Pensionnaires : un sacré Gaillard !

Avec cet album, Pierre-Henry Gomont montre que le format court de la nouvelle collection « Intermezzo » des éditions Dargaud lui convient, alors qu’on le sait plus habitué aux formats longs (voir le récent Montefiore). Ici, il profite d’un récit de fugue pour aborder bien des points intéressants.

L’essentiel se passe de nuit, alors qu’un groupe d’adolescents s’organise pour faire le mur et profiter d’une escapade presque symbolique, puisqu’il s’agit surtout de braver tous les interdits qu’ils subissent. Le total de 32 pages (au format 23,9 x 16,9 cm) n’empêche pas le dessinateur-scénariste d’accumuler les détails significatifs qui vont du nom de l’établissement (le Morrison) vers lequel les garçons se dirigent, au vocabulaire utilisé (les « greluches » dans la bouche de l’un d’entre eux, qui sonne trop vieux français aux oreilles d’un autre), en passant par une référence aux traditions en vigueur dans ce genre d’établissement (fumer devant la façade, quand personne ne surveille, petite provocation très satisfaisante) et j’en passe. Fidèle à son style, Pierre-Henry Gomont fait la part belle aux mouvements qui donnent des formes très particulières aux corps dans des situations plus ou moins extrêmes. Et, en dépit d’un album où les dialogues occupent une part importante, le dessinateur ménage suffisamment de moments d’action (y compris lors d’un flashback mémorable) pour donner libre cours à son inspiration picturale. Avec une base à trois bandes par planche, l’auteur permet au dessin de garder une place prépondérante, surtout qu’il aère son récit avec quelques dessins de plus grand format, pour un ensemble bien dosé qui se parcourt avec délectation. Les couleurs nocturnes sont parfaitement rendues, sans que cela soit au détriment des quelques atmosphères diurnes. Les décors font également plaisir à voir et on profite notamment des bâtiments qui servent à l’internat (sans oublier la répartition de leurs occupants).

Les personnages

Quant à ces occupants, leurs différents caractères émergent très naturellement, aussi bien pour les élèves que pour leurs parents (la mère convoquée de l’un et par sous-entendu pour les autres). La figure du directeur en impose (au détriment des enseignants qui eux apparaissent peu), usant de principes qu’il énonce avec une belle assurance car il entend bien qu’ils soient respectés. Enfin, nous avons Gaillard, un pion aux allures d’ancien militaire, avec l’état d’esprit à l’avenant.

Le scénario

Il mêle action, dialogues et commentaires narratifs, tout en intégrant une partie sous la forme d’un flashback qui apporte un éclairage fort pour un épisode qui autrement pourrait rester anecdotique. Pierre-Henry Gomont aborde ainsi de nombreux thèmes, tels que la crise d’adolescence et les relations qui se nouent au gré des circonstances (avec affirmation d’un caractère), le rapport à l’autorité, les relations parents-enfants, tout en réservant des moments forts et une touche d’humour qui donnent toute sa valeur à l’ensemble. On retiendra ainsi le commentaire (justifié et illustré par l’action) désignant ce qu’est le vrai courage, par rapport à une réaction d’instinct. Une réussite !

Pensionnaires, Pierre-Henry Gomont
Dargaud (collection « Intermezzo ») : sorti le 28 août 2026

 

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3.5

Festival

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