« Superino » : un justicier à Naples

Les éditions Dupuis rendent hommage à Superino, un super-héros loufoque très à la mode dans l’Italie des Trente glorieuses. Ce dernier s’inscrivait alors en réaction aux héros marvelisés, qu’il tourne volontiers en dérision, en usant de l’humour absurde et décadent qui caractérisait alors les Risi, Scola ou Comencini.

New Napoli, c’est un Naples futuriste, sis derrière les montagnes, fait de gratte-ciel ultra-modernes, où « les odeurs des beaux quartiers se mélangent avec celles des bas-fonds ». C’est aussi le théâtre de Superino, un homme richissime trop couvé par sa madre doublé d’un super-héros aussi courageux que pathétique. Ses interventions musclées témoignent ainsi d’une volonté de braver tous les dangers pour venir en aide aux plus vulnérables. Sauf qu’il se trompe parfois de cible et manque souvent de discernement. C’est ce justicier loufoque, un peu gauche, à l’humour très scatologique, que remettent au goût du jour Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas, dans des planches colorées où la rondeur du trait et le pointillisme cohabitent sans se parasiter.

Parce qu’il a contribué à les remplir, les prisons napolitaines ne peuvent accueillir une prétendue criminelle sur laquelle Superino vient de mettre la main. Ce dernier n’a d’autre choix que d’héberger chez le milliardaire Dino DiMarco, son alter ego au civil, cette femme passionnée et indomptable, bientôt à l’origine de nombreux gags et rebondissements. Cherchant à préserver son identité secrète – quitte à feindre qu’il passe des heures aux toilettes – , Superino va parallèlement devoir faire face à Poulpino, un super-vilain capable de faire sortir de sa bouche d’inquiétantes tentacules. C’est alors une valse à trois temps qui va s’initier, chacun renforçant la dimension loufoque de l’autre tout en prenant part aux affrontements.

Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas s’approprient Superino avec talent, en prenant soin de se porter à hauteur d’enfants. Ils dépoussièrent un super-héros maladroit et incapable de couper le cordon avec sa mamma. Un personnage qui a l’humanité de ses erreurs et la grandeur de ses aspirations. Et dont l’arme la plus redoutable est… un sandwich au thon. Les allusions à Batman ou Captain America n’échapperont à personne. Mais aux récits estampillés DC ou Marvel, Superino répond par l’absurde, dans un style qui ravira les plus jeunes et qui amusera aussi leurs parents, voire leurs grands-parents.

Superino, Lewis Trondheim et Nicolas Kéramidas
Dupuis, septembre 2022, 112 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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