Volta à terra, un film de João Pedro Plácido : Critique

En tant que chef opérateur, João Pedro Plácido a déjà travaillé sur des films de fiction, de documentaires ou publicitaires partout dans le monde. Ce  »retour à la terre » qu’annonce le titre de son premier film n’a donc rien de galvaudé.

Synopsis : A Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’immigration, subsistent quelques dizaines de paysans. Alors que la communauté se rassemble autour des traditionnelles fêtes d’août, le jeune berger Daniel rêve d’amour. Mais l’immuable cycle des 4 saisons et les travaux des champs reprennent vite le dessus…

Retour aux sources

Le jeune cinéaste retourne dans son village natal, Uz, dans les hauteurs montagneuses du nord du Portugal avec cette fois-ci comme bagage une caméra et son apprentissage du cinéma acquis lors de ses voyages. C’est donc d’un œil neuf de directeur photo expérimenté que le réalisateur regarde la terre qui l’a fait grandir. Et avec l’ambition de livrer une vision cinématographique de sa contrée.

Discrètement, la caméra suit le quotidien de jeune berger Daniel. La balade des vaches, la tonte des moutons et le travail dans les champs laissent peu de répit au jeune homme qui, lorsqu’il lui est permis de souffler, se prend à rêver d’amour. Les habitants du village vivent au rythme de la nature et celui, cyclique, des saisons. L’hiver déserté où l’église devient le seul lieu social puis l’été avec le retour des visiteurs et la fête du village. Ce que Volta à terra nous donne à voir, c’est la cohabitation de ces habitants qui vivent en communauté dans une région reculée. Le retour à la terre du titre, c’est aussi celui de nos ancêtres et d’une vie loin de tout individualisme et de consumérisme, un retour à une simplicité synonyme d’authenticité. Très peu d’éléments nous renvoient au monde technologique moderne, même dans les machines agricoles qui sont quasi inexistantes. João Pedro Plácido nous rappelle non sans espoirs qu’un tel monde proche de nos origines existe encore.

Très peu de documentaires sur la vie rural dévoilent une telle image de la campagne. João Pedro Plácido, avant d’être un réalisateur, est un chef opérateur, et cela se ressent à l’écran. Le travail sur l’image et la lumière effectué tout au long de Volta à terra rend compte d’une nature mystique. La meilleure façon d’intégrer les villageois à la nature était de donner une place importante au paysage, sans être non plus écrasante. Les agriculteurs travaillent en parfaite communion avec les éléments, une entraide presque surnaturelle touchée du doigt par la réalisation méticuleuse de Plácido. Son sens du cadre, de la lumière et du son revêt au film une impression d’étrangeté.

La principale force de ce premier long-métrage est qu’il échappe ainsi à tout genre. En lorgnant vers la fiction avec l’histoire d’amour naissante de Daniel, le réalisateur fait un pas de côté sans pour autant dénaturer son film. Mais Volta à terra ne s’échappe pas seulement du documentaire en y ajoutant des éléments fictionnels, mais en y faisant surgir du surnaturel grâce au rôle joué par la nature. On pourrait parler d’un documentaire fantastique au sens littéraire du terme avec le surgissement de l’étrange dans un environnement on ne peut plus naturel que sont les montagnes reculées du Portugal. João Pedro Plácido rend ainsi palpable, et ce n’est pas peu de le dire, l’harmonie surnaturelle que peuvent entretenir l’homme et la Nature.

Volta à terra de João Pedro Plácido : Bande-annonce

Volta à terra : Fiche Technique

Réalisateur : João Pedro Plácido
Scénaristes : Laurence Ferreira Barbosa, João Pedro Plácido
Intervenants : Daniel Xavier Pereira, Antonio Guimarães, Daniela Barroso et les habitants d’Uz
Monteur : Pedro Marques
Étalonnage : Paulo Américo
Consultant son : Vasco Pimentel
Montage son : Hugo Leitão
Producteurs : Luis Séchaud, Sandro Aguilar
Distributeur : UFO Distribution
Durée : 78 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 30 Mars 2016

Portugal – 2016

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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