Braquage à l’ancienne, un film de Zach Braff : Critique

Après avoir réalisé le culte Garden State il y a maintenant plus d’une décennie, Zach Braff signe avec Braquage à l’ancienne un film de commande sans la moindre prétention. Une comédie pépère sympathique et attachante dans l’instant, qu’on oublie aussitôt les lumières rallumées.

Synopsis : Trois retraités octogénaires fauchés décident de braquer la banque qu’ils jugent responsable de leurs problèmes économiques.

Une formule bonne pour la retraite

Zach Braff est une figure marquante de la pop culture pour une bonne partie de sériephiles qui ont pu le découvrir dans l’incontournable sitcom Scrubs. Avec son faciès atypique et sa bonhomie communicative, il est devenu un visage attachant du petit écran, qui lui avait permis d’exploser en 2004 lorsqu’il avait réalisé son premier film, Garden State. Avec cette oeuvre générationnelle saisissante et d’une sincérité débordante, il a très vite acquis un statut culte et a été chéri par un grand nombre de cinéphiles. A tel point que l’attente de 10 ans entre ce premier long métrage et son second fut relativement longue. Wish I Was Here s’imposa comme une suite spirituelle à Garden State, mais le cinéma a évolué plus vite que Zach Braff et beaucoup n’y ont pas retrouvé la même pertinence. Non seulement le projet eu du mal à se monter, mais il n’a pas reçu le succès escompté malgré d’excellentes choses comme sa réflexion sur le temps, l’ambition et la famille. Pourtant, ce semi-échec n’a pas mis Braff dans une impasse qui verrait son ascension au cinéma compromise. Au contraire, moins de 3 ans après son précédent film, il se retrouve à la direction du remake de Going in Style, comédie des années 70 de Martin Brest, qui possède le même titre dans sa version originale mais re-titré en France par Braquage à l’ancienne.

Braquage-a-l-ancienne-Alan-Arkin-Morgan-Freeman-Michael-CaineSur le papier, le projet n’a rien de vraiment excitant hormis son casting 5 étoiles et la présence de Braff derrière la caméra. On éprouve une certaine curiosité à savoir comment il s’en sortirait avec un film de pure commande et en découle donc une petite déception de voir qu’il ne transcende jamais ce qu’il a entre les mains. On retrouve cette direction d’acteurs purement braffienne, saupoudrée d’une touche de loufoque et une science respectueuse de la performance d’acteur qui traduit un vrai amour pour son casting. Ici, les performances ne sont clairement pas transcendantes mais on n’avait pas vu Michael Caine, Morgan Freeman et Alan Arkin aussi inspirés depuis un certain temps. Non seulement ce sont des rôles qui leur permettent de sortir de leurs récentes habitudes mais en plus ils semblent vraiment s’amuser et alimentent avec eux l’enthousiasme du spectateur. On retrouve aussi un Matt Dillon un peu trop caricatural et un Christopher Lloyd dans un rôle surprenant mais surtout Joey King, qui après être devenue une habituée du cinéma de Emmerich, semble trouver en Braff son deuxième réalisateur fétiche. Elle est ici légèrement en retrait mais apporte toujours son énergie communicative à ses scènes. Les acteurs donnent un peu de saveur à un récit en pilotage automatique, exploitant sans les réinventer les mécaniques du film de casse et apportant au tout des blagues plus ou moins inventives autour de la vieillesse. A ce niveau, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil et, hormis une scène de vol à l’étalage vraiment hilarante, le film ne surprendra jamais et, au mieux, nous fera sourire.

Braquage-a-l-ancienne-Michael-Caine-Joey-KingPour la réalisation, Zach Braff n’est clairement pas des plus inspirés. L’ensemble est très bien tenu même si la photographie est un peu quelconque et que les musiques déçoivent – surtout quand on connait l’amour de Braff pour celles-ci. Ici, les compositions tombent souvent dans un pathos typique de ce genre de comédie US emplie de bons sentiments. Mais le montage se montre habile, Braff instaure un rythme plaisant et signe un film de casse très propre dans son genre. Il utilise les codes avec habilité et, à quelques rares instants, on retrouve son style pour l’humour visuel. Une rupture de ton cocasse entre deux plans, une transition inspirée dans l’enchaînement d’une scène, etc. On perçoit ici et là quelques petites fulgurances avec, par moments, une utilisation plutôt ludique du split screen. Ainsi, sans forcément s’imposer comme un grand avec une mise en scène somme toute convenue, le cinéaste prouve quand même avoir une certaine maîtrise de son art. Son talent créatif est peut-être ici sur off, mais il reste un réalisateur tout à fait solide.

À l’heure où il arrive en France, Braquage à l’ancienne est déjà couronné de succès. Même si c’est loin d’être un grand film, il s’impose comme une comédie plaisante avec laquelle occuper son dimanche soir. Aussi anecdotique puisse-t-il être, il demeure efficace et semble trouver son public. Braquage à l’ancienne s’est déjà remboursé et engendre pas mal de bénéfices au box office et devrait donc assurer à Zach Braff la possibilité de refaire, sans trop de contraintes, des films plus personnels. C’est au final la fonction première de cette oeuvre qui sonnait comme un passage obligé pour le cinéaste après la déception commerciale que fut Wish I Was Here. L’objectif est en partie rempli : faire passer un moment agréable avec un casting attachant à toute la famille. Ça fonctionne et tant pis si cela manque cruellement de génie et de personnalité.

Braquage à l’ancienne : Bande annonce

Braquage à l’ancienne : Fiche technique

Titre original : Going in Style
Réalisation : Zach Braff
Scénario : Theodore Melfi, d’après le film Going in Style écrit et réalisé par Martin Brest
Interprétation : Michael Caine (Joe Harding), Morgan Freeman (Willie), Alan Arkin (Albert), Joey King (Brooklyn, la petite-fille de Joe), Matt Dillon ( l’agent du FBI Hamer), Christopher Lloyd (Milton),…
Image : Rodney Charters
Montage : Myron I. Kerstein
Musique : Rob Simonsen
Décors : Sara Parks
Costume : Gary Jones
Producteur : Donald De Line
Société de production : New Line Cinema, Village Roadshow Pictures, De Line Pictures et RatPac-Dune Entertainment
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 3 mai 2017

Etats-Unis – 2017

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.