Les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait : Emmanuel Mouret au top de son art

Avec Les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait, Emmanuel Mouret arrive à un tournant de son chemin cinématographique, où il ose se débarrasser de la couche de burlesque qu’il apporte à ses films par sa présence un peu maladroite, pour se concentrer, non sans humour toutefois, sur le seul sujet qui l’occupe en terme de cinéma : l’amour, le désir, et leur inconstance.

Synopsis :  Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu’ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d’amour présentes et passées…de la jeunesse, le film dresse aussi le portrait de la France de ces cinq dernières années.

Paroles et Musique

La petite musique d’Emmanuel Mouret est de retour. Avec son nouveau film, les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, le cinéaste continue dans la veine d’un cinéma particulier, avec des dialogues que l’on pourrait presque qualifier de surannés, délicieux comme un bonbon, et pourtant acérés comme une flèche. S’appuyant sur Diderot pour Mademoiselle de Joncquières, son film en costumes, il penche plutôt vers une sorte de marivaudage avec ce film, où la parole, les choses qu’on dit, est le moteur du film.

Dans un cadre qui nous éloigne d’emblée de la vie planplan de monsieur tout-le-monde, une magnifique bâtisse qui tient lieu de maison de campagne à Daphné (Camélia Jordana), et son mari François (Vincent Macaigne), Daphné , enceinte de trois mois, reçoit Maxime venu en villégiature (Niels Schneider), un cousin de son mari, lequel est reparti à Paris, pour des raisons professionnelles,  à la dernière minute. Les deux semblent très vite s’accommoder de cette situation de tête-à-tête, partant faire du tourisme cheveux au vent, et échangeant à longueur de journée des confidences intimes sur leurs vies amoureuses respectives.

Le film est ainsi un habile enchâssement d’histoires d’amour en flash-backs, celles de Daphné, et celles de Maxime, avec l’évidence d’une relation probable entre eux deux qui est dessinée par le cinéaste dès les premières scènes. De cette manière, Mouret diffuse un trouble jusqu’à la dernière minute du film. Niels Schneider est assez méconnaissable dans ce rôle de l’homme meurtri qui subit son amour de l’amour, son désir du désir. Jouant plutôt les cyniques,  chez Dolan (Les Amours imaginaires) ou Fontaine (Un Amour impossible), il adopte ici un phrasé empreint de mélancolie, des postures perpétuelles d’attente. En face de lui, la brune Camélia Jordana campe une Daphné incandescente, impatiente de consommer enfin une passion visiblement inassouvie.
Le cinéaste est également très généreux avec ses seconds rôles. En particulier, on admire le personnage de la femme de François, interprétée de manière lumineuse par une Emilie Dequenne très inspirée. De même pour la primesautière Sandra, la copine fantasque de Maxime, interprétée par Jenna Thiam, apportant un surplus de dynamisme au film.

Les Choses qu’on dit… est un film incroyablement rythmé malgré une pléthore de dialogues très sobres, très théâtraux. Le scénario est solide, regorgeant de ramifications, la musique classique, très présente, soulignant délicatement les situations mises en scène. Mouret s’appuie sur des cadres enchanteurs en guise d’écrins aux nombreux tête à tête entre les différents personnages. En effet, n’apparaissent ensemble à l’écran que des paires amoureuses ou amicales ;  les moments de trahison, de doutes, de douleurs ne sortant que très rarement du cadre du récit oral que chacun des deux protagonistes en fait à l’autre.

Le  film d’Emmanuel Mouret, à l’image de tous ceux qui l’ont précédé, parle de l’amour, de la complexité du désir, de l’inconstance des amoureux. Empruntant des chemins différents, de la comédie au film en costumes, il arrive ici à une sorte de quintessence, à ce genre de films où il ne reste plus aucun gras, aucun superflu, un film paradoxalement minimaliste malgré le marivaudage ambiant. Un film qui vise juste et qui peut parler à tous. Un petit bijou en somme, son meilleur à ce jour assurément.

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait– Bande annonce  

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait – Fiche technique

Réalisateur : Emmanuel Mouret
Scénario : Emmanuel Mouret
Interprétation : Camélia Jordana (Daphné), Niels Schneider (Maxime), Vincent Macaigne (François), Émilie Dequenne (Louise), Jenna Thiam (Sandra), Guillaume Gouix (Gaspard), Julia Piaton (Victoire), Jean-Baptiste Anoumon (Stéphane), Louis-Do de Lencquesaing (David le réalisateur), Claude Pommereau (Le philosophe)
Photographie : Laurent Desmet
Montage : Martial Salomon
Producteur : Frédéric Niedermayer
Maisons de production : Moby Dick Films
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 122 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  16 Septembre2020
France – 2020

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4.5

Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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