Ghoul : la mini-série indienne Netflix qui en a une belle

Vous pensez que l’Inde ne fait que des telenovelas cheap avec des effets spéciaux dignes d’un projet de cinéma de CE1 d’Angoulême ? Alors préparez-vous à changer d’avis avec Netflix et sa mini-série Ghoul.  

Another BRICS in the wall. Netflix a bien retenu ses cours d’histoire-géographie puisqu’elle a saisi que le développement de sa marque et du mur de contenus aux quatre coins du globe se ferait par des productions dans des pays en développement. Bien que le géant américain ne se soit pas encore incrusté chez ces bons vieux Poutine et Xi Jinping (À quand la Guerre Froide du Divertissement ?), ou encore même en Afrique du Sud, elle a déjà conquis le Brésil avec sa série 3%, sortie en 2016.

Depuis, le producteur mastodonte s’est aventuré en terre indienne avec Sacred Games. Avec la deuxième population mondiale, l’Inde s’apparente comme le pays idéal pour un développement du divertissement, d’autant plus quand la Chine vous bloque l’accès. Fin Juillet sort donc une mini-série horrifique en 3 parties sur la Goule, une sorte de Djinn créature issue de la mythologie arabe et perse. Un synopsis simple pour une série courte : une nouvelle interrogatrice arrive dans une prison secrète servant de lieu d’interrogatoire au fin fond d’une Inde futuriste et totalitaire. Mais tous les détenus ne semblent pas être humains.

Amateur de cuisine indienne et toujours prêt pour une soirée d’horreur, il n’en fallait pas plus pour me faire livrer à manger ! Alors à table pour déguster ce met indien concocté par le chef Patrick Graham, et अच्छी भूख (Google Traduction est ton ami).

Une ambiance presque parfaite

Un film d’horreur sans ambiance, c’est comme Nadine Morano dans un mariage sénégalais. Ça peut faire peur, mais c’est pas crédible. La mini-série indienne des producteurs de Get Out ne lésine pas sur les moyens concernant cet aspect, malgré seulement 3 épisodes.  

À peine les samosas sabzi servis sur ma table basse que la série débute avec un raid militaire dans un lieu délabré et sombre, se projetant presque dans une session d’Urbex qui a dégénéré en partie d’airsoft. Le GIGN hindou avance doucement mais sûrement, l’équipe d’en face semble quelque peu désemparée. Le match est clairement déséquilibré quand on aperçoit un homme tout chétif tituber vers l’escouade militaire pour leur prononcer ces mots : “ Tout le monde est mort “.

Tout aurait pu s’arrêter sur ce forfait, mais c’était sans compter sur la jolie scarification qu’avait sur le bidou le pauvre jeune homme et la détermination de la brigade pour trouver leur cible : Ali Saeed. L’escouade progresse jusqu’à le trouver. Et là, sans animosité, il va marmonner quelques sombres paroles pour convaincre le leader, d’une facilité déconcertante, dans une salle dont la pénombre nous rappelle nos sombres cauchemars enfantins.

Et c’en est fini pour «l’horreur» du premier épisode. Ces 7 premières minutes auront pour but de vous mettre l’eau à la bouche et un peu de Djinn dans les tripes. S’en suit sur la totalité de l’épisode un flash-back d’un mois pour instaurer le cadre.

Nous sommes dans une dystopie indienne, où l’on pratique des autodafés qui ne sont pas sans rappeler, à demi-mesure bien entendu, ceux du 10 Mai 1933 procédés par les nazis. Et, de fil en aiguille, on y découvre un milieu où règne un régime totalitaire, l’Armée, jugeant les écrits comme séditieux et procédant à des actes “ nécessaires “ pour les individus ayant besoin de “ rééducation “.

C’est ainsi en tout cas que les qualifient Nida, le personnage principal, endoctrinée par l’Académie, les SS indiens, au grand dam de son père, professeur de philosophie, qui lui fuit son foyer avec ses notes de cours. Désaccord qui aboutira à une vilaine délation de la part de Nida, ajoutant un aspect encore plus inhumain à cet environnement bien que trop connu dans nos livres d’histoires et dans la mémoire de nos aïeuls.

L’histoire se poursuit avec cette Nida qui, grâce à son éducation reçue à l’Académie, se verra être emmenée en mission au Meghdoot 31, un centre d’interrogatoire avancé. Le cadre cellulaire de la prison qui n’a “ qu’une seule porte d’entrée et de sortie “ et dont les routes inondées signent comme un piège au spectateur : après un petit tour dans cette néo-Inde totalitaire, le tchou-tchou touristique s’arrête en gare carcérale pour nous laisser confinés dans cet environnement qui demeure assez similaire à l’ambiance mortifère et sadique de Saw.

