L’échappée belle, un film de Emilie Cherpitel : critique

Les deux amis

Eva, 35 ans, porte des tas de lunettes différentes pour changer son regard sur le monde dès qu’il ne lui plaît plus. Et c’est comme ça que se présente le film, une bouffée d’air frais, un regard enjoué sur la réalité, sans contraintes. Eva, c’est Clotilde Hesme, douce et pétillante, loin des rôles de grande tragédienne qu’on lui a jusqu’ici connu. Eva se déploie comme une nouvelle héroïne dont le crédo est de ne pas être « normale » (ce mot l’agace d’ailleurs) et de ne pas se poser de limites. Elle fait tout ce qu’elle veut, mais avoue volontiers que ça n’est pas forcément la vie rêvée. C’est parce qu’en effet, la solitude lui colle à la peau. Celle des grands appartements où la richesse domine, mais où le vide s’infiltre partout. Eva sort, va à des fêtes et est contactée par un certain John quasiment tous les jours sur son portable avec des numéros de chambre et des horaires pour le retrouver et assouvir ses envies. Voilà son quotidien, c’est à 5h du mat’ qu’elle rentre chez elle, après avoir fait la fête, bu et cru en l’amour. Un genre de princesse des temps modernes, sans trône mais avec l’ennui en guise de trésor. Un jour en terrasse, très tôt, un jeune orphelin, 11 ans, qui a « de l’esprit » se joint à elle. Il l’a choisi dira-t-il plus tard. Pourtant, ils sont loin d’avoir des points communs. Elle veut encore se faire appeler mademoiselle, pétille, s’enivre (d’amour et de vin) alors qu’il est déjà très sérieux, alerte et pose beaucoup de questions.  Le film se base entièrement sur cette relation, ce duo créateur de joie.

Bonnie and Clyde 

L’échappée belle, jusque dans son titre, est construit comme un conte, un moment suspendu. Les aspirations de Léon comme d’Eva sont les mêmes : faire ce qu’ils veulent. Avec eux, Simon, l’éternel amoureux transit, vient apporter un peu de stabilité, bien que son jeu préféré soit de réciter des grands classiques et de faire deviner à l’autre le titre de l’oeuvre choisie.  Le film est tel un petit bonbon acidulé, il mène les deux lascars un peu partout, de Rome à Paris, en passant par la campagne. Leurs apparitions s’accompagnent d’une joie communicative qui atteint aussi parfois le spectateur. Pourtant, le film, s’il est d’une tendresse infinie, manque de surprise, d’inventivité. Les personnages secondaires sont à peine survolés, sœur, père et mère. Cette famille qu’Eva peine à comprendre et qui manque si cruellement à Léon, est juste un héritage, de l’argent. Eva est une femme légère, rattrapée par la lourdeur dès qu’elle est complètement seule. Elle observe les autres avec des jumelles, voyage dans des trains surannés. Il y a une douce fantaisie chez cette femme, on peut presque sentir son odeur. En tout cas, Eva est une musique, une note joyeuse et sucrée. Clotilde Hesme prête d’ailleurs sa voix chantée pour ce personnage. Pourtant, elle est aussi naïve et agaçante quand elle veut ne pas grandir. Il n’y a qu’une chose qui la fait continuer d’avancer : la certitude qu’elle a trouvé sa pépite, Léon. Le film les sépare un temps, mais ce n’est que pour mieux les réunir. C’est parfois kitsch, souvent trop gentil, mais c’est un petit moment de bonheur qu’on ne refuse pas.

Synopsis : Il est 5 heures du matin, à une terrasse de café, Léon s’assoit à la table d’Eva et lui demande un chocolat chaud. Il a 11 ans et ne connaît pas ses parents. Elle a 35 ans et pas d’enfant. Elle est libre, fantasque et mène une vie de privilégiée. Il est malin, sage et vit dans un foyer. Ils ne vont plus se quitter.

Bande annonce : L’échappée belle

Fiche technique – L’échappée belle

Réalisation et scénario : Emilie Cherpitel
Date de sortie : 17 juin 2015
Interprètes : Clotilde Hesme, Florian Lemaire, Clotilde Courau, Yannick Choirat
Productrice : Candice Zaccagnino
Directeur de la photographie :  Laurent Machuel
Monteur : Guerric Catala
Distributeur : Pyramide Distribution

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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