Les Fauves de Vincent Mariette, un désir inachevé

Quittant le burlesque et le cartoonesque « wes andersonien » de son premier film Tristesse Club, Vincent Mariette tente cette fois ci de s’infiltrer dans les méandres du fantastique et du mythe cinématographique. Les Fauves est un beau film, une intrusion du cinéma français dans les affres du fantastique, même si l’exercice de style s’avère parfois trop scolaire. Un peu inachevé, gentillet, juvénile, mais qui démontre de belles idées.

L’été, dans un camping balnéaire, les effluves amoureuses vont vite, les désirs sont fugaces. Un soir, un jeune homme est porté disparu après avoir passé une partie de la nuit avec la jeune Laura. Mais autour de cet environnement saisonnier surgit une légende urbaine : l’existence d’une panthère, qui rôde et s’attaque à ceux qui entreraient un peu trop profondément dans la forêt voisine, imaginée comme une jungle parsemée d’embûches. A partir de ce postulat, Vincent Mariette dissémine ses ingrédients avec plus ou moins de réussite, et fait de Les fauves une œuvre hybride allant du fantastique à la romance brumeuse entre une jeune femme nébuleuse et un écrivain solitaire et « dangereux » à la recherche de cette fameuse panthère.

Cependant, le film manque clairement de venin pour réellement faire frémir : les intentions sont visibles mais épousent trop facilement les versants du genre pour créer un réel mystère. Le métrage manque de cœur, de croyance au projet fantastique et souffre d’émotions un peu trop contenues. C’est notamment l’écriture qui est clairement le point faible du film, un peu trop théorique et trop peu charnelle : entre une policière incarnée par  une Camille Cottin aux dialogues surannés, un Laurent Lafitte à l’étrangeté surfaite, il est difficile par moments de sentir le doux parfum d’enivrement nous aspirer, tant le mystère se veut grossier dans ses ressorts et pudique dans l’éclosion des sens.

Il y a une véritable distance, un fossé même, entre l’écriture et l’atmosphère. Cette dernière, pourtant, permet au long métrage de sortir la tête de l’eau et de nous faire ressentir la douce odeur de la tentation. Les fauves aurait pu être un film plus évocateur mais fonctionne par à coups, grâce à quelques étincelles, des évaporations du fantastique. Les fauves, avant de jouer sur les genres et leurs codes, est une possibilité pour le cinéaste de filmer avec une certaine grâce une Lily Rose Depp magnétique qui rentre parfaitement dans le cadre mystique du film. D’ailleurs l’actrice devient le symbole même du film, à la fois dans ses qualités mais aussi dans ses défauts: un film qui donne des coups de griffes sans laisser de cicatrices.

Une diction parfois robotisée, une posture un peu forcée, un jeu d’actrice encore perfectible mais une présence qui capte rapidement l’écran, et qui fait tout le sel de cette œuvre sur le doux parfum des premiers amours durant l’été. La tentation, le mystère, l’insouciance de l’innocence, le trouble des sentiments et l’insécurité de la première fois. Thématiques qu’arrive à capter Vincent Mariette avec sa mise en scène quelque peu aérienne, sensorielle et où l’étrangeté ambiante et adolescente n’est pas sans rappeler le dernier film de Sébastien Marnier, L’heure de la sortie.

Bande annonce – Les fauves

Synopsis: C’est l’été, dans un camping en Dordogne, des jeunes gens disparaissent. Les rumeurs les plus folles circulent, on parle d’une panthère qui rôde… Un sentiment de danger permanent au cœur duquel s’épanouit Laura, 17 ans. La rencontre avec Paul, un écrivain aussi attirant qu’inquiétant, la bouleverse. Une relation ambiguë se noue. Jusqu’à ce qu’un prétendant de Laura disparaisse à son tour et qu’une étrange policière entre dans la danse…

Fiche Technique – Les fauves

Réalisation : Vincent Mariette
Scénario : Vincent Mariette
Casting : Lily Rose Depp, Laurent Lafitte
Photographie : George Lechaptois
Décors : Pascal Le Guellec
Montage : Mathilde Van de Moortel
Sociétés de distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h23 minutes
Genre : Polar
Dates de sortie : 23  janvier 2019 (FR)

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3

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