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Prince des ténèbres : l’horreur, entre Lovecraft et la physique quantique

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Deuxième partie de ce que l’on considère de nos jours comme une “trilogie de l’Apocalypse”, après The Thing et avant L’Antre de la folie, Prince des ténèbres est une des plus grandes réussites de John Carpenter dans le domaine du film d’horreur.

“Des amis de Job voulant récompenser les bons et punir les méchants, aux chercheurs des années 30 prouvant avec horreur que tout ne peut être prouvé, l’homme a cherché à ordonner l’univers. Mais il a fait une surprenante découverte. Il y a bien un ordre régissant l’univers, mais ce n’est pas du tout ce qu’il imaginait.”

Un prêtre meurt. Un de ses collègues (interprété par un Donald Pleasence que Carpenter retrouve avec plaisir pour la troisième fois après Halloween et New-York 1997) découvre que ce prêtre faisait partie d’une étrange congrégation, La Confrérie du Sommeil, qui était chargée de surveiller un sarcophage enfoui dans la crypte d’une église abandonnée.
Prince des ténèbres est avant tout un régal d’horreur, où l’on sent que le cinéaste a tout fait pour se (et nous) faire plaisir. Avec son efficacité coutumière, il ne faut pas longtemps à John Carpenter pour implanter son ambiance angoissante. Sa musique, son choix de décors et sa façon de les filmer, ce sarcophage entouré de crucifix, avec son liquide verdâtre et tournoyant, et Alice Cooper en SDF dont l’esprit est manipulé par une puissance infernale : c’est par un assemblage de petites notes, de détails savamment choisis, que le réalisateur nous entraîne inexorablement vers l’horreur.
D’ailleurs, Prince des ténèbres est construit sur un crescendo remarquable. La première demi-heure laisse surtout la place à une énigme et à l’installation d’une ambiance anxiogène. Lors de la deuxième demi-heure, la tension augmente et le “Mal” passe à l’action, avant un final sous forme de feu d’artifice horrifique.

Le Mal lovecraftien

L’horreur de Prince des ténèbres emprunte volontiers ses thèmes à Lovecraft.
Le film de John Carpenter s’appuie sur l’idée d’un être maléfique emprisonné depuis des temps immémoriaux et qui va, très prochainement, sortir de son sarcophage ; à ce sujet, le prêtre qui meurt au début du film a écrit, dans son journal, la plus lovecraftienne des phrases :

“Celui qui dort depuis si longtemps va bientôt se réveiller”

Le christianisme est ainsi réinterprété en mode “Grands Anciens” : Jésus et Satan auraient été des êtres surhumains extraterrestres ayant foulé le sol de notre planète bien avant l’existence des hommes. La religion cache des vérités horribles en les présentant de façon aseptisée, et il faut savoir lire à travers les mythes bibliques pour retrouver les faits oubliés depuis des temps ancestraux.
C’est là tout le talent de Carpenter de réussir à nous faire ressentir la présence de ce mal sans nous le montrer. Ce sarcophage et son liquide verdâtre sont absolument terrifiants car on y sent, réellement, une existence surnaturelle. Carpenter, même avec un budget plus conséquent, n’a rien perdu de sa capacité à instaurer une ambiance glauque à partir de peu de choses.

L’horreur intellectuelle

Bien entendu, pour poursuivre dans cette voie lovecraftienne, la vérité est contenue dans un livre ancestral qu’il va falloir décrypter. Cette vérité se révèle tellement horrible qu’elle est indescriptible, inadmissible pour notre esprit humain.
Si cette vérité est aussi horrible, c’est qu’elle va à l’encontre de tout ce que notre raison perçoit comme logique. Avec ce Prince des ténèbres, le temps ne s’écoule plus correctement, passé et futur s’entremêlent ; les liquides coulent vers le haut, etc. L’insistance sur la physique quantique, pendant la première partie du film, permet d’installer un monde où la logique traditionnelle ne s’applique plus. Ainsi, l’horreur du Prince des ténèbres n’est pas seulement physique, elle est aussi intellectuelle, elle nous oblige à abandonner une conception scientifique raisonnée (et tranquillisante) de l’univers vieille de plusieurs milliers d’années.

Phénomènes cosmiques et subatomiques

Une des réussites de ce film consiste à montrer les humains comme des êtres faibles, incapables de résister à la puissance du mal qu’ils doivent affronter. Ce prince des ténèbres n’est pas encore libéré, mais son influence s’exerce déjà sur les personnes autour de lui, qu’ils soient marginalisés socialement ou qu’ils fassent partie de l’équipe de scientifiques chargée de l’étudier.
Cette influence du mal s’exerce bien au-delà des êtres humains, d’ailleurs. C’est l’ensemble de la nature qui est touchée. D’ailleurs, le scénario du film associe la religion, qui lui donne une dimension universelle, cosmique, et la physique quantique, qui agit plutôt au domaine subatomique ; ainsi, c’est l’ensemble de la création qui est touchée, depuis l’infiniment grand jusque l’infiniment petit. L’horreur est anti-naturelle car elle atteint le cours normal du fonctionnement de l’univers et le remet en cause.

“Vous le ressentez ? ça a commencé il y a un mois. La terre change. Et le ciel. Son pouvoir.”

Ainsi, le soleil et la lune sont réunis, des bestioles diverses et variées, gluantes et grouillantes, prolifèrent et semblent agresser les humains.
Ainsi, le Prince des ténèbres n’est pas seulement le combat d’une poignée d’humains comme un démon : Carpenter, avec beaucoup d’intelligence, donne un caractère proprement apocalyptique à son film, mettant en jeu l’ensemble de la Création.
C’est cette puissance évocatrice hors du commun, associée à une qualité rare pour faire naître une ambiance, qui donne au Prince des ténèbres ses lettres de noblesse et en fait, en plus d’une des meilleures œuvres de Carpenter, un des plus grands films d’horreur jamais réalisés.

Prince des ténèbres : bande annonce

Prince des ténèbres : fiche technique

Titre original : Prince of Darkness
Réalisateur : John Carpenter
Scénario : Martin Quatermass
Interprètes : Donald Pleasence (le prêtre), Lisa Blount (Catherine), Victor Wong (professeur Birack), Dennis Dun (Walter).
Photographie : Gary B. Kibbe
Montage : Steve Mirkovich
Musique : John Carpenter, Alan Howarth
Producteurs : Larry Franco
Sociétés de production : Alive Films, Larry Franco Productions, Haunted machine Productions
Société de distribution : Universal Pictures
Genre : horreur
Durée : 102 minutes
Date de sortie en France : 20 avril 1988
Etats-Unis – 1987

L’Œuf de l’ange (1985), de Mamoru Oshii : du déluge à l’apocalypse, une parabole biblique de l’humanité

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L’apocalypse ne va pas forcément de pair avec l’idée de fin du monde dans le fracas et les cris. L’Œuf de l’ange de Mamoru Oshii, sous forme de parabole biblique, propose au contraire une errance silencieuse et mélancolique où l’apocalypse est comme une coquille d’œuf qui se brise : elle rime avec la perte d’une intériorité que l’on n’a pas su protéger.

« Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés – et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel –, car je me repens de les avoir faits. Je ferai pleuvoir sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre. Ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme. Toutes les écluses du ciel s’ouvrirent. La pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. L’arche s’en alla à la surface des eaux. Alors périt toute chair qui se meut sur terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre et tous les hommes. Il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. Alors, il lâcha d’auprès de lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué. Il attendit encore sept autres jours et lâcha de nouveau la colombe. Elle ne revint plus vers lui. »

L’Œuf de l’ange est mystérieux, obscur, abscons. Du premier au dernier plan, rien ne nous sera explicité : ni les personnages, ni le lieu, ni l’époque, ni même l’enjeu du film, laissant tout ou presque à la libre interprétation du spectateur. Des pistes de réflexion, il y en a ; des symboles, des métaphores, et l’aspect parabolique de l’ensemble laissent tout de même quelques indices. L’ancrage religieux, et plus particulièrement chrétien, ne fait quant à lui aucun doute. Mais du reste, au milieu des ruines, de la nuit et du silence, aucune vérité ne semble poindre, seulement de rares éclaircies perdues au milieu d’un vaste océan de ténèbres, où dansent les ombres spectrales de baleines invisibles chassées par des pécheurs tout aussi spectraux, et où se reposent les fossiles d’animaux préhistoriques prisonniers de l’argile du temps. Une atmosphère de requiem, rythmée par des chants liturgiques dont les voix résonnent jusqu’entre les murs froids d’une cathédrale aux vitraux brisés, lieu saint abandonné des hommes, et même de Dieu.

Nous suivons une fillette, visiblement assimilée à un ange, qui déambule dans les rues de cette ville en sommeil, ou peut-être morte : plus rien ne bouge, aucune âme à l’horizon ; tout est vide et sans lumière. Seules la pluie et les fontaines maintiennent le tableau en vie. L’ange protège donc un œuf, qu’elle couve sous son habit à la façon d’une femme enceinte. De temps en temps, elle remplit d’eau de vieux vases poussiéreux abandonnés par centaines aux quatre coins de la ville, jonchant le sol. C’est peut-être sa façon à elle de redonner vie à ces rues, remplissant des vases comme on rallumerait des lampadaires.

