Accueil Blog Page 250

Beauty Water : mélo de chair et d’effroi en Blu-ray chez Spectrum Films

Retour sur Beauty Water, film d’animation d’horreur sud-coréen réalisé par Kyung-hun Cho à découvrir en Blu-ray chez Spectrum Films.

Synopsis : Yaeji, une jeune femme obèse, découvre par hasard un produit de beauté pas comme les autres. Il suffit de l’appliquer sur la peau pour remodeler son corps et son visage selon ses désirs. Yaeji va ainsi pouvoir exaucer son vœu le plus cher : devenir la plus belle des femmes. Mais la beauté a un prix qu’elle va payer cher…

Gueule d’argile

Produit en 2020 et diffusé en France en VOD et Blu-ray en 2022, Beauty Water annonce tout son propos dans son synopsis. Conte horrifique moderne, Beauty Water tire sa force non pas dans sa satire du monde des apparences et des cosmétiques, mais dans la représentation des effets de l’eau de beauté éponyme.

À l’image du personnage de Matt Hagen adapté à l’écran en 1992 par Marv Wolfman et Dick Sebast sous la supervision de Bruce Timm et Paul Dini dans le 20e épisode de Batman, la série animée intitulé Feat of Clay, Yaeji goûte à un produit cosmétique expérimental et inconnu du grand public afin de pouvoir se remodeler. Si l’acteur défiguré Matt Hagen désirait retrouver son charme afin de poursuivre sa carrière au cinéma, Yaeji, elle, va chercher à se transformer, à transcender sa beauté. Les deux êtres deviennent rapidement dépendants de leurs apparences et par conséquent du fameux produit miracle. L’accident que va toutefois connaître Hagen va le transformer en Gueule d’Argile, être monstrueux et métamorphe dont la représentation audiovisuelle a été inspirée par une grande incarnation mimétique, le T-1000 du Terminator 2 : Judgment Day réalisé par James Cameron en 1991. Beauty Water n’est pas aussi sans évoquer les travaux du maquilleur et génie du morphing analogique Rob Bottin, l’œuvre de Cronenberg de même que celle de Clive Barker. Le fait de pouvoir se couper la peau, de s’en rajouter, voire d’en changer peut justement rappeler le personnage de Frank dans le premier Hellraiser (1987) ainsi que les Borgs, aliens de Star Trek : The Next Generation qui se modifient, s’améliorent technologiquement au gré de nouvelles rencontres spatiales.

Le monde d’apparats que représente le cinéaste, très attaché à représenter les sujets tabous en Corée de la beauté et de l’industrie des cosmétiques, a beaucoup de mal à exister dans le film qui se déroule dans peu d’espaces. La représentation d’écran très limitée n’aide pas à saisir l’importance de cet attachement à la beauté dans cet univers. Il y a des fans ici et là, et surtout des hommes affamés autour de Yaeji, qui se renommera suite à sa transformation. Il n’y a qu’un cinéaste faiseur de « stars » éphémères au sein d’un seul studio toujours cité. Le cosmos semble trop petit pour être pris au sérieux. D’autant plus que Yaeji est présentée comme une frustrée, une enfant au physique pas spécialement atypique incapable de s’aimer, de se trouver belle à travers les yeux de ses parents toujours fiers d’elle. Yaeji est cette éternelle deuxième des palmarès qui reproche au monde de la trouver laide. Elle ne cesse alors de se goinfrer, de se couper du monde en l’insultant et le maudissant sur les réseaux sociaux. Moquée à son travail par sa patronne, une de ces beautés ultimes qui font rêver les ados accros aux flux des réseaux, puis humiliée sur un plateau de télévision, elle se renferme pour de bon, jusqu’à ce qu’elle goûte – pas tout à fait par hasard – à la fameuse beauty water.

Malgré ce qu’elle a subi, difficile d’avoir beaucoup de peine pour le personnage qui n’a pas de pitié pour les autres. Et c’est probablement là, que se développe la force d’horreur du film. Quand un personnage devenu infâme et en quête de la beauté ultime connaît l’expérience d’un morphing horrifique suite à des effets secondaires causés par sa bêtise ou à son addiction à son apparence, l’effet d’effroi est immédiat. Car, comme l’expose d’autant plus la fin, l’exceptionnel peut vite perdre son caractère d’unicité en obéissant à la bêtise humaine et à la loi du marché. Yaeji deviendra finalement elle-même un produit d’une collection plutôt tordue faisant d’ailleurs virer le film dans l’horreur grotesque.

Le travail graphique de l’horreur est réussi malgré une animation 3D et 2D loin d’être adroite et particulièrement rigide. Certes, l’artificialité et l’aspect pantin de l’animation auraient pu appuyer le propos du cinéaste sur la facticité de son univers. Toutefois, le réalisateur a raté ce coche en usant de sa technique sur des personnages au premier comme au second plan. Il aurait été pertinent que les êtres modifiés soient en animation 3D pendant que la plèbe subsiste en 2D. Malgré cela, l’équipe sud-coréenne a réussi à soigner suffisamment les scènes attachées au corps, leur donnant une certaine texture, une physicalité qui permet à l’horreur d’être effective sur le spectateur. Le film constitue ainsi une belle surprise sur ce point, même si en effet, le récit ne propose rien de véritablement inventif, qui plus est avec son univers sous-développé.

Thème principal de Beauty Water – un morceau de thriller nerveux composé par Hong Dae Sung

Beauty Water en Blu-ray

Beauty Water débarque en France dans une édition Blu-ray soignée chez Spectrum Films. Il y a peu à dire sur le rendu visuel du film, hormis quelques plans flous et un effet de palier sur certaines images sombres, et cela malgré l’avertissement de l’éditeur qui peut surprendre :

« Bien que présentant quelques défauts, ce master est le seul disponible et a été validé par le réalisateur »

Du côté du son, on privilégiera la piste son 5.1 formidablement dynamique, qui ne manque pas de puissance lors d’ambiances festives ou animées.

Quelques bonus viennent compléter l’expérience du film. On trouve une présentation du film par Antoine Coppola qui revient sur les sujets tabous en Corée du Sud que sont la recherche de la beauté et l’industrie des cosmétiques, ainsi que sur l’histoire récente de l’animation sud-coréenne et sur la réception peu positive du film. Il en profite par ailleurs pour citer quelques films coréens déjà portés sur les sujets précités tels que Cinderella (2006) et The Beauty Inside (2015). Le réalisateur de Dernier train pour Busan et Seoul Station introduit le film le temps d’une courte minute dont on voit peu l’intérêt si ce n’est celui du parrainage. Enfin, en plus de deux bandes-annonces du long métrage, on note une interview du réalisateur qui revient sur la genèse de Beauty Water adapté d’un webzine d’anthologies horrifiques, sur le sujet de la beauté en Corée, sur sa carrière surtout occupée par la production et espère présenter prochainement un meilleur film.

BANDE-ANNONCE – Beauty Water (Kyung-hun Cho, 2020)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

BD-50 – 1080p HD – Mpeg-4 AVC – Format 1.78 – Langue : Coréen DTS-HD Master Audio 5.1 & 2.0 – Sous-titres français optionnels – Corée du Sud – Thriller fantastique horrifique – Durée : 85 min

COMPLÉMENTS

Présentation du film par Antoine Coppola

Introduction par le cinéaste Yeon Sang-ho (Seoul Station, Dernier train pour Busan)

Interview du réalisateur Kyung-hun Cho

Bandes-annonces

Sortie le 4 avril 2022 – prix de vente public conseillé : 25,00 €

Note des lecteurs0 Note
4.5

« Rodeo » à l’épaule au rythme du cross-bitume

0

Dans son premier film, coup de cœur du jury Un certain regard, Lola Quivoron nous immerge dans la culture du cross-bitume. Étranglé par une polémique de façade, le métrage n’ayant aucune volonté de magnifier cette pratique, Rodeo narre surtout les pulsions et la quête salvatrice et furieuse d’une jeune femme portée par la performance enivrante de Julie Ledru. Objet mystique et excessif, souvent à l’emporte-pièce, Rodeo est un portrait de femme qui captive autant qu’il bouscule.

