Le 20 juin, les éditions Carlotta sortent un magnifique coffret qui rend hommage à la beauté et la richesse d’un des films les plus célèbres de Michelangelo Antonioni, Profession : Reporter.
Depuis deux ans et demi maintenant, les éditions Carlotta sortent des Coffrets Ultra-Collector contenant un livre inédit, un Blu-Ray et un ou deux DVD. Après Body Double, L’Année du Dragon ou Little Big Man, entre autres, voici le dixième coffret, consacré au superbe film de Michelangelo Antonioni Profession : Reporter, avec Jack Nicholson et Marie Schneider.
Ce coffret contient donc une nouvelle restauration HD du film. Les suppléments sont principalement centrés autour du cinéaste lui-même, son œuvre, les thématiques de sa filmographie. On y trouve aussi un bref documentaire passionnant où Antonioni analyse le fameux avant-dernier plan du film, un prodigieux plan-séquence de sept minutes. Quant au livre de 160 pages, placé sous la direction de Dominique Païni (qui avait été le commissaire d’une exposition Antonioni à Ferrare en 2011), il recueille des documents d’époque (critiques du film, interview avec le réalisateur) et des articles d’analyse écrits spécialement pour cette édition par différents auteurs.
Ce procédé est idéal pour rendre compte de la diversité et de la richesse de Profession : Reporter. Au lieu d’avoir fait un livre qui explique le film et n’en donne qu’une vision unique et tronquée, Dominique Païni a insisté pour nous donner différentes pistes de réflexions, depuis le décor désertique jusqu’au questionnement sur l’objectivité du regard, en passant, bien entendu, par les thèmes de la liberté ou de la mort. Cette édition ne cherche pas à donner une lecture exhaustive du film qui serait forcément réductrice par rapport aux propos du cinéaste, mais incite à regarder Profession : Reporter avec plus d’attention, à accorder plus d’importance aux moindres détails.
Car rien n’est laissé au hasard dans ce film, ni les personnages, ni la présence ou l’absence de musique, ni, évidemment, les cadrages, le choix des lieux de tournage, etc. En cela, les différents entretiens avec Michelangelo Antonioni nous montrent comment le réalisateur a travaillé son film, depuis ses intentions de départ jusqu’au résultat final.
« C’est l’histoire d’un homme qui va en Afrique pour tourner un documentaire. Il se trouve devant l’opportunité de prendre la personnalité d’un autre et, pour des raisons personnelles qui lui ont provoqué une profonde frustration, il se jette dans cette aventure avec l’enthousiasme de celui qui croit aller à la rencontre d’une liberté inespérée (…).Nous avons tous désiré, au moins une fois, changer d’identité. »
Voilà comment Michelangelo Antonioni présente Profession : Reporter.
Nous avons donc David Locke, journaliste anglo-saxon (britannique de naissance mais ayant été formé aux États-Unis) qui parcourt un pays d’Afrique pour faire un documentaire sur un dirigeant attaqué par une guérilla rebelle. Cela permet à Michelangelo Antonioni de mener une réflexion sur l’objectivité du regard. Peut-on traiter un sujet de façon vraiment objective ? N’est-on pas prisonnier de notre façon occidentale de voir le monde ? Et si, finalement, les images de la « réalité » en disaient plus sur leur auteur que sur le monde lui-même ? « L’observation de la réalité est impossible si ce n’est sur le plan poétique », dira Antonioni.
Ce thème du journalisme fournira aussi une esthétique au film. Profession : Reporter veut se donner l’image d’être tourné comme un reportage. Mais cela ne doit pas masquer le fait que chaque plan est parfaitement travaillé : les cadrages, le rythme, rien n’est laissé au hasard et tout est significatif.
Dans un hôtel au milieu du désert, Locke tombe par hasard sur le cadavre d’un homme qu’il avait déjà rencontré, David Robertson. Les deux hommes se ressemblent beaucoup, et en regardant ce corps, le reporter saisit l’occasion de changer d’identité. Prendre l’identité de quelqu’un d’autre, pour repartir à zéro. Changer de vie, à la fois pour effacer les frustrations de son existence actuelle, que Locke perçoit comme une impasse (voir, au début, cette image hautement symbolique de la jeep ensablée) et pour accéder à un sentiment de liberté (qui culminera avec ce plan où Locke/Robertson semble voler au-dessus de la mer, depuis un téléphérique).
Une liberté qui est bien entendu parfaitement illusoire. Comme l’indique son nom, Locke est enfermé. Nous ne pouvons pas échapper à ce que nous sommes, que ce soit individuellement ou culturellement. C’est là, bien entendu, que le film atteint une dimension politique importante. La place de Locke/Robertson par rapport à l’Afrique, par exemple, reste celle d’un Occidental : le reporter avait le regard paternaliste des Européens envers les dictateurs africains, ne bronchant pas face aux énormités proférées par des chefs d’état autoritaires et filmant avec une certaine complaisance l’exécution des rebelles ; dans sa nouvelle vie, il prend la peau d’un trafiquant fournissant des armes à ces mêmes rebelles. Dans les deux cas, le regard reste le même, celui d’un Occidental hautain et convaincu de sa supériorité.
C’est bien entendu la vanité de cette volonté de changer qui apparaît assez vite. On a beau changer de nom et courir les pays, du Tchad à l’Espagne en passant par la Yougoslavie ou même Londres, on ne peut pas changer ce que nous sommes. Le mouvement peut donner l’illusion de liberté, mais dès que la fuite en avant s’arrête, la réalité resurgit.
Partant de là, c’est bien entendu la notion même de liberté qui est questionnée.
A cela, il faudrait rajouter encore tellement d’autres pistes de réflexion : l’emploi très symbolique du désert, le face-à-face avec la mort, la représentation du monde, etc. Profession : Reporter est un film d’une richesse inépuisable, et cette édition lui rend parfaitement hommage.
Profession : Reporter : Bande-annonce
Caractéristiques du DVD :
Nouveau master restauré
PAL
ENCODAGE MPEG-2
Version originale / Version Française Dolby Digital 1.0
Sous-titres Français
Format 1.85 respecté
16/9 compatible 4/3
Couleurs
121 minutes
Caractéristiques du Blu-Ray :
Master Haute Définition
1080/23.98p
ENCODAGE AVC
Version originale / Version Française DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titres Français
Format 1.85 respecté
Couleurs
126 minutes
Suppléments :
Antonioni à propos de Profession : Reporter (5 minutes)
Antonioni, La dernière séquence (14 minutes)
Antonioni vu par Antonioni (21 minutes)
Mensonge amoureux (12 minutes)
Michelangelo Antonioni, le regard qui a changé le cinéma (56 minutes)
Bande-annonce 2005
Inconnu sur nos écrans, le Roumain Constantin Popescu débarque en force avec son troisième film : Pororoca, pas un jour ne passe, et se place dans la droite ligne de la nouvelle vague roumaine par son naturalisme fort.
Synopsis : Cristina et Tudor Ionescu forment une famille heureuse avec leurs deux enfants, Maria et Ilie. Ils ont la trentaine, vivent dans un bel appartement en ville. Il travaille dans une entreprise de téléphonie, elle est comptable. Un dimanche matin, alors que Tudor se trouve avec les enfants au parc, Maria disparaît.
Quand la mer monte
Immédiatement assimilable à la nouvelle vague roumaine amenée par les Cristi Puiu et autres Cristian Mungiu, Pororoca, pas un jour ne passe, le film de Constantin Popescu s’en écarte pourtant par bien des aspects. L’affiliation à ses semblables se situe surtout du côté de la profusion de détails de la vie quotidienne, qu’on a pu voir au couvent d’Au delà des Collines de Cristian Mungiu, dans l’immeuble de l’Étage du dessous de Radu Muntean, ou encore dans la promiscuité ultra-dérangeante de Ana, mon amour de Călin Peter Netzer. Dans tous ces films, l’immersion du spectateur dans la vie des protagonistes est immédiate et totale. Ici, le spectateur est emmené directement dans l’ambiance de la famille de Tudor (incontournable Bogdan Dumitrache), un soir d’été sur la terrasse de leur appartement bourgeois du centre ville de Bucarest. Tudor est un homme comblé, deux beaux enfants, une femme belle, aimante et complice, une situation financière confortable. On est loin pour le coup des portraits sociaux brossés par ses congénères de la nouvelle vague, on est ici plutôt dans une situation standard qui aurait pu avoir lieu à Madrid ou à Copenhague…
Cristina (Iulia Lumânare) et Tudor forment un couple sur lequel le cinéaste donne en filigrane d’une vie bien huilée les indices d’une autre vie plus obscure. Madame reçoit des coups de fil suspects sur son téléphone portable, monsieur flirte avec une autre femme, également au téléphone. Mais ils ferment plus ou moins les yeux, car ils veulent préserver leurs intérêts communs, et par dessus tout ils ont deux enfants qu’ils chérissent et qui occupent le gros de leur existence. Quand le drame arrive, la disparition dans un parc d’un des enfants, sous la surveillance de Tudor, les choses évoluent graduellement pour arriver à un paroxysme aussi violent qu’inattendu, que le mot pororoca (un mot de la langue tupi de certains indiens du Brésil qui signifie énorme grondement et qui désigne un mascaret) ne suffit presque pas à traduire.
Pour en arriver à ce paroxysme, Pororoca chemine presque continuellement avec Tudor, d’abord quand il est en famille, puis, petit à petit, quand tout se délite autour de lui, et qu’il se retrouve seul face à son obsession, celle de trouver, coûte que coûte, le coupable de la disparition de sa fillette. Constantin Popescu déroule patiemment son film. Les routines de la vie quotidienne se répètent inlassablement, de plus en plus vides de sens à mesure que les jours passent. L’après- midi joyeux au parc du début de métrage est un incroyable plan-séquence de plus d’un quart d’heure, où le spectateur, sentant le drame arriver par de petites touches de mise en scène très habiles (le balancement terrifiant d’un manège vide, les allers et retours de Maria et d’Ilie entre les aires de jeux et leur père), se surprend à fureter dans tous les coins, découvrant une scène avec un couple et leur bébé par-ci, une dispute à propos d’un chien par-là. La musique est quasi-inexistante, le bruitage de tous ces pans de vie est un personnage à part entière, très présent. Ces sons contrasteront plus tard avec le désespoir de Tudor, avec la douleur de Cristina, avec la tristesse d’Ilie.
Pororoca est un film long, sans jamais être lent. Le sous-titre du métrage, « pas un jour ne passe », illustre vaguement cette idée du temps qui s’étire, du protagoniste qui passe à attendre que quelque chose arrive, et qui n’arrive jamais. Le temps est un autre personnage de Popescu ; il accompagne Tudor dans sa lente descente aux enfers. Il est derrière la barbe de plus en plus hirsute d’un homme de plus en plus ravagé, et derrière l’écroulement de cette famille pseudo-idéale frappée par le malheur.
Bogdan Dumitrache est fantastique dans Pororoca. Jouant tour à tour les fils docile (Mère et fils de Călin Peter Netzer) ou rebelle (Sieranevada de Cristi Puiu), il est ici le père, un père qui voit son monde s’écrouler après la disparition presque sous ses yeux de sa fillette. Couronné du prix de l’interprétation masculine au Festival de San Sebastian, il est de tous les plans, occupant l’écran d’une présence assez magnétique, jouant de changements psychologiques imperceptibles qu’un seul regard ou une seule intonation suffisent à installer, ou au contraire en mettant habilement en exergue les transformations physiques qu’il subit. Même si la mise en scène intelligente de Popescu est pour beaucoup dans la réussite du film, Dumitrache contribue largement à faire de Pororoca, pas un jour ne passe, un grand film saisissant et émouvant à côté duquel malheureusement bon nombre de spectateurs risquent de passer, pour cause de distribution insuffisante.
