FEFFS 2016 : Western, Tennis et Cafards mutants

À mi-parcours de cette 9ème édition, les films se suivent et surtout ne se ressemblent pas

C’est un véritable melting-pot de genres pour cette cinquième journée du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. On y retrouve un western tarantinesque tandis que la compétition nous offre un nouvel OVNI. La séance de minuit est quant à elle l’occasion de voir l’un des nouveaux films du japonais ultra-productif Takashi Miike.

[Séances spéciales] Fear Itself

Réalisé par Charlie Lyne (UK, 2015) Date de sortie 18 octobre 2015

Synopsis : Pendant 1h30, une jeune femme va, en voix off, nous présenter une réflexion sur la peur et le cinéma. Le tout accompagné de nombreux extraits de films.

Fear Itself est un documentaire réalisé par le très jeune Charlie Lyne, qui possède à côté de cela une rubrique dans le Guardian. Le film est composé uniquement de séquences de films ayant pour la plupart marqué le 7ème art. Par-dessus ces extraits on retrouve la voix off d’une jeune femme qui va nous emmener dans une réflexion sur la peur. Loin d’être une exploration scientifique de la peur et de son fonctionnement, le film mise surtout sur le sensitif. Les multiples sensations induites par divers stimuli, la réaction à certains facteurs, voilà l’angle choisi par Lyne.

Fear Itself n’est pas seulement un documentaire sur la peur, mais aussi sur le cinéma. La forme du film est d’ailleurs particulière. Le documentaire est en effet à l’exception de l’ouverture et conclusion, uniquement composé d’extraits de films. Allant de Blow out à M le Maudit en passant par Mullholland Drive, les morceaux sont choisis avec minutie. On pourrait penser que ce sont des séquences faisant peur, mais loin de là. Les passages accompagnent la voix off, entrent en symbiose avec elle et fonctionnent comme une véritable illustration de celle-ci. Fear itself est un documentaire à la forme originale même si parfois trivial, mais qui ravira certains cinéphiles.

[Compétition crossovers] Outlaws and Angels

Réalisé par JT Mollner (USA, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Après un braquage qui tourne mal, une bande de hors-la-loi trouve refuge dans le foyer d’une famille pieuse. Au cours d’un huis-clos très tendu, la situation menace de basculer quand la fille cadette se rapproche du meneur de la bande.

Bien plus qu’un festival fantastique, le FEFFS est un festival de film de genre, et pour une fois le western est mis à l’honneur. Le premier film du réalisateur JT Mollner nous transporte directement à la fin du XIXème siècle. Une bande de braqueurs se retrouvent pourchassés et se retranchent dans la demeure d’une famille pieuse. S’ensuit un huis-clos posé et bavard mais à la tension omniprésente. Il est assez facile de rapprocher Outlaws and Angels au western de Tarantino sorti en début d’année,  Les 8 Salopards. Leur construction est similaire, on y retrouve cette volonté de proposer un film où les dialogues prennent le pas sur l’action dans sa première partie jusqu’à ce qu’un élément déclencheur change la donne.

Car comme dans le film de Tarantino, l’ambiance va très vite devenir plus explosive. La limite entre bien et mal s’effacera rapidement, et les protagonistes sont très loin d’être les saints ou les hors-la-lois auxquels on s’attendait. Le personnage de Florence, jouée par la jeune fille de Clint Eastwoord, Francesca se révélera dans la deuxième partie du long-métrage. A partir de là, le film va aller de plus en plus loin dans sa violence et son humour très noir. Portrait d’un ouest sauvage, individualiste et pessimiste, Outlaws and Angels est un film efficace dont la lenteur globale prépare à un petit feu d’artifice final.

[Compétition internationale] The Open

Réalisé par Marc Lahore (France, Belgique, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Dans un monde post-apocalyptique, trois personnages persistent à jouer au tennis sans balles et sans filets.