Le cross-bitume comme expression des représentations

Frénétique et aiguisé, Rodeo rejoint ces films qui utilisent soigneusement leur environnement pour caractériser et révéler leurs propos et leurs personnages. La nuance en fer de lance, le cross-bitume est l’occasion d’intégrer un univers a priori viriliste et marginal pour enrayer les représentations. Ce que fait admirablement la réalisatrice, sa protagoniste, à demi vaurienne et aventureuse, s’incarnant bien loin des poncifs ordinaires. D’emblée par l’écriture, Lola Quivoron installe son regard turbulent et vivace à l’embranchement du western et du film de braquage, surtout par un travail opératique qui catalyse les personnages dans un cinémascope détonant.

Le film dit “polémique” ne brille pas toujours par sa volonté d’entrechoquer les genres. Tout juste, Rodeo carbure surtout en tant qu’objet mystique et insondable. À la recherche d’une légitimé lorgnant autour du naturalisme, Rodeo perd et délaisse sa dimension fantasmagorique et sensuelle. C’est pourtant cette dimension qui fait vibrer et accroche, faisant de lui une œuvre mythique et rare dans le paysage hexagonal.

La Fureur de vivre

Rodeo n’est pas le réceptacle d’une pratique qu’il fantasme. Ode à la vie et aux sensations, le cross-bitume est ici en prolongement des désirs et des imaginaires. Une passion poussiéreuse et préjudiciable, pratiquée sur des pistes vierges et clandestines, que Lola Quivoron achemine dans un cinéma libre et sans concessions. Au plus proche des figures, les riders visiblement engagés et bouillants, la cinéaste livre un travail immersif et étourdissant. C’est là que se situe l’étincelle d’une proposition affranchie de toutes conventions entre cinéma-vérité et actioner.

Une exploration artistique à l’emporte-pièce que l’on aurait voulu encore plus imprévisible, à l’instar de son personnage, en particulier lors de sa symbiose avec le cinéma fantastique. À la fin, il reste un film d’une force rare et d’une rage déconcertante qui prend tout son sens et gagne à être vu en salles.

Bande Annonce – Rodeo

Synopsis : Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…

Fiche Technique : Rodéo

Réalisation: Lola QUIVORON
Scénario: Lola QUIVORON avec la collaboration d’Antonia BURESI
Directeur de la photographie: Raphaël VANDENBUSSCHE
Montage: Rafael TORRES CALDERON
Son: Lucas DOMEJEAN
Mixage: Victor PRAUD
Décors: Gabrielle DESJEAN
Costumes: Rachèle RAOULT

Durée: 104 min
Format image: Scope
Format audio: 5.1
Visa n°: 149 285
Année de production: 2022

Note des lecteurs0 Note
3.5

Les Enfants des autres : recomposer sa place et une famille

Note des lecteurs0 Note
4

Les Enfants des autres est avant tout une déclaration d’amour à une actrice qui n’a (presque) jamais été aussi bien filmée. Virginie Efira est ici lumineuse, vivante, en mouvement, sans lourdeur aucune. Quand la lourdeur pointe le bout de son nez, le scénario la balaye, les dialogues aussi. Cette histoire de famille recomposée, d’amour aussi, est surtout celui de la belle-mère, oui la marâtre des contes de fée, ici transformée en une femme qui veut aimer, trouver sa place et surtout, pourquoi pas, laisser une trace…

Composer, recomposer… et trouver sa place

Par une grâce inouïe, qui sert très bien le propos du film, Rebecca Zlotowski a déplacé le sujet premier de son film de l’histoire d’un homme impuissant (adapté d’un roman de Romain Gary), à celle d’une femme confrontée à une horloge biologique intransigeante : il lui faut faire des enfants au plus vite, au risque de ne plus pouvoir. Sauf que, tant qu’elle avait le temps, Rachel ne se posait pas la question. Pourtant, le jour où elle rencontre et tombe amoureuse d’Ali, la question se fait plus pressante. Ali est déjà père d’une petite Leila, quatre ans, et ne semble pas pressé d’être père à nouveau. Rachel et lui viennent en plus à peine de se rencontrer, de s’aimer, fort certes, alors la question d’un enfant n’est pas centrale. Tout en composant avec ce fort désir d’enfant, Rachel doit également recomposer cette famille, trouver sa place. Le puzzle n’est pas simple à construire, les pièces mouvantes.

Un personnage de belle-mère aimante pas si souvent filmé ainsi au cinéma (même si les histoires de familles recomposées ont été abordées par de nombreux films), d’où la question posée par la réalisatrice (voir le dossier de presse du film) : « Où était cette femme qui nouait un lien intime et précieux avec des enfants, les élevait une semaine sur deux pendant quelques années, sans en avoir elle-même, en acceptant de prendre le risque de devoir nécessairement s’effacer de l’équation une fois la relation amoureuse avec leur père finie ? ». Rachel compose donc une image manquante du cinéma, un personnage central et pourtant pas si souvent illuminé de la sorte. Rachel a ses craintes, celle de ne pas laisser de trace, celle de ne pas avoir d’héritage, bref de trop s’effacer jusqu’à disparaître. A ce titre, les scènes chez le gynécologue sont d’un humour discret, d’une belle pudeur et surtout teintées d’une nostalgie qui ne dit pas son nom entre le génial Frederick Wiseman – 92 ans et documentariste dans la vraie vie – qui fait le bilan de sa vie  et la pimpante Virginie Efira, qui ne pensait pas vivre avec un compte à rebours.

Subtilité et pudeur

Au sein de sa propre famille, Rachel compose aussi avec une absente, sa famille est donc aussi face à une pièce manquante qui, semble-t-il n’a pas été comblée. En effet, la mère de Rachel est morte quand elle avait neuf ans, un drame qui la compose autant qu’il la bloque. Rebecca Zlotowski construit son scénario avec beaucoup de petites touches qui en font la subtilité. Avec entre autres : la première rencontre de Rachel avec d’autres mamans lorsqu’elle vient attendre Leila au judo.  Ou encore, la disparition de l’une des mères annoncée par la présence du père, soudain, pour récupérer son enfant. La place de la mère aussi qui est certes discrète, mais aussi omniprésente et qui, tout en se reposant en partie sur Rachel, se sait en position de force. La mère peut alors se montrer fragile, dans une belle scène de larmes, ce que Rachel ne peut pas au risque de passer pour une imposture. C’est surtout le regard, doux, lumineux, jamais pathos porté sur ce petit bout de chemin entre Ali, Leila et Rachel, surtout sur Rachel, qui touche et marque dans Les Enfants des autres.

Tout est une affaire de regard, de manière de raconter, sans cri ni drame : « elle a trouvé un regard, quelque chose de juste, d’évident. C’est comme ces belles chansons extrêmement simples qui nous touchent de manière inédite » (Virginie Efira, Trois Couleurs n°191, Septembre 2022). Virginie Efira poursuit en expliquant avoir beaucoup regardé Rebecca Zlotowski (son œuvre) et inversement : Les Enfants des autres est aussi cette histoire de deux femmes qui se regardent et font un film ensemble. Il y aussi une manière d’aborder le personnage d’Ali (qui devait donc être à l’origine le personnage central) sans dureté, sans jugement, juste dans ce qu’il compose et recompose lui aussi pour sa fille, sa famille. Les personnages qui gravitent autour sont autant de pierres qui s’ajoutent au questionnement de Rachel, dont sa sœur, interprétée par la géniale Yamée Couture, qui attend un bébé pendant le film. Autant d’enfants, auquel il faut bien sûr ajouter cet élève paumé, auquel Rachel s’accroche un peu trop (mais toujours joliment), qui ne font que renforcer ce besoin d’être là pour l’autre, de donner son temps, son amour, sans toujours bien savoir ce qu’on attend en retour… Bouleversant.