Pororoca, pas un jour ne passe – Bande annonce
https://www.youtube.com/watch?v=rAuL_wfoDYQ
Pororoca, pas un jour ne passe – Fiche technique
Titre original : Pororoca
Réalisateur : Constantin Popescu
Scénario : Constantin Popescu
Interprétation : Bogdan Dumitrache (Tudor), Iulia Lumânare (Cristina), Constantin Dogioiu (Pricop), Stefan Raus (Ilie), Adela Marghidan (Maria)
Photographie : Liviu Marghidan
Montage : Corina Stavila
Producteurs : Lissandra Haulica, Liviu Marghidan
Maisons de production : ProductionScharf Films, Irrévérence Films
Distribution (France) : New Story
Récompenses : Coquillage d’Argent du meilleur acteur : Bogdan Dimitrache
Durée : 152 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 13 Juin 2018
Roumanie, France – 2017
Que vaut l’adaptation cinématographique du célèbre roman Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ? Si la question de la fidélité au roman intéresse finalement peu, il s’agira de plonger dans les arcanes de ce qui fait un bon film et non plus de ce qui fait vibrer un lecteur. Même si ici, les livres sont omniprésents, cercle littéraire oblige. Entrons donc au cœur du Cercle littéraire de Guernesey.
Le secret
Si la niaiserie était l’égale de la platitude cinématographique alors Le Cercle littéraire de Guernesey serait un exemple hyperbolique du genre. Bien sûr l’histoire romanesque pouvait intriguer dans les pages d’un livre, mais au cinéma cela donne un plat livre d’images (et il y a de quoi faire sur cette belle île), mais pas à la sauce Godard, plutôt une sauce sucrée, bien mielleuse qui fait bâiller ou agace pendant les tout de même deux heures et trois minutes que dure le film. Nous voyons en effet défiler d’abord les images de gens qui s’écrivent, on les voit donc écrire. La feuille, le stylo, l’action d’écrire, tout y est, jusqu’à en perdre la poésie, la frénésie d’écrire que pourtant décrivait si bien Patersonrécemment. L’histoire est déjà mille fois vue, la naïve, ici, une écrivaine de seconde zone qui se prend pour Proust, part à la rencontre d’un cercle littéraire ayant vécu la guerre (mais très très théoriquement dans le film ou de manière vraiment sim-pli-fiée, embellie parce que tout le monde est beau et gentil !). Elle s’immisce dans leurs vies, en naïve qu’elle est, et dénoue peu à peu les fils d’une « vérité » à peine voilée tant le spectateur devine au moins quarante minutes avant elle (donc des mois dans le récit) le fin mot de l’histoire. Tout comme le spectateur sait que les deux protagonistes présents sur l’affiche vont s’embrasser, se marier, faire de beaux enfants et rendre la vie tellement plus belle. L’idée pourtant n’est pas mauvaise, quand elle reçoit des lettres, la jeune Juliet ressent la même chose que son interlocuteur : la capacité des livres à nous transcender, à changer nos vies. Certes, c’est une belle idée. Mais de littérature, il n’est finalement que très très peu question dans cette romance sur fond de guerre (et de pseudo libération féminine, mais attention avec une bague au doigt !). La saveur piquante n’apparaît que deux fois dans le film : quand les protagonistes hauts en couleurs (et en caricatures) se disputent sur la supériorité d’Emily sur Anne Brontë, que Juliet défend pourtant bec et ongles et lors du générique !
Des patates, des livres et des (bons) sentiments
Là où le film pêche c’est dans l’originalité de son récit et la profondeur de sa mise en scène. Cette dernière est réduite à néant et paradoxalement dans les moments forts, comme lorsque Mark surprend le début d’une étreinte entre Juliet et son beau correspondant. Aucune profondeur, aucun enjeu dans la manière dont les personnages sont mis en scène, placés dans le cadre et mis en action surtout, car les corps au final importent peu. Mais d’autres scènes sont ratées par leur platitude ou leur côté attendu : celle de la rencontre entre Juliet et Dawsey, rencontre avortée parce que les deux ne se reconnaissent pas. Ils seront dès lors toujours confrontés et présentés de la même manière dans les plans : face à face, sans enjeu réel. Pour le reste, des flashbacks qui ne font qu’illustrer ce qui est dit et dont la valeur est donc purement informative ou larmoyante, c’est selon puisque plus on avance dans le récit plus on s’enfonce dans les clichés. Côté prestations, rien à dire tant la fadeur de Lily James, tout en mimiques surjouées, et l’inefficacité des caractères de chaque personnage rendent le tout insipide. Au final, on ne sait pas vraiment si Le Cercle littéraire de Guernesey est une adaptation fidèle du roman des amateurs d’épluchures de patates, mais une chose est sûre, ce n’est pas un bon film, tout juste un divertissement bâclé mettant laborieusement en scène des enjeux sentimentaux et de bons gros sentiments.
Le Cercle littéraire de Guernesey : Bande annonce
Synopsis : Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates dont Dawsey, le charmant et intriguant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.
Le Cercle littéraire de Guernesey : Fiche technique
Titre original : The Guernsey Literary And Potato Peel Pie Society
Réalisateur : Mike Newell
Scénario : Don Roos, Thomas Bezucha d’après l’oeuvre de Mary Ann Shaffer et Anny Barrows
Interprètes : Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode, Jessica Brown Findlay, Tom Courtenay, Penelope Wilton, Katherine Parkinson, Glan Powell
Photographie : Zac Nicholson
Montage : Paul Tothill
Compositeur : Alexandra Harwood
Distributeur : Studio Canal
Durée : 123 minutes Date de sortie : 13 juin 2018
Genre : Romance
Sebastián Lelio a toujours su s’emparer de sujets engagés avec son traitement propre. Dans Désobéissance, il livre un bon mélange entre une histoire d’amour regrettée et des tensions communautaires dans une ambiance assez lugubre où la liberté est sous jacente à chaque situation.
Synopsis : Une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu’elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu’elle éprouve à son égard…
Dès le début du film, la froideur des couleurs fait peser une atmosphère morbide, limite funèbre que l’on comprend très vite grâce à l’un des éléments principaux de l’intrigue. Détail qui donne le ton à l’histoire et qui ne cessera d’influencer la pâleur des images. Au cinéma, nombreux ont été les films qui plaçaient un ado homosexuel en marge d’une famille musulmane ou de manière générale, très croyante mais peu sont ceux qui ont abordé la communauté juive et ses traditions. Le film se veut-il porteur du message coutumier visant à contester le manque de liberté dans les religions ? Il laisse en tout cas cette question en suspens à la fin sans dire explicitement ce qu’Esti a trouvé dans sa liberté : si c’est l’épanouissement de son homosexualité ou seulement la satisfaction d’être libérée d’un mariage sans amour. Ce chassé-croisé entre liberté et homosexualité se construit et se fait tout au long d’un film qui dresse le portrait d’une communauté fermée sans réellement en faire apercevoir sa richesse spirituelle. Pourtant, quelque chose se dégage de cette histoire. Le calme avec lequel tout se joue et se développe est assez admirable, tout est fait de manière silencieuse, il règne une certaine pudeur mais surtout beaucoup de quiétude alors que tout explose autour des personnages et toutes les tensions familiales ressortent. L’ambiance de deuil se veut responsable de cette étrange sensation que tout semble endormi, tel un matin enneigé alors qu’à l’intérieur de chaque personnage, les têtes implosent secrètement.
La musique accompagne à la perfection cette lutte silencieuse et passive d’un personnage féminin semblant désorienté. Rachel Mc Adams est loin de ses rôles les plus forts issus d’agréables comédies romantiques ou bien encore dans Spotlightet se contente de surjouer ces émotions durant une grande partie du film. Malgré une scène de sexe attendue mais tout de même très belle et des expériences qui auraient pu toucher profondément le public, son personnage a du mal à convaincre. On ne ressent pas vraiment d’empathie pour elles, il est difficile de s’attacher aux personnages bien que le spectateur ne peut qu’adorer le côté rebelle qui colle à Rachel Weisz. Les flashbacks sont souvent en trop dans les films, mais là on aurait aimé les découvrir pour s’attacher davantage à leur histoire.
Désobéissance déçoit quelque peu et surprend par son manque d’intensité mais reste pourtant très agréable à contempler. La liberté silencieuse est dure à obtenir.
Désobéissance : Bande Annonce
Désobéissance : Fiche technique
Titre orignal : Disobedience
Réalisation : Sebastián Lelio
Scénario : Sebastián Lelio & Rebecca Lenkiewicz d’après le roman La Désobéissance de Naomi Alderman
Interprétation : Rachel Weisz (Ronit Krushka), Rachel McAdams (Esti Kuperman), Nicholas Woodeson (Rabbi Goldfarb), David Fleeshman (Yosef Kirshbaum), Alessandro Nivola (Dovid Kuperman), Anton Lesser (Rav Krushka), Allan Corduner (Moshe Hartog), Bernice Stegers (Yosef Kirshbaum), Clara Francis (Hinda)…
Image : Danny Cohen
Décors : Sarah Finlayx
Costumes : Odile Dicks-Mireaux
Montage : Nathan Nugent
Musique : Matthew Herbert
Producteur(s) : Frida Torresblanco, Ed Guiney, Rachel Weisz
Production : Element Pictures, LC6 Productions, Braven Films
Distributeur : Mars Films
Genre : Drame, Romance
Durée : 1h54
Date de sortie : 13 juin 2018
Ce mercredi 13 juin est sorti en Blu-ray chez Pathé Distribution Premier de Cordée. Le film réalisé par Louis Daquin en 1944 met en scène la lutte intérieure d’un jeune homme écartelé entre ses passions montagnardes et le terrible vertige qui le met à mal suite à un récent accident.
Synopsis : Jean Servettaz (Lucien Blondeau), guide de montagne, tente d’éloigner son fils de cette vocation dont il redoute les dangers. Mais Pierre (André Le Gall) est irrémédiablement attiré par l’altitude. Cependant, à la suite d’une chute, le jeune alpiniste est pris d’un foudroyant vertige et renonce au métier de guide. Bientôt, Jean meurt dans un accident. Pierre devra vaincre ses peurs pour retrouver le corps de son père dans la montagne.
