Bliss : quand Salma Hayek et Owen Wilson naviguent entre les réalités

Sorti le 5 février sur Amazon Prime Video, Bliss est un long-métrage de science-fiction qu’on doit à Mike Cahill. Pendant 1h40, on suit Salma Hayek et Owen Wilson dans le rôle de deux personnes en difficulté sociale ou psychologique, qui s’avèrent être issues d’une autre réalité utopique et venir tester le malheur dans la nôtre qui ne serait qu’une simulation…
La bande-annonce nous présente un film à deux visages : l’un sous la forme d’un quotidien grisâtre et urbain, l’autre comme une ville d’art en bord d’une mer turquoise.

Un film qui intrigue et déroute loin de la science-fiction habituelle 

Bliss a pour force de parvenir à nous dérouter autant que de nous intriguer, sans pour autant s’ancrer dans les classiques de la science-fiction que sont le film spatial ou apocalyptique. Au contraire, Bliss commence très simplement par un homme manifestement dépressif suite à un divorce dans une réalité – la nôtre – tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Pas de société secrète ou d’organisme où le dress code équivaut à une blouse blanche : Greg (Owen Wilson) bascule dans la science-fiction à mesure qu’il écoute les paroles d’Isabel (Salma Hayek) disant venir d’un autre monde, le vrai monde (quand celui-ci est une simulation) et lui présentant des cristaux à consommer pour modifier la simulation (donc la réalité).
Isabel s’avérant être une SDF à l’air paumé et Greg étant manifestement dans un état psychique affaibli, le spectateur commence rapidement à douter de cette autre réalité utopique. Pour autant, le scénario, soufflant le chaud et le froid, parvient toujours à raccrocher à la dernière minute le spectateur sceptique pour l’emporter à nouveau dans la formidable possibilité de ce monde magnifique que la bande-annonce lui a fait entrevoir.

Bliss, c’est aussi de la frustration 

Le film laisse pourtant au spectateur une forme de frustration incomprise, comme s’il manquait quelque chose à un film qui répond à moitié à ses questions. Car bizarrement, même s’il commence par une scène très intense, le film démarre sans vraiment démarrer. Rapidement, la caméra suit exclusivement les aventures étranges d’Isabel et Greg, sous l’œil interrogateur d’un spectateur qui regarde tout cela de loin, tant il sent vers où l’on se dirige. Et voilà que le temps passe, on attend la venue dans l’autre monde et elle survient trop tard et celui-ci a un côté trop carte postale, avec sa photographie estivale et pimpante, pour être véritablement ce que l’on attendait – sans doute parce qu’il s’est aussi trop fait attendre.
Salma Hayek souffre aussi de son image qui prend le pas sur son personnage, Owen Wilson s’effaçant davantage, mais manquant paradoxalement de présence, quand sa partenaire en a trop. Car l’interprétation de Salma Hayek fait la force du film et finit dans le même temps par l’achever : elle joue à la perfection cette femme très charismatique et pourtant antipathique, dont on sent qu’elle porte en elle une malveillance peut-être inconsciente. Cette femme qui mène la danse, a réponse à tout, et qu’on finit par ne plus supporter, qu’on finit par rendre responsable de ce chaos.
La fin évidente et pourtant non aboutie vient confirmer ce sentiment de frustration sans pour autant détruire le film, bien au contraire.

Un film qui trotte dans la tête

Bliss demeure pourtant un long-métrage curieux, différent par certains aspects et qui trotte dans la tête de par les questions qu’il soulève, mais aussi parce qu’il met en avant une forme de déchéance humaine terrifiante parce que mentale. « Bliss » désigne cette félicité dont tout le monde rêve mais qui ne semble atteignable que dans les songes, ceux-ci pouvant d’ailleurs être dus à des hallucinations d’origine psychiatrique ou chimique…
D’un côté, le monde utopique, le fameux « Bliss » qui s’avère également frustrant : on finit par ne plus y être heureux au point de devoir faire des incursions dans la simulation sinistre qu’est notre monde pour profiter à nouveau de la vie paisible qu’il offre. De l’autre, notre monde réel,  si sombre qu’il ne peut résulter que d’une simulation volontairement pessimiste et dont il faut s’échapper !
Bliss pose les questions qui touchent à la force mentale, comme à sa faiblesse et à sa résilience.

Bliss est un film visuellement propre et beau – notamment les séquences se déroulant dans l’autre monde. Tout y est soigné, pensé, sans effet brouillon, et pourtant quelque chose dérange, autant qu’il déroute et laisse une impression de manque, de non fini. Peut-être volontairement, pour pousser le spectateur à réfléchir au film, encore et encore. 

Bliss : bande-annonce 

Fiche technique : Bliss 

Réalisateur : Mike Cahill
Scénariste : Mike Cahill
Casting : Salma Hayek, Owen Wilson
Musique : Will Bates
Sortie : 2021 sur Prime Video
Pays : Etats-Unis
Version originale : anglais
Genre : science-fiction, drame
Durée : 103 minutes

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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