Un homme mystérieux la suit. Il porte sur son épaule une sorte de croix, faite de vieux matériaux rafistolés. Est-ce une arme ? Un outil ? Un étendard ? Les paumes de ses mains sont bandées, histoire de renforcer la symbolique christique, ou peut-être antéchristique. Sa croix, ainsi que le véhicule futuriste avec lequel il retrouve l’ange, sont assez inharmonieux, agressifs. Plus tard, cette même croix lui servira à briser l’œuf de l’ange. « Conserve en toi les choses qui te sont chères, sinon tu les perdras. » Est-ce à dire que la technologie sonne le glas de l’intériorité humaine, voire de la foi ? L’homme est-il la figure de l’homme post-moderne, désenchanté, dont le seul crucifix est l’objet de science ? Tour à tour, il endosse à la fois le costume du sceptique, qui doute jusqu’à l’existence des choses et de lui-même, puis du rationaliste, qui répond aux intuitions du cœur par des explication physico-chimiques. « Peut-être n’était-ce qu’un songe. Peut-être que toi, moi, les poissons… n’existons que dans les souvenirs de quelqu’un qui est parti. Peut-être que nul n’existe réellement et qu’il n’y a que la pluie dehors. Peut-être que l’oiseau n’a jamais existé. » L’oiseau, c’est la colombe de Noé ; c’est peut-être même ce que renferme l’œuf : un nouvel oisillon, un nouvel espoir, une nouvelle foi. Briser sa coquille, c’est rendre visible l’invisible, et c’est briser, en même temps, le mystère sans qui aucune croyance n’est possible.

L’Œuf de l’ange raconte le Déluge, qui était une première apocalypse, certes, mais aussi une renaissance. Pour un œuf brisé, des centaines d’autres sont en germes et attendent d’être arrosés. Pour chaque réponse, une infinité de nouvelles questions. Le mystère n’a peut-être pas définitivement disparu. La technologie et la science n’épuiseront jamais ce qui se joue dans le cœur, protégé sous l’habit, sous la peau. C’est une interprétation optimiste du film, rêveuse. Ou bien Oshii nous dit-il l’inverse : la foi n’a plus sa place dans ce monde, et cette fin où l’ange rejoint, statufié, le vaisseau-mère qui l’emmène dans l’espace, nous le confirme. Et seul l’homme portant sa croix reste sur la rive, à contempler le vide qu’il a lui-même créé.

L’Œuf de l’ange : Bande-annonce

https://youtu.be/r04X-ImELzc

Enola Holmes : on se laisse prendre à ce jeu féministe porté par une très charismatique Millie Bobby Brown

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Enola Holmes est une adolescente qui vit dans un immense manoir dans la campagne anglaise. Élevée seule par sa mère dans une éducation qu’on ne peut qualifier de traditionnelle, elle n’a pas vu ses grands frères, bien plus âgés, depuis des années. Et quels frères ! Le cadet n’est autre que le très célèbre Sherlock Holmes, tandis que l’aîné est le moins connu mais plus sévère Mycroft.
Le jour de ses 16 ans, Enola se réveille pour constater que sa mère a disparu. Mycroft prenant en charge son éducation entreprend de l’envoyer en pensionnat pour jeunes filles. C’est sans compter sur l’envie de liberté d’Enola, qui s’enfuit, pour mener sa propre vie, mais surtout pour retrouver sa mère !.. En chemin, elle rencontrera un jeune Lord aussi épris de liberté qu’elle mais pas aussi débrouillard.

Un divertissement très frais 

Le long-métrage de plus de deux heures commence tambour battant, avec le personnage d’Enola (Mille Bobby Brown) comme narratrice, prenant dès le début l’habitude de s’adresser au spectateur en fixant la caméra. La jeune actrice donne beaucoup d’énergie à ce personnage. Sûre d’elle et joyeuse, elle pourra au début dérouter, mais se révèlera rapidement très attachante, déterminée à retrouver sa mère (Helena Bonham Carter).
L’énergie débordante et communicative répond bien à la photographie pastel, superbe, et à l’ambiance victorienne, romantique – on aurait presque envie de déambuler dans ce Londres sépia, oubliant la tuberculose et la misère qui y sévissaient.
Un tourbillon d’images, flashbacks, décors et actions diverses submerge au début le spectateur pendant une longue introduction qui le laissera finalement tranquillement installé dans une histoire aussi aventureuse qu’amusante. Et voilà que le temps file tandis qu’on suit les péripéties d’une Enola décidément très impressionnante, aussi futée que son frère Sherlock (Henry Cavill), capable de se battre et de rester pour autant amusante, sans jamais agacer par un côté irréel. Le brin d’impertinence de la jeune fille est le bienvenu, à la fois face à un frère rigide, Mycroft (Sam Claflin), affublé d’une misogynie bien de son temps, mais aussi face au jeune Lord Tewkesbury (Louis Partridge), adolescent qui a besoin d’être « dégourdi », pour ainsi dire.

Beaucoup d’actions et peu d’ennui 

Le point fort d’Enola Holmes est de maintenir en haleine son public, tant les décors et les péripéties changent, dans ce genre de films où on suit l’histoire sans forcément tout comprendre aussi vite que le personnage. Le mystère est au rendez-vous avec une double enquête qui s’inscrit à la fois dans l’aventure, l’action, la peur et un humour léger et appréciable. Les dialogues sont savoureux, avec leurs préoccupations victoriennes arrangées au goût du jour, mais surtout ces échanges amusants entre les deux adolescents.
L’évolution de l’histoire est fluide dans ces décors et ces costumes trop propres pour être réels, mais parfaits pour plaire à la jeunesse, sans pour autant être aberrants. On appréciera l’évolution des personnages, Tewkesbury gagnant en maturité, tandis que Sherlock gagne en humanité et qu’Enola surpasse l’abandon de sa mère. Et comment ne pas rester insensible aux premiers émois naissant entre les deux adolescents, rendus encore plus touchants par les regards perplexes ou gênés qu’Enola adresse au spectateur, complice de ces moments ?

Un féminisme flagrant mais attrayant 

Dès les prémisses, le féminisme clignote dans un coin, avant de devenir flagrant dans l’histoire. Ce n’est en rien un problème, bien que d’aucuns en profiteraient pour crier au women washing (ou pink washing : se servir du féminisme comme coup de com’). S’il y a évidemment un côté « féminisation de Sherlock Holmes » dans cette histoire, force est de constater qu’il y a avant tout une volonté de rajeunir le personnage en lui créant son pendant adolescent. Dans cet élan, qu’y a-t-il de si illogique à choisir d’en faire une jeune fille ? (Ici, en l’occurrence, sa sœur).
Adapté du premier tome de la série de romans The Enola Holmes Mysteries de l’auteure américaine Nancy Springer, le film Enola Holmes est en partie produit par son rôle-titre, la jeune Millie Bobby Brown : peut-on alors qualifier de coup de com’ un roman et un film mettant en scène des femmes et proposés par des femmes ?
La force de ce long-métrage est aussi de rendre ce féminisme nécessaire, et ce dès l’époque victorienne, appuyant encore davantage subtilement cette idée que l’égalité hommes-femmes devrait déjà avoir lieu de nos jours, et de le présenter comme assez attrayant, comme réalisé par des femmes puissantes, qui n’ont pas à obéir à des hommes qui ont parfois tort. Des femmes et des adolescentes qui se rebellent, enquêtent, se battent et sauvent leurs congénères du sexe opposé.
Notons que sa mère a nommé Enola ainsi car cela se lit « alone » (« seule » en Anglais) en sens inverse. Peut-être un moyen de prophétiser cet abandon au profit d’envies révolutionnaires contre lequel on aurait tout de même un peu à redire, mais qui aidera peut-être certains jeunes livrés à eux-mêmes.

Une réalisation impeccable et pleine d’humour

Au final, Enola Holmes, produit par les deux géants Legendary Pictures et Warner Bros. Pictures, est un film très bien fait, à la fois scénaristiquement et esthétiquement. Le rythme est prenant, les personnages sont attachants, l’aventure présente et, point très important, vraiment amusante. L’atout majeur de cette oeuvre est sa proximité avec le spectateur, son humour très marqué et bien dosé.
On peut saluer la prestation de tous les acteurs, notamment Henry Cavill, toujours aussi charismatique dans sa réserve toute britannique, mais aussi le jeune Louis Partridge, juste aussi bien dans la joie que la peine. Petit bémol à Helena Bonham Carter qui se révèle un peu lassante, faisant comme d’habitude du Helena Bonham Carter et qu’on aimerait enfin voir prendre des risques dans un autre type de rôles (si possible ni une femme excentrique, ni en costumes d’époque).
Mais la palme revient évidemment à l’époustouflante Millie Bobby Brown qui démontre encore une fois tout son talent dans un rôle bien différent de celui qui l’a révélée à douze ans : Eleven/Onze dans la série Stranger Things. La jeune actrice, de tous les plans, porte le film à bout de bras, ne ménageant ni son énergie, ni son enthousiasme. Elle enchante nos yeux de spectateurs blasés avec sa fraîcheur et sa spontanéité pleines de talent, et donne d’elle encore une fois une image très prometteuse. On se réjouira de retrouver tous ces personnages et cette ambiance dans un éventuel sequel qui a été annoncé comme en réflexion en septembre 2020.

Mettant aux commandes Harry Bradbeer et en vedette Millie Bobby Brown et Henry Cavill, Netflix nous propose une comédie d’aventure féministe dans l’entourage de la célèbre figure de Sherlock Holmes.
Sortie sur la plateforme le 23 septembre 2020.

