L’adieu de Lulu Wang : le fardeau du mensonge

Avec L’Adieu, Lulu Wang nous propose une douce comédie dramatique sur la famille et le deuil, qui en dépit de son très bon casting (excellentes Awkwafina et Zhao Shuzhen), ne trouve jamais le ressort suffisant pour faire surgir son émotion. 

Dès les premières minutes, L’Adieu dévoile l’une de ses plus belles (rares) scènes : une vieille dame, seule dans un couloir d’hôpital, voit couler sur sa joue quelques fines larmes alors qu’elle vient d’apprendre le cancer en phase terminale de sa grande sœur Nai Nai. Mais au lieu de lui apprendre sa maladie, elle préfère lui dissimuler la vérité et lui annoncer qu’on lui a diagnostiqué des « ombres bénignes ». De ce mensonge, le film va tirer toute sa trame, épingler son enjeu et malheureusement quelque peu balbutier dans sa capacité à faire mouvoir sa poésie : garder le fardeau de la vérité pour soi et sauvegarder l’autre du malheur. 

Prétextant le mariage du petit fils de Nai Nai, la famille va donc se réunir pour profiter d’elle, et vivre peut-être ses derniers moments avec elle. Une partie de la famille vit au Japon et l’autre aux Etats Unis : toute la famille connaît la maladie de Nai Nai sauf cette dernière. Les personnages et le film, durant tout sa durée, vont se poser inévitablement la même question : « faut-il lui dire ? ». Elle est malade, elle mérite de savoir, selon Billi, la petite fille. C’est alors que le choc des cultures va emmerger : dans la société chinoise, qui privilégie le groupe plutôt que l’individu selon l’un des membres de la famille, il est préférable de ne pas dévoiler le cancer au malade concerné car ce n’est pas le cancer qui les tue mais la peur, selon le dicton. 

Billi, la petite fille, chinoise de naissance donc, mais élevée en Amérique, va se voir confrontée à cette différence de mentalité et cette venue en Chine va lui permettre de renouer avec ces racines alors que sa vie aux Etats-Unis n’est pas des plus aisée. Malgré sa grande agilité, son esthétisme feutré mais codifié et la justesse de son casting, L’Adieu n’arrive pourtant jamais à faire décoller sa mélancolie ambiante. On ne peut cependant pas reprocher au film de ne pas se jeter dans le pathos ni dans des pleurnicheries véhémentes car, à juste titre, la cinéaste voit son cadre garder une certaine distance et une pudeur délicate : le duo formé par Billi et Nai Nai détient une alchimie assez saisissante et alimente toute la douce candeur du film.

Mais de cette distance, naît alors un entre-deux qui voit le film patiner à de nombreuses reprises avec un schéma similaire, se voulant solennel, mais se faisant bien trop répétitif sur la longueur. Cette fameuse question, ce fameux mensonge, encombre l’esprit de toute la famille et malgré elle, celui de tout le film, délimitant certaines scènes de groupe à la même écriture : une grande mère Nai Nai pleine de vie et une famille, qui à coté, pleure sa mort prochaine. A l’image du mariage où le petit fils et l’un des fils vont pleurer à chaudes larmes, L’Adieu ne sort jamais de ses sentiers battus et ne profite pas du mensonge pour construire un état des lieux d’une famille décomposée géographiquement.

Malgré quelques scènes très réussies (celle qui voit la famille se réunir auprès de la tombe du défunt père de famille), quelques moments cocasses et drolatiques (la petite séance de gym entre Nai Nai et Billi pour éliminer les « toxines »), et quelques dialogues émouvants (celui entre la mère de Billi et la soeur de Nai Nai pendant le mariage), L’Adieu semble parfois compromettre de nombreux sujets (le deuil), égratigne inconsciemment ses moments de respiration par des envolées musicales et esthétiques qui ne sont pas des plus appropriées et malheureusement oublie à contrario de portraitiser avec plus de pertinence le conflit culturel ou générationnel qui englobe cette famille enclavée. C’est d’autant plus dommageable et criant, lorsqu’on voit la différence de traitement et la fine densité d’un film comme Séjour dans les monts fuchun de Gu Xiaogang, sorti il y a une semaine de cela, et qui arrive parfaitement à nous envoûter par son esquisse d’une Chine en pleine mutation et en plein questionnement sociétal. 

Bande Annonce – L’Adieu

Synopsis : Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère.

Fiche Technique – L’Adieu

Réalisateur : Lulu Wang
Interprètes : Awkwafina, Zhao Shuzhen, Lu Hong, Tzi Ma…
Scénario : Lulu Wang
Montage : Matt Friedman
Sociétés de distribution : SND
Durée : 1h 40 minutes
Genre: Comédie dramatique
Date de sortie :  8 janvier 2020

 

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3

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