Passion(s) versus Vertige
Dans Premier de cordée, Louis Daquin filme les tourments d’un jeune homme, Pierre Servettaz, épris de la montagne et d’une jeune femme attachée à la figure du montagnard, mais qui connaît suite à un accident le vertige. Désormais, cette montagne auquel son cœur et son corps ne pouvaient pas renoncer se joue de lui avec l’attraction du vertige. Pierre s’efforce de grimper, de vaincre ses peurs, mais les Alpes sont d’avis de le ramener au plus bas de leurs fondations. La chute semble inévitable. Avant l’accident, le jeune homme résistait face à la volonté paternelle de l’envoyer faire des études d’hôtellerie loin de leur province. Pierre fait de son vertige une fatalité. Pensant – plus ou moins à raison, l’ambiguïté règne ici – que sa fiancée n’accepterait pas d’épouser un homme de la plaine, du plat et non des sommets, il quitte la région sans prévenir quiconque. Le héros de Daquin se perçoit comme un lâche. Le cinéaste ne porte toutefois pas un jugement primitif sur le jeune homme : ce dernier n’est pas un lâche parce qu’il a le vertige, ou parce qu’il n’arrive pas à le vaincre seul. D’ailleurs, Pierre n’est pas un lâche quand bien même il en est pleinement convaincu. Grâce à une rencontre fortuite de l’un des hommes formé par son père guide, Pierre décide d’affronter son vertige dans une forme d’apprentissage avec le premier. Plus tard, il revient chez lui, et explique à la femme qu’il aime pourquoi il est parti. Après une formation ratée avec elle pendant laquelle il apprend à surmonter ses peurs grâce (ou à cause du) danger encouru par la fiancée. Peu après, son père meurt touché par un éclair lors d’un orage en pleine montagne. Pierre n’est pas le bienvenu dans la caravane de secours, notamment parce que le chemin est dangereux, et que peu le pensent assez en forme, remis, pour subir un tel trajet. Mais Daquin croit en son héros. S’il connaît le vertige lors de moments cruciaux, Pierre réussit à braver les dangers et permet à la caravane d’avancer jusqu’au corps de son père. Alors que le vertige le ramène via des plongées tournoyantes vers le sol, Daquin permet à son héros de se grandir dans les plans en contre-plongées. C’est dans ces cadres que le protagoniste retrouve sa force et surtout son harmonie avec le corps montagneux. Peut-être que Pierre souffrira de vertige jusque sa mort, mais tant qu’il regardera vers le sommet, l’ascension sera possible. C’est d’ailleurs sur ce dernier mouvement que le film se termine. Pierre devient guide et commence la montée vers les cimes alpines. Beaucoup pourraient alors déclarer : « mais que se passerait-il s’il regardait en bas ? ». Il s’en sortirait probablement, car la plongée tournoyante du vertige chez Daquin correspondait aussi à l’incapacité du héros à reprendre confiance en lui, ainsi qu’à retrouver foi en tout ce qui constituait sa vie auparavant. Ainsi la fin du métrage de Daquin expose à quel point Pierre a progressé, et surtout à quel point il ne semble plus être l’esclave du trauma multiple (la chute ; le vertige ; la perte de sa « relation » avec la montage ainsi que celle avec sa fiancée ; et cetera) qu’il a subi.
Pierre tente d’apprendre à tenir tête au vertige avec la femme qu’il aime.
Le courage du quotidien
L’introduction du film expose l’une des importantes volontés du réalisateur : rendre hommage aux guides de montagne, qui exercent un métier où la passion embrasse le danger au quotidien. Mais l’expérience du film constitue aujourd’hui un hommage au cinéma et à sa fabrication. Les scènes de montagne ont été tournées loin des studios, directement dans les alpes. La vision d’un plan magnifique au sommet d’une pointe rocheuse présente la dangereuse passion de ces guides et montagnards puis nous envahit d’un trouble : comment ont-ils pu filmer cela ? Il n’y a pas de miracle de fonds verts ou bleus ici, il faut se l’avouer : l’équipe technique a du, comme les comédiens, faire le déplacement. Daquin joue avec un effet de tournoiement dans les plans de vertige de Pierre, mais le vertige peut être vécu par le spectateur face à une quantité d’images. Le Blu-ray propose en plus une version remastérisée 4K somptueuse, dont le noir et blanc soigné capte ici et là les silhouettes des grimpeurs s’accrochant à la roche pour finalement faire corps avec la monumentalité de l’épreuve une fois le sommet atteint. On ne saurait que trop vous conseiller de consulter tous les compléments dont L’Ascension du Mont Blanc, court métrage du 1907 formidablement restauré à découvrir ainsi que le reportage d’Alain Pol qui suit la production de Premier de cordée, avec les difficultés du tournage et autres complexités du quotidien. On pourra cependant noter qu’aucun document ne revient sur le statut d’adaptation du film, adapté du roman éponyme à succès écrit par Roger Frison-Roche et publié en 1941 avec lequel Daquin a pris d’heureuses libertés, concernant notamment le « parcours héroïque » de Pierre.
Tourner un film de montagne dans les Alpes en 1944 : une partie de plaisir…
Premier de cordée (1944), le film de Louis Daquin restauré
En combo DVD/Blu-ray le 13 juin 2018
Infos techniques DVD :
DVD – 1.37 – N&B – 1h35 – LANGUES : Français Dolby Digital mono 2.0 – Audiovision – SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Infos techniques Blu-ray :
BLU-RAY – 1.37 – N&B – 1h39 – LANGUES : Français DTS mono 2.0 – Audiovision – SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants
Suppléments :
– L’Ascension du Mont Blanc, court-métrage de 1907 (14 min)
– Autour d’un film de montage, Reportage d’Alan Pol sur Premier de cordée (20 min)
Furie ou l’histoire d’un film ordinaire, n’existant que pour convaincre qu’un autre projet pourrait marcher – et qui échoua.
Synopsis : Alors que Robin Sandza (Andrew Stevens) assiste impuissant à une attaque terroriste semblant viser son père, Peter (Kirk Douglas), celui-ci survit et découvre que l’attaque fut manigancé par une agence gouvernementale états-unienne. Leur but: s’emparer de Robin qui possède un don télékinétique, et l’entraîner pour se servir de ses capacités comme une arme. Peter Sandza va alors se lancer dans une chasse à l’homme pour retrouver son fils, qui le fera rencontrer Gillian Bellaver (Amy Irving) une jeune fille semblant partager le pouvoir de Robin et pouvant communiquer avec lui.
Après le succès populaire de son Carrie au bal du diable en 1976, Brian de Palma eu l’envie de continuer à exploiter le thème de la télékinésie / télépathie au cinéma. Son choix se porta sur une adaptation du roman L’homme démoli d’Alfred Bester : l’histoire d’un riche homme d’affaires cherchant à réaliser l’assassinat parfait dans un monde futuriste où l’usage de la télépathie a mis fin à tous les crimes. Seulement voilà, une telle adaptation demande beaucoup de budget, et de Palma peine à réunir des investisseurs. L’idée lui vient alors de réaliser un film moins ambitieux sur le même thème, qui achèverait de convaincre les sociétés de production qu’il est LE réalisateur à qui faire confiance pour ce genre de thriller surnaturel. Ainsi naquit Furie en 1978, adaptation du roman The Fury de John Farris, qui fut d’ailleurs choisi pour élaborer le scenario du film. Ayant totalisé environ 24 millions de recettes mondiales pour 7,5 millions de budget, le film fut toutefois moins convainquant sur le plan commercial que Carrie. Et malgré un accueil critique plutôt positif (le film affiche encore un score de 80% sur Rotten Tomatoes malgré un petit 49% pour le score du public), Furie ne fut pas suffisant pour permettre à de Palma de sortir son Homme démoli. De Palma avait pourtant prévu Kirk Douglas dans le rôle titre dans le but de booster le box-office. 8e long-métrage de sa carrière, on ne peut pas dire que Furie soit la plus retenue ou la plus citée des œuvres de de Palma. Ce dernier a même déclaré qu’il ne faisait pas partie de ses meilleurs films. Il en reste un film qui n’est pas le plus connu de sa filmographie, mais où l’on retrouve une certaine audace dans les thèmes abordées, dans une mise en scène qui ne manque pas de peps.
« Tu as vu des fantômes aujourd’hui, Gillian ? »
Il est assez évident, dès les premières scènes que Furie est un film très ancré dans le style de de Palma. On y retrouve en effet les thèmes favoris du réalisateur : la trahison notamment, le personnage de Ben Childress (John Cassavetes) trahissant Peter Sandza, ou encore – et évidemment – le thème de la télékinésie qu’il avait amplement déployé dans son Carrie au bal du diable deux ans avant Furie. Les deux principaux points forts du film généralement cités par les critiques sont d’ailleurs les effets spéciaux et la musique, tout comme pour Carrie. Une scène en particulier est souvent prise en exemple, celle de la mort de Ben Childress. Au cours de cette séquence, le corps du personnage explose (littéralement) sous la pression mentale de Gillian Bellaver. Il aura fallu plusieurs caméras haute vitesse placées à différents angles pour filmer l’explosion, et deux prises pour avoir un résultat satisfaisant. Selon de Palma : « la première fois n’a pas marché. Les parties du corps n’allaient pas en direction des bonnes caméras et tout le plateau fut recouvert de sang. Il nous a fallu presque une semaine pour pouvoir retenter une deuxième prise » (« the first time we did it, it didn’t work. The body parts didn’t go towards the right cameras and this whole set was covered with blood. And it took us almost a week to get back to do take 2 »). Quant à la musique, elle et signé par John Williams en personne. Le compositeur se serait inspiré des morceaux que Bernard Herrmann avait créé pour les films d’Alfred Hitchcock. Mais plus que dans la bande-originale du film, l‘influence d’Hitchcock se ressent aussi dans la photographie de certains plans, notamment dans la mise au point faite sur les différents plans d’un cadre ou dans la superposition d’objets en mouvement flous sur un plan fixe de regard (par exemple, dans la scène ou Gillian fait fonctionner un train miniature par la pensée).
En revanche, certains reprocheront à Furie de n’être qu’un « sous-Carrie« . Il faut dire que plus que de partager un même sujet, Carrie au bal du diable et Furie ont bien d’autres similitudes. L’héroïne, Gillian, est une adolescente bouleversée et moquée par ses camarades de lycée et semble ne vivre qu’avec sa mère, tout comme Carrie. Et si Robin semble changer la donne en étant un garçon, il garde les même caractéristiques que Gillian et Carrie : il ne vit qu’avec son père et est aussi troublé par ses pouvoirs, il déclare d’ailleurs lors de la scène d’introduction : « je ne suis pas comme les autres, si seulement je savais ce qui ne va pas chez moi ». Les ressemblances entre les deux long-métrages sont telles, que de Palma prévoyait même le rôle de Gillian Bellaver pour Sissy Spacek, l’interprète de Carrie. Le rôle fut au final donné à Amy Irving, qui était en outre également présente au casting de Carrie au bal du diable, puisqu’elle jouait Susan Snell, jeune camarade de Carrie l’ayant prit en pitié. Pour boucler le tout, Brian de Palma a même réutilisé pour Furie certaines des idées qu’il envisageait pour son précédent film. La veine apparente et battant au rythme des pulsations cardiaques sur le front des personnages quand ils utilisent leur don télékinétique notamment, était originellement dans le script de Carrie au bal du diable, mais fut coupé en raison du faible budget de celui-ci.
« Ce qu’une culture ne peut pas assimiler, elle le détruit. »
Mais au delà du thème de la télékinésie, Furie évoque aussi d’autres sujets bien moins anticipés. En effet, l’ouverture du film nous plonge sur une plage en Israël où Robin et Peter Sandza profitent d’une sortie familiale. C’est là que de Palma fait se déchaîner un attentat terroriste mené par des hommes qui, tout porte à le croire, sont Palestiniens. Le film sort en effet en 1978, soit 30 ans après le début du conflit israélo-palestinien. Tout est dans le non-dit de la mise en scène : alors qu’un texte nous informe simplement que nous nous trouvons dans le Moyen-Orient en 1977, de Palma glisse en arrière plan un drapeau israélien et quelques écritures en hébreu. Les terroristes quant à eux portent le keffieh traditionnel palestinien. De ce constat le scénario fait intervenir une agence gouvernementale étasunienne, qui se trouve être l’organisatrice de l’attaque terroriste par le biais du personnage de Ben Childress. Furie constitue en ce sens une certaine dénonciation des interventions américaines et internationales dans le conflits israélo-palestinien. Le conflit se retrouve aussi lors de la scène du parc d’attractions. Robin Sandza y voit un groupe d’hommes portant des keffiehs et se venge par folie de l’attentat contre eux. Ainsi, l’agence gouvernementale qui a précédemment organisé l’attentat contre Israël est maintenant responsable de la mort de Palestiniens via Robin, l’arme qu’ils ont entraîné et libéré dans la nature.