Enola Holmes : bande-annonce 

Fiche technique :

Réalisateur : Harry Bradbeer
Scénariste : Jack Thorne
Adapté de : The Enola Holmes Mysteries, Nancy Springer
Musique : Daniel Pemberton
Casting : Millie Bobby Brown, Henry Cavill, Helena Bonham Carter
Produit par : Legendary Pictures, Warner Bros. Pictures
Distribué par : Netflix
Sortie : 2020
Pays : Etats-Unis
Version originale : anglais britannique
Genre :  comédie d’aventure, enquête
Durée : 123 minutes

Blue Collar : le premier film de Paul Schrader en DVD-Blu-ray chez Elephant Films

Retour sur Blue Collar, ses cols bleus usés et révoltés mis en scène par Paul Schrader, ainsi que sur son édition DVD à l’occasion de sa récente ressortie vidéo chez Elephant Films.

Synopsis : Trois ouvriers et amis, Zeke (Richard Pryor), Jerry (Harvey Keitel) et Smokey (Yaphet Kotto), travaillent dans une usine de voitures à Détroit. Une nuit, ils ont l’idée de voler le bureau du syndicat local.

Blue Collar : doute(s) dans la machine

Si Sur les quais (On the Waterfront, Elia Kazan, 1954) exposait l’aliénation mafieuse de l’espace socio-professionnel ouvrier, Blue Collar présente un univers de rengaine mécano-humaine qui va exploser au fur et à mesure de nouvelles révélations. D’un simple braquage va être révélé un grand nombre de mensonges, de ces mensonges vont surgir des doutes dans l’esprit de notre trio principal. Non seulement ils ont travaillé d’arrache-pied dans leur entreprise de construction automobile pour un maigre salaire, mais en plus, au service d’un syndicat corrompu censé les aider. Leur quotidien de souffrances évidentes va s’ouvrir à un monde où règnent la peur et l’incertitude.

Alan J. Pakula n’est pas bien loin dans la deuxième partie du métrage où règnent paranoïa et survivance soumis tant à la terreur qu’aux règles du capitalisme underground. Premier film d’un scénariste doué et d’un cinéaste en puissance, Blue Collar plonge les spectateurs dans le même état que ses personnages : rien n’est plus sûr au royaume des cols bleus. Le rigolard Richard Pryor ne fera plus sourire et au contraire, inspirera la crainte. Le calme, pragmatique et ouvert Harvey Keitel sera tendu comme un arc et fera monter notre tension dans des séquences de suspense terrorisantes tant nous craignons, avec le personnage, une violence semblant extraordinaire mais bien réelle dans un monde aux frontières éthiques de plus en plus floues.

À l’image de Gene Hackman dans French Connection, les personnages de Schrader sont entrainés dans un tourbillon de violence émotionnelle et physique dont l’univers moralement trouble ne peut entraîner qu’une extrême violence, à l’avantage d’un camp ou d’un autre. Ce que laissera en suspens le plan final sur un début de rixe entre Pryor et Keitel, sur lequel la réplique de Yaphet Kotto résonnera à nouveau : « Ils montent les vieux contre les jeunes, les noirs contre les blancs. Tout pour nous garder à notre place ». S’il a permis aux personnages d’ouvrir leur univers et leurs conceptions, il n’y a aussi rien de mieux que le doute pour relancer les mécaniques de domination dans cet univers de machine, de blue collars (cols bleus), de syndicats et de patrons.

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Richard Pryor, quand le rigolard cède à la corruption patronale.
Crédits : Elephant Films – Universal Pictures

Blue Collar en DVD

Même si nous n’avons pu obtenir qu’un DVD test, ce dernier permet de constater que le film de Paul Schrader fait un formidable retour video. Il y a peu à dire du côté de l’édition SD de Blue Collar, si ce n’est que le grain n’est seulement apparent que dans les scènes de nuit et que quelques séances manquent de panache en termes de gestion colorimétrique. Aussi quelques plans larges manquent franchement de précision. À ce propos, il semble, selon Blu-ray.com, que le problème est relatif au master HD produit par Universal et récemment édité depuis chez Powerhouse Films (2018) et Kino Lorber (2019). Du côté du son, la version originale est efficace malgré quelques dialogues saturés. La version française souffre du même problème que bon nombre de ses camarades sur d’autres éditions : les effets sonores autres que musicaux et vocaux ne sont pas valorisés et sont mêmes mis à mal par le mixage. À noter qu’elle a été conçue assez récemment pour l’édition DVD du film au début des années 2010, comme l’explique Erwan Le Gac dans un bonus. On vous laissera vous convaincre ou non de la qualité du doublage.

Du côté des compléments se trouvent quelques bonnes surprises et micro-déceptions. La présentation du film par le critique, essayiste et cinéaste Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain (et particulièrement du Nouvel Hollywood), revient le temps d’une cinquantaine de minutes sur le film entrecoupée d’extraits du film, sur le parcours de vie de Schrader, ses débuts de scénariste avec son frère, Léonard Schrader. Il enchaine sur la conception du film, l’importance du genre dans le récit pour mieux traiter le drame des trois personnages, la place qu’il trône dans la carrière du cinéaste, les liens qu’il entretient avec ses autres œuvres, le fait que le lumineux Norma Rae de Martin Ritt ait davantage fonctionné auprès du public et de l’intelligentsia que Blue Collar, ni blanc ni noir et tout en nuances de gris. Il revient aussi sur le choix de casting de Richard Pryor et sa mise en scène ingénieuse, et cela, en n’oubliant pas la manière dont Schrader, le réalisateur, a commencé à travailler son style cinématographique à partir de ce premier film très ancré dans la vague de films dramatiques « réalistes » des années 70 : Rocky, Voyage au bout de l’Enfer, Norma Rae, entre autres. Le document de l’éternel duo Commeli / Le Gac, d’une vingtaine de minutes, pourrait sembler répétitif pour ceux qui auraient dévoré la présentation signée Thoret. Toutefois, quelques nuances et exclusivités la parsèment : le retour sur la découverte du film en France au cinéma (dans des circuits spécifiques) et à la télévision (en version originale sous-titrée avec le « petit carré blanc »), l’arrivée tardive de la VF, le retour plus substantiel sur les carrières des trois acteurs principaux (avec une perception plus nuancée sur celle de Yaphet Kotto un peu trop resserrée par le point de vue de Thoret dans sa présentation), et une évocation rapide (rappelons la vingtaine de minutes du document) mais bienvenue de l’héritage de Blue Collar. On remerciera aussi le duo de s’être assagi sur la stylisation de leur mise en scène sur ce complément qui constitua ainsi une bouffée d’air après avoir goûté à leur folie musicale sur leur bonus de Les Cadavres ne portent pas de costard.

On trouve, comme souvent, la présence de la bande-annonce du film. Un livret d’une douzaine de pages signé Stephen Sarrazin accompagne le DVD. Celui-ci ne nous ayant pas été transmis, aucun commentaire ne sera fait dessus. Aussi aurait-on aimé que le commentaire audio de Schrader, présent sur l’ancienne édition, soit repris. De même qu’on aurait apprécié retrouver certains documents présents sur l’édition britannique signée Powerhouse films : la masterclass de Schrader en 1982 (106 mn) et Visions : entretien avec Paul Schrader, toujours en 1982 (d’une durée de 21 min).

Bande-annonce – Blue Collar (1978) de Paul Schrader

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

16/9 – 1.85 :1 – Couleurs – Son : Français 1.0 & Anglais 1.0 Dolby Digital – Sous-titres français – DVD-9 ) Durée : 108 mn – Elephant Films – Drame – Polar – États-Unis – 1978

COMPLÉMENTS

Le film par Jean-Baptiste Thoret (49 mn)

Les Hommes du syndicat : document video par Julien Commeli et Erwan Le Gac (24 mn)

Bande-annonce

Livret de Stephen Sarrazin (12 pages)

Sortie le 7 juillet 2020 – prix indicatif public : 16,99€

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« Van Gogh » : dessiner l’ineffable

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L’auteur et dessinateur croate de bandes dessinées Danijel Žeželj se penche sur la biographie et la psyché de Vincent van Gogh. Son travail, à découvrir aux éditions Glénat, est presque exclusivement graphique et sensoriel.

À la base, il y a quinze lettres envoyées par Vincent van Gogh à ses proches. Cette correspondance débute dix-sept années avant la mort du célèbre peintre hollandais. C’est à partir de cette matière intime et littéraire que Danijel Žeželj va retranscrire graphiquement l’histoire de celui qui fut l’un des grands artistes annonciateurs du fauvisme et de l’expressionnisme.

Le résultat se caractérise par un charme crépusculaire : au sein de planches troublantes exclusivement en noir et blanc, on suit les pérégrinations (dénuées de dialogues) de Vincent van Gogh. Un contraste apparaît rapidement entre les vignettes expressives de Danijel Žeželj et les missives plus posées de van Gogh. Le dessinateur croate entretient ce décalage délibérément. Au même titre que ses planches éclatées et souvent sombres, il participe en effet à la déconstruction d’un esprit aussi créatif que malade.

Extrait visible sur le site de l’éditeur.

Des repères biographiques insérées en fin d’ouvrage aident à mieux appréhender les faits que restitue avec poésie Danijel Žeželj. Van Gogh passe par toutes les émotions, toutes les occupations, mais aussi tous les combats, le plus important étant probablement celui qu’il livre contre lui-même. On découvre plus précisément une relation compliquée avec Gauguin, une parenthèse arlésienne heureuse et prolifique, l’épisode de l’oreille coupée, la vie de missionnaire en Belgique, la désapprobation familiale quant à sa relation avec « Sien » ou un séjour à l’asile de Saint-Paul à Saint-Rémy-de-Provence.

