Les fous de pilotes #12 : Critique des séries The Witcher, Reprisal, Truth Be Told, Soundtrack

Pour ce numéro de fin d’année des Fous de Pilotes, au programme les séries Reprisal (« Représailles ») diffusé par Hulu, un spectacle pulp sanglant, avec Abigail Spencer (Timeless, Mad Men), sur Apple TV+ Truth Be Told n’arrive pas à tenir en haleine dans cette enquête malgré son casting haut de gamme (Aaron Paul, Octavia Spencer). Avec Soundtrack, Netflix nous embarque dans un drama musical réaliste et avec The Witcher, « Le Sorceleur alias Geralt de Riv », incarné par Henry Cavill, un mutant tueurs de créature maléfique à la force surnaturelle, le géant américain nous emmène dans un monde de fantasy médiévale. L’adaptation télévisuelle en chair et en os de la saga d’Andrzej Sapkowski, un monde fantastique habité par des monstres, des elfes, la magie clive les critiques.

Reprisal :  la vengeance insipide d’une fausse blonde

La belle Abigail Spencer (Rectify, Timeless) interprète une véritable Kill Bill dans Reprisal, une série sur la vengeance d’une femme qui a failli se faire tuer par un gang. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, cette série de Josh Corbin prends beaucoup de temps à décoller.

Malgré la performance impeccable de l’actrice principale, froide et faussement candide, la puissance de son personnage féminin n’est pas assez mise en avant. La violence misogyne exagérée des personnages masculins tombe dans le cliché des Red. Une mise en scène des combats dans les bars réussie qui donne le ton de cet univers très inspiré de Pulp Fiction. Mais pour un pilote, le rythme reste trop lent et perd le spectateur en flash-back explicatifs. La violence répétitive ne fait qu’accentuer l’attente d’une prise en puissance de notre personnage féminin dont on ne connait même pas la motivation principale…. Enfin, les spectateurs friands du genre et extrêmement patients pourraient finalement se laisser convaincre – après quelques épisodes – par Reprisal, grâce à cette ambiance tout de même attirante et prometteuse.

https://www.youtube.com/watch?v=_DuNIbAisAs&feature=emb_title

2.5

Celine Lacroix

Truth be told : rien que la vérité !

31 octobre 1999. Un écrivain à succès est assassiné. Un jeune homme, Warren Cave, est arrêté, puis condamné par deux preuves : ses empreintes dans la maison de la victime, et le témoignage de la fille de l’écrivain. La journaliste Poppy Parnell obtient la renommée et un Prix Pulitzer suite à ses reportages sur l’affaire ; ses articles concluent immanquablement sur la culpabilité de Warren Cave, et ont sans doute participé à la haine du pays contre le jeune homme.

Mais, 19 ans plus tard, elle semble douter de ce qui était alors une certitude. Qu’est-ce qui motive ce revirement ? A vrai dire, on n’en sait trop rien, et c’est là une des invraisemblances de ce pilote. Pourquoi, d’un seul coup, ce qui avait été une certitude pendant dix-neuf longues années s’effondre au point de vouloir reprendre l’enquête, rentrer en contact avec un Warren cave toujours emprisonné, au risque de remettre en cause toutes ses convictions ? On ne le saura pas (du moins pas dans cet épisode) : ce revirement soudain, que rien ne prépare, est très tiré par les cheveux.

Sinon, le pilote de Truth be told présente pas mal de lieux communs (la journaliste célèbre qui fait une conférence sur LA Vérité, le prisonnier blanc forcément affilié à un groupe néo-nazi, etc.).

L’un des seuls points intéressants dans cet épisode, c’est le personnage de la mère du condamné, personnage plus subtil et émouvant. Le reste n’est qu’un déroulement sans surprise, un récit formaté ni bon, ni vraiment mauvais, qui peut se laisser regarder selon notre tolérance à ce type de série.

2.5

Hervé Aubert

Soundtrack : on connaît la chanson ?

Eleanor, dite Nellie, est une jeune artiste qui aimerait bien vivre de son art ; elle travaille depuis des années sur un roman graphique parlant de sa famille et, puisqu’il faut bien vivre, elle a décroché un travail dans l’école où elle avait fait ses études. Lorsque commence le pilote, elle se rend avec excitation à un rendez-vous avec son chéri, qui l’a invitée au restaurant. Elle s’attend à une demande en mariage, et elle reçoit une annonce de rupture.