Le film met aussi en scène la descente dans la folie de ce personnage. Du début à la fin du film, Robin Sandza passe de jeune-homme sain et plein de projets à un être sans considération qui tue sans remord. Cette évolution est sans conteste provoqué par l’attentat de l’introduction, au cours duquel il voit le bateau utilisé par son père exploser, croyant celui-ci mort. Mais c’est aussi l’entraînement qui lui est imposé qui le déshumanise, car le seul but est d’en faire une arme. Le personnage de Ben Childress l’évoque lors d’une conversation avec le docteur Jim McKeever (Charles Durning), chargé de tester les jeunes doués : « les Chinois n’en ont pas, les Soviétiques n’en ont pas ». Ce dialogue rajoute le contexte de la Guerre Froide au propos du film, et par la même occasion, la course à l’armement à laquelle les blocs américain et soviétique se sont mesurés. Plus loin dans le film, Childress et le docteur Susan Charles (Fiona Lewis) craignent la dangerosité de l’arme qu’est devenu Robin Sandza par un « nous sommes allés trop loin ». Difficile alors de ne pas penser à la création de la bombe nucléaire lors du projet Manhattan de 1942. Furie constitue ainsi une véritable critique de la course à l’armement et du progrès malveillant. L’aliénation de Robin Sandza va si loin qu’il essaie même de tuer son père après que celui-ci l’ait retrouvé. Symboliquement, l’arme se retourne ainsi contre son créateur.
Derrière ce film qui ne paie pas de mine – dont même le réalisateur précise qu’il n’est pas de ses meilleurs films – se cache ainsi un propos riche de sens. Avec une mise en scène reflétant la patte caractéristique de de Palma desservie par des effets spéciaux et une musique acclamés par la critique, Furie est plus qu’un thriller surnaturel dont le but était de valider un futur projet : il est une critique de son époque. Dans un contexte de Guerre Froide et de conflits au Moyen-Orient, il est une dénonciation de la course à l’armement et du cirque de la politique internationale.
Furie : bande-annonce
Furie: fiche technique
Réalisation : Brian de Palma
Scénario : John Farris
Casting: Kirk Douglas, John Cassavetes, Carrie Snodgress, Charles Durning
Photographie : Richard H. Cline
Montage : Paul Hirsch
Musique : John Williams
Production : Jack B. Bernstein, Ron Preissman, Frank Yablans
Société de production : Frank Yablans Presentations
Société(s) de distribution : 20th Century Fox
Budget : 7,5 millions de dollars
Genre : thriller surnaturel
Durée : 118 minutes
Date de sortie : 10 mars 1978 (États-Unis)
Premier film de son auteur, Crazy Day est également le deuxième film de Robert Zemeckis (après La mort vous va si bien) à se frayer un chemin sur nos platines sous la bannière ESC Distributions. L’éditeur dresse une nouvelle fois le tapis rouge au réalisateur dans une édition qui flatte la patine résolument vintage d’un film qui contient déjà en germes toute sa filmographie.
Retour vers le passé
1964. Alors que la beatlemania ne s’est pas encore tout à fait emparée des États-Unis, le groupe anglais s’apprête à se produire dans l’un des shows les plus regardés du pays, et ajouter ainsi un territoire à la Principauté de Beatleland. Pour des raisons très différentes les unes des autres, quatre amies décident de profiter de l’enterrement de vie de jeune fille de l’une d’entre-elles pour essayer de voir leurs idoles, voire même d’assister à l’événement particulièrement convoité…
A bien des égards, Crazy Day est un pur produit de son époque, surfant sur la vague rétro qui porte nombre de teen-movie emblématiques des années 70, parmi lesquels les incontournables American Graffiti de George Lucas et ou American College de John Landis. Comme si ces films, en charriant les souvenirs de jeunesse de leurs instigateurs, associaient l’insouciance et les espoirs de l’adolescence aux promesses de révolution socio-culturelles des sweet 60’s. On pourrait d’ailleurs définir expéditivement Crazy Day comme un croisement entre ces deux films, empruntant au premier l’idée d’un parcours initiatique pour le raconter avec le ton volontiers déluré (parfois grivois) du second. Le scénario écrit à quatre mains par Robert Zemeckis et (déjà) son acolyte Bob Gale ne souffre d’ailleurs d’aucun déséquilibre entre ces deux pôles, même si l’ouverture vers le slapstick devient de plus en plus manifeste à mesure du déroulement. Un choix qui reflète déjà le désir de Zemeckis de réfléchir ses thématiques en termes visuels et scéniques (bref, cinématographiques), qui se concrétisera d’autant plus au sein de ses futures, furieuses et fructueuses expérimentations.
Quatre filles au tournant de leur histoire et de l’Histoire
En l’état, force est d’admettre que le sens du mouvement du réalisateur en est encore parfois à son stade chrysalide, les notes d’intention ne trouvant pas encore tout à fait un écho formel à la hauteur de leur surabondance. Ainsi, même si on retrouve les motifs de mise en scène qui serviront de terreau à ses futures fulgurances (unité de lieu, interaction complexe des personnages dans l’espace, volonté d’abstractiser l’environnement au profit d’une recherche de la continuité), Crazy Day témoigne parfois d’une raideur qui provient moins du découpage en soit que du flot d’idées qu’il est sommé de traiter.
Cependant, même si le film plie un peu sous les velléités de Zemeckis et Gale, les ambitions des deux compères se révèlent également l’accélérateur de particules qui va galvaniser les ambitions de l’ensemble. Ainsi, là où d’autres long-métrages auraient relégué leur argument narratif (la venue des Beatles) au rang de Macguffin à mi-métrage pour privilégier les relations entre les personnages, Crazy Day s’emploie à en conserver la dimension centrifuge tout du long. Une idée qui résonne dans la tension perpétuelle qui se noue entre la grande histoire et la petite, le récit étant mu par une idée simple mais cinétique en diable (et au diapason de la spontanéité inhérente à la jeunesse) : la certitude que quelque chose va se passer et le désir de se tenir dans les gradins de l’histoire pour y assister. L’apprentissage des protagonistes ne cesse ainsi de frémir au rythme du spasme qui secoue une Amérique sur le point de basculer dans la révolution culturelle qui allait catalyser les attentes du corps social.
Révolution en direct
La dimension historique appuyée du récit est révélatrice du rôle actif que Zemeckis fait jouer au quatuor d’Outre-Manche, et qui se répercute dans la façon dont la mise en scène investit les leitmotivs de l’époque pour se les accaparer. Ainsi, la virée en voiture, emblème de la mosaïque 50-60’s, se transfigure en filigrane en machine à voyager dans le temps (déjà) en remplaçant l’ellipse de rigueur par un raccord-séquentiel faisant passer les personnages de la nuit au jour au détour d’un seul plan. Comme s’ils devaient changer d’espace-temps pour vivre à proximité de cette effervescence pré-flower power qu’ils ne perçoivent qu’à distance dans leur quotidien.
De même, même s’ils ne sont jamais physiquement présents à l’écran, Les Beatles ne cessent d’interagir avec l’action, et se révèlent d’autant plus visibles et présents qu’on ne voit jamais leur visage (sinon à travers celui du tube cathodique reprenant une image d’archive pour marquer leur inscription dans l’Histoire, technique que Zemeckis réutilisera). Belle idée zemeckisienne en diable d’exposer ce qui n’est pas là, le cinéaste se mettant ainsi à la hauteur de l’admiration dévote de ses personnages pour les Anglais afin de les ériger en icônes irreprésentables (idée qui infusera certaines des plus belles scènes de sa filmographie, notamment la fin de Contact), qui se matérialise dans la réaction pithiatique que soulève leur évocation. Ainsi, interrogée par les journalistes après avoir atterri par accident dans leur chambre, Nancy Allen déclare « Je n’ai pas les mots » pour définir ce qu’elle a vu. Soit à peu près ce que dira …. Jodie Foster dans Contact finalement, qui ne réussissait à exprimer le merveilleux dont elle faisait l’expérience (sous un ton plus trivial, certes).
La beatlemania bat son plein
Le merveilleux d’une période, c’est précisément ce que Zemeckis cherche à ranimer autour de l’événement historique qui allait provoquer le fameux basculement. Œuvre sur la naissance d’une contre-culture réalisée à une époque où elle soufflait ses dernières braises (le film a été réalisé en 1978, soit en pleine gueule de bois post-Vietnam et post-Watergate, et à l’aube du changement de modèle que s’apprêtait à imposer les 80’s), Crazy Day isole les flux du temps autour d’un moment-charnière pour nous en faire revivre l’imminence. Zemeckis fait plus que recréer un moment d’histoire, il en ravive l’immédiateté et nous donne la sensation de le vivre au présent. Pour le cinéaste, l’événement se déroule toujours au moment où on le regarde, érigeant le cinéma en portail interdimensionnel vers une autre époque. Autrement dit, ça n’a pas eu lieu : c’est en train d’arriver. De la même manière qu’il raconte les débuts d’une révolution, Crazy Day marque la naissance de l’immense cinéaste qui contribuera à révolutionner le cinéma des décennies suivantes. Zemeckis, où les Beatles à lui tout-seul
Caractéristiques Blu Ray
Comme nous le mentionnions en introduction, ESC a mis les petits plats dans les grands pour cette édition. La restauration de l’image permet de mettre en valeur les parti-pris visuels de Zemeckis (notamment l’emploi de la focale courte et le jeu sur la profondeur de champ) sans en altérer numériquement le piqué. La piste sonore s’avère à l’avenant, en particulier dans les scènes de foule qui exploitent parfaitement les possibilités du 5.1 domestique.
Pour ce qui est des bonus, on compte une analyse sur le film de Rémi Grelow, auteur d’un ouvrage à venir sur Robert Zemeckis et qui revient sur la conception du film (et le bide qui suivit sa sortie salles) et sur certains motifs du cinéma de Zemeckis présents ici et appelés à devenir récurrents . Mais surtout, l’éditeur a eu la très bonne idée de donner la parole à Rafik Djoumi, rédacteur en chef de l’émission BITS pour revenir sur la relation Steven Spielberg et Robert Zemeckis. Une bonne demi-heure passionnante pendant laquelle le bonhomme revient sur les coulisses de leur collaboration, et la façon dont l’évolution du rapport de Zemeckis à la technologie lui permit de progressivement s’émanciper de la tutelle du maître. L’un des morceaux de choix de cette édition.
CRAZY DAY – BANDE ANNONCE (VO)
Crazy Day : fiche technique
Titre original : I Wanna Hold Your Hand
Interprétation: Nancy Allen (Pam Mitchell), Bobby Di Cicco (Tony Smerko) ,Susan Kendall Newman (Janis Goldman), Marc McClure (Larry Dubois), Theresa Saldana (Grace Corrigan), Wendie Jo Sperber (Rosie Petrofsky), Eddie Deezen (Richard « Ringo » Klaus), Dick Miller (le sergent Brenner)
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Bob Gale et Robert Zemeckis
Son : Don Sharpless
Photographie : Donald M. Morgan
Musique : The Beatles
Producteur : Tamara Asseyev et Alexandra Rose
Producteur exécutif : Steven Spielberg
Producteur associé : Bob Gale
Les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir cinq films réalisés (ou co-réalisé, pour l’un d’entre eux) par l’immense Ernst Lubitsch, et nous permettent ainsi de mesurer l’étendue de son talent.
Rares sont les réalisateurs à avoir tellement marqué le cinéma que leur nom est devenu indissociable d’un certain genre. C’est le cas d’ Ernst Lubitsch. Le cinéaste d’origine allemande a créé cette fameuse « Lubitsch touch », des comédies sentimentales vives, remarquablement écrites, aux dialogues acérés, brisant les codes du genre avec une certaine férocité à peine masquée derrière une élégance rare.
