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Le dernier loup, un film de Jean-Jacques Annaud : Critique

[Critique] Le dernier loup

Synopsis : 1967, pendant la Révolution culturelle chinoise. Chen Zen et Yang Ke, deux étudiants pékinois, sont envoyés en Mongolie-Intérieure, dans une tribu de bergers nomades en proie aux changements instaurés par le gouvernement chinois, comme l’extermination progressive des loups. Là-bas, Chen Zen capture un louveteau et décide de l’apprivoiser malgré ce qu’en pensent les nomades et l’éradication inévitable de l’espèce dans la région…

Une fresque animalière et historique majestueuse

Alors qu’il s’était littéralement perdu depuis 2007 entre une farce de très mauvais goût (Sa Majesté Minor) et une fresque se voulant épique mais ô combien soporifique (Or Noir), Jean-Jacques Annaud a profité de l’année 2015 pour effectuer son grand retour via un genre de divertissement qui lui est propre : le film animalier. Ainsi, après l’inoubliable L’Ours et le sympathique Deux Frères, le réalisateur du Nom de la Rose s’attaque ici à l’adaptation du best-seller chinois Le Totem du Loup. Autant dire que le cinéaste était attendu au tournant !

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Pourtant, rien n’était gagné d’avance pour Le dernier loup. Et pour cause, le film est sorti quatre ans après le long-métrage de Nicolas Vanier, sobrement intitulé Loup. Bien que les deux projets divergent de par leur stature respective, les bandes-annonces laissaient envisager une similarité scénaristique plus que troublante, à savoir un jeune homme prenant sous son aile un loup, animal tant détesté par ses pairs car s’attaquant au bétail. Dès lors, on pouvait s’attendre aux même défauts que le film de Vanier : niaiserie, loups au second plan, ennuyeux au possible et ce malgré de magnifiques paysages suffisamment mis en valeur pour faire rêver, sans compter une forte impression de déjà-vu du côté du script qui aurait pour le coup instauré une terrible lassitude lors du visionnage. Mais Le dernier loup va bien au-delà de cela !

Fidèle au livre d’origine, le film est avant toute chose un récit historique, celui d’une tribu de bergers nomades mongols qui, par ordre du gouvernement chinois, doit accueillir deux étudiants pékinois afin qu’ils finalisent leur cursus scolaire. En réalisant ce film, Jean-Jacques Annaud nous livre une période peu évoquée dans le cinéma international qu’est la Révolution culturelle chinoise (1967-1976), via un point de vue culturel. Ici, le cinéaste use d’un récit évitant tout artifice niaiseux (la romance entre deux personnages tout particulièrement) afin de servir à son public, non sans pédagogie, une leçon d’histoire à travers ses nomades, leur vie et surtout leurs difficultés face à l’expansion de la civilisation, amenant un message écologique à l’ensemble assez évocateur.

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Alors qu’il aurait très bien pu se contenter, comme Vanier, d’une splendide photographie pour émerveiller les spectateurs par le biais de paysages grandioses (ici, les steppes mongoles), Annaud décide d’user de son récit pour mettre en lumière les ravages de l’homme sur la nature. Si vous transposez l’époque du film à la nôtre, vous y verrez un film quelque peu alarmiste, voire même pessimiste, clamant que l’humanité, dans sa soif d’ambition et sa folie des grandeurs, détruit l’équilibre naturel de la vie au point de bouleverser un écosystème (les loups s’attaquant de plus en plus au bétail) tout en pensant l’apprivoiser (le louveteau recueilli par le personnage principal) et de perturber tout un peuple (les nomades s’enfonçant dans la misère, le désespoir et l’obligation de se « civiliser »). Vous l’aurez compris, au lieu de faire un tableau tout en couleurs de la Mongolie, Jean-Jacques Annaud préfère donner de l’importance à son histoire, sans éviter l’aspect cru et violent de cette dernière (la manière dont sont tués les louveteaux, les chevaux prisonniers dans la glace, les blessures de certains personnages…).

Et les loups dans tout cela ? Bien que le scénario se penche sur ce qui a été dit dans les paragraphes précédents, les canidés restent assez importants dans ce dernier. Même, ils apparaissent comme des personnages à part entière, loin des adorables peluches sans âme vues chez Vanier. Ici, les loups ne sont pas des coquilles vides à poils mais bien des créatures aussi majestueuses que dangereuses sachant exprimer bien des émotions. Ils se révèlent être plus importants que les protagonistes humains du film et sont suffisamment mis en valeur pour obtenir l’attention du public, notamment grâce à des plans sachant leur offrir toute leur splendeur mais également des séquences d’action, certes maladroites dans leurs enchaînements (montage, raccords) et leur visuel (effets spéciaux un peu trop visibles, surtout les fonds verts) à cause de l’imprévisibilité des animaux lors du tournage, offrant à l’ensemble un souffle épique plus que bienvenu. Sans oublier la somptueuse musique du regretté James Horner (Braveheart, Titanic, Avatar), qui signe avec Le dernier loup sa dernière BO de son vivant.

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Bien loin de la fable écolo tout belle et toute mignonne qu’elle aurait pu être à l’instar de Loup, le film de Jean-Jacques Annaud se présente comme une œuvre certes imparfaite sur certains points techniques, faisant du Dernier loup un film réalisé de manière un « peu trop facile » (surtout comparé à L’Ours, qui n’abusait pas autant d’effets spéciaux), mais au combien puissante et prenante. Et surtout majestueuse, à l’image des nombreux loups qui redonnent à leur cinéaste toutes ses lettres de noblesse.

Le dernier loup – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Dnm5A_w_F1k

Fiche technique – Le dernier loup

Titre original : 狼图腾
Chine, France – 2015
Réalisation : Gregory Plotkin
Scénario : Jean-Jacques Annaud, John Collee, Alain Godard et Lu Wei, d’après le livre de Jiang Rong
Interprétation : Shaofeng Feng (Chen Zen), Shawn Dou (Yang Ke), Ankhnyam Ragchaa (Gasma), Yin Zhusheng (Bao Shunghi), Basen Zhabu (Bilig), Baoyingexige (Batu), Tumenbayaer (Shartseren), Xilindule (Petit Bayar)…
Date de sortie : 25 février 2015
Durée : 1h55
Genres : Aventure, historique
Image : Jean-Marie Dreujou
Décors : Quan Rongzhe
Costumes : Xiao Jin
Montage : Reynald Bertrand
Musique : James Horner
Budget : 38 M$
Producteurs : Yin Cao, Xavier Castano, William Kong, La Peikang, Alan Wang, Jianshai Xu et Duojia Zhao
Productions : China Film Co., Reperage, Beijing Forbidden City Film, Mars Films, China Movie Channel, Beijing Phoenix Entertainment Co., Chinavision Media Group, Hérodiade, Loull Productions et Edko Films
Distributeur : Mars Distribution