« Orson Welles, l’inventeur de rêves » : typiquement atypique

La collection « 9 1/2 » des éditions Glénat s’enrichit de l’album Orson Welles, l’inventeur de rêves, de Noël Simsolo et Alberto Locatelli. L’occasion de revenir, en vignettes, sur l’un des monstres sacrés du septième art.

La très belle couverture d’Orson Welles, l’inventeur de rêves identifie un moment-clé de la carrière du comédien et cinéaste américain. C’est en effet sous la direction de Carol Reed, à l’occasion du long métrage Le Troisième Homme, qu’Orson Welles prend une dimension nouvelle en Europe. Dans l’esprit du public, il devient Harry Lime, un personnage avec qui il fera véritablement corps. L’album de Noël Simsolo et Alberto Locatelli exploite cet épisode particulier pour caractériser plus avant le metteur en scène de Citizen Kane. « Moi, je ne travaille pas dans ce froid, ces odeurs et ce manque d’hygiène », annonce-t-il à l’équipe qui reconstituera dès lors les égouts dans des studios à Londres.

Orson Welles n’a pas toujours eu pareille liberté. Constamment en manque d’argent, il tournait souvent à contrecœur, dans le but de financer ses propres films. S’il s’épanouissait en collaborant avec John Huston ou Richard Fleischer, sa carrière d’acteur ne ressemblait en rien à un long fleuve tranquille. Noël Simsolo met très bien en relief cet état de fait, tout comme il présente un Orson Welles tellement empressé qu’il finissait souvent dépossédé de ses propres créations, régulièrement montées et parfois même remodelées par d’autres, à son grand dam. Homme de radio et de théâtre, visionnaire doublé d’un rebelle, allergique aux compromissions (sauf quand ça servait ses finances), Orson Welles était un personnage complexe, entier, un pan de l’histoire du cinéma, autant d’éléments que l’album restitue avec ingéniosité et dans une narration déstructurée.

Les très beaux dessins d’Alberto Locatelli apportent un cachet presque poétique à Orson Welles, l’inventeur de rêves. Du fameux plan-séquence d’ouverture de La Soif du mal aux séances d’apprentissage en visionnant des dizaines de fois La Chevauchée fantastique en passant par un libertinage à toute épreuve ou les adaptations cinématographiques de Shakespeare, Orson se révèle dans toutes ses nuances. Le jeune surdoué dont la réputation fut bâtie sur un fantasme radiophonique devient un comédien obèse courant les cachets. Celui que la RKO choie tant cumulera plus tard les déceptions professionnelles. Adulé par la Nouvelle vague, rejeté par les Américains, sillonnant l’Europe en quête de projets, Welles déclarera à l’American Film Institute, en 1975 : « Metteur en scène, je me paie grâce à mes emplois d’acteur. J’utilise mon travail pour subventionner mon propre travail. Autrement dit, je suis fou. Mais pas assez fou pour prétendre être libre. »

Graphiquement somptueux, caractérisé par ses bonds temporels et son récit échevelé, Orson Welles, l’inventeur de rêves dresse le portrait doux-amer d’un cinéaste dont l’opiniâtreté et le talent n’auront finalement d’égal qu’une certaine propension à l’autodestruction. Entre chefs-d’œuvre et « prostitution », sur les planches, derrière un micro ou devant une caméra, Welles demeurera cramponné à ses idées et, il faut bien le dire, souvent incompris. Le rappeler n’est jamais superflu.

Orson Welles, l’inventeur de rêves, Noël Simsolo et Alberto Locatelli
Glénat, mai 2022, 168 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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