3% la série dystopique réussie de Netflix

Ce n’est pas sans penser à Hunger Games ou encore Divergente que l’on parlera de la première série brésilienne de Netflix intitulée 3 % mais pourtant, Pedro Aguilera a su se détacher des références évidentes pour créer quelque chose de singulier.

Synopsis : 3% nous plonge dans une société dystopique divisée en deux : d’un côté les riches (3% de la population) et de l’autre les pauvres vivant sur le Continent. Pour pouvoir accéder à la plus haute strate, les participants n’auront le droit qu’à une seule chance et se départageront autour d’épreuves. Un moyen si malsain et si abusif qu’un mouvement rebelle tente d’agir contre le Processus : La Cause. Mais seulement 3% d’entre eux arrivera au bout et accèdera à l’Autre Rive.

Attention critique pouvant contenir des spoilers !

Renouveau d’abord et changement pour Netflix qui diffuse sa première série brésilienne grâce à 3%. Il est très vite agréable d’oublier l’accent américain au profit de la langue brésilienne, très peu entendue dans le monde des séries ou du cinéma. Cela crée rapidement un peu d’originalité bien que l’intrigue en elle même aurait pu avoir lieu dans bien d’autres endroits du monde puisque nos sociétés actuelles divisent presque de manière innée leur population dans différentes classes selon les capitaux. Ici, la série reflète bel et bien l’état de crise du Brésil où la tête du pays laisse totalement les plus démunis de côté, en partie dans les favelas que l’on voit omniprésentes sur le Continent. 3% n’a alors pas le budget des grosses séries américaines mais parvient malgré tout à trouver sa place.

À la manière d’autres séries, on découvre un bout de l’histoire des personnage sur qui l’intrigue est resserrée dans chacun des épisode. Ce qui est parfois touchant devient parfois maladroit, comme si cela cherchait à cacher les failles de l’intrigue principale. L’amateurisme des comédiens rend parfois l’empathie difficile car ils ne touchent pas le public autant qu’ils le pourraient. Cependant, ils s’abandonnent totalement au scénario et le servent autant qu’ils le peuvent malgré quelques faiblesses de ce côté. Parfois trop linéaire et plat, il est regrettable que le film ne laisse pas voir suffisamment  d’opposition à ce système à travers la Cause, peu exploitée. 3-pour-cent-serie-netflix-critique-saison1-joao-miguel-discours-processusCette première saison reste globalement un peu trop en surface là où elle pourrait frapper fort mais c’est ce qui maintient en haleine d’une certaine façon puisque l’envie d’en découvrir davantage est plus forte que le reste. Cette qualité là semble alors essentielle pour la réussite d’une série et Pedro Aguilera y excelle véritablement. Toutefois, un travail supplémentaire pourrait être établi sur les liens entre les personnages qui forment le cœur principal de l’intrigue. Leur histoire et leur passé intéressent forcément pour éclaircir beaucoup d’aspects mais leur présent est bien plus fort et important à traiter. De plus, la technique utilisée pour 3% ne laisse pas la porte ouverte à beaucoup de création bien que la musique représente une part importante des émotions qui ne passent pas forcément par les images.

Si les séries tendent forcément à divertir leurs audiences, toute série d’anticipation et encore plus si  dystopique a son message à faire passer. 3% fait alors le portrait d’une société méritocratique donnant l’illusion de la justice. Le mérite serait la meilleure manière de donner l’égalité des chances au peuple, du moins c’est ce dont tout le monde nous persuade aujourd’hui et c’est ce qu’Ezequiel fait aussi croire aux jeunes qui viennent tenter le Processus. Beaucoup sont prêts à tout pour arriver au bout de celui-ci, y compris à sacrifier toute morale et tout lien familial. La série débute par un aperçu des favelas et de la pauvreté omniprésente sur le Continent pour se poursuivre par le chemin des jeunes vers le lieu où ils pourront répondre aux exercices de ce fameux Processus. Si ce dernier est leur seul espoir d’avoir une vie meilleure, certains y croient aveuglément. Les mouvements et les regards rappellent alors immédiatement ceux d’une secte, les jeunes sont obnubilés par le discours du dirigeant du Processus et par leurs objectifs.

Plus largement, le créateur de 3% cherche à montrer de quelle manière nos sociétés sont constamment catégorisées et hiérarchisées. Ces dynamiques sociétales courent tout droit vers la perte d’une humanité que l’on voit pas à pas se transformer dans le Processus où la loi du plus fort règne telle dans une jungle. Mais ici, il en ressortirait presque que ce n’est pas le plus fort qui gagnera, mais le plus malin, vicieux ou égoïste. Cette sélection fait ressortir le pire de chacun. Et pourtant, le collectif prime souvent sur l’individuel puisque beaucoup d’épreuves sont réalisées en groupe. Pas d’autres choix alors que d’aider leurs camarades s’ils veulent s’en sortir. Est-ce-que le réalisateur essaie de faire passer un message selon lequel le mérite et la réussite ne sont rarement dus qu’à soi même ? Peut être. En tout cas, ces réflexions semblent mûrir dans la tête des personnages que l’on trouve plus apaisés et moins rancuniers à la fin de la saison. 3pour-cent-serie-netflix-bianca-comparato

En effet, 3% ne se porte pas réellement comme une série novatrice mais reste solide sur ce qu’elle présente avec d’importants messages. La dystopie présente toute la relativité entre justice, mérite et réussite et c’est ce qui passionne les esprits du début à la fin. La saison 2 s’annonce intéressante, en partie pour voir ces bouts de personnages évoluer et les actions de la Cause que l’on espère plus virulente à travers deux personnages majeurs.

[irp posts= »108583″ name= »Planning des séries télévisées US pour la rentrée et pour l’hiver 2017″]

3% : Bande Annonce

3% : Fiche Technique

Crée par : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Casting : Joao Miguel, Bianca Comparato, Miguel Gomes, Rodolfo Valente, Vaneza Oliveira, Viviane Porto
Réalisation : Pedro Aguilera
Scénario : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Producteurs : Tiago Melo
Sociétés de production : Films Boutique
Format : 47 minutes
Nombre d’épisodes : 8
Diffusée sur : Netflix
Genre : science-fiction, drame, thriller
Premier épisode : 25 novembre 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.