On aurait bien du mal à définir précisément l’album de Danijel Žeželj. Il tient probablement davantage du portfolio que de la bande dessinée. Ce qui est plus sûr en revanche, c’est que le regard fasciné porté sur Vincent van Gogh est éminemment contagieux. Si le style des planches frappe d’emblée le lecteur, il semble aussi, et avant tout, l’inviter au tréfonds d’une personnalité hors du commun. Cette mise en abîme d’un peintre par des dessins biographiques vaut à coup sûr que l’on s’y attarde.

Van Gogh, Danijel Žeželj
Glénat, août 2020, 152 pages

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« Steve Bannon : l’homme qui voulait le chaos » : le stratège populiste

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Politologue, réalisatrice de documentaires et essayiste, Fiammetta Venner s’intéresse à Steve Bannon, éminence grise de Donald Trump, dans un ouvrage publié aux éditions Grasset.

Les dernières victoires électorales populistes ont toutes un point en commun : Steve Bannon. C’est cet homme discret, par l’entremise de Cambridge Analytica, qui a favorisé le vote des « Leavers » lors du référendum sur le Brexit. C’est sous sa houlette, dûment graissée par la famille Mercer, que Donald Trump a accédé à la magistrature suprême états-unienne. Et c’est après avoir suivi ses conseils que Jair Bolsonaro s’est emparé de la présidence brésilienne. L’homme est peu connu du grand public et apparaît plutôt négligé. Il a pourtant piloté, depuis le média d’extrême droite Breitbart News, une authentique révolution conservatrice et identitaire. Il possède par ailleurs une fortune colossale : ancien banquier chez Goldman Sachs, ex-producteur de films, bénéficiaire de juteuses royalties sur la série Seinfeld, récipiendaire des largesses successives des Mercer et du milliardaire chinois Guo Wengui, celui qui a grandi dans une famille irlandaise de la classe moyenne – et démocrate ! – a vu son compte en banque gonfler toujours plus au fil des années. Ce qui ne l’empêche en aucun cas de se réclamer du peuple.

Car là est le combat de Steve Bannon. Il entend se dresser contre les minorités et défendre l’homme blanc populaire, qu’il estime lésé dans l’Occident contemporain. Il est anti-establishment, anti-Parti communiste chinois, anti-Union européenne, anti-Bergoglio, anti-écologiste. L’ancien reaganien ne rêve que d’une chose : un grand soir populiste qui permettrait à la colère populaire blanche d’enfin se faire entendre. Il croit d’ailleurs en une histoire cyclique où la décadence et la guerre succéderaient à la prospérité. Comme Fiammetta Venner l’explique très bien, les rapports de force et les conflits ouverts sont à ses yeux la condition sine qua non du renouveau qu’il appelle de ses vœux. Pour parvenir à ses fins, Steve Bannon a su s’introduire : à Hollywood, puis auprès d’Andrew Breitbart, Nigel Farage, Ted Cruz, Donald Trump, Marine Le Pen, Matteo Salvini ou Eduardo Bolsonaro. Il a aussi usé des autres : Milo Yiannopoulos, célèbre pour ses diatribes contre les femmes ou les homosexuels – alors qu’il est lui-même gay –, en est un exemple édifiant. Il a été le porte-voix et le maïeuticien de Bannon ; à travers lui ont incubé des rancœurs pour le moins utiles aux populistes.

Pour dresser le portrait de Steve Bannon, Fiammetta Venner ne s’est pas contentée de revisionner ses interviews ou de parcourir l’ensemble de ses articles. Elle est allée à la rencontre de ceux qui ont côtoyé l’ancien marine devenu stratège politique. On comprend mieux, à l’issue de son enquête, les articulations fines du populisme tel que l’entend Bannon. On découvre aussi un homme qui, plus d’une fois, a fini par mordre la main qui le nourrissait.

Steve Bannon : l’homme qui voulait le chaos, Fiammetta Venner
Grasset, septembre 2020, 256 pages

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3.5

Full Alert : L’épitaphe de Hong-Kong par Ringo Lam

Le défunt Ringo Lam n’a jamais été le cinéaste le plus « sexy » de la Nouvelle-Vague du cinéma hong-kongais, requalifiée d’âge d’or par les spécialistes de cette industrie qui brilla au firmament de la cinéphilie pop des années 80-90. C’est pourtant lui qui en signa l’épitaphe avec Full Alert, polar définitif qui baissait le rideau sur une époque déjà révolue, alors que l’ex-colonie britannique se préparait à être rétrocédée à la Chine.

LE FILM

NOS FUNÉRAILLES

D’une certaine façon, Ringo Lam était l’homme tout désigné pour écrire l’oraison funèbre des glorieuses 80’s du cinéma HK. Dans la Sainte-Trinité qui surplomba l’effervescence artistique de cette période, l’auteur de City on fire n’avait ni le romantisme flamboyant d’un John Woo, ni l’hypercréativité bouillonnante du godfather Tsui Hark. Son truc à lui, c’était la poésie du désespoir qui s’imprimait entre les lignes d’un naturalisme sec, l’hyperbole des pulsions autodestructrices de l’espèce qui remontaient à la surface du quotidien. Un cinéma d’écorché vif, qui tombait son masque d’âpreté pour laisser parler les larmes de son hypersensibilité devant le spectacle d’une humanité esclave de ses instincts ataviques. Le pacte social ? Une chimère en attente de partir en fumée. Lam n’était pas homme de la (re)naissance ni de la célébration de l’instant, mais le prophète de l’écroulement.

Full Alert est au diapason de cet état d’esprit. Noir présage qui se réalise, chant d’un oiseau de malheur qui regrette d’avoir eu raison, le film laisse l’espoir sur les quais de la fatalité humaine à l’œuvre. En l’occurrence, celle qui met un vétéran de la police sur la trace d’un truand, soupçonné d’un meurtre qui ne constitue que le maillon d’une chaine de plus grande envergure… Chasseur obsédé par une proie qui finit par lui ressembler (à moins que ce soit l’inverse), mi-Dirty Harry mi-Vincent Hannah, le personnage interprété par l’excellent Lau Ching-Wan n’imprime pourtant pas sa névrose à même la pellicule dès les premières minutes. Ringo Lam prend son temps pour installer son anti-héros dans son quotidien et privilégie une approche frontale qui épure l’argument de genre à l’os. Le style est cru, l’environnement urbain tangible et les explosions de violence d’autant plus impactantes à l’aune de leurs conséquences immédiates sur une réalité immédiatement identifiable.

LA FIN D’UN MONDE

Comme tous les grands polars, c’est l’interaction entre les personnages et le milieu citadin, entre l’intrigue et un tout de petites histoires présentes mais pas racontées qui constitue le cœur d’un film qui tape fort dans l’air du temps. On pense à cette course-poursuite folle (tournée sans autorisation !) qui évoque la fusillade du Heat de Michael Mann, où le centre-ville et sa population devient partie prenante du conflit entre deux personnes. Ou cette scène d’enterrement de meurtre dans la forêt qui vire dans une horreur baroque que n’aurait pas reniée le Martin Scorsese des Affranchis, quand une poursuite à pieds dans une ruelle glauque renvoie au Seven de David Fincher. Full Alert joue des coudes avec les cathédrales de son époque, mais jamais pour se hisser sur leurs épaules.

Car si le point de vue de Lam se manifeste le plus souvent au travers d’un jeu scénographique subtil, il n’hésite pas à trancher avec sa neutralité esthétique en trompe-l’œil pour marquer une rupture. Une digue supplémentaire qui saute face à l’inexorable montée en puissance d’une sauvagerie qui entraîne tout le monde dans la répétition de son cycle. A l’instar de la plupart des films de Ringo Lam, Full Alert confronte le libre-arbitre de ses personnages à la fatalité de la violence. Une lutte qui se manifeste en l’état par un mouvement de fuite en avant effréné, comme un train de marchandises lancé à grande vitesse sans personne aux commandes.

Ainsi, le film ne donne l’occasion au spectateur et à ses personnages de respirer qu’au travers de quelques belles plages d’accalmie. Momentanément, l’horizon d’un abandon salvateur éclaire la trajectoire des duellistes. Mais l’arc tendu par Ringo Lam ne se détend que pour reprendre son souffle. L’affaire est scellée, jusque dans un superbe final expressionniste qui stipule l’entrée dans les âges sombres. Soit le destin de Hong-Kong, alors sur le point de revenir dans le giron chinois pour pénétrer un cycle d’obscurité dont on commence seulement maintenant à mesurer la teneur. Full Alert, des funérailles à plus d’un titre.

Full Alert : sur l’édition Blu Ray signée Spectrum Films

Spectrum a mis les petits plats dans les grands. Pas moins de six modules (en plus du commentaire audio de Ringo Lam himself) se succèdent pour autopsier ce qui est unanimement considéré comme l’un des tout meilleurs films du cinéaste. On aurait pu craindre un effet de redondance avec des intervenants se paraphrasant d’une vidéo à l’autre, mais chacun réussit à apporter sa propre pierre à l’édifice.

