Interdit aux chiens et aux Italiens d’Alain Ughetto : histoire familiale et secrets de fabrication

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Interdit aux chiens et aux Italiens est un film d’animation construit sur la base d’un dialogue imaginaire entre le réalisateur Alain Ughetto et sa grand-mère, Cesira. C’est une histoire familiale autant qu’un film de trouvailles, de fabrication. Une œuvre touchante et sincère traversée par le nomadisme, la guerre et la transmission.

De mains en mains

Interdit aux chiens et aux Italiens est un travail d’une dizaine d’années qui a entraîné le réalisateur, Alain Ughetto, sur les traces de sa famille, mais aussi et surtout sur l’histoire des paysans et charbonniers italiens des années 1870. A travers les quelques souvenirs de son père, son voyage à Ugheterra et le l’ouvrage de Nuto Revelli, Le Monde des vaincus, le réalisateur a reconstruit le fil de l’Histoire. Il a surtout construit son histoire par les objets, les détails, l’environnement qui faisaient le quotidien de ses grands-parents et leurs enfants (dont le père du réalisateur). Le décor de ce formidable film d’animation est fait de ces objets : arbres en forme de brocolis, vrais charbons de bois, châtaignes. Tout est fait pour retranscrire cet univers dur et pauvre avec une véritable fantaisie poétique.

Remonter le temps…

« Ce qui m’intéressait, c’était de remonter le cours du temps pour lier mémoire intime et évocation historique », explique Alain Ughetto (extrait du dossier de presse), son film mêle donc habilement petite et grande histoire, pour raconter des vies dont le labeur, comme le dit la voix off au tout début, a quitté nos mémoires collectives : « les témoins de cette époque italienne ont disparu, les toits des maisons se sont effondrés sur leur passé de paysan ; les arbres ont repoussé sur leur vie de charbonnier ». Le récit d’Interdit aux chiens et aux Italiens retrace donc la destinée d’un couple, d’une grande famille, entre naissances et morts, entre guerre et migration, le récit s’écrit sur des mouvements, des séparations, des retrouvailles. Il évoque aussi la jeunesse d’une femme que le réalisateur n’a connue qu’âgée, sa grand-mère, Césira. Ce dialogue intergénérationnel et familial fictif est d’une grande beauté. Il raconte la beauté, l’amour et la vitalité d’une grand-mère disparue mais pourtant encore bien vivante.

Temps présent

Pour raconter son périple, son travail, ses recherches, Alain Ughetto se filme dans son décor d’animation, on voit ses mains qui manipulent les petits êtres de sa famille, comme dans une maison de poupées. Cette manière de raconter, de dialoguer, de construire l’animation, est non seulement un témoignage poignant, mais aussi une petite histoire du cinéma d’animation qui s’écrit. De cette précision, de cette attention aux objets, aux petits corps, aux regards. Alain Ughetto choisit les mains pour se lier à sa grand-père et aussi à son grand-père (qu’il n’a pas connu). Ses mains apparaissent pour manipuler le décor, mais aussi pour interagir avec lui comme lorsqu’il prend dans sa grande main celle minuscule de sa grand-mère/figurine lui montrant sa bague de fiançailles. Un moment ô combien touchant et poétique, qui remet l’animation au rang d’artisanat, du moins ici un art du bricolage, du temps long aussi et du travail en équipe.

C’est par un geste, un claquement de mains qui signifie beaucoup qu’Alain Ughetto finit par lier passé et présent dans une œuvre résolument forte, poétique et dynamique. Une œuvre portée par une volonté de transmettre, de raconter ou plutôt de conter une histoire notamment à travers la voix d’Ariane Ascaride, le titre témoigne d’une histoire, de la place d’une population, d’une vie de pauvreté, de labeur, de déplacement, heureusement rivée à une certaine poésie et à la joie d’être ensemble qui vivre encore aujourd’hui au cœur des mains du réalisateur et de son film.

Interdit aux chiens et aux Italiens : bande annonce

Interdit aux chiens et aux Italiens : Fiche technique

Synopsis : Début du XXe siècle, dans le nord de l’Italie, à Ughettera, berceau de la famille Ughetto. La vie dans cette région étant devenue très difficile, les Ughetto rêvent de tout recommencer à l’étranger. Selon la légende, Luigi Ughetto traverse alors les Alpes et entame une nouvelle vie en France, changeant à jamais le destin de sa famille tant aimée. Son petit-fils retrace ici leur histoire.

Réalisation : Alain Ughetto
Scénario : Alain Ughetto, Alexis Galmot, Anne Paschetta
Directrice de l’animation : Marjolaine Parot
Réalisation/Conception : Camille Rossi
Montage : Denis Leborgne
Photographie : Sara Sponga, Fabien Drouet
Distributeur : Gebeka Films
Durée : 1h10
Genre : Animation
Date de sortie : 25 janvier 2023

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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