Bande annonce : Les Enfants des autres

Les Enfants des autres : Fiche technique

Synopsis :  Rachel a 40 ans, pas d’enfant. Elle aime sa vie : ses élèves du lycée, ses amis, ses ex, ses cours de guitare. En tombant amoureuse d’Ali, elle s’attache à Leila, sa fille de 4 ans. Elle la borde, la soigne, et l’aime comme la sienne. Mais aimer les enfants des autres, c’est un risque à prendre…

Réalisation et scénario : Rebecca Zlotowski
Interprètes : Virginie Efira, Roschdy Zem, Callie Ferreira-Goncalves, Chiara Mastroianni, Yamée Couture, Victor Lefebvre, Henri-Noël Tabary, Michel Zlotowski
Photographie :  Georges Lechaptois
Montage : Geraldine Mangenot
Distributeur :  Ad Vitam
Date de sortie :  21 septembre 2022
Durée : 1h43
Genre : drame

France – 2021

House of the Dragon brûle la concurrence – Critique Mid Season

0

HBO, Ils sont quand même vraiment très forts. Chacune de leurs grosses séries sont de véritables pépites (Westworld, Chernobyl, Game of Thrones, Euphoria et bientôt, The Last of Us) et ils prouvent aujourd’hui qu’ils maitrisent même l’art d’écraser la concurrence en un épisode. Bien sûr, si vous suivez un peu l’actualité, vous savez qu’ à l’est de Westeros, Prime video (Amazon) diffuse Le Seigneur des Anneaux : Les anneaux de pouvoir. Et, le constat est là. L’une des séries les plus attendues de ces dernières années, la production la plus chère de l’histoire, plie le genoux face au spin-off de Game of Thrones, pourtant attendue avec méfiance après le naufrage de la saison 8. Aujourd’hui, avec 5 épisodes sur les 10 disponibles sur OCS, nous pouvons désormais l’affirmer : le petit frère possède le pouvoir de détrôner l’ainé.

Dragon is coming! 

Nous sommes de retour devant nos écrans. L’époque ou les fans se levaient à 4h du matin pour retrouver Westeros et fuir tout spoiler semblait être révolue. Pourtant, depuis cinq semaines, la magie opère de nouveau. Comme si la fin terriblement décevante de Game of Thrones n’était qu’un lointain souvenir. L’enthousiaste des fans est revenu. Chaque lundi, mardi, Twitter explose. Les réactions positives et unanimes fusent. Les fans jubilent, théorisent, bouillent d’impatience dans l’attente du prochain épisode. On voit le visage de Matt Smith (Daemon) partout. Les déclarations d’amour à Rhaenyra sont légion. La mise en scène est saluée. Pour le meilleur, l’univers Game of Thrones tel que l’on l’a aimé est de retour.  

House of the Dragon raconte la chute de la dynastie Targaryen, famille particulièrement puissante à la tête des sept couronnes. Grace à GoT, vous n’êtes pas sans savoir que les Targaryen possèdent un gout assez prononcé pour l’inceste et les dragons. Et, si vous êtes réellement fan de la série, au dialogue près, vous connaissez déjà le destin de certains protagonistes. Contrairement au show original, qui diversifiait énormément ses intrigues et personnages, House of the Dragon se veut plus intimiste. Le projet se concentre sur l’histoire de cette famille, vouée à éclater de l’intérieur. Les personnages principaux sont moins nombreux, mais tous extrêmement charismatiques et formidablement interprétés. D’ailleurs, si Game of Thrones n’offrait pas réellement de personnage principal à son intrigue (malgré un penchant nettement plus prononcé pour Jon et Daenerys), les premiers épisodes de House of the Dragon tendent très clairement vers Rhaenyra. La jeune femme,  formidablement campée par Milly Alcock pour ces cinq premiers épisodes, est superbe. Nous y découvrons une princesse pleine de courage et particulièrement intelligente, rêvant d’aventure plus que de mariage, malheureusement destinée à monter sur le trône de fer, en l’absence d’héritier mâle. Evidemment, le jeu du trône ne serait pas un jeu sans adversaire(s). En cela, Daemon Targaryen est un excellent joueur. Malheureusement pour lui, sa personnalité (sadique, impulsif, imprévisible, arrogant) l’empêche totalement de régner. C’est donc pour l’écarter du trône que le roi Viserys choisit sa fille comme héritière légitime, malgré son statut de femme. Tel est le point de départ de ces cinq premiers épisodes, fortement politiques, souvent malsains mais toujours magnifiquement mis en scène, ou le trône de fer est plus que jamais au centre des attentions.  

Dracarys 

Rassurez-vous, le spin off d’HBO n’oublie pas d’être spectaculaire très vite. Que ce soit à dos de dragon, lors de face à face débordant d’intensité, ou lors de somptueuses batailles, sublimées par le charisme de Matt Smith en Daemon, le show est maîtrisé. En cinq épisodes, il se passe beaucoup, mais vraiment beaucoup de choses. Le fait que l’histoire ne se disperse que très peu dans ses intrigues permet d’avancer bien plus vite que ne le faisait Game of Thrones dans ses premiers épisodes. D’ailleurs, il est fortement curieux de voir une partie de la presse reprocher à HOTD de : « privilégier les dialogues ‘’ lents ‘’ là ou Game of Thrones préférait les scènes épiques. » Ces critiques devraient revoir les premières saisons. Ils verraient que les moments dont ils parlent n’arrivent finalement que tardivement ou sont très peu nombreux dans les débuts de la série. House of the Dragon est bien plus épique en cinq épisodes que GoT sur toute sa première saison. Et, s’il ne l’était pas, cela n’en serait pas un défaut, vu la qualité de l’écriture. Oui, ça parle, beaucoup, mais chaque dialogue est intéressant. Chaque scène est travaillée, du cadre à la photographie, avec des plans d’une beauté à couper le souffle. La série privilégie les décors réels, dès qu’elle le peutOn est bien évidemment tenté de la comparer à la CGI sublime mais très lisse et trop propre des Anneaux de pouvoir. Chaque détail compte, aidé par un montage convainquant où le show don’t tell fonctionne avec une réelle efficacité (ce cinquième épisode…). Quant aux dialogues, ils sont toujours justes, tantôt durs, tantôt touchants. On s’attache rapidement à cette famille divisée et à leurs proches. Tous les protagonistes de la série sont parfaits, de Viserys à Daemon, en passant par la main du Roi Otto Hightower. Si j’ai déjà chanté les louanges de Milly Alcock et de Matt Smith, tous les acteurs de la série sont exceptionnels (en VO, évidemment. Si vous voyez la série en VF, vous pourrez moins juger le jeu d’acteur et les dialogues à leur juste valeur). Paddy Considine livre une performance très touchante pour le roi Viserys, peu importe qu’il ait la réplique aux cotés de Milly, Matt ou encore Rhys Ifans (sa Main, Otto), lui aussi excellent.  

Maîtrise royale 

Bien sûr, le show conserve le schéma de son grand frère, mais n’hésite pas à rentrer dans le bain dès les premiers instants. Le premier épisode offre scènes de sexe, violence crue avec deux moments réellement dérangeants qui seront difficiles pour les âmes sensibles. On est en terrain connu dans le schéma, mais tout est tellement maîtrisé que personne ne s’en plaindra. Les épisodes, tous d’une durée d’une heure chacun, passent à une vitesse folle. Même les plus plats d’entre eux (comme l’épisode 4) restent d’un excellent niveau, de par la qualité des dialogues, des acteurs, de l’image… de l’ensemble. Quant à l’épisode 5, il démontre à lui seul l’immense pouvoir d’une mise en scène réfléchie et travaillée, sans violence (ou presque). Car oui, certains oublient que l’épique ne se fait pas seulement une épée à la main ou aux côtés d’un dragon, House of the Dragon le sait et s’efforce de nous le rappeler avec de véritables gifles. Ce mid-season se conclut sur un épisode fabuleux et plein de tensions, ou le spectateur retient son souffle. Spoiler : ce n’est pas nécessairement sur un champ de bataille. Curieux, n’est-ce pas ?  Seule ombre sur le tableau, l’épisode 6 à venir contiendra un sacré saut dans le temps, changeant certains acteurs principaux. Il faut donc dire au revoir à Millie Alcock, réellement extraordinaire. Donc, pour l’instant, peut-on dire que House of the Dragon surpasse Game of Thrones ? Non, et cette question n’a pas lieu d’être. Impossible de comparer une série achevée de 73 épisodes et une autre dont la première saison n’est même pas complète. MAIS, si l’on compare les cinq premiers épisodes des deux œuvres respectives, alors, oui, House of the Dragon peut être considérée comme meilleure. Hâte de voir la suite, en espérant qu’elle ne suive pas le modèle de son aîné pour se suicider dans les flammes de l’incohérence et de la précipitation. 