On retiendra notamment le podcast de Stéroïds, où les incontournables Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis reviennent sur la place du film dans la carrière de Ringo Lam et la place occupée par le cinéaste dans l’organigramme du cinéma HK des 80-90. Spécialiste du cinéma asiatique, Julien Séveon revient sur le contexte très particulier qui entoure la sortie du film, en particulier les conséquences de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine sur l’industrie cinématographique locale. Arnaud Lanuque s’attarde sur le parcours atypique du cinéaste tandis que Nathalie Biddinger, maître de conférences de son État, offre une analyse intéressante du film, malheureusement contrariée par une capture vidéo problématique. Bref, un menu copieux et bien équilibré.

Le master présenté par Spectrum, en revanche, nous invite à plus de réserves. De toute évidence, les efforts n’ont pas été ménagés pour lisser l’image, et c’est justement le problème. En corrigeant les imperfections, le master neutralise les nuances dont l’esthétique naturaliste de Ringo Lam a besoin pour ne pas ressembler à un épisode d’Alerte Cobra. C’est malheureusement le cas sur une poignée de scènes dont l’impact se trouve quelque peu amoindri par un effet « télé » un peu dérangeant. A trop frotter les tâches on finit par entamer la peinture, quand bien même il s’agit de la plus belle copie disponible pour apprécier le film.

Full Alert : Bande-Annonce

Caractéristiques techniques:

Blu-ray 1080p- 1.78:1 – Panoramique-AVC-MPEG4- Edition Spectrum Films-Hong-Kong- 1997- Polar- 1h39 min.

Compléments:

Commentaire audio de Ringo Lam
Présentation du film par Arnaud Lanuque
Ringo Lam par Nathalie Bittinger
Podcast Stéroïd
« Full Alert : le dernier polar hongkongais » par Julien Sévéon
« Full Alert: To Live and Die in HK » par HKast
Podcast On Fire: The Director Serie
Bande-annonce

Starman (1984), de John Carpenter : coiffé au poteau

Film de science-fiction portant le sceau immédiatement reconnaissable des années 80, Starman pâtit du succès phénoménal d’un grand classique signé Steven Spielberg, sorti en salles à peine deux ans auparavant. Une mise en scène de bonne tenue, quelques belles idées narratives ainsi que le duo improbable formé par Karen Allen et Jeff Bridges méritent toutefois pour ce huitième opus de John Carpenter – et son dernier vrai succès commercial en tant que réalisateur – qu’on le sorte de l’ombre du gentil extraterrestre obsédé par un coup de fil à passer chez lui. Histoire d’une occasion manquée.

Aujourd’hui méconnu du grand public, Starman est un de ces films dont le parcours chaotique lui a sans doute fait rater le coche d’un succès d’envergure. Ce feuilleton à peine incroyable mérite d’être connu pour apprécier ce film dans le contexte qui l’a vu naître. Jugez plutôt. Pressé dès la fin des années 70 par Michael Douglas (dont la carrière de producteur est déjà émaillée à cette époque de plusieurs grands succès, alors que celle d’acteur ne prendra son envol qu’au milieu des années 80), le studio Columbia Pictures acquiert les droits d’adaptation du scénario du film écrit par Bruce A. Evans et Raynold Gideon, peu de temps avant de mettre une option sur un autre projet de science-fiction, celui d’un certain Steven Spielberg, intitulé Night Skies. La réécriture et la mise en production de Starman deviennent alors une saga qui s’étalera sur pas moins de cinq années, plusieurs scénaristes se succédant sur le projet. Mêmes vicissitudes concernant la réalisation : les cinéastes Adrian Lyne, John Badham, Tony Scott et Peter Hyams se relaient, avant que les producteurs du film confient enfin la responsabilité à John Carpenter. Pas étonnant, dans ces conditions, que Starman soit un des quatre seuls films de Carpenter qu’il n’a fait « que » mettre en scène (les trois autres étant The Thing, Les Aventures de l’homme invisible et le petit dernier en date, The Ward), lui qui est déjà à cette époque habitué à multiplier les casquettes. Ce n’est tout simplement pas son bébé, et il est peu de dire qu’il n’était pas le premier choix pour son poste. Alors que la mise en route de Starman patauge, la Columbia décide d’abandonner Night Skies, dont le potentiel commercial est considéré comme faible car son histoire semble plutôt destinée aux enfants. On en connaît qui ont dû se mordre les doigts jusqu’au sang : le script est racheté par Universal, renommé E.T., l’extra-terrestre et devient le classique que l’on sait… Dernier clou planté dans le cercueil du projet Starman : celui-ci a pour sujet l’arrivée sur Terre d’un extraterrestre que ses nouveaux amis humains doivent escorter jusqu’au lieu où ses congénères doivent le récupérer. Un récit furieusement proche du fameux E.T., sorti deux ans plus tôt.

La messe semble dite. Dans un monde purement rationnel, Starman n’aurait jamais dû voir le jour. Fort heureusement, Hollywood n’est pas toujours une machine rationnelle, et John Carpenter reçoit finalement l’autorisation de démarrer le tournage. Ça tombe bien, car les projets un peu foireux ne font pas peur à ce cinéaste débrouillard, habitué à tirer profit de l’adversité, d’autant que Starman est déjà son huitième long-métrage et qu’avec le carré d’as Halloween/Fog/Escape from New York/The Thing, il s’est bâti une sacrée réputation. Bref, Carpenter est l’homme de la situation et va rapidement le prouver. Avant même le tournage, il a ainsi l’intelligence de réclamer une énième réécriture du script, le scénariste Dean Riesner abandonnant à sa demande les connotations politiques du récit afin de se concentrer davantage sur le voyage que les deux personnages principaux vont accomplir ensemble. De fait, Starman peut être considéré comme un road movie fantastique, un cocktail assez rafraîchissant.

La trame narrative principale est simple : un vaisseau spatial extraterrestre est abattu par l’armée américaine alors qu’il tente d’entrer en contact avec notre bonne vieille planète. Son seul passager, qu’on ne connaîtra que sous son surnom « Starman », représenté sous la forme d’un halo lumineux, pénètre dans la maison d’une jeune femme et, usant de ses pouvoirs surnaturels, prend l’apparence d’un homme dont il voit la photo dans un album. La situation qui s’ensuit est certes invraisemblable mais elle crée un déchirement intéressant. En effet, la surprise de l’héroïne, Kenny Hayden (Karen Allen, la « Marion » d’Indiana Jones) est double : la terreur que lui inspire la transformation de l’extraterrestre en être humain devant ses yeux est brusquement court-circuitée lorsqu’elle constate que l’homme qui se tient désormais devant elle est Scott, son mari récemment décédé (Jeff Bridges). Le violent conflit des sentiments qui naît instantanément sera au cœur du récit et donne au film une tonalité particulièrement originale. Si le spectateur actuel ne peut que constater à quel point les effets spéciaux sont kitsch et datés, l’intérêt de Starman réside là où peu de films de science-fiction s’aventurent : le mélodrame. Une notable exception à cette règle étant bien sûr les œuvres de Spielberg, on y revient. Starman troque l’imaginaire enfantin d’E.T. contre une sentimentalité bien plus adulte, celle du deuil cruel de l’être aimé, un aspect subtilement introduit dans le film. Au départ, Starman représente pour Jenny le double sens du mot « alien » en anglais : un être originaire d’une autre planète, mais aussi un « étranger » d’autant plus troublant qu’il a pris les traits de cet homme qu’elle pleure encore. Le refus initial de Jenny d’aider cet invité indésirable dans son voyage vers l’Arizona où ses congénères doivent venir le récupérer, se mue lentement en des sentiments plus ambigus. Le point de basculement a lieu lorsque son drôle de compagnon ressuscite devant ses yeux un cerf abattu par un chasseur, acte merveilleux qui permet à Jenny de renouer soudain avec ses sentiments (à peine) enfouis. Elle finira par accepter de saisir cette opportunité de retrouver son époux, même si dernier n’est qu’un ersatz improbable… et même si le rêve éveillé ne durera que quelques jours. Le mélodrame culmine lorsqu’après avoir fait l’amour ensemble, Starman utilise ses dons magiques pour offrir à une Jenny infertile l’enfant qu’elle n’a jamais pu avoir avec Scott. Un des tours de force du film est de rendre digeste le côté « hénaurme » de cette romance trans-espèce, grâce à la finesse du scénario et de la réalisation, mais aussi grâce à Karen Allen, très touchante dans son rôle de veuve qui accepte de faire fi de la raison pour revivre un bonheur qu’elle croyait à jamais perdu. On l’aura compris : c’est en ressuscitant Scott l’espace de quelques jours que Starman offrira une chance à Jenny de faire enfin le deuil de l’être aimé grâce à cet enfant inespéré qui lui « survit ».

Il y a une autre belle idée poétique dans le script, probablement sous-exploitée. La raison pour laquelle les extraterrestres tentent initialement d’établir un contact avec la Terre est qu’ils répondent à l’invitation entendue sur le disque d’or des sondes Voyager. Ce qui est utilisé tout au long du film comme un ressort comique (Starman/Scott ne maîtrise de la langue anglaise que les seuls mots entendus sur le disque, ce qui donne lieu à quelques quiproquos amusants) est basé sur des faits authentiques, aujourd’hui oubliés. Lancées en orbite en 1977, les deux sondes Voyager embarquèrent en effet un disque en or intitulé « The Sounds of Earth ». Celui-ci comprend de nombreuses informations sonores et visuelles sur notre planète et ses habitants, constituent ensemble une sorte de « guide » à l’attention d’éventuels êtres extraterrestres. Parmi ces informations se trouvaient des extraits d’une cinquantaine de langues humaines.

