La Commune de Philippe Triboit : Critique série

Après la lecture de l’ouvrage The Wire : L’Amérique sur écoute, qui consacre un paragraphe à cette série : La Commune, ou le portrait ambigu d’une cité française en faisant un parallèle entre elles (sur la question de la rénovation urbaine, l’usage de la démolition comme outil privilégié du changement, la confrontation entre l’espace physique support de projet et le territoire vécu par les habitants, les promesses politiques de reloger les populations dans de nouvelles opérations immobilières, etc….), l’idée de se lancer dans l’unique saison des huit épisodes de cette production Canal+, semble judicieuse, celle-ci ayant finalement pour seul vrai point commun le fait qu’une cité soit présente dans l’histoire.

L’influence des séries américaines sur l’auteur Abdel Raouf Dafri, (en dehors de The Wire), se ressent. Chaque épisode s’ouvre et se conclut sur un monologue de Tomer Sisley à la manière d’Harold Perrineau Jr dans Oz. Une intention louable d’adapter d’une certaine façon les œuvres majeures de la télévision américaine, mais c’est souvent un exercice difficile et rarement réussi.

Une commune clichée

La Commune n’est pas une réussite. L’histoire et les différentes intrigues qui la composent, sont aussi ennuyeuses, qu’aberrantes. Il suffit de lire le synopsis pour comprendre que les clichés seront légions, stigmatisant une nouvelle fois les résidents de cité ou aucun d’entre eux n’est en réussite sociale, ni même étudiant ; la police est uniquement composée de blancs d’origine française, les autres blancs sont un serbe qui est le bras droit du caïd de la cité, un barman avec un fils homosexuel et cocaïnomane, un docteur alcoolique et un jeune qui fait partie d’un trio de dealers, les deux autres étant d’origine maghrébine et juive. Le caïd est bien sur un homme d’origine africaine, qui succède à un homme d’origine maghrébine, tout en étant en deal avec d’autres hommes d’origine africaine et sous le joug d’un homme d’origine maghrébine, vous suivez ?

Le bras droit Serbe avec un accent à couper au couteau, signifiant qu’il n’est pas né en France, comme pour ne pas cautionner sa couleur de peau et sa violence, en faisant de lui un immigré. Mais tout va bien, le héros est un imam, Isham Hamadi. Sauf que c’est un homme d’origine française et qu’il sort de prison. Mais soyez rassuré, le bras droit Serbe fornique avec une jeune femme d’origine maghrébine dans un squat glauque depuis deux ans, tout va bien ! En plus, il la bat et se sert d’elle comme sac à foutre, alors qu’évidemment, elle est amoureuse de lui, une version un peu trash de Plus belle la vie ! Nous avons aussi le frère d’Hocine Zemmouri qui revient du bled marié avec une jeune femme présentée comme une bonne musulmane. En vérité, elle fait des blow-jobs dans les caves, comme toutes femmes maghrébines dans les cités….. Bien-entendu !

Concernant le casting. les personnages étant caricaturaux, il aurait fallu des acteurs(trices) capables de les sauver de cet enfermement scénaristique. En dehors de Tomer Sisley, de la révélation Tahar Rahim qui sort vraiment du lot, de sa sœur Samira Lachhab et de la voix de Doudou Masta, le reste de la distribution n’est pas à la hauteur. Francis Renaud est aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ; quand il s’exprime en arabe, c’est juste comique, alors que l’intrigue est censée être dramatique. Il n’a aucune crédibilité en imam. Doudou Masta est sauvé par sa voix, son instrument principal en tant qu’ancien rappeur de Timide et sans Complexe, mais en dehors de son organe vocal, il en fait des tonnes, un point commun avec ses autres partenaires, dont il partage le fronçage de sourcils à outrance. Stefan Cassetti, le méchant serbe est affligeant dès qu’il ouvre la bouche : même un marteau-piqueur est plus mélodieux que lui ! Il en est de même avec Angela Molina, en immigrée argentine. Leurs accents forcés sont énervants ; ils passent leurs temps à crier ou pleurer. Si vous avez encore en mémoire le décès de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ici vous l’avez en version multilingue et angles , la fameuse comédie française où tout est poussé à l’excès dans les réactions, et où la subtilité est absente. Olivier Barthelemy n’est pas en reste. Il est tout le temps énervé, les sourcils constamment froncés. Alain Doutey est aussi présent en maire véreux, acteur labellisé TF1, avec son éminence grise Stéphane Debac, le « Nicolas Sarkozy du pauvre », toujours dans l’agressivité, aussi bien dans la gestuelle, que dans le verbe, ce qui donne une idée du personnage et de sa faculté à taper sur les nerfs. Biyounia et son pseudo jeu d’actrice sont aussi de la fête, tout comme Camille Cottin. Nous comprenons vite pourquoi cette dernière a préféré se lancer dans son émission affligeante, toujours présente sur sur Canal+ «Connasse »… Bref, c’est un carnage ! On dirait des acteurs sortis tout droit d’un théâtre de rue. Une telle galerie de personnages peu inspirés, n’améliore pas l’appréciation de cette série poussive.

