Fog : John Carpenter et le Vaisseau Fantôme

Après le succès inattendu de Halloween, John Carpenter signera un contrat avec AVCO Embassy Pictures pour deux films. Avant New York 1997, Carpenter réalise donc Fog, un conte fantastique noir d’une grande réussite.

Fog commence par un feu de camp. Devant des enfants fascinés, un vieux marin se lance dans une de ces histoires que l’on aime se raconter pour se faire peur, le soir avant d’aller se coucher. Cette scène, apparemment coupée du reste du film, donne cependant le ton : nous sommes dans une histoire simple, un de ces contes fantastiques hérités d’Edgar Poe (une citation de l’écrivain figure en ouverture du film). Une histoire de malédiction, de fantômes, de morts qui reviennent se venger, et des références évidentes aux légendes du Vaisseau Fantôme. Avec tout cela, John Carpenter nous propose un divertissement de grande tenue.
L’une des réussites du film provient de l’atmosphère que Carpenter sait y installer. A partir de minuit (l’heure magique des contes), tout semble se détraquer dans la petite ville d’Antonio Bay. Des vitres explosent, des voitures se mettent en marche toutes seules…
Un des lieux importants du film sera la petite église de la ville, un bâtiment qui, par le secret qu’elle dissimule, n’est pas sans préfigurer l’église dans le Prince des Ténèbres, du même cinéaste. Bien entendu, la vieille église est le lieu idéal pour comprendre que les légendes ne sont pas dénuées de réalité, et que cette réalité n’est pas celle que l’on espérait. Selon une méthode que Carpenter emploiera plusieurs fois par la suite, la vérité sortira d’un livre secret, un journal dissimulé dans les murs de l’église.
Tout, dans cette ville, renvoie à l’élément marin. La mer est visible dans de très nombreux plans, et quand elle n’est pas présente effectivement, elle est représentée symboliquement : un coquillage ou une mâchoire de requin comme élément de décoration, l’église qui ressemble à une carcasse de bateau renversée, le phare transformé en studio radio… Tout cela pourrait sembler totalement innocent, si la mer n’était pas synonyme de danger dans ce film.
De tout cela se dégage l’idée que la ville appartient à la mer, qu’elle en est à peine sortie. Et la mer, elle, est immédiatement montrée comme le lieu d’un danger de type surnaturel. Elle rejette des pièces anciennes qui se transforment en bouts de bateau. Le brouillard avance contre le vent. Il semble luire d’une lueur fantomatique. Enfin, ce brouillard semble s’insinuer absolument partout, comme une inondation qui ravagerait une petite ville côtière. La réalisation, discrète mais empreinte d’un grand souci du détail, fait naître une idée bien avant qu’elle ne soit confirmée par les dialogues : la mer vient rechercher ce qui lui appartient. La ville et tout ce qu’elle contient est le domaine de la mer.

Carpenter a fait le choix de ne pas faire peur. Nous connaissons tous suffisamment le réalisateur de The Thing ou L’Antre de la folie pour savoir que, s’il veut nous terrifier, il peut le faire sans problème. Mais Fog n’est pas un film d’horreur.
Certes, les meurtres accomplis par les fantômes relèvent du slasher : ils tuent avec leur sabre ou des crochets de boucher. Certes, on aperçoit un “visage” infesté de vermine. Mais l’esthétique de Fog renvoie plus au conte fantastique, et nous sommes, finalement, assez proche de certains films de la Hammer.
Carpenter a aussi l’intelligence d’éviter le grandiloquent. Ici, pas d’hémoglobine à outrance ou de musique grandiose. Les fantômes sont plongés dans le noir, dans le brouillard et filmés à contre-jour. Le cinéaste veut conserver cette idée de l’histoire un peu inoffensive que l’on se raconte entre amis au coin du feu. Un film “bon enfant”, pourrait-on lui reprocher, mais c’est justement ce que cherche Carpenter ici.
Ce qui n’empêche pas Fog d’être absolument passionnant. Comme pour Halloween, Carpenter a choisi de réduire la durée de l’action, qui se déroule en 24 heures. Cela, ajouté à la durée relativement courte du film, impose immédiatement un rythme qui ne faiblira pas. Le nombre plutôt important de personnages principaux permet de multiplier l’action, qui explore ainsi plusieurs pistes en même temps (l’exploration du Sea Grass, la présentatrice radio Stevie Wayne et son fils, le prêtre avec le journal de son ancêtre, etc.).
Le résultat est un film d’une grande tenue, solidement réalisé et interprété (il permet de réunir Jamie Lee Curtis et sa mère, Janet Leigh), baignant dans un ambiance noire de conte fantastique.

Fog : bande annonce

Fog : fiche technique

Réalisateur : John Carpenter
Scénario : John Carpenter, Debra Hill
Interprètes : Adrienne Barbeau (Stevie Wayne), Janet Leigh (Kathy Williams), Jamie Lee Curtis (Elizabeth Solley), Hal Holbrook (Father Malone), John Houseman (Mr. Machen)
Photographie : Dean Cundey
Montage : Tommy Lee Wallace, Charles Bornstein
Musique : John Carpenter
Production : Debra Hill
Société de production : AVCO Embassy Pictures, E.D.I., Debra Hill Productions
Société de distribution : AVCO Embassy Pictures
Date de sortie en France : janvier 1980
Genre : fantastique
Durée : 90 minutes

Etats-Unis – 1980

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
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