Céder ou « ne pas céder sur son désir ». Résister ou capituler c’est la formule de Lacan, l’éthique de la psychanalyse, mise en scène dans un film bancal et masqué de Sébastien Bailly « Comme une actrice », réfléchissant cet obscur acteur de nos vies, le lancinant désir et ses visages-fables.
Synopsis : Anna, actrice proche de la cinquantaine, est quittée par son mari, Antoine, metteur en scène de théâtre. Prête à tout pour ne pas le perdre, elle va jusqu’à prendre l’apparence de la jeune femme avec laquelle il entretient une liaison. Mais ce double jeu pourrait se retourner contre elle…
Le pari de Sébastien Bailly est ambitieux : faire se rencontrer en 1h33 les univers du conte, du thriller et des scènes de la vie conjugale version Desplechin en plus charnel somme toute.
L’ambition d’un film d’ores et déjà offre un crédit au spectateur: celui d’accéder au vertige fantasmé par son réalisateur. Et ce vertige ici est fort. Accepter un postulat qui tient de l’imagerie des films fantastiques avec des clins d’œil lointains et subtils à Bunuel et Demy.
Dans Comme une actrice, Sébastien Bailly nous propose donc de croire à une idée folle: une actrice (jouée par Julie Gayet) à l’aube de la cinquantaine se sent en perdition dans son couple et va abuser des gouttes d’un breuvage hallucinogène pour prendre le visage et l’apparence d’une femme plus jeune (Agathe Bonitzer) que son mari désire. Ou s’imagine désirer.
Les tourments du film portent précisément sur l’imaginaire du désir. Que désire au fond le personnage joué par Benjamin Biolay et le sait-il vraiment ? Et sa femme, quel frisson cherche-t-elle ? Un rôle au théâtre qu’elle n’a jamais eu ou à faire renaître l’histoire de son propre couple ? Le film est juste et soyeux dans ce suspens ou cette hébétude, assez bien rendue par le grand corps d’indolence faussement (ou vraiment ?) détachée jouée par Biolay. Surtout le long métrage, Comme une actrice de Bailly cherche sous les visages, les corps et les peaux des acteurs cadrés très près une vérité inquiète, celle de l’incompréhension et du malentendu qui peuvent surgir au sein d’un couple, endeuillant des années de complicité et de confiance.
Comme une actrice est assez beau dans cette auscultation délicate de la cellule- couple, cet animal étrange à l’alchimie mystérieuse. On sent que c’est cette passion grise, grave et mélancolique qui intéresse le réalisateur mais au lieu de s’en tenir à cette clinique austère du couple. Le film bascule ailleurs, comme s’il cherchait lui- même à se donner un vertige, un frémissement qui fait défaut à la mise en scène.
Le postulat- à la fois fantastique et donc très invraisemblable- accordé, nous voyons Julie Gayet se métamorphoser en Agathe Bonitzer, la jeune fille avec laquelle son mari (interprété donc par un Benjamin Biolay à la nonchalance étirée, exaspérante et prenante) croit retrouver la jeunesse de son désir. Le film prend alors des allures polymorphes oscillant entre le thriller hitchcockien (où Julie Gayet au chignon de Vertigo excelle en retenue exacerbée et blondeur propice), le conte triste et diaphane version Peau d’âne, le gore esquissé et le drame existentiel.
Malheureusement Comme une actrice ne suit radicalement aucune de ses voies. Sébastien Bailly analyse davantage les atermoiements du couple à bout de souffle, il le filme à flanc de visages et d’emportements contenus. Surtout il s’intéresse au vertige de son actrice principale. Vraie sœur de Catherine Deneuve dans Peau d’âne, le personnage de Julie Gayet ne cesse de guetter son miroir, questionnant son image, son devenir et l’on devine aisément la mise en abyme pour une actrice trop rare telle Julie Gayet.
On se prend à rêver de ce que David Fincher ferait du visage et des déchirements de Julie Gayet s’il l’avait filmée dans son furieusement cruel Gone Girl. C’est peut-être de cela dont souffre Comme une actrice : de ne pas être suffisamment radical en un endroit : de ne pas choisir nettement son genre. Thriller horrifique, drame conjugal, Conte cruel ? Tout est là à même niveau. Donc rien n’y est! Ou plutôt nous sommes au cœur du sujet de Comme une actrice : comment faire pour désirer encore? D’où le désir jaillit ? D’un visage, d’une confiance commune, d’une parole, d’une peau, d’un passé ?
Le film réussit à troubler et retenir par son élégance inquiète, sa confiance aiguë dans le pouvoir de crédibilité du cinéma et ses acteurs, sans convaincre, il réussit à interroger sans résoudre.
Sans doute les partis pris de Sébastien Bailly auraient trouvé une plus forte ampleur dans un format sériel autorisant alors son sujet à vivre toutes ses pistes dans un rythme plus adéquat. C’est tout ce que nous lui contons pour l’avenir : devenir le showrunner de l’adaptation sérielle USA de son propre film.