House of the Dragon : trailer 

House of the Dragon – fiche technique

Type de série : série télévisée diffusée en France sur OCS, créée par HBO
Genre : fantastique, thriller
Création : George RR Martin & Ryan Condal
Acteurs principaux : Matt Smith, Paddy Considine, Millie Alcock, Emma d’Arcy, Olivia Cooke
Nombre de saison : 1 (renouvelée)
Nombre d’épisodes : 10 (1 épisode par semaine, le lundi)
Durée : environ 1 heure par épisode.

Note des lecteurs11 Notes
5

Z Event, le jeu vidéo caritatif

0

En tête des évènements caritatifs sur Twitch, le Z Event est devenu un marronnier de l’actualité française. À tel point qu’il attire maintenant des personnalités comme Alain Chabat, en renfort de ses célèbres streamers, pour susciter la générosité du public. Mais au-delà des appels à la bonne cause ou du charisme de ses animateurs, le Z Event doit son succès à une parfaite adaptation à son public de joueurs.

Génération Z

« Félicitations, vous avez battu votre propre record !! » Ce message ne provient pas de l’écran final d’un beat’ them all, mais du compte Twitter du Z Event. Après la cinquantaine d’heures de l’édition 2022, cette communication des organisateurs résume à elle seule la nature vidéoludique de leur machine à dons.

Avec 10 182 126 d’euros récoltés, la grande messe de Twitch célèbre bien sûr sa victoire par une référence au monde du jeu vidéo parce qu’elle en est issue. Créé par Zerator (Adrien Nougaret) et Dach (Alexandre Dachary), le marathon réunit désormais plus de soixante streamers et streameuses qui gagnent leur vie en diffusant leurs parties. Comme chaque année depuis 2016, il s’adresse en particulier à la génération Z qui a grandi avec le jeu en ligne et en maîtrise les codes. Outre qu’elle pointe le nom de Zerator, la lettre Z incarne ainsi (volontairement ou non) un signe communautaire pour une classe d’âge.

Inutile donc de s’étonner lors d’un appel au raid (terme issu des MMORPG), c’est-à-dire quand des streamers demandent un effort de donation sur un temps court. Le plateau de la retransmission ressemble d’ailleurs à une gigantesque LAN, avec deux colonnes de postes informatiques accueillant les personnalités. Maître du montage, chaque webspectateur y déambule de chaîne en chaîne avec l’impression d’être présent par écran interposé, ce qui renforce son implication.

Signe de la dimension générationnelle et communautaire du Z Event, certains streamers se sont offusqués cette année des félicitations d’Emmanuel Macron, arguant d’une récupération ou de l’inaction de l’exécutif sur les causes défendues. L’un d’eux, Antoine Daniel, a même insulté le président. Malgré des centaines de milliers de viewers, le monde relativement clos de Twitch et son unité de valeurs favorisent ce type de réaction. Néanmoins, il ne faudrait pas en conclure que le succès de ce téléthon sur Internet se résume à une adhésion de l’audience à un univers commun. Le Z Event n’est pas seulement une action caritative sur fond de jeux vidéo. Il est un jeu vidéo.

Gameplay

Quoique consubstantiel à l’ère informatique, le jeu vidéo puise dans beaucoup de médias et d’arts l’ayant précédé. L’aspect qui lui est propre et permet de le définir tient en un mot : gameplay. Celui-ci détermine le principe ludique de l’œuvre. Il consiste pour Tetris à faire le plus haut score en faisant des lignes, ou à survivre aux infectés et autres humains hostiles de The Last of Us. Dans le Z Event, le gameplay implique d’atteindre un score de dons élevé, réévalué chaque année en fonction du résultat précédent. Un pay-to-win en somme, ce qui est parfois rigoureusement le cas sur certaines quêtes secondaires du jeu, telle la pixel war. Elle nécessite pour les spectateurs-joueurs d’acheter des pixels afin de peindre une toile numérique, et d’augmenter en conséquence le montant collecté.

La notion de niveaux est aussi centrale dans le fonctionnement du Z Event, d’où les donation goals. Ils composent une série de paliers de dons à atteindre pour chaque streamer. Comme un ensemble de boss intermédiaires à vaincre avant le dernier boss, soit le montant final de la cagnotte, le procédé stimule l’altruisme du public en permanence. Le Z Event obtient ainsi 27% de son résultat en 2021 à mi-chemin (vente de T-shirts mise à part), quand le Téléthon plafonne à environ 17% au même stade.

Contrôlez-les tous

De fait, si le public du Z Event regarde des streamers jouer, c’est en le plaçant lui-même en position de joueur que l’évènement caritatif réussit sa collecte d’oboles. Zerator et ses camarades deviennent moins des joueurs regardés sur Twitch que des personnages de jeu que le public contrôle, carte bleue en main. Chaque donation goal désigne en l’occurrence une sorte de gage dont le streamer doit s’acquitter, immédiatement ou plus tard, avec une intensité croissante à l’échelle des montants. Durant deux jours, les costumes fantaisistes ou les rasages de tête et de barbe en direct sont courants, et s’assimilent à des cinématiques venant ponctuer une étape du parcours ludique.

Les streamers invitent parfois leur communauté, avec facétie, à aller sur une autre chaîne que la leur faire un don afin de déclencher le spectacle attendu. Une pratique qui intensifie le propre montage du public face au Z Event, rappelant les jeux (ou films interactifs) tel Night Trap où le joueur passe d’une caméra à l’autre pour réussir sa partie.

À la marge, l’audience peut influer sur le plateau de streamers sans moyen de paiement. Une partie de Twitch Plays Pokémon, spéciale Z Event, a permis cette année à un collectif de spectateurs-joueurs de collecter des badges du célèbre jeu de dresseurs. L’obtention des précieux items impliquaient pour les streamers d’effectuer eux-mêmes des dons, comme s’ils étaient contrôlés via le déroulement de la partie. Quant aux joueurs, un tirage au sort en récompensait certains par des cadeaux, soit l’équivalent de loots comme ceux glanés dans un monde virtuel.

Émotions

Le gameplay du Z Event s’articule avec trois piliers du jeu vidéo : sensation d’accomplissement (avoir contribué aux dons), tension (incertitude sur les résultats), fun (le caractère divertissant de l’entreprise). Un dernier aspect est fondamental pour comprendre l’ampleur des sommes obtenues. Il est aussi connoté aux jeux vidéo qui usent du même ressort dans leur dimension narrative : l’enjeu émotionnel. Si beaucoup de gages des donation goals sont farfelus, l’atteinte des paliers provoque parfois des émotions chez les streamers, de surcroît habitués à les partager en public. Alors avec une soixantaine d’entre eux, c’est autant de communautés fédérées autour d’un favori qui cherchent à vivre des moments forts avec lui. Elles répondent donc présentes aux appels de dons pour déclencher les séquences en question.

L’importance de la vente des T-shirts Z Event, qui pèse ces deux dernières années pour plus d’un quart du résultat final, relève du même principe. Pour les spectateurs-joueurs, l’habit s’apparente en effet à la statuette d’une édition collector de jeu vidéo : une madeleine de Proust permettant de revivre les émotions de l’aventure.

Depuis 2016, le marathon caritatif a fini par engranger naturellement son lot de critiques, comme toute saga ludique à succès à un moment ou un autre. Certaines lui ont reproché la manière dont les dons sont utilisés. En réponse, Zerator a annoncé une nouvelle formule de sa création pour l’année prochaine. Le reboot de la licence est sans doute déjà en production.

Z Event, du 9 au 11 septembre 2022.

Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni : telle mère, telle fille de cinéma ?

0

Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni sont mère et fille à la ville et parfois à l’écran. Elles ont été réunies pour la dernière fois dans La dernière folie de Claire Darling où elles jouaient une mère et sa fille. Mais c’est aussi des réalisateurs comme Arnaud Desplechin ou André Téchiné, dont Catherine Deneuve est une habituée qui les ont réunies au cinéma. Retour sur quelques-uns de ces films dans le cadre de notre rétrospective de la carrière de Catherine Deneuve.

