La mort rose… morose

Conçu comme de la science-fiction, ce roman graphique signé de l’Espagnol Jaume Pallardó ne peut que faire résonner en nous certains souvenirs, presque comme s’il était déjà dépassé. Il ne manque néanmoins pas d’intérêt, même s’il pourrait aller plus loin dans son investigation.

Un virus a décimé l’humanité de façon foudroyante, cela vous rappelle quelque chose ? Effectivement, par bien des points, La mort rose rappelle ce que nous connaissons avec la pandémie de Covid-19, comme si l’auteur exploitait un filon bien balisé. Or, si l’album date de 2022 pour sa version française, il a été conçu et réalisé avant 2019. À le lire, on se dit que l’humanité était en quelque sorte préparée psychologiquement à la pandémie que nous connaissons, ce qui se révèle particulièrement troublant.

Pandémie et conséquences

Les survivants se sont organisés, en limitant drastiquement leurs sorties (très contrôlées). Ainsi, le personnage principal (Miguel), travaille comme enseignant à domicile pour des adolescents de niveau lycée. Il utilise la vidéo et Internet, comme ont fait les enseignants pendant le confinement. Les sorties ne se font qu’en portant une combinaison plastique à laquelle il faut faire très attention, car si jamais elle se déchire, les risques de contamination reviennent. Bien entendu, toutes les livraisons se font selon un protocole bien précis, avec décontamination et utilisation de systèmes du genre sas. L’action se situe à un moment où l’humanité espère entrevoir le bout du tunnel. D’ailleurs, Miguel se voit proposer un nouvel emploi dans le cadre de la reconstruction de la ville.

Pandémie et socialisation

Miguel vit seul, avec des relations limitées aux échanges virtuels par l’intermédiaire d’un écran. Son hobby est d’écrire. C’est ainsi que, sur un site de rencontres, il retient l’attention d’une jeune femme qui veut dépasser le cadre des échanges virtuels. Visiblement, elle connaît des lieux où on peut profiter en oubliant les contraintes imposées par le protocole sanitaire, une fois celles-ci réglées à l’entrée. Là, Miguel redécouvre avec plaisir quelques sensations un peu oubliées. Surtout, avec la jeune femme avec qui il fait connaissance, il fait d’autres rencontres. Il découvre ainsi que tout le monde ne perçoit pas la situation de la même façon.

Perception de la pandémie

Ainsi, certains doutent de l’existence même du virus et d’autres considèrent que l’épidémie est derrière eux depuis longtemps et que le gouvernement maintient la pression artificiellement pour profiter du fait que les tensions sociales sont étouffées dans l’œuf. Enfin, quelques-uns s’en fichent, n’ont pas d’opinion.

Pandémie, oui ou non ?

Avec cette BD, l’auteur se montre donc incroyablement visionnaire. Ce qu’il imagine ressemble de manière hallucinante à ce que nous avons connu, à quelques variations près. C’en est presque décevant pour qui chercherait une lecture originale. À cela viennent s’ajouter d’autres remarques négatives. D’abord, au niveau du dessin (trop dépouillé, surtout au niveau des décors, malgré quelques efforts), avec des personnages que l’auteur peine un peu à différencier physiquement. Quand on sait qu’ils portent très régulièrement une combinaison leur couvrant tout le corps, cela n’aide pas. Ensuite, pour un album épais (256 pages), il comprend des longueurs. Je pense ainsi à une double planche où, comme seuls dialogues, nous trouvons « putain » puis « merde » qui n’apportent pas grand-chose. La seule couleur de l’album est le rose, sous plusieurs nuances, justifiant parfaitement le titre. Mais certaines parties sont en noir et blanc. On finit par réaliser qu’elles se situent aux endroits sûrs, alors que le rose correspond aux lieux où réside un danger de contamination. Mais on a vu que certains personnages doutent de la présence de ce virus (et même de son existence). Autrement dit : la couleur se justifie-t-elle ici ou non ? Cela devrait conduire à de vrais doutes sur l’action des autorités. Mais du pouvoir en place nous ne saurons jamais rien d’intéressant (les seules informations proviennent de flashes télévisés). Tout juste si on apprend que celles et ceux qui ont les moyens ont accès à des lieux de liberté inaccessibles aux autres. Émergent finalement cette observation de groupes qui versent dans les théories conspirationnistes. On notera que l’auteur se contente de décrire ces individus avec leurs façons de raisonner et de se comporter. En effet, il n’apporte pas de réponse, nous laissant imaginer s’ils ont tort ou raison. Par contre, on voit bien ce qui se passe pour Miguel qui tente de faire comme si de rien n’était après avoir couru un risque évident par rapport au virus (ou prétendu virus). D’ailleurs, on observe aussi qu’il se comporte de manière assez naïve dès lors qu’une jeune femme cherche à le rencontrer. Il se laisse manipuler comme un débutant, agissant avec la seule motivation de pouvoir passer un peu de temps avec elle, découvrir ce qui lui tient à cœur et le partager.

La mort rose, Jaume Pallardó
La Cafetière, mars 2022
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3

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