Enfin, le film fonctionne grâce au duo improbable formé par Jenny et Starman/Scott. Dans la carrière féconde et hétérogène de Jeff Bridges, nul doute que son rôle dans Starman est un des plus atypiques. Il fallait être culotté pour lui donner cet aspect tout ce qu’il y a de plus humain tout en lui attribuant un comportement et une expression faciale d’un automate ridicule, à la fois rigide, maladroit et bizarrement attendrissant par moments. Pour sa performance très réussie dans ce rôle peu banal, Bridges fut nominé aux Oscars. A ce jour, il s’agit du seul film de John Carpenter qui ait reçu une nomination ! Karen Allen est le complément idéal à Bridges, elle dont les qualités émotionnelles constituent à la fois une énigme et une révélation pour Starman. Ces deux êtres si dissemblables vont s’enrichir mutuellement et se rapprocher progressivement. Le message de tolérance, dont le cinéma américain des années ’80 n’est pas avare, est on ne peut plus évident, mais admettons qu’il est au moins présenté d’une manière inattendue.

Si malgré toutes les embûches, Starman remporta un joli succès commercial, le film a hélas mal vieilli et souffre des similitudes criantes avec E.T. qui, de son côté, demeure ce chef-d’œuvre imperméable aux affres du temps – en dépit d’effets spéciaux tout aussi désuets. Plus grave, sans qu’on puisse y trouver une explication logique, Starman sera le dernier vrai succès commercial de John Carpenter à ce jour. Dès son opus suivant, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (1986), le cinéaste semble avoir perdu la formule magique et aura dorénavant du mal à financer presque tous ses projets suivants, sans parler de la décennie 90 qui le verra enchaîner les fours commerciaux – et artistiques, pour une bonne part. Le spectateur qui le découvre aujourd’hui doit donc prendre Starman pour ce qu’il est : un petit bonbon sucré au parfum nostalgique des années 80, au potentiel imparfaitement exploité et au timing pour le moins malheureux, mais dont une analyse plus fine révèle quelques surprises ainsi qu’une finesse insoupçonnée.

Synopsis : Échoué sur Terre, un extraterrestre prend l’apparence du défunt mari de Jenny Hayden et l’oblige à l’accompagner jusqu’au Meteor Crater en Arizona, où ses congénères doivent le récupérer. D’abord réticente, Jenny Hayden va finir par s’attacher à cette créature venue des étoiles.

Starman – Bande-annonce

Starman – Bande-annonce

Réalisateur : John Carpenter
Scénario : Bruce A. Evans, Raynold Gideon, Dean Riesner
Interprétation : Jeff Bridges (Starlan/Scott Hayden), Karen Allen (Jenny Hayden), Charles Marin Smith (Mark Shermin), Richard Jaeckel (George Fox)
Photographie : Donald M. Morgan
Montage : Marion Rothman
Musique : Jack Nitzsche
Producteur : Larry J. Franco
Maisons de production : Industrial Light & Magic (ILM), Delphi II Productions
Durée : 115 min.
Genre : Science-fiction/Romance
Date de sortie :  3 juillet 1985
États-Unis – 1984

La Jetée de Chris Marker : l’apocalypse du souvenir

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L’apocalypse chez Chris Marker, qu’elle soit tangible ou imaginaire, se finit par une mort certaine. Dans un monde, notamment Paris, dissout par une attaque nucléaire qui a rendu toute vie terrestre impossible à cause de la trop haute radioactivité dans l’air, l’humanité est devenue comme une souris dans une cage.

Elle tourne sur elle-même et tente en vain de trouver un sens à sa marche en avant ou en arrière. Seuls les souterrains peuvent accueillir la vie humaine. Bâtiments détruits, atmosphère nauséeuse, extinction de toute forme de paix et d’avenir, la guerre a fait de l’Homme un vagabond qui ne peut se déployer que dans les sous-sols lugubres, sombres et eux-mêmes anéantis par la mort. En ce sens, sous sa forme de « roman photo », La Jetée, ornée d’un noir et blanc majestueux, tend à rendre conjoints l’immobilité et le mouvement. Construire son récit par le biais de la fluidité d’un montage de photos permet de fragmenter la matière qu’est l’image, de laisser son empreinte encore plus vive et d’accentuer toute la symbolique qui en découle comme en atteste ce sentiment de perdition et de mort qui introduit chaque portion d’image.

Cette immobilité, accompagnée par la voix off spectrale de Jean Négroni, nous fait ressentir cette chute d’un monde post apocalyptique, cette plongée souterraine dont il sera difficile d’échapper. Pourtant, derrière cet espace clos, ces murs délabrés et ces pièces qui font l’écho de la torture infligée aux vaincus de la guerre, l’Homme pourrait avoir un semblant d’espoir de voir un jour réapparaître une vie qui lui est profitable : celle du voyage dans le temps pour y trouver des énergies ou des réponses, où des hommes vont servir de cobayes aux expériences des vainqueurs. Mais de ce voyage, il est question de dimension, celle qui est temporelle mais aussi et surtout celle qui est mémorielle, pour « naître une deuxième fois ».

La conscience humaine devient alors un refuge et un point d’ancrage pour faire le pont entre passé et le futur. Le présent, étant lui-même condamné à sa perte. Mais de l’immobilité de La Jetée, de ces multiples images qui viennent s’ajouter au récit comme des spasmes épileptiques, de ces visages aux traits rugueux et totalitaires, naît alors le mouvement du film, accompli par ce voyage intérieur et spatial. Le souvenir devient une matière tangible, un point d’accès vers le réel. Dans un monde sans date et en paix, un homme voit le visage d’une femme hanter ses pensées jusqu’à la voir et la rencontrer dans son « voyage ».

C’est alors que l’apocalypse se disperse et s’efface peu à peu pour laisser place au souffle de la vie et aux effusions amoureuses qui sont le point névralgique d’une œuvre qui essaye de baliser un chemin pour se sortir d’une fin proche. L’homme sort de son rôle d’instrument pour renouer avec sa valeur d’humain, son corps meurtri, esclave et son regard aveugle ne sont donc plus, pour ouvrir une fenêtre vers la mobilité de l’esprit et son envie de s’adonner à d’autres mondes. Récit d’anticipation, portrait éloquent et acide d’un avenir putride, questionnement sur la matière cinématographique et son penchant pour la création, histoire d’amour intemporel, La Jetée n’aperçoit finalement qu’une seule chose inébranlable : une mort aussi rapide qu’un battement de cil. 

Bande Annonce – La Jetée

Prédictions : Alex Proyas met en scène l’Apocalypse biblique

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C’est bel et bien le texte qui clôt la Bible qui a popularisé l’idée d’une Apocalypse qui serait la fin spectaculaire du monde et le début d’une nouvelle vie pour une poignée d’élus. Dans son film Prédictions, Alex Proyas reprend toute une imagerie qui relève de l’imaginaire biblique pour mettre en scène la fin de l’humanité.

Il faut attendre le milieu du film pour que Prédictions se révèle être un film apocalyptique.
La première partie de l’œuvre d’Alex Proyas se déploie comme un film catastrophe qui s’enroule autour d’une énigme.
L’énigme, c’est une suite apparemment aléatoire de chiffres, écrite par une écolière des années 50 à qui on avait demandé d’imaginer ce qui allait se passer dans les cinquante prochaines années. Cette liste arrive, 50 ans plus tard, en 2009, entre les mains d’un autre écolier, du nom de Caleb. Son père, professeur au MIT, découvre que ces chiffres constituent une liste de toutes les catastrophes, naturelles ou non, qui ont eu lieu entre 1959 et 2009, avec la date, le nombre de victimes et les coordonnées du lieu de l’incident.
Cette découverte va nous entraîner à la recherche des deux prochaines catastrophes, ce qui donnera lieu à une scène impressionnante de crash aérien.
Tout cela occupe une première moitié sans le moindre temps mort. Mais c’est vers le milieu du film que Prédictions semble changer de direction. John, le père de Caleb, part à la recherche de cette jeune écolière des années 50 pour comprendre par quel moyen elle a pu connaître toutes ces données sur des catastrophes futures. Se dresse alors, progressivement, l’image d’une jeune femme-prophétesse, vivant recluse et sans doute considérée comme folle.

La Révélation

Le récit prend alors un virage qui le mènera vers l’apocalypse.
Le mot “Apocalypse” est pris ici dans les deux sens du terme : le sens qu’il a pris au fil du temps, celui de “fin du monde” (si possible spectaculaire), mais aussi son sens étymologique, une révélation.
Car cette histoire est avant tout une révélation pour un scientifique agnostique qui découvre que le monde est déterminé, que tout est prévu à l’avance. Au début du film, nous voyons John donner un cours où il demande leur avis à ses étudiants : l’univers est-il déterminé (donc est-il une création avec un but, un monde dirigé par une intelligence supérieure) ou n’est-il que le fruit d’un hasard aveugle ? La réponse qui se dévoile au fil de l’action ne laisse aucun doute : la jeune Lucinda reçoit ces informations. Le monde dans lequel se déroule le film est donc bien déterminé, il est dirigé vers une fin.

Le fait que la révélation soit présentée sous forme de chiffres (donc que les chiffres contiennent une information divine) renvoie, quant à lui, directement à l’interprétation kabbalistique de la Bible.

