Cannes 2016 : Baccalauréat de Cristian Mungiu (Compétition Officielle)

[Critique] Baccalauréat

Synopsis : Eliza est une jeune lycéenne en train de passer le bac avant de partir l’année suivante pour l’Angleterre. Après avoir été agressée un matin en allant à l’école, son père essaye de l’aider à surmonter ce traumatisme pour qu’elle obtienne de bons résultats aux derniers examens afin d’obtenir sa bourse…

Un père désespéré pour sauver sa fille

Baccalauréat, dernier film de Cristian Mungiu en compétition officielle au Festival de Cannes, est assez surprenant dans sa décision de traiter principalement du comportement du personnage de Romeo, interprété par Adrian Titieni. Alors que nous pensions suivre une relation père-fille, ou le parcours d’Eliza qui cherche à se relever après son agression, l’angle d’approche se place dans le devoir paternel de protéger sa fille, et de l’aider à obtenir son baccalauréat par tous les moyens.
Par conséquent, nous regrettons l’absence d’Eliza qui est un personnage pas assez développé; il aurait été tout aussi intéressant de voir de façon plus approfondie son  ressenti face à la situation.
En contrepartie, Romeo est le cœur du long-métrage, présent dans chaque séquence. On s’intéressera ainsi surtout à son évolution et les enjeux autour du personnage.

D’une certaine manière, le père d’Eliza sera probablement le personnage le plus intéressant mais aussi le plus détestable, à travers son dilemme sur ce qui est juste et ce qui doit être fait pour qu’Eliza obtienne son diplôme. Sa morale et toute son éducation seront remises en  cause.
C’est un père désemparé, assez antipathique dans sa vie privée, trompant sa femme et forçant sa fille à partir pour Cambridge. Romeo aime définitivement sa fille, il veut la protéger mais ne le montre pas de la bonne manière, il voit en cette dernière la victoire sur la vie qu’il n’a jamais connue avec sa femme.
En effet, au lieu de la soutenir après ce choc, il tient absolument à la convaincre d’avoir les meilleures notes pour obtenir la bourse dans le but de quitter la Roumanie.
De ce fait, le discours de ce film en est presque immoral avec un père prêt à tout, même à risquer une fraude, que sa fille triche pour l’obtenir. Il finit par en oublier les principes qu’il lui a transmis, laissant son enfant déchirée entre ce qu’elle croit et ce que son père veut qu’elle fasse lors des examens.

Adrian Titieni montre ses fêlures, s’ouvre complètement, mais nous avons du mal à voir où le réalisateur veut aller avec ce personnage. D’un côté il pourrait se sacrifier pour sa fille comme tout parent, nous ressentons son amour et sa peine dus au traumatisme. Mais dans un second temps, il se perd complètement jusqu’à la fin de Baccalauréat où on comprend qu’il s’assimile à sa fille, comme si c’était son rêve de partir, avec sa liaison qu’il entretient depuis plus d’un an; au fond de lui il montre sa vie comme un échec qu’il cherche à fuir.

En dehors de ce rôle assez complexe, mais bien écrit, il est navrant de voir un développement quasi inexistant des autres personnages, que ce soit dans leur évolution ou dans leur aboutissement trop simpliste. Une fois encore, nous regrettons le manque d’intérêt pour le personnage d’Eliza, qui n’est qu’un prétexte pour révéler les failles de son père, alors que Cristian Mungiu aurait pu montrer un peu plus du caractère d’Eliza et comment elle s’est sentie après l’agression. La mère d’Eliza aurait pu avoir un traitement au moins égal à celui de Roméo, elle se montre très  inférieure en ne se mettant pas face aux manipulations de son mari. De plus il est assez difficile de comprendre les rôles de la maîtresse et de la mère de Romeo qui gravitent uniquement autour du personnage de Titieni.

Au lieu de laisser une conclusion plutôt  amère, nous sentons qu’Eliza pardonne, ou serait sur le point de pardonner, son père qui lui a mis beaucoup plus de pression que de  soutien suite au choc qu’elle a vécu.
Le scénario, qui proposait des réflexions intéressantes, perd en intensité et en crédibilité à cause de la résolution simplifiée de son intrigue et de cette famille qui se déchire n’apportant pas de vraies réponses quant à leur destin.

Baccalauréat : Bande-annonce

Baccalauréat : Fiche Technique

Titre d’origine : Bacalaureat
Réalisation : Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu
Interprétation : Maria Drägus (Eliza), Adrian Titieni (Romeo), Lia Bugnar (Magda), Mälina Manovici (Sandra), Vlad Ivanov (l’inspecteur), Gelu Colceag (le président du Comité d’examen), Rares Andrici (Marius), Eniko Benczo (Mme Mariana)
Photographie : Tudor Vladimir Panduru
Montage : Mircea Olteanu
Producteurs : Cristian Mungiu, Luc Dardenne, Jean-Pierre Dardenne, Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat, Jean Labadie, Vincent Maraval, Tudor Reu
Sociétés de production : Mobra Films Productions, Why Not Productions, Les Films du fleuve, Le Pacte
Pays d’origine : Roumanie
Durée : 127 minutes
Genre : Drame

Roumanie – 2016

Festival

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Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

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