Inspecteur Lavardin et le sourire goguenard de Chabrol

Avec Inspecteur Lavardin, Chabrol poursuit sa description acerbe de la bourgeoisie de province.

Synopsis : Raoul Mons est un notable important du côté de Saint-Malo. Écrivain reconnu, il va entrer bientôt à l’Académie Française. Autorité morale, il parvient à faire interdire une représentation théâtrale jugée « immorale ». Il vit dans sa villa auprès de sa femme, Hélène, de sa belle-fille Véronique et de Claude, frère d’Hélène. Un jour, le cadavre de Raoul Mons est retrouvé, nu, sur une plage.

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En ce milieu des années 80, Claude Chabrol n’a plus rien à prouver. Il enchaîne les succès salués par la critique et le public (Violette Nozière, Les Fantômes du chapelier), mais aussi des films plus intimistes et personnels (Cheval d’orgueil). Après Poulet au Vinaigre, le cinéaste reprend le personnage de Jean Lavardin, interprété par Jean Poiret, pour une deuxième enquête, mais avec toujours la même cible : la bourgeoisie de province.

On sent tout au long du film que Chabrol se fait plaisir. Le cinéaste se confond avec son personnage principal, un alter ego qui lui permet de porter un regard scrutateur et acerbe sur les vices plus ou moins bien cachés de cette bourgeoisie. Il traque les failles où le vernis de la bienséance se craquelle, avec un sens de l’observation et une ironie mordante qui font mouche.

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Dès le début, l’hypocrisie de la famille Mons éclate au grand jour grâce à des dialogues ciselés à merveille. « Nous sommes des gens simples », dit Raoul Mons à sa domestique qui vient lui servir un plat raffiné au sein de sa grande propriété, propos contredits par l’ambiance guindée dans laquelle nous sommes plongés dans cette scène d’ouverture.

L’arrivée de Lavardin, « jadis voyou, aujourd’hui flic », va forcément chambouler les apparences bien implantées. De son passé douteux, Lavardin a conservé les méthodes peu orthodoxes : fouiller sans mandat, foncer directement sur ceux qui ne lui plaisent pas, donner des claques aux témoins récalcitrants, etc.

Au fil de l’enquête, Chabrol va déployer la panoplie de ses talents : une mise en scène discrète, qui n’a l’air de rien mais qui fait attention aux moindres détails (comme Lavardin lui-même, d’ailleurs), un rythme suffisamment travaillé pour attraper le spectateur pendant une heure et demi sans l’ennuyer un seul instant, des personnages incarnés par des acteurs remarquables (Jean Poiret est formidable de charisme et d’ironie, et Jean-Luc Bideau, acteur trop sous-estimé, parvient à donner ici la mesure de son talent).

La prime revient à des dialogues ciselés qui mettent à nu les hypocrisies de cette bourgeoisie qui se veut garante de la bonne morale (« Mon Dieu, mon Dieu, protégez-moi et écrasez les autres ! »). Du coup, l’enquête, les énigmes, les rapports de force entre les personnages, les dialogues savoureux, tout cela est plus intéressant que de connaître l’identité de l’assassin. On est presque déçus lorsque ce ballet ironique et mordant se termine. On imagine un Chabrol goguenard s’amusant avec ses personnages, ses spectateurs et les codes mêmes du film policier (comme le montre la bande annonce ci-dessous).

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Finalement, si ce film n’a rien d’innovant, il est très agréable à voir et revoir et se savoure comme ce petit cognac que Raoul cachait dans sa Bible. Un vrai régal qui sera un des grands succès de Chabrol, ce qui entraînera une série télé, Les Dossiers secrets de l’inspecteur Lavardin (quatre épisodes, deux réalisés par Chabrol lui-même, et les deux autres par Christian de Chalonge, grand cinéaste injustement oublié de nos jours).

Inspecteur Lavardin : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=zPgy0NChwe0

Inspecteur Lavardin : fiche technique

Réalisateur : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol, Dominique Roulet
Interprètes : Jean Poiret (Jean Lavardin), Bernadette Lafont (Hélène Mons), Jean-Claude Brialy (Claude Alvarez), Hermine Clair (Véronique Manguin), Jean-Luc Bideau (Max Charnet).
Photographie : Jean Rabier
Montage : Dominique Fardoulis
Musique : Matthieu Chabrol
Producteur : Marin Karmitz
Sociétés de production : MK2 Productions, les Film A2, TSR, CAB Productions
Société de distribution : MK2
Genre : policier
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 12 mars 1986

France-1986

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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