Avis aux amateurs d’œuvres originales : The Open est fait pour vous. Véritable OFNI, le film réalisé par Marc Lahore et son équipe de 9 personnes est une œuvre au budget très très limité. Dans un genre comme le post-apo, il est souvent difficile d’offrir de nouvelles idées et même si les univers sont variés, le combat pour survivre reste un thème omniprésent. C’est dans cette optique que The Open offre un regard frais et nouveau sur ce genre. Ici la seule préoccupation des protagonistes est de jouer au tennis et de gagner la finale de Roland Garros.

Si dans les premières minutes du film, on se retrouve très souvent à rire devant l’absurdité complète de la situation, le long métrage va très vite se révéler être bien plus qu’une comédie surréaliste. The Open s’impose comme une oeuvre particulièrement touchante, parlant de la survie à travers un but. But qui est pour ces personnages leur raison de vivre. Après qu’on leur ait tout pris, la seule chose qu’il leur reste est le tennis. Loin de la guerre, les voilà sur la plage en train de s’échanger des balles imaginaires. Dans sa démarche, The Open est un film  sincère avec un trio d’acteurs très justes. Oeuvre minimaliste mais profonde, The Open se pose clairement comme l’un des incontournables de la compétition.

[Rétrospective M for Murder] Manhunter

Réalisé par Michael Mann (USA, 1986) Date de sortie 15 août 1986

Synopsis : Après avoir capturé le terrifiant Docteur Lecter, l’ex-agent du FBI Will Graham coule des jours heureux avec sa femme et son fils. Mais le voilà contraint de reprendre du service quand un psychopathe nommé « The Tooth Fairy » s’en prend à des familles.

Première adaptation de l’oeuvre de Thomas Harris, Manhunter est aussi le premier classique de son auteur. Reprenant l’histoire de Dragon Rouge, Mann nous offre un polar très prenant mais profondément ancré dans les années 80. Racontant l’histoire d’un profiler ayant une capacité d’assimilation très importante à la recherche d’un tueur s’en prenant à des familles entières, Manhunter relève plus d’un thriller psychologique que d’un policier aux multiples rebondissements.

Au contraire des autres adaptations où Hannibal prend une place importante, il est ici très peu présent. Permettant à Mann de mettre plus l’accent sur Will Graham (ce qui explique certainement ce choix de titre) campé par un jeune William Petersen et d’insister sur ses facultés, très développées (son sixième sens). Malheureusement cela se reflète sur le traitement de Dollarhyde (interprété par un inquiétant Tom Noonan) qui se révèle être beaucoup trop expéditif. Au niveau de la forme, les qualités d’esthète de Mann se mélangent au côté kitsch des années 80. Manhunter reste une oeuvre clé dans la filmographie du cinéaste américain.

[Midnight Movies] Terra Formars

Réalisé par Takashi Miike (Japon,2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : En 2599, un groupe de criminels est expédié sur Mars afin d’y exterminer les cafards envoyés 500 ans auparavant dans le but de terraformer la planète. Pour parvenir à leur fin, ils bénéficient de modifications génétiques leur permettant de se transformer en insecte.

En véritable stakhanoviste du cinéma, il était tout naturel de retrouver Takashi Miike avec un nouveau film pour le FEFFS. Présentée à l’Etrange Festival, cette adaptation de manga ne jouit pas d’une très bonne réputation. Il faut dire que le synopsis annonce déjà la couleur, mais permet d’espérer une sorte de nanar complètement décomplexé et jouissif. Malheureusement cela ne sera pas vraiment le cas. Les premières minutes sont pourtant plaisantes et promettent une bonne partie de fun, avec la découverte des cafards mutants, les transformations des divers personnages avec leurs capacités propres. On pouvait s’attendre à une sorte de rencontre entre les Power Rangers et Straship Troopers.

Le film va très vite s’embourber dans sa mécanique et le fun va se faire de moins en moins présent. La faute notamment à une expédition trop rapide de certains éléments et d’un ton un peu trop sérieux. Le film peine donc à être l’oeuvre décomplexée qu’on pouvait attendre. Certaines scènes d’actions offrent des moments dignes d’un bon midnight movie. Pourtant à côté les effets spéciaux s’avèrent être bien souvent laids et les acteurs sont parfois à la ramasse. Takashi Miike prouve encore une fois son manque de constance et préfère miser sur la quantité que la qualité.

 

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