« On a faim d’idéal » : des caisses et des convictions

Dans leur nouvelle bande dessinée, Elizabeth Barféty et Armelle entrent dans la vie d’une coopérative bio. Et elles y trouvent bien plus qu’un commerce.

On a faim d’idéal nous fait pénétrer dans la Bionacelle, une coopérative bio inspirée d’une vraie SCOP. On y assiste aux livraisons le matin, aux discussions qui s’éternisent en réunion, aux doutes qui effleurent une salariée ou encore à la satisfaction d’une cliente convertie.

Trois femmes portent le récit. Léa, qui débarque presque par accident et apprend à mettre des mots sur ce qu’elle cherchait sans le savoir. Nath, militante aguerrie qui doit apprendre quelque chose de plus difficile encore que l’engagement ou la volonté de former les autres : une forme de lâcher-prise. Pauline, mère solo qui reconstruit autour d’un projet collectif ce que la vie a un peu mis en pièces. Le trio fonctionne parce qu’il ne cherche pas à tout représenter. Il nous sert d’ancrage et permet d’injecter ce qu’il faut de nuance.

Pour composer ces portraits, Elizabeth Barféty est allée sur le terrain. Elle a effectué un travail de reportage. Cela se ressent à chaque page. L’alimentation, les enjeux de gouvernance partagée, les relations directes avec les producteurs : ces concepts auraient pu alourdir un récit militant. Ici, ils surgissent naturellement d’une conversation, d’une décision collective, d’un désaccord qui se règle démocratiquement.

On a faim d’idéal ne prêche pas pour les convertis. Elizabeth Barféty s’adresse aussi à celles et ceux qui hésitent à pousser la porte d’un magasin bio, intimidés par une image trop lisse ou trop exclusive. En montrant les tensions internes, les compromis, la bureaucratie coopérative et ses (quelques) longueurs, elle rend le modèle désirable sans le sanctifier.

Parce que c’est bien là le fond du sujet : comment travailler autrement sans se mentir à soi-même ? Comment consommer avec conscience sans en faire une religion ? Comment tenir dans la durée quand l’idéal se heurte au réel ? On a faim d’idéal ne répond pas à tout. Mais il pose les bonnes questions, à hauteur d’humain, avec une générosité qui fait du bien.

On a faim d’idéal, Elizabeth Barféty et Armelle
Marabulles, 27 mai 2026, 192 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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