« Ruridragon » (T5) : l’amitié à l’épreuve du dragon

Dans ce nouveau tome de Ruridragon, Aoki sent toujours plus sa nature changer et veut comprendre ce qu’elle tient de son père. Mais le mystère demeure : pas de rencontre avec le papa dragon, seulement des révélations transmises par sa mère. Mais aussi une conversation de classe où chacun mesure ce que cette métamorphose pourrait signifier pour leur amitié.

Ruri voudrait savoir d’où elle vient. À mesure que sa transformation s’intensifie, la question de ses origines paternelles devient plus pressante : qu’est-ce qu’être la fille d’un dragon, au juste ? On pourrait croire que le tome va enfin lever le voile sur ce père absent. Il n’en est rien. Le mystère reste entier, et c’est sa mère qui donne à Ruri quelques nouveaux éléments informatifs sur les dragons, leurs ambitions et leur rapport à l’humanité. L’information est d’ailleurs inquiétante : les dragons voudraient dominer le monde et anéantir les humains. Ruri comprend alors que son héritage n’est pas seulement une affaire de cornes ou de pouvoirs nouveaux.

Cette inquiétude prend une forme très concrète au lycée. Ruri découvre des capacités liées au froid et à la glace, qu’elle éprouve notamment dans la piscine : même une baignade avec ses camarades devient délicate, puisqu’elle pourrait faire geler l’eau ou l’électriser. La différence n’a donc rien d’abstrait pour la lycéenne. Elle menace déjà de la priver de moments simples, partagés avec les autres. Et tandis qu’elle tente aussi de rattraper son retard scolaire, Ruri doit trouver comment parler aux autres de ce qu’elle devient.

Une conversation à bâtons rompus avec ses camarades lui en donne l’occasion. Ruri leur explique ce qu’elle a appris et cherche, surtout, à entendre leurs réactions. Le dialogue est franc, parfois inconfortable. Ses amis tiennent à elle et l’acceptent, tout en exprimant une crainte : qu’elle ne finisse par faire du mal à l’humanité (ou à tout le moins à ceux qui l’entourent). Le danger n’est pas présent, mais il s’installe dans les suppositions, dans l’image d’un avenir où Ruri pourrait changer, volontairement ou non. Voilà l’épicentre de ce cinquième tome : il existe un schisme entre ce qu’Aoki est aujourd’hui et ce que les autres redoutent qu’elle puisse devenir.

Ruri ne veut pas être la dragonne de la classe. Elle veut y rester, être une amie parmi les autres, et redoute que sa transformation ne la pousse à l’exil. Son échange avec Kurama, qui peine lui aussi à se faire des amis et n’apprécie guère le lycée, lui rappelle que la solitude n’a pas une forme unique. Sans amoindrir la singularité de Ruri, le manga fait ainsi place aux fragilités ordinaires de chacun. Dans ce Ruridragon, les peurs sont exprimées, les liens sont mis à l’épreuve, mais personne ne renonce (encore) à la possibilité de se comprendre.

Ruridragon (T5), Masaoki Shindo
Glénat, 21 octobre 2026, 208 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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