La prophétesse et le soleil

Prédictions se présente alors comme une mise en images d’une apocalypse fortement inspirée par la Bible, plus précisément du premier chapitre du livre d’Ezéchiel, dans l’Ancien Testament de la Bible.
Ezéchiel était un prophète, et au centre de l’action du film se trouve également une prophétesse, Lucinda. Pour elle, ce don de prophétie n’était pas choisi, mais surtout pas du tout une bénédiction : à cause de lui, elle a vécu toute sa vie avec d’horribles visions de fin du monde, et elle a tout le temps été rejetée par les autres, au point de vivre recluse dans une cabane au fond des bois. Lucinda recevait donc des informations qu’elle se devait d’écrire, y compris en les gravant avec ses ongles sur tous les supports possibles.
La scène de la visite de la cabane où vivait Lucinda est sans aucun doute le moment central du film. C’est là que la révélation finale se fait. C’est là aussi que John découvre une gravure représentant… le premier chapitre du livre d’Ezéchiel.
D’où venaient les informations que recevait la prophétesse ? Dans le premier chapitre du livre d’Ezéchiel, le prophète dit qu’il voit une “gerbe de feu”. Dans la gravure, cette “gerbe de feu” est dessinée comme un soleil au centre duquel se trouve l’Être divin. De fait, le soleil est au centre de l’apocalypse dans Prédictions. Présent dès le générique de début, c’est lui qui est responsable des catastrophes qui s’enchaînent dans la première partie du film, faisant ainsi le lien entre les deux moitiés de l’œuvre : les éruptions solaires, détraquant les machines, causent ainsi le crash aérien avant de provoquer la fin de tout ce qui vit sur terre.
Mais plus que cela, il semble que ce soit par le soleil que Lucinda obtient ses informations. Ainsi, dans la scène d’ouverture, Lucinda regarde le soleil, qui paraît lui dicter cette série de chiffres. C’est d’ailleurs aussi en regardant le soleil, mais de manière plus scientifique, que John comprend la solution de l’énigme.
Enfin, toujours dans ce chapitre, Ezéchiel parle de quatre êtres “de forme humaine”, et d’où sortaient “des éclairs”. Là aussi, Alex Proyas a employé cette vision dans son film pour mettre en scène quatre personnages sombres et angoissants qui, au sens étymologique du terme une fois de plus, sont des Anges (c’est-à-dire des Messagers).

Le livre de l’Apocalypse

Si le film se base en partie sur cette vision inaugurale du livre d’Ezéchiel, plusieurs détails semblent aussi empruntés au livre de l’Apocalypse lui-même. Ainsi, la sphère temporelle où était dissimulée la révélation de Lucinda peut faire référence au fameux livre scellé de sept sceaux (Apocalypse, chapitre 5).
Le crash aérien peut renvoyer à l’étoile qui tombe du ciel (Chapitre 8).
En règle générale, les chapitres 7 et 8 de l’Apocalypse insistent sur le feu qui s’écrase sur la Terre (encensoir en feu, montagne embrasée, étoile ardente…).
Enfin, les quatre êtres communiquent avec Caleb en lui donnant des pierres noires là où, dans l’Apocalypse, les élus reçoivent “un caillou blanc” (chapitre 2). Ces cailloux noirs jalonnent alors la route qui mène Caleb et la jeune Abby vers le salut d’une nouvelle terre promise (dans l’Ancien testament, Caleb est le premier à pénétrer dans la Terre Promise (Livre des Nombres)).

Ainsi, c’est bel et bien une représentation biblique de l’Apocalypse qui est mise en image dans le film d’Alex Proyas. Cette représentation donne son unité à un film souvent sous-estimé, qui offre pourtant un grand spectacle et un sentiment d’angoisse qui caractérise cette fin de l’humanité.

Prédictions : bande annonce

The Thing (1982) de John Carpenter : le grand film qui ne veut pas de vos compliments

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1982. L’A310 et la fête de la musique décollent pour la première fois, un français est dans l’espace et John Carpenter a le budget et les idées pour réaliser The Thing, son chef-d’œuvre pop : c’était décidément une très belle année.

No future, but no present aussi

Dans l’espace, un éclair jaillit et fonce vers un endroit pas plus fréquenté que la campagne berrichonne en plein été : le pôle Nord. Le titre apparaît en lettres incandescentes, illuminées à l’ancienne, sans CGI trop parfaites : « John Carpenter’s The Thing », soit « Jean Charpentier, le truc » (ou la chose) pour un natif. Cela n’a l’air de rien, mais avant de voir gambader un chien-loup sur une ligne de basse d’Ennio Morricone, le fait est que les premières images de ce temple de la pop culture, déifié à juste titre comme le plus nihiliste des films cultes joue franc jeu dès le départ. Que vous aimiez les belles scènes d’introduction, il s’en cogne. Et c’est parti pour durer.

Synopsis : Hiver 1982 au cœur de l’Antarctique. Une équipe de chercheurs composée de 12 hommes, découvre un corps enfoui sous la neige depuis plus de 100 000 ans. Décongelée, la créature retourne à la vie en prenant la forme de celui qu’elle veut ; dès lors, le soupçon s’installe entre les hommes de l’équipe. Où se cache la créature ? Qui habite-t-elle ? Un véritable combat s’engage.

Être fan

The Thing est l’œuvre centrale d’une des filmographies les plus passées de main en main de l’histoire. Plusieurs générations se sont refilé les VHS, les DVD, les Blu-ray d’un cinéaste qu’on prend souvent en premier sur une pile de trucs à voir, avant même les classiques. Aujourd’hui sur le net, pas un podcast, pas une émission de ciné n’a oublié de parler du Roi de la série B, des tonnes de bouquins et de reportages sont sortis, en plus de coffrets DVD ornant nombre d’étagères (toujours dépoussiérées en premier). Ce phénomène culturel est toujours aussi poignant en 2020, en plein retour d’années 80 stylisées comme les précédentes ties avant elles : les fift, les sixt, les seven. Chacun porte sa croix. Dans la mine triste de John Carpenter, en bon dernier des mohicans, beaucoup de lassitude, un poil de rancœur, pas mal de regrets. Ceux du cinéaste maudit ne réalisant que des brouillons, géniaux, faute de temps, d’argent et de ce petit quelque chose qui fait les artistes conventionnels. Comme un Jean-Pierre Mocky, John est radin, découpe à la cisaille chaque plan et jette des pages de scénario trop chères pour en arriver à l’épure la plus poussée qui soit. C’est un poil cliché et romancé par l’intéressé, mais ça a marché, sur le tard, pour brasser une communauté transgénérationnelle de fans, tous convaincus que ce génie n’était pas hollywoodien parce que les studios ne le méritait pas. Et où est The Thing dans tout cela ? Il a déjà commencé.

Tong Tong

Et si E.T n’était pas sorti cette année-là ? Fou d’Howard Hawks, John Carpenter avait déjà piqué son pseudo de monteur sur Assaut (1976), John T Chance, au personnage joué par John Wayne dans Rio Bravo (H. Hawks, 1959). L’anecdote est radotée partout et par tous, Assaut étant le remake de moins en moins inavoué de Rio Bravo, mais elle rappelle la filiation qu’entretient John Carpenter avec ses cinéastes préférés, la même que ses propres fans avec lui : c’est un groopie. Au bon sens du terme, sans aucune arrière-pensée, The Thing abrite tous les hommages possibles à La chose d’un autre monde (C. Nyby / H. Hawks, 1959), réalisé et scénarisé en partie par Hawks, finalement non crédité. Derrière ces histoires de droits, d’intrigues de production, le parcours d’un film rageur se dessine. Le premier film est proche esthétiquement des fabuleux épisodes de La quatrième dimension, (1959-64) adaptant lui aussi La bête d’un autre monde (John W. Campbell, 1938) John Carpenter fut biberonné avec, a toujours rêvé de l’adapter lui aussi et en intègre une magnifique séquence, sur un écran de contrôle : celle de la découverte de la soucoupe volante. Dans ce plan du film de 1951, les savants tendent les bras autour d’une figure circulaire, pour mieux en comprendre la forme. Ils finissent en farandole. Dans The Thing, les bandes-son symphoniques des années 50 sont tuées. Un tong tong en intro, une nappe en fond sonore : le ton est donné, clairement crépusculaire.

L’âge de glace

The Thing est un film taiseux. Aucune femme sur la base, la seule étant incarnée par Adrienne Barbeau, alors mariée avec John Carpenter : elle incarne la voix d’un ordinateur jouant aux échecs mieux que Mac Ready (Kurt Russell). Il ne fallait pas : la voilà grillée, laissant les clés du film à une bande d’outsiders que seules les années 80 pouvaient tisser. Un scientifique parano, un maître chien quasi muet, un chef des opérations plus hawksien que John Wayne. La liste pourrait se poursuivre. Aucun n’a envie d’être là, tous le subissent et voudrait bien le faire payer à qui de droit. Mais plus maintenant, ils s’en foutent. Marqué par la figure tutélaire de Mac Ready, le parfait anarchiste, se foutant de tout et surtout de l’avenir, le film laisse raidement deviner que cette troupe n’a aucune chance de sauver qui que ce soit. Et cela tombe bien, c’est comme cela qu’ils entrent tous dans la légende.