Ensemble…

Dans Les Bien-aimés, une mère et sa fille chantent les filles légères au cœur lourd. Des gestes tendres s’échangent et on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre réalité et fiction puisque cette mère et cette fille sont incarnées par Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni. La mère chante d’ailleurs à sa fille : « Telle fille telle mère je suis restée /Une femme légère pour m’éviter /Le poids du cœur et ses mystères ». Et au cinéma alors, telle mère, telle fille ? Chiara Mastroianni tournait avec Les Bien-aimés sont cinquième film avec Christophe Honoré (il y a eu Chambre 212 depuis) : « Ce qui est génial quand on travaille plusieurs fois avec quelqu’un et que ça se passe bien, c’est qu’on peut explorer d’autres pistes et que les personnages se construisent en réaction aux précédents. Mon personnage des Bien-aimés semble évidemment en opposition avec celui de Non ma fille tu n’iras pas danser, qui apparaissait sous un jour moins sympathique ».  Quant à Catherine Deneuve, elle a elle aussi été fidèle à certains cinéastes, dont André Téchiné, duo auquel notre cycle a également consacré un article. C’est d’ailleurs dans un Téchiné que les deux femmes ont été réunies à l’écran véritablement pour la première fois (même si Chiara apparaît dans À nous deux) en 1993. Elles y jouaient également une mère et sa fille, tout comme dans leurs voix prêtées au film Persepolis.

Familles de cinéma

Catherine Deneuve a également été la belle-mère monstrueuse, parce qu’envahissante, de Chiara Mastroianni dans Un conte de Noël. Un joli clin d’œil dans ce film de famille qui vole en éclat. Encore un cinéaste auquel Catherine Deneuve est fidèle (ou l’inverse !). Dans La Dernière Folie de Claire Darling, les deux femmes se retrouvent de nouveau dans un lien filial entre souvenirs et rancœur. Dans ce film, la relation mère-fille est vraiment explorée, le passé surgissant dans le présent sans besoin d’un flashback, comme un réel souvenir, tout étant prégnant, intense. Une relation mère-fille plus poussée donc, bien qu’éloignée de la leur, que dans les précédents films partagés ensemble. D’ailleurs, Julie Bertolluci déclarait à propos de leur duo (dossier de presse du film) : « Je crois qu’elles en avaient très envie toutes les deux et c’était passionnant pour nous toutes de travailler sur ce double-niveau autour d’une relation complexe et différente de la leur. Cela m’intéressait d’aller chercher une tristesse ou une colère qu’elles n’ont pas dans la vie, d’avoir à retravailler la réalité ». On les avait également vues dans Trois cœurs où Deneuve jouait la mère de deux sœurs amoureuses du même homme, l’une campée par Chiara et l’autre par Charlotte Gainsbourg dont les liens filiaux dans les films ont été largement explorés, puisqu’elle joue dans quasiment tous les films de son compagnon, Yvan Attal. Les deux artistes jouant de la réalité de leur vie et de celle fantasmée.

… et séparées

On voit avec émotion dans la chanson-séquence des Bien-aimés mère et fille se succéder à l’écran chantant que Tout est si calme en apparence et se passant le relais, l’une devenant adulte, l’autre vieillissant… toutes deux chantant un cri d’amour. Si Catherine Deneuve est aujourd’hui une icône du cinéma français et poursuit sa carrière, celle de sa fille se fait plus discrète, bien que très riche de grands films, ces deux destins de cinéma ne cessent de se croiser. Chiara Mastroianni s’est lancée récemment sur les planches théâtrale, devançant ainsi complètement sa mère ( « C’est vrai que j’ai grandi avec la peur absolue qu’elle avait du théâtre ») pour retrouver Christophe Honoré dans Le Ciel de Nantes et raconter avec lui son histoire familiale… la boucle est bouclée. Décidément, non, mère et fille s’écrivent dans l’art de manière bien différente. Finalement, Deneuve aurait même déclaré à sa fille : « J’aime bien t’imaginer sur scène » où Mastroianni, père, avait débuté, et où Chiara, sa fille, offre une grande légèreté à un personnage pourtant habité par les deuils. Une nouvelle boucle est bouclée : légèreté retrouvée.

Les films les plus farfelus sur le sport

0

En critiques de cinéma, il est évident et en aucun cas tendancieux d’annoncer haut et fort que tous les films sortis chaque année ne sont pas des chefs-d’œuvre. On parle même parfois de navets lorsque l’on souhaite se montrer dur et que le travail effectué derrière la caméra n’est pas toujours à la hauteur du sujet traité. Que dire en ce sens, de celui du sport ? Souvent transcrit à l’écran, il n’a pas connu que des réussites.

Le monde du sport possède, fort heureusement, de grands classiques restés, pour leur part, dans les annales cinématographiques. Mais parfois, la simulation n’est pas poussée à son paroxysme – loin de là – et les scénarios n’ont ni queue ni tête. De quoi énerver les puristes, mais également, dans certains cas, offrir un moment sans pression et sans la moindre réflexion à ceux étant capables de faire la part des choses devant leur télévision.

Pour une séance cinéma hilarante ou navrante, à vous de choisir quels sont les films les plus farfelus de l’histoire du cinéma portant sur le sport ?

Driven 

Premier conseil avant de connaître l’idée folle de s’infliger ce film de Sylvester Stallone, ne surtout pas le regarder avec un fan absolu de sports automobiles sous peine de le rendre fou ! Bien que le fameux acteur à la tête de ce film ait dans un premier temps voulu s’inspirer et tourner autour du monde de la Formule 1, il faut dire que l’on est bien loin de ce que l’on connaît actuellement ou même à l’époque, dans la catégorie reine des sports auto. Ici, pas d’expérience inoubliable et de sponsoring important mis en avant par une écurie comme Red Bull au sein du Championnat du monde, mais bel et bien une nouvelle hérésie à chaque nouvelle scène.

sport-formule1

Légende : Le championnat CART est à l’honneur Instrumentalisé à la sauce américaine, le scénario est banal et presque évident en dehors des circuits et devient particulièrement trivial une fois débarqué sur les scènes de course.

Seul point positif, quelques hommages non dissimulés à des hommes légendaires du sport auto comme Sir Frank Williams, des circuits légendaires filmés et l’utilisation de caméras révolutionnaires permettant d’apprécier la vitesse des monoplaces. De là à perdre deux heures ? À vous de juger.

Goal III 

Si les deux premiers films de la trilogie Goal avaient eu le mérite de plaire aux fans de football et offrir un scénario globalement payant lors des deux longs-métrages, le troisième du nom a été un vulgaire navet. Moins centré sur le personnage de Santi Munez, ce film suit les aventures de différentes sélections lors d’une Coupe du monde de football. Un long moment qui possède toutefois un avantage, à l’instar de Driven puisqu’il est possible tout au long du film d’observer parmi les meilleurs joueurs de la planète en 2009, année de sortie du film.

Ainsi, David Beckham, Rafael Marquez, Ronaldo, Thierry Henry ou encore Cristiano Ronaldo font partie des éminents et nombreux joueurs à être crédités au scénario du film.

Les Seigneurs 

La comédie 3 Zéros n’avait pas été une grande réussite en 2001 et pourtant, dix ans plus tard, Olivier Dahan a suivi l’idée générale de Fabien Onteniente en créant une comédie portée sur le football. Du monde professionnel à celui des amateurs, la conclusion reste la même et bien trop attristante pour se l’infliger dans le futur.

Semi-Pro 

Il ne faut peut-être pas se montrer trop dur lorsque l’on s’adonne à une critique du film Semi-Pro, sorti en 2008. 1h30 plutôt simplette et accompagnée par les ruades habituelles d’un Will Ferrell parfaitement dans son élément une fois de plus ici.

sport-basket

Légende : On parle NBA ici

Toutefois, les nombreux parallèles et la longue partie liée au prestige de la NBA devraient ravir les fans de la surpuissante ligue américaine de basketball, sans pour autant les enthousiasmer d’un point de vue cinématique pur. Sans se montrer fantastique, ce film au scénario des plus étonnants a donc de quoi offrir quelques arguments aux amateurs de la balle orange.

Post written by Cyril L.

