En bref : Capitaine Vaudou, Ange Leca, Les Petits Voyageurs de L’art et Eugénie de l’orthographe

Retour sur plusieurs parutions récentes. Au programme : Capitaine Vaudou : Le trésor de Christophe Colomb, Ange Leca, Les Petits Voyageurs de L’art : La Joconde de Léonard de Vinci et Eugénie de l’orthographe – Les règles méchantes.

Capitaine-Vaudou-avisCapitaine Vaudou : Le trésor de Christophe Colomb. Série directement inspirée du jeu de rôle éponyme édité par Black Book, Capitaine Vaudou entremêle différents éléments typiques des histoires de pirates, en y ajoutant une dimension surnaturelle et des enjeux à fort relief historiographique tels que l’esclavagisme ou les tensions anglo-irlandaises. Cette suite prolonge avec un vrai sens du spectacle un premier tome déjà prometteur. Aux Bahamas, une procession étrange est en marche, dans le but de capturer l’un des nombreux zombis qui hantent une île maudite. Les services de Cormac McLeod sont aussitôt sollicités, avec son frère Angus, réduit à l’état de mort-vivant, comme moyen de pression. Il va aussi entreprendre une initiation à la magie vaudou dans les Blue Mountains. Sombre, dessiné à traits fins par Darko Perovic, « Le trésor de Christophe Colomb » organise une ronde de personnages bien construits, dont les motivations entrent en collision les unes avec les autres. Entre Robert Louis Stevenson et la franchise Pirates des Caraïbes, Capitaine Vaudou parvient, à mi-chemin (quatre tomes sont prévus en tout), à un équilibre plaisant et à une efficacité appréciable.

Capitaine Vaudou : Le trésor de Christophe Colomb (T02), Jean-Pierre Pécau et Darko Perovic
Delcourt, février 2023, 56 pages

Ange-Leca-avisAnge Leca. Inspirés du magnat de la presse Alfred Edwards et de la jeune comédienne Geneviève Lantelme, les personnages Alfred Clouët des Pesruches et Emma Capus disent quelque chose de la Belle Époque. Lui est un entrepreneur volage et souvent tyrannique, en délicatesse avec l’éthique et la loi. Elle est une comédienne bien mariée mais loin d’être épanouie, au point d’ailleurs d’entretenir une relation extraconjugale avec un journaliste alcoolique, Ange Leca, par ailleurs employé… par son mari. Ange porte assez mal son nom : ayant quitté la Corse après une déception amoureuse, il traîne ses guêtres dans les bars et se montre autant obsédé par l’alcool que par sa maîtresse Emma ou ce cadavre décapité et démembré que les eaux de la Seine, sorties de leur lit, ont fait remonter à la surface de Paris. Tout est là : le triangle amoureux, les mœurs de l’époque, une capitale sous les eaux, une enquête tapissée de mystère. Tom Graffin, Jérôme Ropert et Victor Lepointe n’ont plus qu’à faire avancer l’ensemble pour tenir le lecteur en haleine et caractériser plus avant leurs personnages tout en fêlures. On peut penser à Citizen Kane à travers le personnage d’Alfred Clouët des Pesruches. On décèle des parallèles évidents entre le meurtre impossible à élucider sur lequel enquête Ange et les victimes anonymes retrouvées en France et en Angleterre au début du XXe siècle, avant les avancées de la police scientifique. Sous ses dehors romanesques, bien maîtrisés, le récit se teinte d’un réalisme évident. Pour le reste, entre le drame, la romance et le polar, Ange Leca fait son œuvre, avec savoir-faire.

Ange Leca, Tom Graffin, Jérôme Ropert et Victor Lepointe
Bamboo/Grand Angle, mars 2023, 72 pages

Les-petits-voyageurs-de-l-art-La-Joconde-de-Leonard-de-Vinci-avisLes Petits Voyageurs de L’art : La Joconde de Léonard de Vinci. Comme le rappelle le dossier pédagogique glissé en fin d’album, Léonard de Vinci n’est aucunement réductible à La Joconde, bien que ce tableau, le plus célèbre du Musée du Louvre, constitue probablement sa réalisation la plus commentée. Ingénieur, scientifique, architecte, anatomiste en plus d’être un artiste accompli, l’homme a déployé ses talents à travers les disciplines et a pu compter sur bon nombre de mécènes au cours de sa vie, dont Laurent le Magnifique, Cesare Borgia ou François 1er. C’est ce dernier, justement, qui l’accueille au Clos Lucé, le parraine et tombe amoureux du tableau de Mona Lisa, qu’il va acquérir. Une œuvre de commande, qui se caractérise par la fixation des spectateurs par le regard de Lisa Gherardini, par un sourire mystérieux mais aussi par la technique du sfumato, qui consiste à superposer des couches fines de peinture pour créer des effets diffus et novateurs. Dans leur album, Carbone et Moon Li verbalisent chacun de ces points, à travers l’histoire de Lucas et Jade, capables de traverser les tableaux pour aller à la rencontre des artistes qui les façonnent. Évidemment, la fiction se mêle aux faits historiques et l’on reste, considérant le public auquel s’adresse cette nouvelle collection, à la surface des choses. Mais il n’empêche que le génie de Léonard de Vinci et l’histoire de La Joconde – de sa création à sa vénération en passant par son vol par un ouvrier du musée en 1911 – sont très bien restitués et constituent une entrée en matière plutôt engageante.

Les Petits Voyageurs de L’art : La Joconde de Léonard de Vinci, Carbone et Moon Li
Kennes, février 2023, 48 pages

Eugenie-de-l-orthographe-les-regles-mechantes-avisEugénie de l’orthographe – Les règles méchantes. Dans cet album à finalité pédagogique, les célèbres patates de David Berry prennent part à des scènes de la vie quotidienne. À ceci près qu’une manifestation inattendue, prénommée Eugénie, apparaît pour corriger la moindre de leurs fautes syntaxiques, grammaticales ou orthographiques. Les « règles méchantes » annoncées dans le titre de l’album concernent des liaisons, des accords, des participes passés ; elles sont souvent bafouées, parfois contre-intuitives, la plupart du temps source d’hésitations pour les locuteurs et rédacteurs que nous sommes. Aurore Ponsonnet et David Berry mettent en vignettes des personnages loufoques dans des situations ordinaires. Chacune de leurs incartades donne lieu à une correction immédiate d’Eugénie, présentée comme un génie de la langue française. Évidemment, ces remises en question paraissent d’abord intempestives, mais les Lambert, puisque c’est eux que le lecteur est appelé à suivre, finissent par s’en accommoder, quand ils ne réclament pas eux-mêmes l’intervention de leur magicienne ! Bon enfant, bien moins empesé que les ouvrages de référence sur la question (c’est le but affiché !), Eugénie de l’orthographe comprend une vingtaine de fiches didactiques, illustrées par des exemples concrets, et aisément assimilables par les enfants.

Eugénie de l’orthographe – Les règles méchantes, Aurore Ponsonnet et David Berry
Lapin, mars 2023, 112 pages

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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