La lumière est très bien maîtrisée et n’a rien à envier aux meilleures productions du genre, affaiblissant nos iris pour nous imaginer être dans la peau de ces (pauvres) personnages. On se projetterait presque dans une partie de Resident Evil, manette à la main prêt à casser des crânes. La BO, lourde, est utilisée aux moments opportuns et ne dégrade en rien les tensions oscillatoires.

À noter également que certains acteurs indiens ne recevront pas de distinctions internationales tant qu’ils surjoueront autant que ne peut le faire Neymar sur un terrain de football (Coucou Ratnabali Bhattacharjee).

Après le visionnage de ce premier épisode, il est vrai qu’il est assez difficile de se projeter dans l’horreur, et l’on reste aussi sceptique sur la dimension terrifique à venir. Il n’empêche qu’on ne peut enlever à la série de vouloir prendre son temps et de placer un environnement totalitaire pesant au détriment d’une narration aussi soporifique qu’un débat sur “ Qui est le plus beau entre Henry Fonda et Charlton Heston ? “ dans une maison de retraite.

Votre créature : avec ou sans badassitude ?

Avec un poulet tikka masala accompagné de son environnement si calfeutré, il aurait été dommage d’avoir Tinki Winki en tant que figure menaçante dans cette mini-série des producteurs de Paranormal Activity. Que les aficionados du genre se rassurent, le Ghoul vous mettra autant la pression qu’un huissier au pas de votre porte. Issue de la mythologie arabe et perse, cette créature a pour particularité de changer de forme comme Manuel Valls de veste, prenant souvent l’aspect d’une hyène ou d’une femme dans les contes de Mille Et Une Nuits. Charognard avide de chair humaine, cette classe de djinn profite de ses pouvoirs pour assouvir ses besoins. Quoi de mieux donc d’une créature métamorphe pour ajouter une pincée de sel dans ce bol d’inquiétude ambiante ?

Et là intervient justement la subtilité et la jonction entre l’environnement et la créature. À l’instar des dernières productions du genre, comme The Terror, on se joue de la perception du spectateur afin de créer un film horrifique d’ambiance. Il vous faudra attendre la moitié de la série pour rentrer dans le vif du sujet et constater le réel potentiel de cette menace lors d’une scène d’interrogatoire aussi absorbante qu’une conférence gesticulée de Franck Lepage. Cette scène annonce le tournant et plonge (enfin) le spectateur dans l’horreur.

Mêlant langue araméenne et torture à la Guantanamo, la classique opposition du tortionnaire dominé et du torturé dominant fait mouche. À coup de provocations et avec un sang froid digne d’un Heisenberg des grands soirs, le duel psychologique débute et la tension monte crescendo à la hauteur d’un débat présidentiel Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon.

Côté peur, ne vous attendez pas à sauter du lit non plus. Rares sont les moments où la Goule montre la sienne. Cependant, le peu de fois sont convaincantes, notamment sur le premier protagoniste terroriste. C’est sur sa raréfaction qu’elle l’est justement, tout autant que son maquillage blafard et la noirceur de ses rétines symptomatiques de la possession vous plongera dans les bras d’Hadès.

N’espérez pas non plus une escalade de violence qui peut vite devenir vicieuse. Au-delà de quelques brefs passages sanguins où l’on devine qu’on n’est pas loin du festival espagnol de la tomate, la mini-série des producteurs d’Insidious sait jouer sur l’imaginaire du spectateur pour ne pas surjouer dans le gore à la Saw. Pas de quoi en perdre la tête donc, sauf pour certains …

J’ai apporté la critique sociétale

Le kulfi servi, c’est presque l’heure de passer à l’addition. Avec un fin qui ne nous laisse pas sur notre faim, notre gourmandise nous ferait presque demander une saison 2 à Netlflix tant elle ouvre l’appétit. Mais il y a ce petit goût qui reste en bouche, celui d’une mini-série qui profiterait de l’horreur pour nous faire cogiter sur une critique plus profonde, au-delà d’un simple divertissement terrifique.

La créature aura joué sur la psychologie des personnages pour les faire sortir de leurs gonds, en sachant appuyer là où ça fait mal : dans son for intérieur et dans les secrets qui y sont enfouis. La culpabilité joue une place prédominante dans le pouvoir de la créature, allant même jusqu’à les manipuler pour faire ressortir leurs instincts les plus primitifs. Et si l’on se penche au-delà de la trame horrifique, il y a, à mon avis, un vrai message sociétal contemporain, même si Patrick Graham insiste sur le fait qu’aucun groupe social n’est visé.

