« Van Gogh » : dessiner l’ineffable

L’auteur et dessinateur croate de bandes dessinées Danijel Žeželj se penche sur la biographie et la psyché de Vincent van Gogh. Son travail, à découvrir aux éditions Glénat, est presque exclusivement graphique et sensoriel.

À la base, il y a quinze lettres envoyées par Vincent van Gogh à ses proches. Cette correspondance débute dix-sept années avant la mort du célèbre peintre hollandais. C’est à partir de cette matière intime et littéraire que Danijel Žeželj va retranscrire graphiquement l’histoire de celui qui fut l’un des grands artistes annonciateurs du fauvisme et de l’expressionnisme.

Le résultat se caractérise par un charme crépusculaire : au sein de planches troublantes exclusivement en noir et blanc, on suit les pérégrinations (dénuées de dialogues) de Vincent van Gogh. Un contraste apparaît rapidement entre les vignettes expressives de Danijel Žeželj et les missives plus posées de van Gogh. Le dessinateur croate entretient ce décalage délibérément. Au même titre que ses planches éclatées et souvent sombres, il participe en effet à la déconstruction d’un esprit aussi créatif que malade.

Extrait visible sur le site de l’éditeur.

Des repères biographiques insérées en fin d’ouvrage aident à mieux appréhender les faits que restitue avec poésie Danijel Žeželj. Van Gogh passe par toutes les émotions, toutes les occupations, mais aussi tous les combats, le plus important étant probablement celui qu’il livre contre lui-même. On découvre plus précisément une relation compliquée avec Gauguin, une parenthèse arlésienne heureuse et prolifique, l’épisode de l’oreille coupée, la vie de missionnaire en Belgique, la désapprobation familiale quant à sa relation avec « Sien » ou un séjour à l’asile de Saint-Paul à Saint-Rémy-de-Provence.

On aurait bien du mal à définir précisément l’album de Danijel Žeželj. Il tient probablement davantage du portfolio que de la bande dessinée. Ce qui est plus sûr en revanche, c’est que le regard fasciné porté sur Vincent van Gogh est éminemment contagieux. Si le style des planches frappe d’emblée le lecteur, il semble aussi, et avant tout, l’inviter au tréfonds d’une personnalité hors du commun. Cette mise en abîme d’un peintre par des dessins biographiques vaut à coup sûr que l’on s’y attarde.

Van Gogh, Danijel Žeželj
Glénat, août 2020, 152 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.