Les horreurs sont humaines

Kurt Russell incarne un des plus grands rôles de sa vie en dessinant cette énergie lascive du renoncement. Lourd, massif et déçu, sa carcasse est celle d’un héros profondément dépressif, et le génie de The Thing est d’oser le mettre en avant face à une créature refusant toute forme d’identité. En singeant toutes les formes de vie, elle n’en a aucune, face à un héros pour qui l’orgueil n’existe plus, tout comme la figure du héros, sur laquelle aucun personnage de John Wayne ne reculait. Ce procédé, terriblement déstabilisant, présente un bonhomme ne voulant pas être la vedette d’un film, entouré d’autres soupirants soupirants, les bras ballants de tomber là-dedans. Si The Thing était un documentaire, ils auraient tous refusé d’en être. Tant mieux. L’horreur dans ce film est d’avoir un regard formaté aux vieux schémas narratifs perdus, cherchant de l’œil un sauveur, un miracle, une cape… Et ne rien trouver. The Thing refuse tout, la beauté, le calme, la morale.

Il n’en restera qu’un

Ce film exceptionnel est celui d’un cinéaste acceptant mal une glorification qu’il a cherchée toute sa vie. The Thing est très mal reçu, gagnant ses galons de chef-d’œuvre sur le tard, quand l’ombre d’E.T le gentil extraterrestre, sorti la même année en salles, se dispersera pour laisser la vérité éclater sur le long terme. Le film de Carpenter y gagnera la postérité méritée, pour avoir réussi à donner envie de voir et revoir une œuvre singeant un très large panel de l’âge d’or hollywoodien en pompant l’esprit persifleur du Nouvel Hollywood, dans lequel John Carpenter ne s’est jamais retrouvé, pour capter l’atmosphère très noire des années 80. Loin de la guimauve servie par Stranger Things, ces 80’s servies par ceux qui ne les ont jamais connues et ne le souhaitent pas, de toute façon.

Mauvais sang

Il est d’une logique implacable qu’il soit très difficile de sortir une seule scène de The Thing. C’est d’ailleurs un moyen assez sûr pour vous fâcher avec vos amis durablement, bien plus sûrement que de débattre avec des potes cinéphiles sur l’orientation politique de John Carpenter. Pourtant, celle du test sanguin (attention spoilers) donne au film la marque pérenne d’une œuvre visionnaire touchant au génie. Mac Ready menace d’un lance-flamme les survivants de l’équipe, tous suspectés d’être devenus la chose, après plusieurs attaques, et mène, tambours battants, la chasse aux sorcières la plus organique qui soit. Scénaristiquement, l’épure clinique touche tous les esprits : une aiguille brûlante est trempée dans le sang de chacun des suspects, censée réagir on ne sait comment. C’est long, gradué et puissant : la scène est devenue culte. Comment revoir cette séquence en 2020 sans penser au SIDA qui court et deviendra juste après la pandémie la plus mortelle de l’histoire ? Sa brutalité ramène les rapports humains à l’âge de pierre et évoque la violence de la société américaine des années Reagan, les héros polissés des années 50 dans le viseur, riches d’une économie florissante mais sèches de héros collectifs à la Henry Fonda. Las, loin des Rocky, des gros bras et des mignons blockbusters, The Thing est le pendant reclus de toute cette clique de la pop culture, sombre, sûrement, mais tout seul. C’est un regret que beaucoup partagent : pourquoi la Science-fiction ne s’est-elle pas obscurcie plus tôt, quand est-elle devenue un entertainment fun qui permet aux familles d’aller au cinéma tous ensemble ?

The end of the fucking world

Avant que l’esprit Disney rentre dans tous les cerveaux des scénaristes et que les morts ne sortent du champ des caméras, The Thing chantait déjà la fin d’une série B paumée, tendant les bras au succès à tout prix sans savoir quoi en faire. Après lui, John Carpenter redevient le marginal, le punk, la cassandre qui recevra des lauriers bien trop tard, mais les seuls qui valaient. Il retourne à ses séries B mises de côté pour le grand public par les barbouzes des études de marché, des projections-test et des reshootings. A ces personnes-là, la scène de fin la plus ouverte de John Carpenter sonne comme une sentance. Le monde mérite-t-il d’être sauvé ? C’est peut-être pire : il ne mérite même plus que l’on se pose la question.

Bande annonce : The Thing

Fiche technique

Titre : The Thing
Titre original complet : John Carpenter’s The Thing
Réalisation : John Carpenter
Assistant-réalisateur : Larry Franco
Scénario : Bill Lancaster, d’après l’œuvre de John W. Campbell (Who Goes There?)
Musique : Ennio Morricone (musique additionnelle : John Carpenter et Alan Howarth (non crédités))
Photographie : Dean Cundey
Montage : Todd C. Ramsay
Son : Bill Varney, Steve Maslow et Gregg Landaker
Maquillages : Rob Bottin, Ken Chase, Ken Diaz et Stan Winston (non crédité)
Cascades : Dick Warlock
Production : David Foster, Lawrence Turman et Larry Franco
Sociétés de production : Universal Pictures et Turman-Foster Company
Budget : 15 000 000 $ (estimation)
Format : couleurs par Technicolor — 2,35:1 Panavision — Dolby — 35 mm
Durée : 109 minutes
Dates de sortie: États-Unis : 25 juin 1982, France : 3 novembre 1982 / 27 janvier 2016 (version restaurée)
Interdit aux moins de 13 ans lors de sa sortie en salle en France (puis aux moins de 12 avec le changement de la classification)

Distribution
Kurt Russell (VF : Patrick Floersheim) : R. J. « Mac » MacReady, pilote d’hélicoptère
Wilford Brimley (VF : William Sabatier) : Dr. Blair, chef du département scientifique et biologiste
Keith David (VF : Jacques Richard) : Childs, mécanicien
David Clennon (VF : Patrick Poivey) : Palmer, assistant mécanicien et copilote.

Une critique de la série télévisée de 2019 « When they see us »

Il y a trente ans, cinq adolescents de couleur ont été arrêtés et accusés d’avoir violé et battu une joggeuse blanche à Central Park. Les procureurs et les journalistes, à l’époque, les avaient désigné comme une seule et même unité après leur présumée agression: une meute de loups, ou sous le qualificatif sous lequel ils étaient dénommés, les Central Park Five (les cinq de Central Park).

Lancée sur Netflix en 2019, la série « When they see us », qui parle de ce triste événement, a beaucoup fait parler d’elle aux États-Unis. À l’ère de Black Lives Matter, cette série prend tout son sens et nous permet également de découvrir une réalisatrice douée et des acteurs tellement dans leurs personnages qu’on oublie qu’ils sont en train de jouer.

Une histoire vraie et tragique qui met en lumière des faiblesses du système judiciaire

Ava DuVernay, réalisatrice de la mini-série Netflix, a travaillé avec sensibilité sur ce qui est arrivé à ces garçons. Elle ôte la tendance déshumanisante qui consiste à n’en faire qu’une seule entité et montre à la place ce que chacun d’eux a vécu individuellement lorsqu’ilsils ont été contraints de faire de faux aveux, forcés de faire de la prison pour un crime qu’ils n’ont pas commis, et finalement disculpé lorsque leurs condamnations ont été annulées en 2002.

L’histoire des Central Park Five a été largement couverte par les médias, ainsi que dans le documentaire de 2012 The Central Park Five, co- réalisé par Ken Burns, Sarah Burns et David McMahon. Mais cette mini-série, qui est disponible sur Netflix, semble plus personnelle en raison de l’approche intime de la réalisatrice; cette dernière a réalisé et co-écrit les quatre

épisodes. Les performances sont réfléchies sur tous les plans, et en particulier sur celui des acteurs qui donnent aux accusés des rôles de garçons et d‘hommes et non plus celui de racailles.

Un jeu d’acteur époustouflant

serie-netflix-avis-When-they-see-usLes performances, des jeunes acteurs et des plus âgés, sont uniformément étonnantes, en particulier des cinq acteurs principaux, Asante Blackk, Caleel Harris, Ethan Herisse, Marquis Rodriguez et Jharrel Jerome, dont la plupart ont à peine quelques années de plus que les adolescents qu’ils jouent. Ils capturent l’innocence, dans tous les sens du terme, des enfants et la permanence de sa perte. C’est un grand privilège de les voir.

La dynamique entre les parents des garçons est tout aussi intense, en particulier entre la mère de Yusef, Sharone (Aunjanue Ellis) et la mère de Korey, Delores (la fougueuse Niecy Nash), qui en veut à ce qu’elle perçoit comme la tendance égoïste de Sharone à mettre les besoins de son fils au-dessus de ceux des autres. Le climat au sein de chaque famille change au fil des ans: pour Ray, qui rentre chez lui pour retrouver son père (John Leguizamo) marié à une femme plus jeune (Dascha Polanco d’Orange Is the New Black), et pour Antron, dont le père peu fiable (Michael K. Williams) est tombé très malade. Métaphoriquement et littéralement, c’est comme s’il n’y avait plus de place pour ces garçons dans leur monde.

« When They See Us » a un peu tendance à pencher vers le mélodrame, ce qui peut parfois fonctionner mais fait parfois tomber la série dans des clichés, en la rendant lourde et il devient difficile pour le spectateur de s’y plonger. Heureusement, au final, la série a une fin triomphante pour ses protagonistes. Plus que tout, cette mini-série nous rappelle que ce qui est arrivé à ces cinq garçons il y a trois décennies pourrait tout aussi bien se produire aujourd’hui, et cela, avec l’appui de certaines personnalités puissantes qui percevraient cela comme juste.

Written by Katya Smith