Place à la réalisation. La série date de 2007 et pourtant elle donne l’impression d’être filmée avec les moyens des années 90. C’est pauvre. On ne ressent aucune ambition. Ces nombreux zooms répétitifs sur les visages en colère ou en pleurs (tout comme sur une assiette vide), accompagnés d’une musique assourdissante qui martèle tous les moments dramatiques, sont d’une lourdeur extrême. Nous ne pouvons que saluer l’osmose de l’ensemble !

C’est le premier scénario d’Abdel Raouf Dafri. Il fera beaucoup mieux plus tard avec Le prophète, où il retrouvera Tahar Rahim. Mais ici, la simplicité des diverses intrigues, les personnages manquant de psychologie, les nombreux clichés qu’ils véhiculent, ne plaident pas en sa faveur. Il s’est fait la main, et a appris de ses erreurs depuis. Il faut dire qu’il n’a guère été aidé par la réalisation de Philippe Triboit sortie des années 70, au style désuet, et dont la filmographie ne parle pas vraiment en sa faveur. Nous ressentons pourtant l’envie de bien faire, mais les bonnes intentions ne suffisent pas, que ce soit la description de La Commune, de ses habitants, de sa police, de ses dealers, de ses politiciens et autres. L’ensemble se veut réaliste, avec une absence d’artifices, mais frôle trop souvent l’incohérence, comme ce policier en civil qui traîne l’imam en plein jour au sol à travers la cité, sans que personne ne réagisse. C’est tellement improbable, que cela en devient gênant…

Au final, une série que l’on regarde sans passion. Le spectateur a juste l’envie de savoir où cela va le mener, en n’espérant plus grand chose au bout de 3 épisodes, ce qui lui permet de ne pas être déçu par une fin banale, et des intrigues non conclues. Cette série n’a pas été renouvelée, ce qui semble logique, après cette faible et unique saison.

Synopsis : La Commune est un quartier difficile qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité. Après 20 ans passés en prison, le charismatique chef musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d’origine où il retrouve son ami d’enfance, devenu le caïd local, Housmane Daoud. Les habitants de la Commune viennent d’apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident seront rasés pour faire place à de nouveaux logements. Soupçonnant là une manœuvre des autorités pour nettoyer la cité de ses éléments les plus « nocifs », certains habitants, rassemblés autour d’Amadi, organisent la résistance. Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans.

Fiche technique : La Commune

Réalisateur : Philippe Triboit
Scénariste : Abdel Raouf Dafri
Casting : Tahar Rahim, Tomer Sisley, Francis Renaud, Doudou Masta, Stefano Cassetti, Angela Molina, Patrick Descamps, Olivier Barthélémy, Samira Lachhab, Alain Doutey, Pascal Elso, Hicham Nazzam, Biyouna
Producteur : Jean-François Boyer
Compositeur : Eric Neveux
Genre : dramatique, policier
Saison : 1 de 8 épisodes
Chaîne : Canal +
Année : 2007

Critique : Laurent Wu

 

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