FEFFS 2017 : Polar brutal, cyberpunk expérimental et odyssée redneck

À côté de la compétition internationale, les sélections alternatives proposent à leur tour des œuvres diverses. On retrouve en « crossovers » un polar coréen inspiré par le jeu vidéo, la rétrospective « Humans 2.0 » nous offre quant à elle la possibilité de voir Tetsuo, le chef d’œuvre expérimental de Shinya Tsukamoto, tandis que le « midnight movie » nous plonge dans une odyssée meurtrière en pays « rednecks ».

[Crossovers] – The Villainess

Réalisé par Byung-gil Jung (Corée du Sud, 2017)

Présenté en séance de minuit lors du Festival de Cannes, The Villainess s’inscrit à la perfection dans les recherches formelles dont les coréens se sont faits l’étendard depuis quelques années au travers de thrillers d’action particulièrement brutaux. The Villainess ne laisse en effet pas de répit et débute directement avec une séquence d’intro en faux plan séquence en caméra subjective. Le film transpose son spectateur comme dans un jeu vidéo alors que le personnage principal Sook-hee, découpe des hordes de méchants à coups de sabres. Très vite, on a l’impression que le propos de The Villainess est uniquement de faire un étalage de technicité en ce qui concerne les scènes d’action. Certes ces séquences sont la preuve d’un boulot monstre et peuvent être très impressionnantes (la scène de la baston à moto par exemple), mais cette recherche de virtuosité se fait très souvent au détriment d’une lisibilité et les scènes d’action deviennent parfois assez chaotiques (et pas dans le bon sens).

Mis à part les scènes de combat qui sont vraiment le point qui démarque The Villainess des autres « actionners » coréen du genre, le film de Byung-gil Jung se retrouve être relativement poussif. Cela est dû notamment à sa partie centrale où commence à se créer une amourette fleur bleue très gnangnan. Les enjeux du film sont eux aussi peu intéressants car se reposant sur un schéma des plus basiques dont la finalité sera devinée passée la demi-heure du film. Un bon gros gâchis, et qui se repose surtout sur ses scènes d’action. Une œuvre qui se trouve être au final assez exaspérante.

[Rétrospective Humans 2.0] – Tetsuo

Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon, 1989)

Œuvre fondamentale du genre cyberpunk, Tetsuo est le premier long-métrage du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto. Réalisé avec relativement peu de moyen, Tetsuo est un déluge d’énergie complètement fou et rempli d’expérimentations en tout genre. Avec une histoire somme toute aussi simple racontant la vengeance d’un fétichiste du métal qui va provoquer la mutation d’un homme de classe moyenne en véritable homme de métal, Tetsuo se fait le témoin d’une société japonaise en pleine mutation alors que l’industrie est sur le déclin. Film d’une puissance visuelle impressionnante, Tetsuo mélange sexe et violence dans une spirale de rage destructrice.

Avec ses effets spéciaux époustouflants, la transformation de cet homme en créature de métal est toujours autant fascinante. Filmé en noir et blanc, la claque esthétique assénée par Tetsuo marquera pendant longtemps ses spectateurs. Disposant d’un travail des plus ingénieux au niveau du montage comme en témoigne ces déplacements à 100 à l’heure dans les rues de Tokyo, le film retranscrit à merveille la frénésie de son récit en corrélation avec cette société japonaise où tout va très vite et qui laisse peu de temps au repos. Car en effet, pas de temps de niaiser dans Tetsuo, Tsukamoto nous emmène dans un grand-huit de 1h07 rythmé par la musique industrielle démentielle de Chu Ishikawa. Tetsuo est une expérience sensorielle unique, une œuvre à voir en salle et on ne peut que remercier infiniment le FEFFS de le proposer.

[Midnight Movies] – 68 Kill

Réalisé par Trent Haaga (USA, 2017)

Trent Haaga rejeton issu de la Troma avait déjà marqué les esprits en tant que scénariste avec le très bon Cheap Trills, projeté lors du FEFFS en 2012. Il revient cette fois-ci avec sa nouvelle réalisation, 68 Kill. Ce « midnight movie » nous présente Chip, un jeune homme un peu paumé qui sort avec Liza une stripteaseuse. Ils mettent ensemble au point un plan pour cambrioler l’employeur de Liza qui dispose chez lui de 68 000 dollars. Bien évidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et Chip va se retrouver dans une odyssée des plus meurtrières. Malgré un déroulement assez classique, 68 Kill dispose de tous les ingrédients pour faire un midnight movie efficace. Humour noir, « rednecks » psychopathes, et femme en petites tenues sont légions.

Le film marche surtout grâce à sa galerie de personnages bouseux (par exemple Dwayne et son passe-temps favori consistant à découper des demoiselles) et notamment Chip, un peu perdu dans ce monde, qui se retrouve mêlé à toutes ces histoires à cause de son amour pour Liza. D’ailleurs ce sont vraiment les femmes qui vont le mener par le bout du nez tout au long du film. Que ce soit Liza, Violet ou la gothique Monica. On compatit avec ce pauvre Chip qui se fait avoir par toutes ces femmes, ce qui aboutit d’ailleurs à une fin assez hilarante. Outre Chip joué par Matthew Gray Gubler connu pour son rôle dans Esprits Criminels, AnnaLynne McCord est excellente dans son rôle de « white trash girl » psychotique sur les bords. 68 Kill est un film qui dispose d’une certaine générosité et qui sans être nécessairement très marquant, remplira très bien son rôle et délivrera un moment « fun » parfait pour clore une soirée.

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