Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, un film de Joachim Rønning & Espen Sandberg : critique

Supérieur en tout point au quatrième opus, mais largement inférieur à la fougue et la qualité de la trilogie originale, Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar reste un divertissement honnête, enlevé et rythmé, bien que l’absence d’originalité tant dans la narration que dans l’écriture des personnages en diminue allègrement le plaisir lors du visionnage.

Synopsis : Les temps sont durs pour le Capitaine Jack, et le destin semble même vouloir s’acharner lorsqu’un redoutable équipage fantôme mené par son vieil ennemi, le terrifiant Capitaine Salazar, s’échappe du Triangle du Diable pour anéantir tous les flibustiers écumant les flots… Sparrow compris ! Le seul espoir de survie du Capitaine Jack est de retrouver le légendaire Trident de Poséidon qui donne à celui qui le détient tout pouvoir sur les mers et les océans. Mais pour cela, il doit forger une alliance précaire avec Carina Smyth, une astronome aussi belle que brillante et Henry, un jeune marin de la Royal Navy au caractère bien trempé. À la barre du Dying Gull, un minable petit rafiot, Sparrow va tout entreprendre pour contrer ses revers de fortune, mais aussi sauver sa vie face au plus implacable ennemi qu’il ait jamais eu à affronter…

A l’abordage !

pirates-des-caraibes-la-vengeance-de-salazar-johnny-depp

 

Brisons d’emblée la glace : Pirates des CaraïbesLa Fontaine de Jouvence était mauvais ! Alors que le premier opus (le meilleur) remettait au goût du jour le film de pirates dans un cocktail à base d’aventures, de fantastique, d’exotisme et d’humour savamment dosé, les deux suivants, bien que non exempts de défauts (dont des longueurs trop prononcées) avaient pour mérite de proposer des spectacles à l’identité visuelle forte (merci Gore Verbinski) répondant à la définition la plus stricte de blockbuster réussi. Et inutile de dire que le capitaine Jack Sparrow gagna ses galons de véritable icône ! A tel point que les spectateurs étaient bien évidemment pressés de retrouver leur pirate préféré dans une aventure inédite, à savoir la quête de la fontaine de Jouvence. Malheureusement, une quête qui prit des allures de douche froide. Car bien que le succès fut au rendez-vous (plus d’un milliard de recettes mondiales), le long métrage était plombé par une intrigue pauvre et aussi linéaire qu’une autoroute, associée à des défauts d’écriture et à la réalisation plate de Rob Marschall. A tel point qu’on se demandait si une suite était nécessaire. Car ce nouveau volet se devait à la fois de reconquérir les fans de la première heure et les potentiels futurs aficionados de la saga. Pari réussi ? A moitié dirons-nous !

Car ça part plutôt assez mal. Après une introduction nous présentant brièvement quelques nouveaux venus, comme Henry Turner (fade Brenton Thwaites !) ou le capitaine Salazar, antagoniste de ce cinquième film, on enchaîne directement avec une entrée fracassante de Sparrow, pris encore une fois au piège bien malgré lui, et cherchant à s’échapper avec les moyens du bord. En résulte une scène dont la vague impression d’avoir déjà vu ça quelque part se fait cruellement ressentir, appuyée par un cabotinage bien excessif de Johnny Depp, où on sent que la passion dans l’interprétation de son personnage n’est plus la même qu’à ses débuts. Car là est le principal défaut de ce cinquième volet : le manque d’originalité.

pirates-des-caraibes-la-vengeance-de-salazar-javier-bardem

Se targuant, selon les dires de l’équipe du film, de se rapprocher volontairement du premier volet en termes d’ambitions scénaristiques et de goût de l’aventure, La Vengeance de Salazar ne semble être qu’une redite des épisodes précédents plutôt qu’un véritable retour aux sources. Cela ne se voit pas uniquement dans sa bande originale, qui n’est qu’une transposition vaine et sans génie des thèmes précédents, mais également dans le déroulement de l’intrigue. Nous suivons une fois de plus les tribulations de trois personnages principaux, en l’occurrence Jack, mais aussi le couple Brenton Thwaites / Kaya Scodelario, nouvel atout charme de la saga après Keira Knightley et Orlando Bloom (dont les caméos respectifs relèvent d’ailleurs de la pure anecdote) à la recherche d’un autre McGuffin : le trident de Poséidon. A cela s’ajoutent d’autres personnages emblématiques, tel le capitaine Barbossa, dont la caractérisation actuelle, lourde et pompeuse, relève davantage de la parodie que de la menace d’antan (le pirate sanguinaire sans foi ni loi a laissé place à un aristocrate opportuniste et niaiseux), ou encore les membres récurrents de l’équipage de Jack, comme Gibbs ou Marty. Au rayon nouveautés, on note le capitaine Salazar qui, malgré une certaine prestance renforcée par une interprétation tendance « jusqu’au-boutiste » si caractéristique de Javier Bardem, n’apparait jamais réellement très menaçant. La faute principalement à un manque d’enjeu émotionnel qui aurait poussé le personnage jusqu’à ses retranchements, contrairement à Davy Jones par exemple. Ici, il veut juste tuer Jack, car ce dernier, durant sa jeunesse, l’a enfermé dans le triangle de la mort. Une vengeance pure et dure. Point ! D’ailleurs, quand le film essaye d’apporter quelque chose de neuf et un semblant de renouveau – ici les origines du capitaine Jack Sparrow – il le fait d’une manière très rapide et maladroite, tant et si bien qu’un sentiment de peur de créativité et de rester conforme au moule du blockbuster lambda estampillé Disney se fait ressentir. Doublement dommage donc !