Les éditions Elephant Films ont l’excellente idée de nous faire découvrir ou re-découvrir cinq films que Lubitsch réalisa dans les années 30 pour la Paramount, studio dont il sera directeur des productions à partir de 1935.
Sérénade à trois
Parmi ces cinq films, deux sont les représentants incontournables de cette Lubitsch Touch.
D’un côté, il y a Sérénade à Trois, film dans lequel deux artistes un peu bohèmes tombent amoureux d’une jeune femme, artiste elle aussi. Et Lubitsch, avec son génie habituel, va dépasser ce qui aurait pu être un classique triangle amoureux pour mettre en place un vrai « couple à trois », la jeune femme refusant de choisir entre les deux hommes. C’est une destruction en règle de l’image traditionnelle du couple qui s’opère ici, aucun des trois personnages ne pouvant vivre sans les deux autres.
Ensuite, Elephant films nous propose de revoir un autre chef d’œuvre de la comédie à la Lubitsch, La Huitième femme de Barbe-Bleue (sur un scénario et des dialogues écrits par Billy Wilder). Sur la Côte d’Azur, le film nous raconte la rencontre inattendue d’un milliardaire américain qui voulait acheter un haut de pyjama, et d’une jeune femme qui ne cherchait que le bas de pyjama à offrir à son père, petit escroc qui va vite profiter de la situation pour pousser sa fille dans les bras du richissime homme d’affaires. Là aussi, Lubitsch s’amuse à ravager le modèle du couple traditionnel, en particulier lors de ces scènes hilarantes où les deux protagonistes sont mariés et vivent dans le même logement, mais de façon complètement indépendante, chacun menant sa propre vie de son côté.
Ces deux véritables bijoux de la comédie américaine bénéficient du talent de comédiens hors norme, en particulier un Gary Cooper éblouissant. Les dialogues sont délectables, les réparties fusent à toute vitesse avec un sens remarquable du sous-entendu et de la connotation.
Aux côtés de ces deux chefs d’œuvre, Elephant films nous propose aussi deux films plus rares. L’un, Une heure près de toi, est une comédie musicales avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald, remake d’un de ses propres films de l’époque muette, Comediennes. Il s’agit, là aussi, d’une comédie qui s’amuse à remettre en cause les liens sacrés du mariage. En effet, il y est question d’une femme qui va tenter de séduire le mari de sa meilleure amie.
Si j’avais un million est un film présentant des sketches de différents cinéastes autour du thème de la fortune qui tombe du ciel de façon inattendue. En effet, le prologue nous présente un homme riche se croyant mourant qui, plutôt que de léguer son héritage à ses enfants, va envoyer un million de dollars à des inconnus dont le nom est tiré au sort dans l’annuaire. Le sketch signé Lubitsch est un régal en soi et justifie de voir ce film : très bref (deux minutes en tout), il nous présente un Charles Laughton dans le rôle d’un petit employé de bureau qui va faire ce que beaucoup de petits employés rêveraient d’accomplir. Une fois de plus, l’humour décapant de Lubitsch passe entièrement dans ce sketch muet qui doit beaucoup aussi au génie de son interprète. Cela permet de se rendre compte à quel point les films de Lubitsch sont avant tout des films de personnages : tout découle de la psychologie des protagonistes.
L’Homme que j’ai tué
Peut-être que le plus beau cadeau que nous fait Elephant Films est le cinquième film, une rareté peu connue mais exceptionnelle.L’Homme que j’ai tué (adapté de la même pièce de théâtre qui a donné récemment le film Frantz, de François Ozon) est un mélodrame antimilitariste sorti en 1932 mais se déroulant en 1919, et racontant les conséquences dramatiques de la Première Guerre Mondiale. Un an avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, le cinéaste (qui sera déchu de sa nationalité allemande en 35) exerce son regard acéré sur une société que tout prépare à une autre guerre. Entre les Français glorieux de leur victoire se pavanant avec des armes et les Allemands vivant dans la douleur, l’humiliation et la haine, le cinéaste dresse le bilan d’une fausse paix où tout semble indiquer la venue prochaine du conflit suivant. Film bref, sobre, particulièrement émouvant et doublé d’une critique sociale d’une grande férocité, L’Homme que j’ai tué montre une facette méconnue du génie de Lubitsch.
Par leurs différences, ces cinq films offrent un aperçu très juste des qualités exceptionnelle du cinéma de Lubitsch. Du sens du rythme à la direction d’acteurs, tout y est réussi au plus haut point. Des films indispensables aux cinéphiles.
L’homme que j’ai tué – 1932 Avec Lionel Barrymore, Philip Holmes et Nancy Carroll
Durée du film : 74 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos
Une heure près de toi – 1932
Avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald
Durée du film : 78 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos
Si j’avais un million – 1932
Avec Charles Laughton
Durée du film : 84 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos
Sérénade à trois – 1933
Avec Gary Cooper, Fredric March et Miriam Hopkins
Durée du film : 92 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos
La huitième femme de Barbe-Bleue – 1938
Avec Gary Cooper, Claudette Colbert et Edward Everett Horton
Durée du film : 86 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos
Quatre ans après un timide retour aux affaires avec Femme Fatale, Brian De Palma vampirise Le Dahlia Noir d’Ellroy dans une adaptation qui manque de bouquet.
Sorti de l’immense succès de Se7en, David Fincher avait émis l’idée d’adapter le premier Tome du quatuor de Los Angeles de James Ellroy, Le Dahlia noir. Un projet shooté en noir et blanc qui resta prisonnier dans les limbes du développement jusqu’à ce que le réalisateur de Fight Club ne décide de le convertir en série télé avec à son bord Mark Wahlberg dans le rôle du boxeur Leland Blanchard et Josh Hartnett dans celui de Bucky Bleichert. A nouveau recalé, Fincher jeta l’éponge et ce n’est qu’au milieu des années 2000 que Brian De Palma s’empara du projet, bien décidé à donner vie à cette Arlésienne cinématographique.
De Palma vs Curtis Hanson : Le contexte
La densité d’un livre de James Ellroy ne réclame en rien un traitement en surface. Pourtant, c’est en simplifiant à l’extrême sa narration et en taillant les essentielles secondes intrigues que De Palma va s’affranchir de l’œuvre originelle et en livrer une version tronquée assez loin de sa résonance sociale. Si le métrage amorce à juste titre une scène d’émeutes raciales au cœur de Los Angeles, il en contournera par la suite la politique pure pour se focaliser essentiellement sur son aspect spectaculaire : Le meurtre de Betty Short. Un choix assez radical qui éloigne l’ambition du film d’une réussite aussi probante que celle du L.A. Confidential de Curtis Hanson. Ce dernier aimait se focaliser sur le visage à multi-facettes du Los Angeles des années 50 et de son backstage empli de flics corrompus, d’une haine raciale à peine dissimulée, d’une presse people à sensations et de mœurs sexuels douteux pratiqués par les hauts fonctionnaires. Si la proposition d’adaptation de Hanson diffère de celle de De Palma, elle n’en dénature aucunement l’œuvre d’Ellroy car le principe est de livrer avant tout le portrait d’une Amérique rugueuse qui est encore bien loin d’accepter les mutations de son époque. En résumé, la réussite tient plus à brosser un arrière plan riche que d’en dessiner les contours en deux mouvements de caméra, histoire de planter un décor.
De Palma vs James Ellroy : La vision
Il est étonnant de constater que le réalisateur du dytique Scarface/L’Impasse avait, autrefois, accordé le soin nécessaire de dépeindre une toile de fond peu reluisante d’une Amérique noyée sous la coke ou les complots en tout genre (Blow Out). Preuve que le réalisateur oeuvrant au cœur même de l’après « Nouvel Hollywood » était toujours conscient de l’état de décomposition de son pays. Étrangement épluché de son intérêt contextuel, l’œuvre d’Ellroy vue par le prisme de De Palma visera nettement moins haut. Une ambition ramenée à celle du thriller gentiment excitant du samedi soir ou tout du moins à celui de l’imperfection incarnée par des opus comme L’Esprit de Cain ou Femme fatale. Après visionnage, LeDahlia noir pourrait s’apparenter à un exercice un peu faiblard dépossédé d’une incarnation réelle navigant entre le souvenir des éclats de violence des Incorruptibles. La raison de cette pathologie cinématographique revient aux choix de De Palma de faire plier le matériau à sa convenance toute personnelle. Une espèce de mariage contre nature où le cinéaste montrerait qu’il est toujours le maître à bord, à l’image d’une scène de meurtre découpée avec précision qui lui redonnerait espoir en son cinéma. La rencontre entre le romancier Ellroy et le créateur de formes De Palma ne fera que se télescoper car ce sont bien deux artistes aux regards opposés qui se posent sur le meurtre de Betty Short. Celui du romancier est la métaphore douloureuse d’un pays au bord du chaos. Le constat sans détour que les hautes institutions ou les milieux artistiques friqués font main basse sur le peuple. A contrario, le style De Palma s’accompagne d’un plaisir égocentrique de base où la jouissance de filmer affirme sa volonté de tirer les ficelles de la narration. Les composantes de son cinéma sont d’ailleurs si personnelles qu’elles ont bien du mal à trouver une légitimité en dehors d’un système accouché par le réalisateur lui-même. Seul l’exercice du Blockbuster comme Mission Impossible et le fait d’être canalisé par un producteur peut apporter une plus-value à l’entreprise. Apposer sa griffe sur l’œuvre d’Ellroy reviendrait pour l’auteur de Phantom of theParadise d’en dénaturer le propos ou tout du moins réduire sa fonction à celui de roman de gare. La démarche d’Ellroy consisterait plus en celle d’un architecte bâtisseur et De Palma en celle d’un super ouvrier qualifié. L’écart est à ce point que l’exercice va prendre une nouvelle tournure et ramener au premier plan les fantômes des thématiques Hitchcockiennes à l’instar d’un réflexe Pavlovien.
De Palma vs Alfred Hitchcock : Le double
Bien qu’embarrassant sur le plan de l’adaptation pure, Le Dahlia noir n’a pourtant rien d’un réel échec. Il se laisse même à certains moments contempler. La réussite plastique de la photographie de Vilmos Zsigmond et le montage de Bill Pankow n’y sont pas complètement étrangers. Débarrassé de l’ombre imposante du Bulldog (surnom de Ellroy), De Palma joue à nouveau la représentation d’une pièce qu’il connait par cœur, à commencer par la figure du double féminin incarnée par Kay Lake/Betty Short. Cherchant toujours la symétrie parfaite avec le Vertigo d’Hitchcock, l’opposition de la défunte et de son homologue vivante ravive un peu le plaisir du spectateur en y introduisant le morbide. Un reflet déformant de ses propres œuvres tout aussi proche d’un Body Double que d’un Obsession avec ses prémices de l’industrie du porno et ses tendances purement nécrophiles. Passionnant est le vieux sillon creusé par De Palma sur la représentation que l’on se fait de la mort et de la résurrection par une enveloppe de chair corporellement identique mais à la personnalité différente. Les parallèles entre Scottie Ferguson (James Stewart) et Bucky Bleichert (Josh Hartnett) se tissent avec autant de passion dans l’enquête qu’elles mèneront à une forme de pardon de la disparue. Et là réside la force d’une partie de l’oeuvre du cinéaste, sa capacité à créer la folie et l’obsession dans une boîte crânienne. Enfin, Les essais de Betty Short en noir et blanc avec en off la voix de De Palma dans le rôle d’un réalisateur peu scrupuleux achèvent le film dans son entreprise de cannibalisation. Une manière également de remettre à l’avant-poste la part égocentrique de son géniteur sur pellicule. De ce fait, les empoignades éclairs relatées par Ellroy s’effacent laissant apparaître toute la force priapique des mouvements d’appareil et de l’éclat d’une lame dans la pénombre. Bien loin de l’analyse du Bulldog, c’est la technique brute qui prend le relais avec un art consommé du découpage afin de panser les plaies de l’ignorance. On l’aura compris, dénaturer le style du chef de file du Nouvel Hollywood avec un Best seller ne servira à rien. De Palma est un homme de caractère et un hédoniste qui se résume en une image : le pilier phallique dressé vers le ciel en épilogue de Snake eyes comme un doigt d’honneur. Faut-il en rajouter ?
