Mon Cousin : le nouveau duo mal assorti du cinéma français

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2.5

Avec Mon Cousin, François Damiens et Vincent Lindon prétendent rejoindre le clan des duos mal assortis propices aux comédies à la française. Cela marche un temps au moins, et on rigole franchement devant les « fantasqueries » du cousin associées à la froideur du patron d’entreprise. Cependant, en lorgnant du côté du drame moralisateur, Mon Cousin est bien moins original et tombe dans l’attendu. A voir surtout pour son duo d’acteurs.

Lien filial 

Dans son dernier album Mesdames, Grand Corps Malade chante « Il parait qu’on n’choisit pas sa famille, moi je la choisirai elle sans hésitation » (Une sœur, en duo avec Véronique Sanson). Pour Pierre, ces paroles semblent bien loin d’être vérifiées lorsque débarque son cousin qu’il ne voit que tous les cinq ans, en coup de vent. Le type s’appelle Pierre est c’est assez comique car comme le lui dira plus tard sa femme, les gens ne sont pas de pierres « ça saigne » et blabla. Il est en effet question pour Pierre de découvrir qu’il est entouré d’humains avec des sentiments et que diriger « 45 filiales » employer « 9 000 personnes » ce n’est pas que « peser des milliards », c’est aussi comprendre les gens. Pour signer de gros contrats, il faut distiller de la confiance. Or, Pierre, ridicule dans une vidéo de promotion de son entreprise, est à bout de souffle.

La force décuplée des perdants 

Il ne respire plus et c’est donc son cousin bipolaire qui va lui redonner de la voix, surtout du sens. Adrien, le fameux cousin, écoute les salariés, sent le vent tourner et se tient prêt à balancer ses quatre vérités à quiconque ne lui apparaît pas comme sincère. Alors, il joue avec son cousin le dirigeant, devient son ombre catastrophique et lui fait perdre totalement pied. Il démontre que le fragile équilibre de froideur créé par Pierre n’était qu’un château de cartes sur lequel il suffisait de souffler pour qu’il s’effondre. Echec et mat. Habitué à une docilité sans faille, Pierre n’écoute rien ni personne. Il prend donc le mauvais ascenseur au mauvais moment, un peu comme le père de Ziad dans le dernier roman d’Isabelle Carré Du côté des Indiens, et ne voit pas venir la catastrophe. Catastrophe ? Oui, son cousin ne signera pas le précieux document concernant ses parts d’action qu’il est censé signer sans rechigner tous les cinq ans. Si Du côté des Indiens acceptait et valorisait d’emblée la « force décuplée des perdants » (coucou Alain Bashung), Pierre n’est pas de cet avis et c’est ce qu’il va devoir apprendre à accepter : perdre, éventuellement se relever mais regarder le monde surtout, pas le survoler.

Mutation intérieure

Une fois ce tableau posé, le réalisateur (et les scénaristes dont Vincent Lindon lui-même) s’amuse à mettre nos deux protagonistes que tout oppose (en apparence !) dans des situations cocasses et improbables. Chapeau bas à une journée de signature où tous les éléments (ou les signes si on adopte le point de vue d’Adrien) se retournent contre Pierre : avion qui atterrit d’urgence et de justesse, hélicoptère meurtrier, voiture en panne et cousin qui fait un esclandre. Ce n’est qu’après ces gags franchement drôles que le film bascule dans un côté plus moralisateur où Pierre prend conscience de ses erreurs, de la nécessité de se reconnecter aux autres et le film est un peu moins juste et surtout beaucoup moins drôle. Certes, il semble gagner en profondeur mais gagne surtout en clichés. On prend cependant plaisir à suivre ce duo d’acteurs car François Damiens n’est jamais aussi bon que quand il est incontrôlable et Vincent Lindon que quand il est affreux et méchant. Et le voir en train de déprimer sur une bouée flamand rose vaut toutes les images du monde. La comédie est donc sur un équilibre fragile qui doit beaucoup au plaisir pris par les comédiens à se donner la réplique, à se mettre des bâtons dans les roues. Il y a de très belles idées de cauchemars ou d’images mentales projetées qui racontent comment tout pourrait basculer. Au final, l’amour triomphe un peu trop joliment, mais c’est que finalement, on choisit un peu sa famille en la déformant à son image, pour qu’elle nous apporte le réconfort nécessaire, parfois surtout l’électrochoc qui nous reconnecte au monde réel.  

Mon Cousin : Bande annonce

Mon Cousin : Fiche technique

Synopsis : Pierre est le PDG accompli d’un grand groupe familial. Sur le point de signer l’affaire du siècle, il doit régler une dernière formalité : la signature de son cousin Adrien qui détient 50% de sa société. Ce doux rêveur idéaliste qui enchaîne gaffes et maladresses est tellement heureux de retrouver Pierre, qu’il veut passer du temps avec lui et retarder la signature. Pierre n’a donc pas le choix que d’embarquer son cousin avec lui dans un voyage d’affaire plus que mouvementé où sa patience sera mise à rude épreuve.

Réalisateur : Jan Kounen
Scénario : Fabrice Roger-Lacan, Jan Kounen, Vincent Lindon
Interprètes : Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot, Alix Poisson
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Anny Danché
Sociétés de production : Eskwad, TF1 Films Production, Umédia, Pathé
Distributeur : Pathé
Date de sortie : 30 septembre 2020
Genre : comédie
Durée : 104 minutes

France – 2020

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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