Chœur de rockers : Smells Like Teen Spirit

Un festival de cinéma, c’est comme un film : pour accrocher le spectateur il ne faut pas se louper sur l’entrée en matière, et mettre d’emblée les petits plats dans les grands. Autant dire que le film Chœur de rockers, sélectionné pour l’ouverture de cette 23ème édition de l’Arras Film Festival, était comme de coutume attendu au tournant. Peut-être plus encore que d’habitude en fait, surtout après une édition 2022 qui fit vibrer le (grand) cinéma sur la corde d’un « Nous, ensemble  » retrouvé et dûment célébré après 2 ans de confinement.

Bref, l’attente est fébrile, et la cible placée dans le dos de l’heureux élu fait la taille du bar plus que du jeu de fléchettes. Mais heureusement, Chœur de rockers porte bien le costume. À tel point qu’il passe l’envie au spectateur d’opérer un tir groupé sur des points de fabrication pourtant turgescents. Entre les blancs cramés et la mise au point défaillante de certains plans, la cataracte du chef op’ devient un problème de correction visuelle d’un film qui a égaré ses lunettes de vues. Du coup, cata, on allume le bûcher et on en parle plus ? Ben même pas. Le cinéma c’est pas qu’un concours d’optique ma pauvre Lucette, et comme son titre l’indique, Chœur de rockers s’adresse à notre palpitant. En clignant des yeux certes, mais avec le regard franc et des flammes de malice dans l’iris. À l’instar de ses personnages finalement, chorale du 3ème âge qui se met à faire du rock sous l’impulsion de leur prof de chant et au nez et à la barbe du « compteur de grain de sel » qui voudrait les entendre chanter des comptines « de leur âge ».

Mais comme le disait R. Kelly pour d’autres raisons certes bien moins honorables: « Age is just a number ». En l’occurrence, Chœur de rockers emprunte au répertoire du film d’apprentissage U.S. pour faire bouger les lignes de codes du spectateur. Remplacez le collège par une maison de retraite, les kids turbulents par des vieux montés sur pile, gardez le/la prof qui débarque avec des semelles de plomb et retrouve le pied léger en cours de route, et le tour est (presque) joué. Ce Rock Academy chez les séniors prend le meilleur du genre, dont une efficacité scénaristique à toute épreuve qui fait tenir plusieurs personnages et autant d’arcs narratifs en 1h30, et en inverse les représentations. Ici, les vieux sont jeunes (et vice-versa) et poussent les murs pour sortir des cases qui leur sont socialement assignées.

Dans le rôle de leur prof de chant qui n’en peut plus d’essayer à force de ne pas réussir, Mathilde Seigner en sous-régime suit le mouvement plus qu’elle ne l’impulse. Le goût de la vie est donné par ceux qui sont le plus proche de la fin, et prend la saveur retrouvée de la lutte le poing levé. Car c’est bien connu : le rock ça énerve et ça stimule toujours les idées subversives des 7 à 77 ans. Surtout dans la France post Gilets jaunes qui compose l’arrière-plan des personnages, et s’exprime à travers des chansons absolument pas choisies par hasard. Être ensemble pour faire la fête à SES conditions, c’est déjà un acte de transgression. Sous ses airs de comédie conçue pour ne déranger personne et faire plaisir à tout le monde, Chœur de rockers joue les empêcheurs de tourner en rond avec une ferveur franchement contagieuse. On attendait une comptine de prime time égarée sur grand écran, on obtient un teen movie lourdement guitarisé avec des « jeunes vieux » qui donne envie de faire des pogos sur scène.

Bref, on appelle ça réussir le lever de rideau.

Synopsis : Alex, chanteuse dont la carrière peine à décoller, accepte un drôle de job : faire chanter des comptines à une chorale de retraités. Elle découvre un groupe de séniors ingérables qui ne rêve que d’une chose, chanter du rock ! La mission d’Alex va s’avérer plus compliquée que prévu avec la plus improbable des chorales…

Chœur de rockers : Bande-annonce

Le film Chœur de rockers de Ida Techer et Luc Bricault. Il est en ouverture de la 23e édition de l’Arras Film Festival.
Avec Mathilde Seigner, Bernard Le Coq, Anne Benoit
En salle 28 décembre 2022 / Comédie, Musical

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Être aimé : l’autre « Abandon »

Prenant le point de départ du Valeur sentimentale de Joachim Trier, l'histoire d'un cinéaste qui tente de renouer avec sa fille par l'intermédiaire d'un projet cinématographique, Rodrigo Sorogoyen propose une tout autre approche. L'intensité de sa mise en scène raconte le poids d'un passé qui vient perturber le tournage. Un abandon qui hante ce père comme sa fille. Analyse, en cinq scènes fortes.

Mata : Mata Hantée

Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.

Cosmos : la splendeur modeste d’une rencontre

Dans Cosmos, Germinal Roaux filme la rencontre bouleversante entre un paysan maya et une intellectuelle en fin de vie. Une œuvre lente, poétique et sensorielle, où la nature, la mort et la transmission composent une intense expérience de cinéma.

Le Virtuose : accord majeur, impact mineur

Entre thriller de casse et drame intime, "Le Virtuose" joue sur plusieurs cordes à la fois, mais pas avec la même justesse. Daniel Roher signe une première fiction habitée par de vraies intentions, portée par un Leo Woodall magnétique, mais qui manque parfois de profondeur dans sa partition. Un film qu'on suit sans déplaisir, sans être mémorable pour autant.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.
Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.