Dans un tout autre registre, la magie de Pablo Berger continue d’opérer avec Abracadabra, son nouveau film, même si le niveau n’atteint pas celui de l’explosif Blancanieves…
Synopsis : Carmen est mariée à Carlos, un conducteur de grue macho, fan de foot, qui ne lui prête plus guère attention. Après une séance d’hypnose dont il est le cobaye pendant un mariage, Carlos devient le parfait époux. Quelque chose a changé !
Pepe, Carmen, Carlos et les autres
Le peu que l’on puisse dire, c’est que le nouveau film de l’espagnol Pablo Berger n’a pas enchanté les cinéphiles. Ayant été jusqu’à recevoir la médaille française de l’Ordre des Arts et des Lettres pour son fabuleux Blancanieves, un Noir et Blanc muet pré-franquiste qui nous a tous pris aux tripes pour trop de beauté, il a donc été attendu de pied ferme pour ce nouveau long métrage, Abracadabra, et peu de choses lui sont pardonnées par un certain nombre de critiques. Prenant le contrepied du précédent, le film est éminemment haut en couleurs, des couleurs criardes des années 80 qui ne sont pas sans rappeler le cinéma de son illustre aîné, Pedro Almodovar ; avec l’exploitation qu’il fait du machisme espagnol, il fait également penser au Jambon, Jambon de Bigas Luna. Ce que d’aucuns traitent de vulgarité n’est qu’un détournement espiègle d’une esthétique en vogue dans ces années-là et pose d’emblée le côté farcesque du métrage.
Carlos (Antonio de la Torre) est un mari macho qui aboie pour qu’on lui rapporte sa Kro devant un match Madrid-Barça dont il ne veut pas perdre une miette. Les femmes de sa vie, Carmen (Maribel Verdu) sa femme, et Toni sa fille, finissent leur préparation toute en nuances, si on peut dire, de vert pétard, pour assister à un mariage. Beaucoup de bruit pour rien, car Carlos ne leur accorde pas même un regard. Tout est dans l’outrance, les couleurs, le verbe haut du Monsieur, les mimiques des dames, et pourtant, le film est burlesque et drôle. Une sorte d’humour au premier degré qui marche bien dans le contexte. Quand, à la suite d’une séance d’hypnose qui a mal tourné au cours de ce fameux mariage, Carlos se fait carrément posséder par l’esprit d’un schizophrène du genre Jekyll/Hyde, le film bascule dans le drame et le fantastique, voire le fantasmagorique, sans se départir ni de sa tonalité générale, ni de son humour potache pas si potache.
Abracadabra est situé dans un Madrid du quotidien, de petits cafés en salles de bal kitsch, de quartiers populaires en chantiers de construction, et la ville est un personnage à part entière du récit. Non pas la ville flamboyante des cartes postales, pas non plus le Madrid inquiétant et déclassé qu’on a aperçu chez Rodrigo Sorogoyen dans Que Dios nos perdone (dans lequel Antonio de la Torre jouait déjà un homme pour le moins perturbé), mais une ville banale, bien que légèrement fantastique, où les bâtiments portent de mauvais numéros, et où tous les habitants sont un peu fêlés et excentriques, depuis ce couple amateur – entre autres choses – de décoration Ikea, à ce professeur d’hypnose grimé en Raspoutine version Tati (le magasin, pas le cinéaste).
Sous ces dehors de conte excentrique et loufoque, le film de Pablo Berger recèle pourtant une thématique très sérieuse, celle de la libération d’une femme de l’emprise de son homme macho, voire des hommes en général, étant donné que Carlos abrite désormais en dehors de lui-même, une entité qui en fait deux autres. Carmen côtoie tour à tour ces trois personnalités, attirée par intermittence par l’un ou l’autre, mais reprenant toujours ses esprits pour aller vers cette liberté nouvelle. Les démonstrations du cinéaste ne sont pas toujours des plus subtiles, et ne cherchent d’ailleurs pas à l’être, mais le film se tient. Il se regarde de bout en bout ; on se laisse prendre, comme hypnotisés nous-mêmes, par la débauche d’idées originales de Pablo Berger. Sans atteindre la fièvre de Blancanieves, Abracadabra garde de la magie version Berger…
Abracadabra – Bande-annonce :
Abracadabra – Fiche technique :
Titre original : –
Réalisateur : Pablo Berger
Scénario : Pablo Berger
Interprétation : Maribel Verdú (Carmen), Antonio de la Torre (Carlos), Priscilla Delgado (Toñi), José Mota (Pepe), Josep Maria Pou (Dr. Fumetti
Musique : Alfonso de Vilallonga
Photographie : Kiko de la Rica
Montage : David Gallart
Producteurs : Mercedes Gamero, Ibón Cormenzana, Ignasi Estape Olivella, Jérôme Vidal, Pablo Berger, Mikel Lejarza
Maisons de production : Arcadia Motion Pictures, Noodles Production
Distribution (France) : Condor Distribution
Budget : EUR 5 200 000
Durée : 96 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 04 Avril 2018
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Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal.
Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme.
Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent.
Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.
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