J’énonçais en introduction mes cours d’histoire-géographie, alors faisons-en un concis pour comprendre le contexte géopolitique. Depuis des siècles, la frontière entre l’Inde et le Pakistan est une vraie poudrière. L’Inde, bien que constitutionnellement laïc, entretient une rivalité ancestrale voire une haine viscérale avec son voisin pakistanais où l’Islam est la première religion et ce depuis les dynasties présentes bien avant la colonisation. Ces rivalités religieuses s’étalent dans d’autres domaines : culturels, économiques et sociologiques entre autres.

La subtilité provient de cette double-culpabilité : celle qui est instaurée pendant les interrogatoires, qui sert le récit et font agir les protagonistes à leur insu dans une dystopie qui ne semble pas avoir fait table rase du passé, bien au contraire. Et celle sous-jacente, bien réelle et qui conserve des tensions ancrées dans les mœurs de cette région du monde.

La question n’est pas de savoir si la faute est jetée à l’Inde avec sa stratification sociale en castes ou le Pakistan avec ses nombreuses attaques depuis les dernières décennies (l’incendie du 27 Février 2002 à Godhra, l’attaque à la bombe du 25 Mars 2003 et les attaques terroriste du groupe des Moudjahidin du Deccan en Novembre 2008 à Bombay ou bien le triple attentat du 7 Mars 2006 à Bénarès) mais à des tréfonds bien plus universels tels que sont les vices humains.

En effet, Ali Saeed est désigné comme terroriste musulman et Nida est quant à elle une membre lobotomisée de l’Armée. De ce côté-là, c’est un match nul pour la connerie humaine. Mais elle peut nous interroger sur « Comment réagirais-je dans un cas si extrême auquel le personnage est confronté ? ». Car comme disait Yoda : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. Et c’est cette escalade d’émotions négatives qui obligent les esprits les plus pervers à jouir de leur statut, d’autant plus dans un régime totalitaire. Et c’est ce qui est soumis dans cette scène d’interrogatoire qui finit en contrôle technique avec pinces crocodile et barbecue pakistanais.

Et c’est la question que l’on peut se poser. Si l’on en suit l’étymologie, terroriste provient du mot terreur (assez logique en soit). Dans une mini-série où la terreur prend place dans le corps d’un terroriste, ne serait-ce pas là confronter le spectateur à son jugement et ses réactions face à la peur de la terreur ? Se mettre face à lui-même et dans la peau du tortionnaire pour constater si oui ou non la peur atténue la violence en cas de domination ? Question philosophique à laquelle aurait pu répondre le père de Nida si son apparition n’avait pas été aussi courte que celle de Ned Stark dans Game Of Thrones.

En conclusion, Netflix a plus que réussi son pari et a bien flairé le filon Bolywood pour produire ses contenus sur le continent asiatique, qui plus est dans un registre horrifique qui lui sied comme un gant. Le choix d’une mini-série paraît est même très judicieux puisqu’une soirée (ou un repas même) suffira pour visionner Ghoul d’une traite. En attendant le digestif, un peu de Djinn ne serait pas de refus pour une deuxième tournée.

Ghoul : Bande-annonce

Ghoul : Fiche Technique

Créateurs : Patrick Graham
Réalisation : Patrick Graham
Scénario : Patrick Graham, Kartik Kirshnan, Sarang Sathaye
Interprétation : Manav Kaul (Colonel Sunil Dacunha), Radhika Apte (Nida Rahim), Rohit Pathak (Capt. Lamba), Ratnabali Bhattacharjee (Laxmi Das), Sunil Soni (Ray), Kailash Kumar (Rajan), Harry Parmar (Gupta), Mahesh Balraj (Ali Saeed)
Image : Jay Oza, Jay I. Patel
Musique : Naren Chandavarkar, Benedict Taylor
Montage : Nitin Baid, Patrick Graham
Direction Artistique :
Costumes : Shruti Kapoor
Production : Jaso Blum, Dipa de Motwane, Tanvi Gandhi, Michael Hogan, Kilian Kerwin, Madhu Mantena Varma
Société de Production : Blumhouse Productions, Invahoe Pictures, Phantom Films
Genre : Drame, Fantaisie, Horreur, Science-Fiction
Format : 45 minutes
Diffusion : Netflix

Festival

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