Sam, lui, est un jeune veuf qui vit seul avec son fils Barry. Il est obligé de déménager pour aller revivre dans le quartier d’où il revient, au milieu des gangs du Sud de Los Angeles. Il y retrouve son cousin Dante, qui vient justement de sortir de quatre années de prison à cause de son appartenance à un gang.

A priori, il n’y a aucun point de rencontre entre ces deux destins parallèles. Les deux protagonistes viennent de niveaux sociaux opposés (Sam des quartiers pauvres, alors que Nellie est la fille d’une star hollywoodienne) et leur parcours, ainsi que leurs perspectives d’avenir, sont très différents. Sam est dans les ennuis financiers et les services sociaux menacent de lui enlever la garde de son fils, alors que Nellie peut se permettre d’aider son père en lui payant son loyer et en faisant ses courses.

Et pourtant, entre les deux, un point commun apparaît très vite : leur attachement au milieu artistique. Nellie est graphiste, Sam est auteur-compositeur interprète. Tous les deux sont confrontés aux difficultés inhérentes au monde de l’art. Et tous les deux ont dû imposer ce choix à leur famille, et c’était loin d’être gagné.

Soundtrack est présentée comme une série musicale, et quelques scènes viennent justifier cela. Dans les moments de stress ou de colère, des chansons viennent expliciter les émotions des protagonistes. Aucune des chansons n’est faite spécialement pour le film : ce sont des chansons déjà existantes, certaines mêmes célèbres (dans le pilote on entend un peu de Believer, d’Imagine Dragons). Les chansons ne sont même pas réenregistrées par les comédiens, mais diffusées en playback.

Et finalement, qu’importe ! Ce n’est peut-être pas là que réside la qualité de ce pilote, mais dans ce portrait croisé tout en finesse, cette description sociale plutôt bien vue et surtout bien interprétée. Plus on avance et plus on accroche à ces personnages, plus on sympathise avec eux. Si l’épisode n’est pas un chef d’œuvre, il est suffisamment bien écrit pour qu’à la fin on ait envie d’aller plus loin.

3.5

Hervé Aubert

The Witcher : rien d’ensorcelant

Adaptation des best-sellers de Andrzej Sapkowski, The Witcher est l’un des derniers gros projets de Netflix, qui espère en ce début de décennie proposer une alternative pour les nombreux fans de Game of Thrones. Après huit ans de règne et un engouement phénoménal, la mascotte de HBO a manifestement laissé la porte grande ouverte aux futures séries de fantasy.

Comment alors introduire tout un monde, ses personnages, ses monstres et ses intrigues en un seul épisode ? Ici la série ne prend aucun risque. On a le droit à une introduction très classique du protagoniste solitaire, Geralt de Riv. Un chasseur de monstres que l’on découvre en pleine mission, puis dont les premières interactions avec d’autres personnages se font dans l’auberge d’un village (ça ne vous rappelle pas une certaine série Disney+ sortie un mois plus tôt ?).

Rien de subversif, donc. Ce pilote on ne peut plus académique en rappelle beaucoup d’autres et ne vend pas très bien sa série. Tous les codes de l’heroic-fantasy sont là, pourtant l’épisode est peu engageant : les dialogues d’exposition s’accumulent et ont vite fait de perdre notre attention.

Ce premier abord à l’univers souffre également d’un manque de clarté. Les différences d’époque entre les parcours de nos principaux protagonistes ne sont qu’implicitement évoquées au cours d’une discussion. Et cette envie de complexifier la chronologie (comme a pu le faire Westworld en 2016) ne semble ici pas forcément utile. Le risque de perdre ses spectateurs dès les prochains épisodes est très présent, surtout s’ils n’ont pas lu les livres.

L’important budget de cette nouvelle série ambitieuse se ressent, notamment en termes d’effets spéciaux (les monstres sont terrifiants). Mais paradoxalement, son premier épisode semble amateur au vu de certaines performances, et tout particulièrement de son étalonnage qui donne des impressions de fan-film réalisé pour YouTube. Un sentiment qui se renforce aux occasionnels défauts techniques de l’épisode : une mise au point qui vacille et des altérations d’exposition. Il y a encore du boulot.

2.5

Thomas Gallon

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.