Hôtel des Amériques, la rencontre entre Téchiné et Deneuve

Alors que Catherine Deneuve va être célébrée à la Mostra, où elle recevra un Lion d’Or d’honneur, retour sur un des films marquants de sa longue et prestigieuse carrière, Hôtel des Amériques, réalisé par André Téchiné, avec également Patrick Dewaere, Etienne Chicot et Josiane Balasko.

Hôtel des Amériques, c’est un film de rencontres.
La rencontre entre Catherine Deneuve et André Téchiné, pour commencer. Deneuve et Téchiné, c’est une des collaborations les plus fructueuses du cinéma français des quarante dernières années. Du Lieu du crime à Ma Saison préférée, des Voleurs à L’Adieu à la nuit, l’actrice et le cinéaste ont réussi une symbiose qui permet à chacun de développer le meilleur de son talent.
Hôtel des Amériques, c’est aussi la rencontre de deux personnages. Une rencontre plutôt percutante. Gilles promène sa solitude en pleine nuit dans les rues désertes de Biarritz. Il va pratiquement être renversé par la voiture d’Hélène, médecin anesthésiste à l’hôpital de Biarritz. Alors que lui prend les événements de façon décontractée, elle est nerveuse et mal à l’aise. Elle avoue même directement qu’elle ne va pas bien, qu’elle se sent mal actuellement. Un malaise qui n’a rien à voir avec l’accident lui-même, mais qui est bien plus profond. Hélène apparaît comme une femme fragile, une solitaire marquée par une ancienne histoire d’amour dont elle n’arrive pas à faire le deuil.
Si Gilles semble être plus fort et plus sûr de lui, on sent très vite qu’il ne s’agit que d’une façade. Il s’accroche tout de suite à elle, la regardant dormir sur une table de bistrot, la harcelant presque pour qu’elle le recontacte. Il se considère tout de suite comme étant en couple avec elle. En tout cas, il arbore vite l’allure de quelqu’un qui a désespérément besoin de compagnie. C’est pour cela qu’il s’accroche au seul ami qu’il connaisse, bien que celui-ci profite largement de lui pour avoir un logement gratuit et qu’il se comporte avec un manque complet de savoir-vivre. Constamment insatisfait et ayant besoin de changer de vie, Gilles va donc faire peser sur les épaules d’Hélène tout le poids de ses espérances.
Les deux acteurs principaux, Catherine Deneuve et Patrick Dewaere, déploient un talent rare pour donner de la profondeur et une sensibilité à leurs personnages. Ils dessinent des protagonistes hantés par leur passé ou sentiment d’une vie ratée. La mise en scène de Téchiné sait, quant à elle, jouer sur les questions de distances, Gilles cherchant à se rapprocher quand Hélène veut établir des distances entre eux. Cette question met en évidence la différence dans les attentes face à cette relation : lui veut quelque chose de solide quand elle pense ne plus être capable de s’engager sérieusement.

Hôtel des Amériques se joue ensuite autour de deux lieux que Téchiné marque d’une forte emprunte symbolique.
D’un côté, nous avons La Salamandre, immense propriété dont Hélène a hérité et qui symbolise cet ancien amour qui l’emprisonne émotionnellement. On apprend qu’elle a vécu là un amour passion avec un architecte, un de ces amours exclusifs dont on ne se remet pas vraiment.
De l’autre côté, il y a l’hôtel de la gare, dont Gilles est le gérant. Un de ces petits hôtels familiaux et intimes, mais en pleine rénovation. En effet, les nouveaux propriétaires veulent moderniser tout cela, en faire un établissement à l’américaine. Un rêve de changement et d’ailleurs qui est aussi celui de Gilles lui-même.

Hôtel des Amériques est un film typique de Téchiné, une analyse précise des sentiments, une étude des comportements sociaux telles que le cinéaste sait si bien les faire, soutenues par des interprètes exceptionnels.

Hôtel des Amériques : bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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