Exécution de Pascal Marmet

0

Exécution est un ouvrage paru aux éditions M+Editions, une maison lyonnaise. Ce thriller à la française se présente sous une forme traditionnelle. Cependant, il ne manque pas d’originalité, tout en gardant les bases solides des codes du genre…

L’action se déroule en plein cœur de Paris, au légendaire quai des Orfèvres. Le territoire de nombreux agents fictifs comme Sharko et l’enquêtrice Lucie Hennebelle, imaginés par l’écrivain Franck Thilliez, était le siège historique de la police. François Chanel est profiler. C’est un homme réputé pour son calme, son caractère solitaire. Il a déjà fait ses preuves dans son métier et affiche de prime abord une éthique droite, sans vague…

Flaubert aurait adoré Exécution de Pascal Marmet

Tout d’abord, les amateurs de classiques de la littérature française remarqueront qu’une référence mythique s’est glissée entre les pages du roman de Pascal Marmet et pas n’importe laquelle : Madame Bovary, le bijou le plus emblématique de la bibliographie de Gustave Flaubert. Ce grand écrivain qui aimait tant dépeindre la province et ses secrets bien gardés ! Aujourd’hui, l’ouvrage fait partie des sujets les plus étudiés dans les écoles, tant il a déchaîné les passions. Mais quel est le lien entre ce monument de la littérature et la trame du nouveau thriller signé Pascal Marmet ? Après tout, chaque chapitre s’ouvre sur une citation en épigraphe, des extraits du texte maudit, qui faisait tant jaser à l’époque pour son atteinte aux bonnes mœurs…

Dès les premières lignes, le lecteur sait où il pose les pieds.

Pascal Marmet s’y connaît : il emploie le jargon inhérent à la sphère judiciaire et médico-légale. Les descriptions ne sont ni trop longues ni trop courtes, afin de conférer un aspect lisse à ce roman qui cache bien son jeu. Soudain, un évènement vient tout bouleverser : le meurtre sauvage d’un as du barreau, Maître Nicolas Fender. Avocat réputé, il est présenté de son vivant comme un drogué à son propre métier. Derrière cette façade trompeuse, il s’agit en réalité d’un prédateur sexuel : un pervers qui se rince l’œil à la moindre occasion…

Pourtant, c’est bien lui qui est retrouvé sans vie, dans le parking, juste avant de quitter son lieu de travail. Comment est-ce que l’assassin a pu réussir son coup et tuer de la sorte, sous les yeux des autorités ? Grâce à un style fluide et une maîtrise du suspense, Pascal Marmet dissimule des indices et prend même le risque de révéler des éléments cruciaux.

Pour résoudre le mystère et mettre la main sur le responsable de ce crime violent…

François Chanel peut compter sur un nouvel acolyte qui rappelle fortement les enquêtes américaines. Alain est doté d’un don de voyance : un « savant acquis ». Parfois, des visions du passé lui permettent de mieux comprendre les événements. Afin de consolider l’équipe, les deux hommes pourront également exploiter la précocité intellectuelle d’une jeune stagiaire, Domitille de Darmoy.

Entre autopsies, fétichisme étrange, fausses pistes et thèmes tabous comme la prostitution et même le terrorisme, le roman offre de nombreux retournements de situation. Difficile pour le lecteur de démêler la fiction de la réalité, dans cette enquête en tourbillon, qui n’hésite pas à pointer du doigt la corruption d’un système judiciaire parfois douteux. Par ailleurs, le lecteur appréciera les quelques touches d’humour qui aèrent le récit. Cette découverte divertit et ose s’attaquer à des problématiques actuelles. De plus, les lecteurs et lectrices enchaîneront les chapitres à toute vitesse. En effet, ce livre se dévore en quelques heures à peine. Impossible de refermer l’ouvrage sans atteindre le dénouement.

Indéniablement, Pascal Marmet livre un roman policier de qualité. Grâce à sa connaissance du milieu, le résultat est à la hauteur des attentes des fans de polars les plus pointilleux…

Exécution, Pascal Marmet
M+Editions, mai 2022, 204 pages

Bangalore (Inde)

0

Cet album est une nouvelle version de celui paru en noir et blanc (2017), chez Warum. Cette édition se justifie par la colorisation de Meriem Wakrim, à la grande satisfaction de Simon Lamouret, le dessinateur. Celui-ci profite de l’occasion pour proposer une deuxième version de l’illustration de couverture.

D’après la lecture de l’album, il apparaît que Simon Lamouret a séjourné en Inde et plus particulièrement à Bangalore. Qu’y faisait-il ? Ce n’est pas précisé. De même qu’il n’est pas indiqué combien de temps il a pu y séjourner. Suffisamment longtemps pour s’imprégner de l’ambiance de la ville et pour faire la distinction avec d’autres villes plus typiques ou importantes en taille, comme New Dehli ou Calcutta. Ce qui ne l’empêche pas de mettre en scène suffisamment de petits épisodes pour qu’on apprécie les mentalités et comportements dans une ville d’importance où les activités sont multiples.

Des choix remarquables

Simon Lamouret fait un choix assez étonnant qui fonctionne parfaitement. Après chaque épisode (une, deux ou trois planches, selon la position dans l’album), présenté de façon classique (quatre bandes et de une à quatre cases par bande selon les épisodes), il enchaîne avec un grand dessin occupant une double planche (album ouvert). En fait, après avoir mis l’accent sur une situation incluant les faits et gestes de quelques personnes, il propose une vue plus générale qui permet de se faire une idée du quartier. Cela apporte un charme indéniable à l’album, dont l’ambition est de donner à respirer l’ambiance de la ville. Jusqu’à quel point y parvient-il ? Pour le savoir, il faudrait avoir mis les pieds là-bas. Ceci dit, le résultat est parfaitement crédible et fait vraiment plaisir à voir. En effet, Simon Lamouret a fait ici un choix aussi simple et original qu’efficace. Avec ses petites scènes en quelques planches, il nous permet d’observer le comportement et l’état d’esprit de quelques personnages, ce qui lui permet de se mettre lui-même en scène, dans des situations qu’il se souvient avoir observées. Avec ses vues d’ensemble, il élargit le point de vue pour montrer Bangalore telle qu’il l’a vue. Ces doubles planches font ainsi la part belle à l’architecture et à l’organisation de la ville. Et puis ce choix d’ajouter de la couleur donne l’impression que Simon Lamouret se rapproche autant que possible de la vérité, donc de la vie.

Un ton particulier

Les petits épisodes en trois planches maximum font la part belle à la fantaisie de l’auteur, à son inspiration, son sens de l’observation. Certaines des saynètes qu’il présente sont muettes et nombreuses sont celles qui font preuve d’un véritable sens de l’humour, qui tient aussi bien de l’état d’esprit des personnages qu’il observe que de sa façon de les présenter. Simon Lamouret réussit à capter des détails qui me semblent révélateurs. À ce titre, je retiens les situations récurrentes avec le dénommé Soussou qui tient une petite échoppe dans une cahute. Quand il vient ouvrir, il constate régulièrement que des personnes indélicates sont venues faire leurs besoins contre une des parois. Le dessinateur se passe de dialogues pour faire sentir l’indignation et l’exaspération de Soussou, ses nettoyages successifs et ses tentatives infructueuses pour dissuader les indélicats, mais aussi ses contorsions pour entrer dans la cahute. En quelques planches, l’auteur fait passer sa tendresse pour le personnage, ses conditions de travail et la mentalité générale des passants qui trouvent naturel d’uriner en pleine rue, du moment qu’ils ont trouvé un coin relativement tranquille. Sur la double planche qui suit, le dessinateur change d’angle de vue et tout cela prend encore davantage de sens.

Un auteur, un éditeur

L’album est de taille relativement grande, ce qui met particulièrement bien en valeur les dessins en doubles planches. Le travail éditorial va jusqu’à un papier relativement épais et de belle qualité, tout à fait en rapport avec la reliure toilée. Vraiment un bel objet qui justifie parfaitement cette nouvelle version de l’album. Le style de Simon Lamouret (et son goût pour les détails) ressort magnifiquement. En noir et blanc, ses dessins fouillés peuvent déconcerter un peu, alors qu’avec l’ajout des couleurs, chaque détail ressort et l’effet de surcharge disparaît. Cela confirme mes impressions lors de la découverte de l’œuvre de Simon Lamouret dans une exposition en médiathèque. On y trouvait un certain nombre de ses planches originales de l’album L’Alcazar (2020) également situé en Inde. Le noir et blanc convenait bien et mettait en valeur un style déjà très plaisant et fouillé, parce que la taille assez grande de ces originaux convenait bien.

Le petit plus

Le dessinateur conclut son album par un dossier de quelques pages, en forme de lexique où il revient sur chacun des épisodes. Il en profite pour donner quelques explications sur ses choix et il précise certains détails qui permettent de mieux comprendre les situations qu’il a mises en scène. Vraiment du beau travail.

