Sam Shepard : disparition d’un géant loin des sentiers battus

Sam Shepard, de son vrai nom Samuel Shepard Rogers IV, a quitté ce monde ce jeudi 27 juillet à l’âge de 73 ans. Une information confirmée par la famille ce lundi 31 juillet au New York Times. Le natif de Fort Sheridan, dans l’Illinois était un artiste prolifique, acteur, metteur en scène, scénariste, producteur et auteur de plus de 40 pièces, récompensé par un prix Pulitzer pour sa pièce Buried Child, en 1979.

Un paysage désertique. La silhouette squelettique de Harry Dean Stanton. Quelques notes de musique de Ry Cooder. Tout le monde connaît Paris Texas, le chef d’œuvre de Wim Wenders, Palme d’or à cannes en 1984. Mais qui sait que le scénario en a été écrit par l’acteur Sam Shepard, le même que l’on a revu récemment dans Midnight Special de Jeff Nichols ? Et que ce scénario était d’ailleurs l’adaptation d’une nouvelle écrite par Shepard lui-même, dans le recueil Motel Chronicles ?

https://www.youtube.com/watch?v=NpayP4XWJP8

Sam Shepard était un homme à part dans l’univers du cinéma américain. Romancier, scénariste, acteur et réalisateur, il a tracé son sillon, une œuvre exigeante et unique dans le paysage culturel des États-Unis. Comme acteur, on l’a retrouvé aussi bien devant la caméra de Terence Malick (Les Moissons du ciel) que de Jim Sheridan (Brothers), Wim Wenders (Don’t come knocking), Robert Altman (Fool for love), et il a même joué pour ses collègues acteurs Sean Penn (The Pledge), Billy Bob Thornton (De si jolis chevaux, d’après le roman de Cormac McCarthy) ou Tommy Lee Jones (The good old boys). Mais son rôle le plus marquant restera sûrement celui de Chuck Yeager, le héros de la conquête spatiale, dans le film culte L’Etoffe des héros, de Philip Kaufman.

actu-sam-shepard-mort

Parallèlement, Shepard mènera une carrière de scénariste, signant, parmi ses réussites les plus flagrantes, les scénarios de Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni, et Paris Texas, de Wim Wenders. Il sera également le co-scénariste de Renaldo et Clara, un film écrit et réalisé par Bob Dylan.

Enfin, en France, on ignore encore trop que Sam Shepard fut aussi romancier, nouvelliste et dramaturge et, en tant que tel, il laisse une œuvre considérable, qui lui a souvent servi de matériaux pour ses scénarios. Il reçut même un Prix Pulitzer en 1979 pour une de ses pièces de théâtre.

En bref, avec la mort de Sam Shepard, c’est un artiste complet qui disparaît, un grand homme, talentueux, qui n’avait pas peur de s’aventurer en dehors des sentiers battus. C’est une partie importante de l’univers culturel américain qui nous a quittés.

[irp posts= »4007″ name= »Mud – Sur les rives du Mississippi, un film de Jeff Nichols : Critique »]

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Le Robot Sauvage : critique du classique Disney par DreamWorks

Pour ses 30 ans, DreamWorks présente Le Robot Sauvage, un porte-étendard d’une industrie de l’animation en crise. Signé Chris Sanders, le studio transcende la simple rivalité historique avec Disney.

Papillon : l’enfer tropical

Avec "Papillon", Franklin James Schaffner plongeait le spectateur dans l’atrocité du bagne de Cayenne et brossait le portrait éblouissant d’une grande figure héroïque, injustement condamnée à perpétuité, et obsédée par l’évasion. Ou quand une idée fixe, une détermination farouche, constitue le sens d’une vie. Une réussite majeure du septième art, qui aborde les thèmes de l’endurance, de l’abnégation et ce qui peut lier deux hommes au-delà de leurs épreuves et souffrances communes.

« Le Mag du Ciné » recrute !

« Le Mag du Ciné » est à la recherche de rédacteurs-chroniqueurs passionnés, motivés et à qui il serait loisible de contribuer régulièrement (c'est-à-dire à raison d'au moins deux articles par mois) à ses diverses rubriques.