plus, comme dans Nostalghia, il s’agit de sauver le monde en accomplissant un acte apparemment dérisoire. En Italie, il s’agissait de traverser une piscine vide avec une bougie allumée (et cela donnera un des plus beaux plans-séquences de la filmographie de Tarkovski). En Suède, il faudrait coucher avec Maria, la servante, réputée être un peu sorcière.

Bien entendu, l’acte de rédemption de l’humanité ne viendrait pas d’une infidélité commise envers l’épouse légitime. Pour en comprendre la portée et la signification, il suffit de comparer les deux couples. Adelaïde, l’épouse, ancienne maîtresse du médecin Victor, n’aime pas Alexander, et tout semble les opposer. A l’inverse, Alexander et Maria forment un couple rempli de tendresse, de respect et surtout d’amour. Et c’est cet amour qui seul peut sauver l’humanité.

Car le sacrifice nécessite l’amour. Il faut aimer l’autre pour donner sa vie pour lui. Comme Alexander pour son fils.

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Un film-somme

Ultime des sept longs métrages réalisés par Andreï Tarkovski, Le Sacrifice n’est pas un film-testament mais plutôt un film-somme. On y retrouve tout ce qui fait le cinéma de Tarkovski : des plans sublimes, une réflexion d’une intelligence vertigineuse, la quête d’un mysticisme qui élèverait l’humanité (sans parler forcément d’une religion en particulier, mais plutôt d’un développement spirituel), etc. Beaucoup de scènes font écho à ce que l’on retrouve dans les films précédents, jusqu’à cet enfant qui rappelle inévitablement Ivan, le garçon du premier long métrage du réalisateur.

Le décor naturel est particulièrement bien exploité. Le Sacrifice est tourné sur l’île de Gotland, dans le nord de la Suède, où la végétation est caractéristique du Nord, rase et comme atrophiée. Seuls de très rares arbres peuvent y survivre. Or, les arbres sont les symboles évidents de cette spiritualité qui élève l’homme vers le ciel, sans cette spiritualité, c’est l’humain qui est atrophié. Du coup, l’arbre planté par Alexander au début du film n’en paraît que plus visible, plus flagrant au milieu de cette herbe battue par les vents. Cependant, il s’agit d’un arbre mort…

Film très personnel, Le Sacrifice reste parfois hermétique, mais comme pour chaque long métrage de Tarkovski, il est totalement possible d’apprécier le film sans chercher à le comprendre. Ici comme dans ses autres films, le réalisateur russe s’adresse avant tout à nos émotions plus qu’à notre intellect. Plonger dans le film, c’est faire l’expérience d’une poésie rare, qui nous touche au plus profond.

Le Sacrifice est l’ultime chef d’œuvre de Tarkovski, et son image finale est d’une telle beauté qu’elle clôt avec une puissante émotion l’une des filmographies les plus exceptionnelles de l’histoire cinématographique.

Synopsis : Alexander vit coupé du monde sur une île au large de la Suède, avec une femme qui ne l’aime pas et un enfant muet. Un jour, le quotidien est troublé par des rumeurs inquiétantes de guerre nucléaire.

Le Sacrifice : Bande-annonce

Le Sacrifice : fiche technique

Titre original : Offret
Scénario et réalisation : Andreï Tarkovski
Interprétation : Erland Josephson (Alexander), Susan Fleetwood (Adelaïde), Allan Edwall (Otto), Sven Wollter (Victor), Gudrun S. Gisladottir (Maria).
Photographie : Sven Nykvist
Montage : Andreï Tarkovski, Michal Leszczylowski
Production : Anna-Lena Wibom
Société de production : Svenska Filminstitutet, Argos Films
Société de distribution : Argos Films
Date de sortie en France : 12 mai 1986
Date de reprise : 20 juin 2018
Durée : 149 minutes
Genre : drame
Récompenses : Grand Prix du Jury, prix du Jury Œcuménique, Prix de la Critique Internationale au Festival de Cannes 1986.

Suède-France- 1986