Bangalore, Simon Lamouret et Meriem Wakrim
Sarbacane, août 2021
Note des lecteurs0 Note
4

« Superino » : un justicier à Naples

0

Les éditions Dupuis rendent hommage à Superino, un super-héros loufoque très à la mode dans l’Italie des Trente glorieuses. Ce dernier s’inscrivait alors en réaction aux héros marvelisés, qu’il tourne volontiers en dérision, en usant de l’humour absurde et décadent qui caractérisait alors les Risi, Scola ou Comencini.

New Napoli, c’est un Naples futuriste, sis derrière les montagnes, fait de gratte-ciel ultra-modernes, où « les odeurs des beaux quartiers se mélangent avec celles des bas-fonds ». C’est aussi le théâtre de Superino, un homme richissime trop couvé par sa madre doublé d’un super-héros aussi courageux que pathétique. Ses interventions musclées témoignent ainsi d’une volonté de braver tous les dangers pour venir en aide aux plus vulnérables. Sauf qu’il se trompe parfois de cible et manque souvent de discernement. C’est ce justicier loufoque, un peu gauche, à l’humour très scatologique, que remettent au goût du jour Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas, dans des planches colorées où la rondeur du trait et le pointillisme cohabitent sans se parasiter.

Parce qu’il a contribué à les remplir, les prisons napolitaines ne peuvent accueillir une prétendue criminelle sur laquelle Superino vient de mettre la main. Ce dernier n’a d’autre choix que d’héberger chez le milliardaire Dino DiMarco, son alter ego au civil, cette femme passionnée et indomptable, bientôt à l’origine de nombreux gags et rebondissements. Cherchant à préserver son identité secrète – quitte à feindre qu’il passe des heures aux toilettes – , Superino va parallèlement devoir faire face à Poulpino, un super-vilain capable de faire sortir de sa bouche d’inquiétantes tentacules. C’est alors une valse à trois temps qui va s’initier, chacun renforçant la dimension loufoque de l’autre tout en prenant part aux affrontements.

Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas s’approprient Superino avec talent, en prenant soin de se porter à hauteur d’enfants. Ils dépoussièrent un super-héros maladroit et incapable de couper le cordon avec sa mamma. Un personnage qui a l’humanité de ses erreurs et la grandeur de ses aspirations. Et dont l’arme la plus redoutable est… un sandwich au thon. Les allusions à Batman ou Captain America n’échapperont à personne. Mais aux récits estampillés DC ou Marvel, Superino répond par l’absurde, dans un style qui ravira les plus jeunes et qui amusera aussi leurs parents, voire leurs grands-parents.

Superino, Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas
Dupuis, septembre 2022, 112 pages

Note des lecteurs0 Note

3.5

En bref : La Perfection du cercle, Dog Man, Lord Gravestone et Manifeste de l’anarchie

0

Retour sur quelques nouveautés de cette rentrée littéraire 2022. Au programme : Les Futurs de Liu Cixin : La Perfection du cercle, Dog Man : Le Conte des deux matous, Lord Gravestone : Le Dernier Loup d’Alba et Manifeste de l’anarchie.

La-Perfection-du-cercle-critique-bdLes Futurs de Liu Cixin : La Perfection du cercle. La collection Les Futurs de Liu Cixin des éditions Delcourt s’enrichit d’un cinquième titre, « La Perfection du cercle » (rappelons que quinze récits sont programmés en tout). Cette adaptation de Xavier Besse nous emmène en Chine, en 227 av. J.-C., à l’époque des Royaumes Combattants. Ying Zheng, le Roi de la dynastie Qin, échappe de peu à un attentat fomenté par un empire rival, grâce au concours d’un sage, Jing Ke, qui entend lui offrir les moyens (mathématiques) de décrypter les messages venus du ciel. Partant, un double mouvement va se mettre en branle : les contingents de l’armée vont être employés à des fins de calculs, selon une logique et des schémas qui rappellent fortement l’informatique (il suffit d’ailleurs de se pencher sur le jargon utilisé ou sur ces formes de microprocesseur instituées dans le désert par la position ou le mouvement des troupes), tandis que la mégalomanie du Roi ne va cesser de croître. Ce dernier, convaincu d’être l’élu du ciel, va voir son désir de justice et de paix se muer en fanatisme et en barbarie, allant jusqu’à sacrifier des enfants pour le bien de la mission dont il se pense investi. Scénariste et dessinateur, Xavier Besse radiographie ainsi la psychologie d’un homme obstiné et aveuglé par la foi, affecté par l’absorption quotidienne de mercure, et dont la paranoïa et les troubles psychiques, peut-être inhérents à son projet initial, apparaissent exacerbés par les produits auxquels il se soumet, sur le conseil de ses sages. Mêlé à une tragédie familiale, gratifié de dessins sophistiqués, doté de plusieurs métaphores inspirées (« La nature traite les humains à sa guise, distribuant joies et peines comme un semeur dans un champ »), « La Perfection du cercle » raconte la folie des grandeurs et la déchéance d’un homme, sa soumission conjointe à la science, aux oracles et aux divinités, et prouve une nouvelle fois que l’humanité ne sort jamais grandie des péchés d’orgueil.

Les Futurs de Liu Cixin : La Perfection du cercle, Xavier Besse
Delcourt, août 2022, 74 pages

Dog-Man-Le-conte-des-deux-matous-critique-bdDog Man : Le Conte des deux matous. Les éditions Dupuis nous proposent en ce mois de septembre un troisième tome des aventures de Dog Man, dûment baptisé Le Conte des deux matous. Si le célèbre chien-flic est quelque peu éclipsé par de nouveaux protagonistes, dont un clone de Monpetit infantilisé et étonnamment sage, ce n’est pas pour nous déplaire, puisque cela confère un nouveau souffle à cette série plus que jamais portée à hauteur d’enfant. Bubulle, le poisson télékinétique se voit désormais doté de pouvoir bionique après avoir malencontreusement été rappelé d’entre les morts. Il donne ensuite vie à des immeubles aussitôt rendus maléfiques et prêts à semer le chaos en ville. Dog Man va alors devoir s’associer à Petit Monpetit pour venir à bout de cette menace pour le moins loufoque. De ce Conte des deux matous, on retiendra surtout ce clone dysfonctionnel, incapable de faire le mal, répétant inlassablement la même question (« Pourquoi » ?) et cherchant avant tout à s’amuser, au grand dam de Monpetit, qui espérait mettre au jour ses capacités malfaisantes. C’est cette naïveté confondante, apparemment contagieuse, qui va d’ailleurs mener Bubulle sur la voie de la rédemption. Pour le reste, on garde les mêmes tenants que dans les tomes précédents : des dessins sommaires mais en adéquation parfaite avec l’esprit des albums, un humour éthéré et revigorant, des situations rocambolesques et volontiers absurdes, un héros à la fois pathétique et terriblement attachant, le tout à savourer de 7 à 77 ans (et même plus !).

Dog Man : Le Conte des deux matous, Dav Pilkey
Dupuis, septembre 2022, 256 pages

Lord-Gravestone-ii-critique-bdLord Gravestone : Le Dernier Loup d’Alba. Dans un univers sépulcral et victorien, Théophile et Tibbett veillent sur ce qui apparaît de plus en plus comme leur fils de substitution. Il faut dire que John Gravestone, orphelin, n’est pas loin de se muer en une créature assoiffée de sang. Camilla, éprise de vengeance, a commencé son œuvre et il lui suffirait de planter ses crocs dans le cou du Lord pour en faire, définitivement, un vampire. Mais les choses sont moins simples qu’il n’y paraît, puisqu’à son contact, elle va s’éveiller à des sentiments qu’elle pensait enfouis à jamais et finalement s’affranchir de l’emprise de Basileus, qui apparaît comme le grand méchant agissant en coulisse. De son côté, John retrouve au château familial, où Camilla l’a emmené, des archives lui permettant de mieux comprendre le passé de son père. Si le premier acte faisait état de ses traumatismes liés à la disparition de sa mère, « Le Dernier Loup d’Alba » répète l’opération mais cette fois à destination du père, dont les actes passés sous-tendent l’ensemble du récit. Cherchant à faire le point sur l’histoire familiale, John va dans le même temps être confronté à un dilemme sentimental : tandis que sa promise Mary le croit mort et enterré, il se rapproche de plus en plus de Camilla, qui prend soin de lui et se montre des plus avenantes. Si la dimension shakespearienne de ces intrigues n’échappera probablement à personne, il faut aussi souligner l’excellent travail graphique, tout en cohérence, de Nicolas Siner. Les décors, les personnages, les créatures, la tonalité générale : tout contribue à la réussite d’une série dont les arcs narratifs s’appuient sur des motivations transgénérationnelles.

