Montefiore : le carcan familial

Ici tout se passe en Italie, dans la région de Sienne (Toscane) pendant les vacances d’été. Passionnés d’équitation, les deux jeunes frères Montefiore sont invités à profiter de l’hébergement de leur oncle Guido qui s’occupe de l’élevage familial.

Les deux garçons se nomment Andrea (l’aîné) et Angelo (le cadet) comme le rappelle l’arbre généalogique présenté en début d’album (qui permet de s’y retrouver, bien qu’il ne soit pas bien compliqué). Chez les Montefiore, la passion pour l’équitation est une affaire de famille, mais aussi une tradition locale, puisqu’à Sienne, chaque année deux courses bien particulières ont lieu (2 juillet et 16 août). Les cavaliers montent à cru, avec juste une cravache et les rênes pour guider leur monture. Le spécialiste local, c’est Guido leur oncle qu’en fait Andrea et Angelo ne connaissent que de nom (ils ne l’ont jamais vu). Dans cette course qui utilise les rues de la ville (en fait la place centrale Piazza del Campo dont il s’agit de faire trois fois le tour), il semble que tous les coups soient permis, y compris de chercher à désarçonner les adversaires, les tirer, pousser et même les frapper avec la cravache. A ce jeu, Guido est fort réputé, ce qui enthousiasme ses jeunes neveux qui viennent le voir après la course qu’il vient de gagner. Les sentant prometteurs, il leur propose d’intégrer l’élevage dont son cheval est issu pour montrer de quoi ils sont capables et se perfectionner.

L’été à Sienne

Puisqu’il est d’emblée question de la course locale très réputée (le Palio de Sienne), disons que le scénario permet de la mettre en scène pour exploiter son aspect spectaculaire sans rien dire de ses caractéristiques. Très à son aise dans ce milieu de l’équitation, le dessinateur (scénariste et coloriste) Pierre-Henry Gomont (l’auteur remarqué du triptyque Slava)montre les cavaliers et leurs montures en plein effort, ce qui lui permet de faire sentir l’intensité de cette très brève course, avec une façon très personnelle (et remarquable) de faire sentir les mouvements, mais aussi l’ambiance survoltée avec les couleurs et la chaleur propres à l’Italie en plein été, au détriment parfois des détails, comme les décors souvent négligés.

Découvertes

Le titre l’indique, c’est bien l’histoire familiale qui intéresse l’auteur et qu’il met au centre de son intrigue. En commençant par la course, il introduit le thème équestre qui fait courir tous ses personnages. Et même si cela lui permet également de faire sentir d’emblée que le milieu familial Montefiore recèle de vieilles rancœurs, l’invitation faite par Guido aux garçons sonne un peu comme une facilité scénaristique qui passe heureusement dans le feu de l’action. Bien évidemment, les garçons sont encore jeunes et naïfs. Ils ne comprennent donc pas tout ce qu’ils observent dans un domaine (la maison, mais aussi l’élevage, le haras) où tout est nouveau pour eux et où ils ont beaucoup à apprendre. Mais justement, ils ne demandent qu’à apprendre et leur curiosité les amène à réaliser progressivement les enjeux auxquels ils participent désormais, ainsi que les caractères de celles et ceux qu’ils côtoient. Avec eux, nous allons de surprise en surprise en découvrant les jeux de pouvoirs. Ils en apprennent notamment sur leur propre famille, leur père notamment qui, en réalité est un cousin de Guido.

Apprivoisement mutuel

La narration mérite d’être étudiée, car elle fait des détours vers le passé, avec quelques moments clé de l’histoire familiale. En même temps que nous parcourons ces épisodes à l’aide d’une narration écrite accompagnant des dessins généralement de plus grande taille, nous découvrons une certaine philosophie de la vie. Il y est question du noyau familial vu comme une entité bien particulière qui se suffit à elle-même. Selon les personnalités, cette cellule peut se réduire aux parents et à leurs enfants ou bien à tous celles et ceux qui portent le même nom. En même temps qu’Andrea et Angelo, nous réalisons que selon les personnalités, ces deux façons de voir la famille peuvent coexister entre personnes censées être proches et qui de plus le sont par leurs lieux d’existence, raison pour laquelle les garçons peuvent assister à la course du début. Bien évidemment, ils découvrent aussi ce qu’on peut considérer comme des secrets de famille. Dans le même temps, ils font leur apprentissage au haras et y côtoient d’autres jeunes qui y évoluaient déjà avant leur arrivée. La narration mêle leur apprentissage de la vie avec celui de la monte des chevaux. Ce dernier point est détaillé de manière passionnante, avec la formation d’un véritable duo entre le cavalier et sa monture, où il s’agit de s’apprivoiser mutuellement. Pour cela, la connaissance du caractère et des réactions de l’autre en toutes circonstances s’avère essentiel. Ce sont de véritables couples qui se forment.

Les réalités de la vie

L’étude de caractères propose de belles séquences, même si finalement ce n’est pas de Guido lui-même que les garçons apprennent le plus question équitation, mais d’Ambroggio, homme d’âge mûr et très expérimenté dont la dégaine vaut le coup d’œil (voir ses lunettes qui font leur âge, au même titre que leur propriétaire). L’apprentissage passe par de nombreuses situations, les conseils alternant avec les brimades, les engueulades, etc. Mais le plus difficile à encaisser sera la conclusion qui amènera Andrea et Angelo à encore mieux comprendre le fonctionnement de cette branche familiale qu’ils ne connaissaient pas. Après avoir dû, sous la pression des autres, faire un choix crucial quant à leur avenir, ils vont déchanter face aux décisions familiales qui mettent en lumière la position réelle des uns et des autres. Cet apprentissage de la vie leur restera certainement !

Montefiore – Pierre-Henry Gomont
Dargaud : sorti le 18 septembre 2026
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3.5

Festival

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