Comme une actrice : Bande-annonce
Comme une actrice : Fiche Technique
Réalisateur : Sébastien Bailly
Scénariste : Sébastien Bailly, Zoé Galeron
Avec Julie Gayet, Benjamin Biolay, Agathe Bonitzer, Cyril Gueï, Jenny Arasse, Zhiying Yan, Meiling Wang, Ava Baya…
Distributeur : Epicentre Films / Jour2fete
En salle le 8 mars 2023 / 1h 33min / Comédie dramatique
Capitaine Vaudou : Le trésor de Christophe Colomb. Série directement inspirée du jeu de rôle éponyme édité par Black Book, Capitaine Vaudou entremêle différents éléments typiques des histoires de pirates, en y ajoutant une dimension surnaturelle et des enjeux à fort relief historiographique tels que l’esclavagisme ou les tensions anglo-irlandaises. Cette suite prolonge avec un vrai sens du spectacle
Ange Leca. Inspirés du magnat de la presse Alfred Edwards et de la jeune comédienne Geneviève Lantelme, les personnages Alfred Clouët des Pesruches et Emma Capus disent quelque chose de la Belle Époque. Lui est un entrepreneur volage et souvent tyrannique, en délicatesse avec l’éthique et la loi. Elle est une comédienne bien mariée mais loin d’être épanouie, au point d’ailleurs d’entretenir une relation extraconjugale avec un journaliste alcoolique, Ange Leca, par ailleurs employé… par son mari. Ange porte assez mal son nom : ayant quitté la Corse après une déception amoureuse, il traîne ses guêtres dans les bars et se montre autant obsédé par l’alcool que par sa maîtresse Emma ou ce cadavre décapité et démembré que les eaux de la Seine, sorties de leur lit, ont fait remonter à la surface de Paris. Tout est là : le triangle amoureux, les mœurs de l’époque, une capitale sous les eaux, une enquête tapissée de mystère. Tom Graffin, Jérôme Ropert et Victor Lepointe n’ont plus qu’à faire avancer l’ensemble pour tenir le lecteur en haleine et caractériser plus avant leurs personnages tout en fêlures. On peut penser à
Les Petits Voyageurs de L’art : La Joconde de Léonard de Vinci. Comme le rappelle le dossier pédagogique glissé en fin d’album, Léonard de Vinci n’est aucunement réductible à La Joconde, bien que ce tableau, le plus célèbre du Musée du Louvre, constitue probablement sa réalisation la plus commentée. Ingénieur, scientifique, architecte, anatomiste en plus d’être un artiste accompli, l’homme a déployé ses talents à travers les disciplines et a pu compter sur bon nombre de mécènes au cours de sa vie, dont Laurent le Magnifique, Cesare Borgia ou François 1er. C’est ce dernier, justement, qui l’accueille au Clos Lucé, le parraine et tombe amoureux du tableau de Mona Lisa, qu’il va acquérir. Une œuvre de commande, qui se caractérise par la fixation des spectateurs par le regard de Lisa Gherardini, par un sourire mystérieux mais aussi par la technique du sfumato, qui consiste à superposer des couches fines de peinture pour créer des effets diffus et novateurs. Dans leur album, Carbone et Moon Li verbalisent chacun de ces points, à travers l’histoire de Lucas et Jade, capables de traverser les tableaux pour aller à la rencontre des artistes qui les façonnent. Évidemment, la fiction se mêle aux faits historiques et l’on reste, considérant le public auquel s’adresse cette nouvelle collection, à la surface des choses. Mais il n’empêche que le génie de Léonard de Vinci et l’histoire de La Joconde – de sa création à sa vénération en passant par son vol par un ouvrier du musée en 1911 – sont très bien restitués et constituent une entrée en matière plutôt engageante.
Eugénie de l’orthographe – Les règles méchantes. Dans cet album à finalité pédagogique, les célèbres patates de David Berry prennent part à des scènes de la vie quotidienne. À ceci près qu’une manifestation inattendue, prénommée Eugénie, apparaît pour corriger la moindre de leurs fautes syntaxiques, grammaticales ou orthographiques. Les « règles méchantes » annoncées dans le titre de l’album concernent des liaisons, des accords, des participes passés ; elles sont souvent bafouées, parfois contre-intuitives, la plupart du temps source d’hésitations pour les locuteurs et rédacteurs que nous sommes. Aurore Ponsonnet et David Berry mettent en vignettes des personnages loufoques dans des situations ordinaires. Chacune de leurs incartades donne lieu à une correction immédiate d’Eugénie, présentée comme un génie de la langue française. Évidemment, ces remises en question paraissent d’abord intempestives, mais les Lambert, puisque c’est eux que le lecteur est appelé à suivre, finissent par s’en accommoder, quand ils ne réclament pas eux-mêmes l’intervention de leur magicienne ! Bon enfant, bien moins empesé que les ouvrages de référence sur la question (c’est le but affiché !), Eugénie de l’orthographe comprend une vingtaine de fiches didactiques, illustrées par des exemples concrets, et aisément assimilables par les enfants.