pirates-des-caraibes-la-vengeance-de-salazar-kaya-scodelario-brenton-thwaites

Pourtant, tout n’est pas à jeter ! Car si l’on accepte ce constat de départ, on est forcé d’admettre que le film est un blockbuster faisant plutôt bien le job. Et s’ils ne brillent pas dans l’art de la narration, les réalisateurs Joachim Rønning et Espen Sandberg sont des techniciens d’une indéniable efficacité. Avec 129 minutes au compteur, ce qui en fait le film le plus court de la saga, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est débarrassé de longueurs superflues et s’en trouve vraiment rythmé, offrant des parallèles somme toute intéressants avec l’Histoire, tels les balbutiements de la science, savoir encore ébranlé par la domination de la religion, et enchaînant gags et scènes d’action plutôt réussis. Ces dernières n’atteignent pas, bien entendu, l’aspect rollercoaster de la trilogie initiale (le duel de la roue dans Le Secret du Coffre Maudit reste un modèle du genre), elles possèdent un aspect cartoonesque plutôt bienvenu, à l’instar de la scène de la guillotine, moment le plus drôle du film. Elles sont, à l’image de l’esthétisme global, alimentées par des effets spéciaux réussis (à quelques exceptions près, comme en témoigne le minois – pas si joli – du jeune Jack) entraînant un rendu visuel assez plaisant, comme l’équipage de Salazar, les silhouettes fantomatiques couvertes de cendres, l’île des étoiles, ou encore le final entre deux immenses murs d’eau. Se déroulant sans temps morts ni ennui, le film est donc loin d’être la catastrophe industrielle annoncée au vu des premières bandes-annonces.

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est incontestablement un divertissement honnête et correctement emballé. Ne lui manquerait seulement qu’une formule repensée, surtout si d’autres épisodes sont à prévoir par la suite, et un supplément d’âme qui lui aurait conféré un statut de grand film d’aventure.

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar : Bande-annonce

 Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar : Fiche technique

Réalisation : Joachim Rønning et Espen Sandberg
Scénario : Jeff Nathanson
Interprétation : Johnny Depp (Capitaine Jack Sparrow), Javier Bardem (Capitaine Brand – Salazar), Brenton Thwaites (Henry Turner), Kaya Scodelario (Carina Smyth), Geoffrey Rush (Capitaine Barbossa), Kevin McNally (Joshamee Gibbs), Orlando Bloom (Will Turner)…
Photographie : Paul Cameron
Montage : Roger Barton, Leigh Folsom Boyd
Directeur artistique : Nigel Phelps
Costumes : Penny Rose
Décors : Tom Nursey, John Dexter, Jacinta Leong, Michael Turner, Beverley Dunn, Shannon Gottlieb et Steve Parsons
Musique : Geoff Zanelli
Producteurs : Jerry Bruckheimer, Mike Stenson, Chad Oman, Joseph M. Caracciolo Jr., Brigham Taylor, Terry Rosso
Sociétés de production : Walt Disney Company
Distribution (France) : The Walt Disney Company France
Durée : 129 minutes
Genre : Aventure, fantastique
Date de sortie : 24 mai 2017

Etats-Unis – 2016

 

Festival

Cannes 2026 : Sheep in a box, laisser partir

Avec "Sheep in the Box", Kore-eda déplace la science-fiction vers un territoire intimiste : celui du deuil, du manque et de ce qu’il reste à aimer quand l’enfant n’est plus là. À travers la présence troublante d’un double artificiel, le cinéaste japonais compose une fable douce et mélancolique sur des parents qui apprennent, enfin, à revenir à la vie.

Cannes 2026 : Colony, entre deux terminus

À Cannes 2026, "Colony" marque le retour de Yeon Sang-ho au film de zombies avec un spectacle généreux, ludique et imparfait, porté par quelques belles fulgurances de chaos.

Cannes 2026 : Club Kid, la renaissance d’un père

Pour son premier film, John Firstman propose une histoire attachante et pleine d'humour sur fond de soirées gays new-yorkaise. Dans "Club Kid", il incarne un père abîmé qui tâche de se reprendre en main lorsqu'un fils inconnu surgit dans sa vie. Une bulle de bonheur qui rappelle que nos proches donnent du sens à notre existence.

Cannes 2026 : Sanguine, à cœur et à sang

Présenté en Séance de Minuit à Cannes 2026, Sanguine de Marion Le Corroller s’attaque au corps épuisé par le travail en le faisant basculer dans le body horror. Porté par Mara Taquin et par une vraie envie de cinéma, ce premier long-métrage impressionne par son énergie, sans encore trouver la mutation radicale qu’il promet.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.
Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.