Le Dahlia Noir : Bande-annonce
Synopsis : Dans les années 40, à Los Angeles, Bucky et Lee, deux inspecteurs, s’attaquent à une affaire de meurtre particulièrement difficile. Une starlette, Elizabeth Short, a été découverte atrocement mutilée. Sa beauté et sa fin tragique deviennent les sujets de conversation de toute la ville. Certains sont prêts à tout pour en tirer bénéfice… ou cacher leurs secrets. Quels étaient les liens de la victime avec la puissante famille Linscott ? Que vivait-elle dans son intimité ? Et avec qui ? Au-delà des apparences, l’enquête commence…
Le Dahlia Noir : Fiche Technique
Titre original : The Black Dahlia
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Josh Friedman, d’après Le Dahlia noir de James Ellroy
Interpretes : Josh Hartnett (Bucky Bleichert), Scarlett Johansson (Kay Lake), Hilary Swank (Madeleine Sprangue Linscott), Aaron Eckhart (Sergent Lee Blanchard), Mia Kirshner (Elizabeth Short), Rose McGowan (Sheryl Saddon), Patrick Fischler (Ellis Loew)…
Décors : Dante Ferretti
Costumes : Jenny Beavan
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Bill Pankow
Musique : Mark Isham
Producteur(s) : Rudy Cohen, Moshe Diamant, Art Linson, Avi Lerner
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Genre : drame, policier, thriller, film noir
Durée : 120 minutes
Date de sortie en France : 8 novembre 2006
A l’occasion de la sortie du nouveau film de Gary Ross, Ocean’s Eight, réponse féminine du film de Soderbergh où l’on voit une équipe de cambrioleuses tenter le casse du siècle, la rédaction s’est prêtée au jeu en vous décernant son top 10 des meilleurs films de braquage. Ainsi, lequel a le plus marqué les esprits (et les coffres) entre The Town, Inside Man ou Heat ? Qui de Faye Dunaway, Robert de Niro, ou encore George Clooney obtiendra la palme du meilleur braqueur ?
Tout comme les films portant sur l’évasion, ou plus globalement les films centrés sur les gangsters et le grand banditisme, ceux de braquage constituent un sous-genre du film noir très souvent porté à l’écran. Mélange d’action et de réflexion dans la préparation du plan parfait, ces films se sont multipliés ces dernières années. S’ils sont marquants essentiellement par la scène de braquage (ou de casse) en question (très souvent le point d’orgue du film), c’est surtout la personnalité et la motivation du ou des protagoniste(s) voleur(s) qui provoquent l’engouement du spectateur. Porte-paroles d’une critique sociétale, motivées par la vengeance, ou tout bonnement appâtées par le gain, ces différentes personnalités font naître des films diversifiés, de qualité plus ou moins égale. A ce titre, vous trouverez ci-dessous les films de braquage que l’on préfère chez Cineseriemag. Alors détendez-vous, prenez le temps de lire, les mains en l’air et sans geste brusque : tout va bien se passer !
10/ Snatch – Tu braques ou tu raques
Réalisé par Guy Ritchie
Avec Jason Statham, Brad Pitt, Vinnie Jones, Benicio Del Toro et Stephen Graham
Synopsis : Franky vient de voler un énorme diamant qu’il doit livrer à Avi, un mafieux new-yorkais. En chemin, il fait escale à Londres où il se laisse convaincre par Boris de parier sur un combat de boxe clandestin. Il ignore, bien sûr, qu’il s’agit d’un coup monté avec Vinny et Sol, afin de le délester de son magnifique caillou. Turkish et Tommy, eux, ont un problème avec leur boxeur, un gitan complètement fêlé qui refuse de se coucher au quatrième round comme prévu. C’est au tour d’Avi de débarquer, bien décidé à récupérer son bien, avec l’aide de Tony, une légende de la gâchette.
Pourquoi on l’aime ? : « Avec ce deuxième film, Ritchie n’invente rien, il peaufine. Dans ce faux remake d’ Arnaques, crimes et botanique, le dandy punk précise les éléments d’un style qui fera date. Dialogues ciselés, accents cockney, personnages iconiques et montage façon clip electro. C’est presque le Londres de Dickens, revu et corrigé par un fêtard sous coke. Les limites du grotesque (déjà bien entamées dans son premier film) explosent, avec des figures bigarrées (un gitan cintré, un russe increvable etc.) et des situations aux frontières de l’absurde.
Les films de braquage nous ont habitués a des équipes plus ou moins soudées, des plans méticuleux et des timing serrés. Snatch renverse la table d’un coup de pied. Le monde interlope de Ritchie n’a rien de sombre, de tragique ou de cool. C’est un joyeux bordel en roue libre totale, où les dérapages sont à peine contrôlés, et ça fait un bien fou. » Par Vincent
9/ Ocean’s Eleven
Réalisé par Steven Soderbergh
Avec George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia et Julia Roberts
Synopsis : Après deux ans passés dans la prison du New Jersey, Danny Ocean retrouve la liberté et s’apprête à monter un coup qui semble impossible à réaliser : cambrioler dans le même temps les casinos Bellagio, Mirage et MGM Grand, avec une jolie somme de 150 millions de dollars à la clé. Il souhaite également récupérer Tess, sa bien-aimée que lui a volée Terry Benedict, le propriétaire de ces trois somptueux établissements de jeux de Las Vegas. Pour ce faire, Danny et son ami Rusty Ryan composent une équipe de dix malfrats maîtres dans leur spécialité. Parmi eux figurent Linus Caldwell, le pickpocket le plus agile qui soit ; Roscoe Means, un expert en explosifs ; Ruben Tishkoff, qui connaît les systèmes de sécurité des casinos sur le bout des doigts ; les frères Virgil et Turk Malloy, capables de revêtir plusieurs identités ; ou encore Yen, véritable contorsionniste et acrobate.
Pourquoi on l’aime ? : « Ocean’s Eleven est le film le plus sophistiqué de Soderbergh. L’histoire du casse du siècle orchestré par Daniel Ocean (George Clooney) et ses acolytes, pari qui semble impossible à tenir et qui pourtant fonctionnera jusqu’au bout. Le suspense est maintenu tout au long du métrage, avec des obstacles imprévus qui se dresseront sur le chemin des héros. Rien n’est laissé au hasard par le réalisateur, qui soigne sa bande originale, son casting cinq étoiles et sa réalisation, évoquant les années 70 et nous offrant des scènes à la fois esthétiques et intelligemment pensées. Les dialogues sont au service du rire avec des mots d’esprit fins, à l’image du personnage de Brad Pitt ayant réponse à tout. En somme, une totale réussite. » Par Flora
8/ Bonnie & Clyde
Réalisé par Arthur Penn
Avec Faye Dunaway, Warren Beatty, Gene Hackman et Mabel Cavitt.
Synopsis : Etats-Unis, les années 1930. C’est la Grande Dépression, suite au krach boursier de 1929. Un couple d’amants criminels, Bonnie Parker et Clyde Barrow, sillonne le pays en braquant des banques. Bientôt, l’Amérique ne parle plus que de ces hors-la-loi inexpérimentés. Certains les admirent. D’autres sont horrifiés. Quoiqu’il en soit, poursuivis par la police, ils devront bientôt faire face à leur destin…
Pourquoi on l’aime ? : « Comment ne pas faire mention du mythique couple Bonnie Parker et Clyde Barrow lorsque que l’on parle de braquage de banque ? Les amants criminels ayant fait régner la terreur dans le Sud des Etats-Unis lors de la Grande Dépression ont eu l’honneur d’être portés à l’écran par le cinéaste Arthur Penn. Ce dernier nous emmène dans un road-movie mortifère ponctué de casses et de fusillades qui vont transformer la chevauchée fantastique de Bonnie et Clyde en l’une des plus grandes œuvres du cinéma américain. Il faut dire que le tout est porté par le charisme de ses deux têtes d’affiches, Faye Dunaway et Warren Beatty alors au sommet de leur sex-appeal. Un destin sans concession où viennent se heurter Eros et Thanatos dans une violence sèche et un érotisme prégnant. Bien plus qu’un film de braquage, Bonnie and Clyde marque l’avènement du Nouvel Hollywood. » Par Maxime
7/ Le Cercle Rouge
Réalisé par Jean-Pierre Melville
Avec Yves Montand, Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volonte et François Perier
Synopsis : Un truand marseillais, un détenu en cavale et un ancien policier mettent au point le hold-up du siècle. Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, leur tend une souricière.
Pourquoi on l’aime ? : « Avec Le Cercle Rouge, Melville nous prouve une fois de plus, de façon remarquable, son admiration pour le cinéma américain, en reprenant une trame narrative qui s’inspire énormément de celle de Quand la ville dort, de John Huston. Le génie du cinéaste est de donner une nouvelle lecture de la scène de cambriolage, qui était déjà un lieu commun à l’époque. Ici, le casse d’une bijouterie est transformé en un paradoxal acte de rédemption pour le personnage de Jansen (interprété par Yves Montand), ancien flic devenu une épave alcoolique. L’attention portée aux moindres détails, aux plus petits faits et gestes, la gestion de la bande son, le rythme, tout contribue à faire de cette scène un moment à part dans le monde des cambriolages cinématographiques, au sein d’un film réalisé comme une tragédie. » Par Hervé
https://www.youtube.com/watch?v=fAWnRWlhhRA
6/ Inside Man – L’homme de l’intérieur
Réalisé par Spike Lee
Avec Denzel Washington, Cilve Owen, Jodie Foster, William Defoe et Jonnie Brown
Synopsis : Ce devait être le hold-up parfait, le chef-d’oeuvre d’un génie du crime.
Le décor : une grande banque de Manhattan. Les protagonistes : un commando masqué, cagoulé, lunetté et des dizaines d’otages affolés, contraints de revêtir la même combinaison passe-partout que les braqueurs.
L’enjeu : la salle des coffres et ses trésors ? Ou un vieux secret dont seuls deux personnes connaissent l’importance.
Aujourd’hui, confiné dans une cellule, le cerveau de la bande s’explique. Mais attention, chaque mot compte, et aucun indice ne vous sera livré au hasard. Prêts ?
