Aga de Milko Lazarov : l’abandon de la modernité

Écumant les salles de quelques festivals de renom, Aga est une belle petite trouvaille réalisée par Milko Lazarov. Un docu fiction, qui prend le Grand Nord comme lieu d’investigation, et qui observe d’un regard mélancolique la civilisation moderne rencontrer un mode de vie ancestral.

Ces paysages enneigés sont ne pas pesants, mais semblent apaisants tant c’est d’une beauté aveuglante, tant le film mise sur une lenteur discrète qui nous fait ressentir ce grand froid. Malgré la gravité de la situation, malgré le déclin d’un mode de vie en voie d’extinction, le cinéaste n’appuie jamais trop ses effets. Au contraire, au lieu d’ériger un pamphlet écologique qui s’égosillerait à l’encontre d’une modernité aliénante, Aga est un hommage à une Nature qui s’évapore à petit feu. Comme une mère matricielle qui prendrait soin des siens, cette Nature semble d’une pureté inégalable mais malheureusement pas aussi inépuisable qu’auparavant. D’une blancheur virginale extrême, loin de toute la mécanisation et de l’industrialisation grisâtre des mines de diamants.

Le cinéaste aime s’attarder sur les détails d’un environnement écologique qui n’existera peut être bientôt plus: la caméra est éblouie par ce silence qui fait grésiller les éléments de la Nature. Mais Aga, n’est  pas qu’une affaire de Nature, n’est pas qu’un simple roman photo de toute beauté du Grand Nord, c’est aussi une interrogation humaine, sur un couple qui comprend avec le temps qu’ils seront bientôt les derniers d’une espèce. Leur fils et leur fille, ont vite fui le foyer familial, cette vie sédentaire et rudimentaire dans les yourtes et par obligation, ce quotidien tributaire de ce que leur apporte leur environnement parfois  difficile. Ils ont décidé, notamment Aga la fille de la famille, de tendre la main à la modernité et de chercher la capitalisation là où elle pouvait se trouver, dans les villages aux alentours.

On observe de magnifiques plans, un environnement propice à l’élévation, d’une contemplation certaine mais aussi des taches quotidiennes âpres, des jours et des nuits qui riment surtout avec survie. Mais le réalisateur met toujours l’humain dans les affres de son cadre, pour avec finesse, matérialiser cette différence entre l’infiniment petit et l’infiniment grand : à l’image de ces immenses avions qui laissent des traces dans le ciel et qui marquent sans le savoir la fin d’une époque. Nous ne sommes que des points noirs dans un océan de neige blanche, et pourtant, nous sommes autant la cause que la conséquence de cet environnement disparate.

Sedna et Nanouk, s’aimant l’un et l’autre, vivent de manière séculaire. Mais alors qu’ils profitent du quotidien, même dans sa torpeur la plus rudimentaire, se cache en eux, un regret, une sorte de sentiment d’abandon. Entre amertume et culpabilité, ils se remémorent le départ de leur fille, qu’ils n’ont plus revue depuis longtemps. Fidèles à leurs principes, ils n’en demeurent pas, mais le souvenir de leur fille rend l’émotion tangible dans leurs regards. Car ce n’est pas une question de trahison, ni de honte, mais seulement d’une modernité qui voit le jour.

Derrière cet écrin visuel magistral, cette douceur et ce calme régnant, ce sont les paysages qui changent de reliefs mais aussi l’humanité qui change de visage. Sur la question écologique, le film n’est certes pas aussi virulent que le dernier film en date de Paul Schrader, First Reformed, et sa position sur le changement climatique, mais Aga questionne par la qualité de son dispositif et son naturalisme. L’œuvre n’a jamais comme objectif d’installer un clivage entre primitif et civilisé: la nuance est plus singulière. L’homme reste tel qu’il est, mais se sert de la Nature avec une ambition autre, quitte à ce qu’elle soit destructrice. 

Synopsis:La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

Bande Annonce – Aga

https://vimeo.com/297938473

Fiche Technique – Aga

Réalisateur : Milko Lazarov
Scénariste : Simeon Ventsislavov
Acteurs : Mikhail Apromisov, Feodosia Ivnova
Photographie : Kaloyan Bohzilov
Distributeurs (France) : Arizona Distribution
Genre : Drame/Documentaire
Durée : 1h37mn
Date de sortie : 21 novembre 2018

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3.5

Festival

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