Lord Gravestone : Le Dernier Loup d’Alba, Nicolas Siner et Jérôme Le Gris
Glénat, septembre 2022, 64 pages

manifeste-anarchie-critiqueManifeste de l’anarchie. Anarchiste fédéraliste, auteur et éditeur, Anselme Bellegarrigue érige l’individu au-dessus de la collectivité, s’inscrivant quelque part entre le libertarisme d’Ayn Rand et la philosophie de Bernard Mandeville. À la lecture de ce Manifeste de l’anarchie, on découvre en effet un penseur réduisant le gouvernement aux antagonismes et à la guerre civile et renvoyant au contraire l’anarchie à l’ordre social et à la liberté. N’avance-t-il pas, à l’instar de La Fable des abeilles, que les vices privées entraînent les vertus publiques, c’est-à-dire que ne pas imposer le riche serait le meilleur moyen de protéger le pauvre ? Cet opuscule enlevé et passionné questionne aussi le socialisme et l’abstention, met sur un même plan les religions et les doctrines d’État, qualifie celui qui vote de rien de moins qu’un « artisan de la guerre civile ». Anselme Bellegarrigue n’y va décidément pas avec le dos de la cuillère : l’intérêt collectif découle forcément de l’agrégation des intérêts privés, tout contrat social s’avère vain et incubateur de soumissions, les révolutionnaires d’hier forment les gouvernants conservateurs d’aujourd’hui et le jeu politique comme le journalisme se résument à des postures stériles et des servitudes volontaires interchangeables. À ses yeux, discuter, c’est déjà transiger, et il n’y a rien de bon à tirer d’un pouvoir qui appelle le pouvoir et qui aboutit à l’aliénation du peuple et des travailleurs, voire à une forme de dépossession (d’auto-détermination, de moyens financiers, etc.). Et l’auteur de se demander : pourquoi l’Assemblée se fait-elle gouvernement quand elle ne devrait être que notaire ? Le texte « Au fait, au fait ! », qui complète utilement l’ouvrage, apporte cette précision importante : l’auteur n’accorde une quelconque légitimité qu’à deux ministères, celui des Affaires étrangères et de la Justice, tous les autres lui paraissant incompatibles avec les libertés publiques (dont celles de se prendre en charge soi-même, et égoïstement si on le souhaite). Chacun en tirera bien entendu les conclusions qu’il veut.

Manifeste de l’anarchie, Anselme Bellegarrigue
Lux, août 2022, 128 pages

Chronique d’une liaison passagère : Emmanuel Mouret creuse joliment son sillon

Film après film, Emmanuel Mouret peaufine son cinéma du discours amoureux léger et grave à la fois. Chronique d’une liaison passagère, lumineux et sensible, figure parmi ses meilleurs films.

Synopsis de Chronique d’une liaison passagère :  Une mère célibataire et un homme marié deviennent amants. Engagés à ne se voir que pour le plaisir et à n’éprouver aucun sentiment amoureux, ils sont de plus en plus surpris par leur complicité…

Maudite Aphrodite

Avec Chronique d’une liaison passagère, et après le récent Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret poursuit un rythme quasi-métronomique, à l’instar d’Amélie Nothomb et de sa rentrée littéraire annuelle, ou de Woody Allen dans un genre qui lui est plus proche. Le rapprochement avec ce dernier est d’ailleurs de plus en plus patent : le cinéaste s’érige aujourd’hui en véritable maître du marivaudage moderne français, avec son cinéma qui marie à divers degrés la comédie et le drame amoureux.

Cette fois-ci, il annonce carrément la couleur dans le titre. Il s’agira ici d’une histoire entre Simon (Vincent Macaigne, paradoxalement différent et égal à lui-même), et Charlotte (une lumineuse et inspirée Sandrine Kiberlain), qui n’aura pas vocation à durer. Un simple plan Q n’est cependant pas à l’ordre du jour, puisque que l’on est chez Mouret. L’amour est au centre de son discours cinématographique, et même deux compères qui se mettent d’accord dès le début pour une aventure sans attache ne peuvent pas sortir totalement indemnes dudit amour.

Même si le danger guette une telle entreprise, puisque le spectateur pourrait avoir son attention focalisée sur l’attente de la rupture, le film délivre toutes ses promesses. La légèreté et la drôlerie sont présentes, Vincent Macaigne reprenant avec beaucoup de panache un rôle que Mouret s’est réservé jusque-là dans ses comédies, soit l’homme timide, un peu maladroit, très peu sûr de lui-même. L’acteur lui-même reste dans son registre, mais avec beaucoup plus de maîtrise et moins de cabotinage, semble-t-il. Ce personnage par sa nature même est à la source de la plupart des situations comiques. Sandrine Kiberlain quant à elle fait le contrepoint avec une interprétation lumineuse et joyeuse de la célibataire insouciante et audacieuse, qui « s’attaque » à un homme marié et coincé dans une conjugalité apparemment sans relief.

Mouret rythme son film avec des cartons indiquant le temps qui passe. Le procédé est malin, car il apporte des indications sur l ‘évolution de cette liaison passagère ; c’est une chronique après tout. Le rythme rapproché, et de plus en plus rapproché, des rencontres au début de la relation est traduit par les scènes elles-mêmes, mais aussi par ces cartons. De même, l’espacement des rencontres, signe du début de la fin, est signalé à l’écran par ces intertitres. Ainsi, le spectateur est pris dans les plaisants rets du cinéaste de manière ludique et intelligente.

Mais Chronique d’une liaison passagère n’est pas que drôle. Les dialogues des personnages sont riches et foisonnants. D’une relation qu’on voulait sans lendemain, on finit par arriver à l’amour. Ce qui est intéressant ici, c’est que les personnages s’interdisent d’en parler, de le manifester, sous peine de rompre le charme de leur rencontre. De ce fait, l’amour vient en creux dans des gestes, des regards, des intentions, jamais dans les mots. Il en est presque d’autant plus flagrant. L’un et l’autre, l’un après l’autre, et vice-versa en fonction de leurs humeurs, les deux protagonistes résistent difficilement à l’envie de déroger à leurs propres règles, et on en est heureux…

La photo de Laurent Desmet, complice de toujours d’Emmanuel Mouret, est extrêmement lumineuse ; les intérieurs sont clairs, les extérieurs des parcs très fleuris, ou des forêts verdoyantes sous un soleil éclatant. La liaison passagère selon Mouret semble avoir comme corollaire de n’avoir aucune ombre, aucune prise justement pour les prises de tête ni les prises de bec. Charlotte et Simon sont évidemment de tous les plans, mais l’habileté du cinéaste et de son chef opérateur permet qu’on échappe à la lassitude ; le film est tout en mouvement, avec des travellings, des plans séquence, des gros plans, mais aussi des plans larges qui les remettent dans ces cadres très bien choisis, et dans une société dont on ignore presque tout. Malgré une telle pléthore de dialogues, ils réussissent à captiver l’intérêt du spectateur de bout en bout.

Emmanuel Mouret fait la preuve une fois de plus que le cinéma est avant tout un art, un truisme qui ne fait pas de mal à être dit et redit, tant il est approprié à ce film. Avec un sujet dont on connaît pourtant d’avance le début et la fin, il réalise un très beau film qui retient toute l’attention par la forme et par le fond. Un pur bonheur de cinéphile.

Chronique d’une liaison passagère – Bande annonce

 

Chronique d’une liaison passagère – Fiche technique

Réalisateur : Emmanuel Mouret
Scénario : Emmanuel Mouret, Pierre Giraud
Interprétation : Sandrine Kiberlain (Charlotte), Vincent Macaigne (Simon), Georgia Scalliet (Louise), Maxence Tual (Manu)
Photographie : Laurent Desmet
Montage : Martial Salomon
Producteur : Frédéric Niedermayer
Maison de Production : Moby Dick Films , Co-production : Arte Cinema
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 100 min.
Genre : Comédie, Romance, Drame
Date de sortie : 14 Septembre 2022
France– 2022

Note des lecteurs0 Note

4.5