Pourquoi on l’aime ? : « Bien avant la Casa De Papel, un autre braquage à huis-clos avait déjà marqué les esprits grâce à Spike Lee, qui parvient habilement à allier divertissement grand public et message politique dans un thriller très habilement orchestré où la tension est palpable à chaque instant. Contrairement aux blockbusters qui n’hésitent pas à sortir l’artillerie lourde, ici, l’action n’est pas le maître mot de ce film à suspens qui au contraire prend le temps d’étoffer ses personnages, et de distiller du mystère au service d’une atmosphère claustrophobique saisissante. Le cinéaste parvient à nous surprendre en prenant le contre pied d’un film de braquage classique et tisse une intrigue originale et astucieuse, il joue avec nous et brouille les pistes, le tout à travers une mise en scène fluide et maîtrisée. Ajoutons à cela un casting de poids et une bande originale aussi surprenante qu’efficace, et on obtient un film policier qui détourne subtilement les règles du genre pour se distinguer et marquer les esprits sur le long terme ! Cette œuvre ne s’oublie pas ! » Par Marushka
https://www.youtube.com/watch?v=TIEp1wIvRu4
5/ L’Ultime Razzia
Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Sterling Hayden, Coleen Gray, Vince Edwards et Jay C. Flippen
Synopsis : Une bande de gangsters organisent le hold-up de la caisse des paris lors d’une course de chevaux…
Pourquoi on l’aime ? : « Même si L’Ultime Razzia fait partie des premiers films d’un Stanley Kubrick encore à la veille de ses chefs-d’œuvre futurs, ç’aurait été se leurrer que de s’attendre à un film de braquage classique et simpliste de la part d’un tel génie de la mise en scène. L’Ultime Razzia, c’est la mise en place d’un plan millimétré, par un groupe de voyous, visant à mettre la main sur la caisse d’un champ de courses hippiques. Le réalisateur prend son temps pour mener à bien chaque étape, dans un timing parfait, et que l’on peut clairement distinguer : l’élaboration théorique du plan, façon film noir, autour d’une table, dans une pièce sombre éclairée par un luminaire qui met en relief la fumée des cigarettes et les expressions faciales ; la diversion, presque comique, donnant lieu à une scène de bagarre mémorable dans un bar afin d’ameuter les policiers ; l’assassinat, sans musique, froid, chirurgical, depuis un parking loin de la rumeur du stade en délire ; la trahison préméditée de la femme d’un des voyous, dans l’intimité d’une chambre, qui laisse entrevoir au spectateur un dénouement plus compliqué que prévu ; le braquage à proprement parler, avec un masque de clown et une mitraillette, scène qui sera souvent citée au cinéma par la suite (comme dans la scène d’ouverture du Dark Knight de Nolan) ; et finalement l’intervention surprise de la police, des conséquences de l’indiscrétion de la femme, qui aboutit à un véritable massacre au pistolet. C’est donc un film qui installe une tension qui va crescendo, plus la machination semble se mettre en place comme sur des roulettes, l’échéance du braquage approchant, les fusils et les pistolets se chargeant, prêts pour le grand final ; et un grand final totalement désamorcé par cette trahison inattendue, faiblesse insoupçonnée chez ces personnages sans foi ni loi qui donnera lieu à une fin étonnamment déceptive. Kubrick ou l’art de jouer avec les nerfs d’un spectateur esclave de sa mise en scène, pour notre plus grand plaisir. » Par Jules
4/ Une Journée en Enfer
Réalisé par John McTiernan
Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Jeremy Irons et Michael Alexander Jackson
Synopsis : Le lieutenant John McClane est de retour et il est demandé en personne par un terroriste, Simon, qui menace New York. Alors qu’il fait équipe avec Zeus, un commerçant du quartier d’Harlem embarqué dans l’aventure malgré lui, McLane se livre à un petit jeu à travers toute la ville, devant résoudre des énigmes. S’il rate son coup, une bombe explose, c’est la règle imposée par Simon…
Pourquoi on l’aime ? : « Une journée en enfer est une plongée hallucinée dans le quotidien d’un policier pas comme les autres, qui porte toujours aussi bien le marcel (John McClane, Bruce Willis), et d’un citoyen de la ville de New York peu ordinaire (Zeus Carver, Samuel L. Jackson). Ils vont tous les deux s’associer, pour le meilleur et pour le pire, afin de tenter de déjouer une série d’attaques terroristes, de protéger la population et de faire échouer l’un des plus gros braquages de l’histoire du cinéma.
Car la mégalopole au cœur de Die Hard se retrouve littéralement assiégée par une escouade de braqueurs qui jouent aux apprentis terroristes afin de brouiller les radars des enquêteurs et mener John McClane en bateau et sur des fausses pistes. Le plan machiavélique des braqueurs pour mettre la main sur le butin pharaonique, les images impressionnantes du braquage, les palettes entières de lingots d’or de la réserve fédérale et les engins de chantier utilisés sont encore dans les têtes de nombreux cinéphiles amateurs de films d’action. La partition exceptionnelle de Jeremy Irons (Simon Gruber / Peter Krieg en quête de vengeance contre John McClane) et de ses sbires fait monter la pression crescendo dans les rues de New York. Les rebondissements du scénario magistraux sur la localisation du butin et la fuite du commando de Simon sont également savoureux lors du premier visionnage.
Le film est ponctué de séquences cultes assez époustouflantes sur le plan de l’action, de la mise en scène et de trouvailles géniales qui resteront dans l’esprit du spectateur (la ballade survoltée et décisive en taxi, le déraillement du métro, la scène sur les préjugés racistes avec la pancarte). Le film peut être également considéré comme une ode à la Grosse Pomme, à ses citoyens, aux chauffeurs de taxis new-yorkais et aux cabines téléphoniques. » Par Gabriel
3/ The Place Beyond the Pines
Réalisé par Derek Cianfrance
Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Rose Byrne et Ray Liotta
Synopsis : Cascadeur à moto, Luke est réputé pour son spectaculaire numéro du «globe de la mort». Quand son spectacle itinérant revient à Schenectady, dans l’État de New York, il découvre que Romina, avec qui il avait eu une aventure, vient de donner naissance à son fils… Pour subvenir aux besoins de ceux qui sont désormais sa famille, Luke quitte le spectacle et commet une série de braquages. Chaque fois, ses talents de pilote hors pair lui permettent de s’échapper. Mais Luke va bientôt croiser la route d’un policier ambitieux, Avery Cross, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrenée par la corruption. Quinze ans plus tard, le fils de Luke et celui d’Avery se retrouvent face à face, hantés par un passé mystérieux dont ils sont loin de tout savoir…
Pourquoi on l’aime ? : « Deux ans après le fabuleux Drive de Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling réinterprète un rôle de braqueur marquant qui iconise avec brio la star hollywoodienne dans The Place beyond the pines. Après leur collaboration pour le film indépendant Blue Valentine, Derek Cianfrance et l’acteur américain se retrouvent dans un film somme sur le destin qui dessine, sans misérabilisme, une Amérique agrippée par la filiation et son envie de se faire une place dans la société. Dans une œuvre, à l’instar de celles de James Gray, qui fait cohabiter le code de l’honneur, la famille, la notion de justice et les dérives sociétales qui touchent une middle class engluée dans une routine interminable, The Place beyond the pines est un film tendu, émouvant et surtout palpitant. Comme dans Only God Forgives, Ryan Gosling erre comme un fantôme et même lorsqu’il n’est pas à l’écran, il hante l’image de sa présence. » Par Sébastien
2/ Reservoir Dogs
Réalisé par Quentin Tarantino
Avec Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Steve Buscemi, Chris Penn et Quentin Tarantino
Synopsis : Après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol font leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d’entre eux les a trahis.
Pourquoi on l’aime ? : « Si tout le monde s’accorde à dire que la filmographie de Quentin Tarantino se bonifie avec le temps, il est un fait que Reservoir Dogs reste parmi le plus cité lorsqu’il s’agit de nommer les favoris du public. Sorti en 1992, le film met en scène une équipe de 6 gangsters engagés afin de mener à bien un braquage. L’opération dérape lorsque la police débarque, poussant les malfrats à se réfugier dans une planque. Loin de mettre en scène l’opération en elle-même, Tarantino s’intéresse plus aux relations entre les personnages au cours du huis-clos qui leur est imposé. On y retrouve assurément la patte du réalisateur: son fameux verbe, dans des dialogues toujours aussi mythiques, et sa mise en scène « croustillante » au cours de scènes paraissant anecdotiques bien que cruciales dans le développement de l’intrigue. Particulièrement bien reçu par la critique, le film reste un must-see dans le domaine des films de gangsters malgré l’accusation récurrente de plagiat de City on Fire de Ringo Lam. » Par Jean-Pierre
1/ Heat
Réalisé par Michael Mann
Avec Al Pacino, Robert de Niro, Val Kilmer, Jon Voight, Ashley Judd et Tom Sizemore
Synopsis : La bande de Neil McCauley à laquelle est venu se greffer Waingro, une nouvelle recrue, attaque un fourgon blindé pour s’emparer d’une somme importante en obligations. Cependant, ce dernier tue froidement l’un des convoyeurs et Chris Shiherlis se retrouve obligé de « terminer le travail ». Neil tente d’éliminer Waingro, mais celui-ci parvient à s’échapper. Parallèlement, le lieutenant Vincent Hanna mène l’enquête…
Pourquoi on l’aime ? : « A l’instar du 2001 de Kubrick qui règne sur le genre de la SF depuis 1968, difficile d’occulter la place de choix qu’occupe Heat dans le genre du film de braquage. Et pour cause, tant le film de Michael Mann, 23 ans après sa sortie, continue d’inspirer pléthore de cinéastes, dès lors qu’il est question d’opposer une bande de braqueurs à des flics prêts à tout pour les coffrer. Que ça soit la gestion du rythme, si bien huilé qu’il parvient à faire oublier sa monstrueuse durée (2h55) peu commode pour un film du genre ; la pléiade d’acteurs (De Niro, Pacino, Kilmer, Sizemore) réunis devant le scope de Mann ou encore cette idée – simple- qui est de mettre au ban l’idée que le cambriolage est une forme d’art et la remplacer par une vision brutale : c’est simple, Heat en devient un film-somme du braquage. Ça serait déjà bien s’il n’était que ça, puisque Michael Mann, évoluant en terrain connu (Heat est le remake d’un de ses propres téléfilms) se permet aussi de donner l’accent sur ses personnages, souvent écrasés dans les films du genre, et leur donner des moments uniques, transformant le métrage en une chasse à l’homme virant au quasi-western. Bref du grand art. » Par Antoine
Eyes Wide Shut, film testament de Stanley Kubrick, est devenu la référence en films de sociétés secrètes. Et, un peu malgré lui, la référence des théoriciens du complot…
Si avant Eyes Wide Shut, les Sociétés Secrètes généraient déjà leur lot de conspirations, il est clair qu’à l’arrivée du web, leur propagation prit une nouvelle ampleur. Quelques clicks suffisent pour tomber sur des sites au contenu peu sourcé, associant complot mondial, sociétés secrètes et manipulation de la population. Qu’il s’agisse des Illuminati, des francs-maçons ou du Bohemian Club, la conviction pour les administrateurs de ces sites reste la même : nous sommes dirigés par une élite occulte cherchant à imposer un nouvel ordre mondial. L’absence de preuves, de sources fiables et d’arguments cohérents fait généralement osciller le contenu de ces sites entre le délire paranoïaque et la croyance fantaisiste, mais un détail surprend néanmoins : les symboles. Car pour les conspirationnistes c’est évident, l’obscure élite qui nous contrôle possède une gamme de symboles qui lui est propre. Ils laisseraient d’ailleurs des signes de leur présence, visibles seulement des initiés. La célèbre pyramide avec un œil sur le billet de un dollar américain, par exemple, est associée à la main-mise de l’élite occulte sur la finance. Les miroirs, les reflets et plus généralement la dualité, que ce soit dans les clips, les affiches ou les films, sont associés à une idée de contrôle mental. L’étoile, les arcs-en-ciel et plus généralement les lumières vives sont liés à la célébrité, l’écran généré par l’élite pour attirer les adeptes. Des noms reviennent beaucoup aussi, comme ceux de Rothschild ou d’Aleister Crowley, célèbre occultiste créateur d’une magie sexuelle.
Cette photo tirée d’une soirée costumée chez les Rothschild dans les années 70, est une source de fascination récurrente dans la complosphère
Au final, le complot des sociétés secrètes peut apparaître comme un univers étendu de fiction, avec ses propres symboles, ses propres codes. Toutefois, ces codes visuels et les symboliques qui y sont attachées ne viennent peut-être pas de nulle part. Derrière tout ce cinéma, se cache peut-être un film de cinéma. Car, si le complot de la société secrète a bien un film culte, c’est Eyes Wide Shut. Réalisé par Stanley Kubrick en 1999, le film prend un couple d’acteurs très médiatisé de l’époque, Tom Cruise et Nicole Kidman, pour raconter l’histoire d’un couple évoluant dans la haute société new-yorkaise. Une nuit, une dispute conduit Bill, le personnage joué par Tom Cruise, à rejoindre par erreur la cérémonie d’une Société Secrète, qui ne tarde pas à virer en orgie. Bill quitte tant bien que mal l’étrange manoir où la soirée se déroule, et fait en sorte de ne plus y être mêlé. Au matin, sa femme Alice lui fait une étrange confidence : elle a rêvé d’être prise par plusieurs hommes, tandis qu’il la regardait.
Un autre détail qui n’échappera pas aux initiés, c’est le grand nombre de miroirs et de reflets dans le film, et ce, jusque sur sa jaquette. La pyramide qui sert quasiment d’étendard au complot Illuminati est moins présente, mais un détail troublant reste le nom du personnage joué par Tom Cruise : Bill. Comme le billet de un dollar américain, avec le fameux symbole. D’autres éléments du film ramènent également beaucoup à nos conspirationnistes, comme le Manoir où se passe la cérémonie, qui n’est ni plus ni moins qu’un manoir appartenant aux Rothschild, et les orgies elles-mêmes, conçues selon les pratiques du yoga tantrique. Il s’agit d’un type de yoga très prisé par Aleister Crowley, fameuse coqueluche des partisans du complot.
Pour les conspirationnistes les plus zélés c’est évident : « Kubrick nous a prévenus, et il a laissé des preuves dans son film ». D’ailleurs, le décès prématuré du réalisateur après le montage du film et l’adhésion de sa fille à la scientologie ne manquent pas d’attiser les théories… La vérité est cependant moins romanesque. La manipulation occulte que croient voir les complotistes dans Eyes Wide Shut, semble plus tenir de la patte même du réalisateur même que d’un quelconque message. Car, à l’instar de Hitchcock ou De palma, Kubrick est un cinéaste de la manipulation.
Dans ses films, les éléments à l’écran sont disposés avec une minutie d’horloger, ce qui participe à leur donner plusieurs degrés de lecture. Les fans de Kubrick les plus fous n’ont d’ailleurs pas attendu Eyes Wide Shut pour imaginer des théories sur ses films. Un documentaire, Room 237, a été réalisé sur les théories de fans concernant le film Shining.
Par ailleurs, le cinéma de Kubrick n’est pas qu’un cinéma de la manipulation. C’est surtout et avant tout un cinéma sur la manipulation. Que ce soit l’écrivain de Shining manipulé par l’hôtel, les cosmonautes de 2001 manipulés par l’IA ou le jeune délinquant d’Orange Mécanique manipulé par son traitement… La Société Secrète d’Eyes Wide Shut n’est finalement qu’une des nombreuses variations de Kubrick sur le thème de la manipulation. Or, ce dernier thème est peut-être la clef pour saisir le phénomène des théories du complot.
En effet, ses partisans croient en une vérité invisible aux yeux des non-initiés. Ce film, par son double langage mêlant cinéma et occulte, parvient à entretenir ce mystère, cette vérité invisible. Les Sociétés Secrètes se définissent par leur opacité, l’image qu’on y projette.
Le film, par cette étrange soirée et son rituel insaisissable, parvient à invoquer le fantasme même de la Société Secrète, avec tout le mystère qui l’entoure. Sur le web, c’est ce désir profond de trouver des réponses à ce qui pousse les complotistes à se projeter des fantasmes sur les forces mystérieuses qui nous manipulent. Or, quelles sont sont ces forces sinon les mécanismes mêmes du ça et de l’inconscient ? En définitive, plus qu’un film sur la société secrète, Eyes Wide Shut est, à sa manière, un film sur l’inconscient.
Avant d’être la saga d’action à succès que l’on connait aujourd’hui, Mission : impossible premier du nom était tout d’abord un ingénieux tour de passe-passe, réussissant à la fois à s’affranchir de la série originale et à proposer un blockbuster réunissant les caractéristiques du cinéma de De Palma.
Synopsis: Les membres d’un commando de la CIA sont envoyés à Prague avec pour mission d’appréhender, lors d’une réception dans l’ambassade américaine, un espion ennemi qui s’apprête à dérober une disquette contenant la liste secrète des agents en Europe centrale. Seulement ils ignorent que la CIA, persuadée que le commando est infiltré par une taupe, a envoyé une seconde équipe sur place…
Au royaume des espions et agents secrets type actioner sur grand écran, le patron reste l’infatigable James Bond, qui, depuis plus d’un demi-siècle déjà, et dont la nouvelle aventure prévue pour 2019 est sous la houlette de Danny Boyle, sauve la veuve, l’orphelin et accessoirement l’équilibre mondial de nombreuses situations catastrophiques. Mais depuis plusieurs années, cette place gardée est sujette à bon nombre de sérieux concurrents : un analyste de la CIA (Jack Ryan), un tueur amnésique (Jason Bourne) … et un certain Ethan Hunt depuis 1996.
Un travail d’adaptation de qualité
Si l’on devait résumer Mission : Impossible aujourd’hui, on pense irrémédiablement à une saga emplie d’action, où chaque opus essaye de surpasser le précédent en matière de scènes cultes, de cascades et prouesses physiques toujours plus folles et funs de son interprète principal. Car on peut aisément affirmer que la série de films appartient bel et bien à Tom Cruise, usant de son influence pour choisir l’équipe artistique des futurs épisodes, notamment les réalisateurs. Ce qui confère à cette saga un statut qu’on ne retrouve pas tellement ailleurs : donner à chaque opus un visage unique, une identité propre. Et bien qu’il s’éloigne très franchement de l’action pure et dure, le premier Mission : Impossible a pour ainsi dire entraîné cette tradition.
Après un premier refus de Sydney Pollack, le projet de voir sur grand écran la série culte des années 60-70 est ensuite confié à De Palma. Ce dernier ayant réellement besoin d’un nouveau succès en salles après trois échecs consécutifs (L’Impasse, Outrages et Le Bûcher des Vanités) afin de regagner la confiance des studios, accepte volontiers. Et quoi de mieux pour le digne successeur du maître du suspense Hitchcock que le genre de l’espionnage, lui qui a toujours rêvé d’en tourner un en Europe ? S’entame alors ce que les fans considèrent comme étant la plus grande faiblesse du film : son travail d’adaptation. Car De Palma, jouissant d’une véritable liberté artistique, a délibérément choisi de s’affranchir de la série d’origine, bien qu’en respectant par plusieurs points son credo fondamental (une équipe de gens spécialisés, parée pour une mission qui semble impossible à accomplir). Le plus évident reste celui de faire d’Ethan Hunt le véritable héros du film, et non Jim Phelps (le seul personnage repris de la série). Il en fait même l’antagoniste principal, ce qui a par ailleurs provoqué la colère de son interprète de l’époque, Peter Graves, considérant que l’essence même du personnage n’est pas respectée.
Mais en cela, le travail scénaristique de De Palma et son équipe fait de Mission : Impossible sa plus grande force. En s’affranchissant de toute contrainte de transposition que bon nombre de fans souhaitaient voir resurgir sur grand écran, De Palma a proposé un vrai travail d’adaptation, réussissant à jouer les équilibristes entre le genre du film d’espionnage et les caractéristiques de son cinéma. Car à volontairement brouiller les pistes au spectateur, et le duper par le pouvoir des images (comme en témoigne l’introduction du film), le réalisateur laisse libre cours à ses thèmes : manipulations, coups bas, trahisons … Un savoureux jeu de masques ! En soi, les enjeux principaux de la série sont donc bel et bien présents !
Votre mission : le divertissement !
Mais si l’accent n’est pas mis sur les scènes d’action, au profit d’une intrigue plus développée qu’à l’accoutumée pour un film de studio, les morceaux de bravoure ne sont tout de même pas en reste. Parmi eux, on retiendra par exemple la première demi-heure : l’élimination un par un des membres de l’équipe d’Hunt, qui se malmène tant bien que mal pour annuler l’opération, mais assiste impuissant à leur mort. Ou encore à la course effrénée de ce dernier pour échapper à un déferlement de trombes d’eau suite à l’explosion d’un restaurant rempli d’immenses aquariums. Pour l’anecdote, De Palma souhaitait que ce soit bien Tom Cruise qui réalise cette cascade et non sa doublure. Ce à quoi Cruise répondit, bien que s’exécutant : « Tu sais, je ne suis qu’acteur ! ». Une doublure fut en revanche nécessaire pour sa course filmée de dos.
Mais le point d’orgue de Mission : Impossible reste cette incroyable séquence de braquage en milieu de film, où l’équipe nouvellement constituée d’Hunt doit dérober une liste d’agents infiltrés en Europe centrale au sein du siège ultra sécurisé de la CIA à Langley. Rien que ça ! Au-delà du caractère volontairement impossible de la mission, c’est avant tout sa réalisation et son montage qui la rendront anthologique. Pendant près de dix minutes, on y voit Cruise, donnant là encore de sa personne, agrippé à la taille par un filin, suspendu dans le vide, opérer au braquage, dans un silence des plus total, sans une moindre note de musique. Osé !
Si l’on doit émettre un bémol, c’est davantage sur sa grande scène d’action finale, symptomatique de la grande machinerie hollywoodienne qui semble reprendre ses droits. Typique de tout blockbuster où la cohérence narrative est sacrifiée sur l’autel du spectaculaire (un hélicoptère dans le tunnel sous la Manche !), cette scène explosive passablement datée à cause d’effets spéciaux plus qu’approximatifs à l’heure actuelle, paraît de trop. Et c’est d’autant plus surprenant que ce choix vient directement de De Palma lui-même, qui souhaitait terminer son film par une scène explosive, au détriment de la scène de révélations finales dans le dernier wagon du train, minimaliste, mais nettement plus marquante !
Si l’on met de côté cet aspect dommageable, force est de reconnaître que Mission : Impossible ouvre avec brio la célèbre saga, qui continue de cartonner à chaque épisode (le sixième est prévu pour le 1er août). Blockbuster intelligent rassemblant tant les arguments commerciaux de n’importe quel film de studio mais aussi la liberté créative de son réalisateur, Mission : Impossible, plus qu’un très bon film du genre, reste avant tout un excellent cru de Brian De Palma.
Mission : Impossible : Bande Annonce
Mission : Impossible : Fiche technique
Réalisateur : Brian De Palma
Scénario : David Koepp, Robert Towne, Steven Zaillian, d’après l’œuvre de Bruce Geller
Interprétation : Tom Cruise (Ethan Hunt), Jon Voight (Jim Phelps), Emmanuelle Beart (Claire Phelps), Jean Reno (Franz Krieger), Ving Rhames (Luther Stickell), Kristin Scott Thomas (Sarah Davies), Vanessa Redgrave (Max) …
Photographie : Stephen H. Burum
Montage : Paul Hirsh
Musique : Danny Elfman
Costumes : Penny Rose
Production : Paula Wagner, Tom Cruise
Studios de production : Paramount Pictures, Cruise-Wagner Productions
Genre : Espionnage, action
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 23 octobre 1996